Publié le 7 Janvier 2013
Les choses s’expliquent
Les extraits et décoctions d’écorce, feuilles et sève contenant des précurseurs de l’aspirine ont été utilisés contre les fièvres et les douleurs articulaires depuis l’Antiquité. Au XVIIIe siècle, le Révérend Edward Stone faisait remarquer que si les saules poussent dans les lieux humides et malsains, justement là où l’on attrape des fièvres et des rhumatismes, ce ne peut être un hasard.
Un remède miraculeux
Auguste Kékulé disait avoir découvert le cycle du benzène après avoir vu en rêve un serpent se mordant la queue. On peut se demander si comme le rêve, l’insomnie favorise la pensée créatrice ou l’inverse ? C’est en tous cas pendant une nuit d’insomnie que le jeune chirurgien et physiologiste canadien Fréderick Banting eût l’idée qui conduisit à la découverte de l’insuline. La veille il avait lu un article montrant que l’obstruction des canaux du pancréas provoquait la destruction de la partie digestive de la glande (les acini) en préservant la partie qui fabrique l’hormone (les îlots de Langerhans). Banting en se retournant dans son lit eut une « idée fulgurante », aussitôt notée dans son carnet : « Lier les canaux pancréatiques des chiens. Les maintenir en vie jusqu’à la dégénérescence des acini, laissant les îlots. Essayer d’isoler leur sécrétion interne pour guérir la glycosurie. » (cité par J. Hazard et L.Perlemuter, L’Homme hormonal, éd. Hazan). Et Banting pût enfin s’endormir à deux heures du matin.
Frederick Grant Banting, Charles Herbert Best, James Richard MacLeod,
James Bertram Collip, Marjorie, et Léonard Thomson sont les héros canadiens de l’épopée qui aboutit en 1921 à une des plus grandes découvertes de l’histoire, non seulement de la médecine mais de
l’humanité : celle de l’insuline à qui des millions de diabétiques doivent la vie. Marjorie est la première chienne rendue diabétique qui a survécu grâce à des extraits pancréatiques.
Léonard, un garçon de 14 ans, est le premier sauvé par l’insuline. Les quatre autres ont tous contribué d’une façon essentielle à la découverte. Seuls Banting et son patron Macleod ont été
récompensé par le prix Nobel 1923. Ils en ont partagé le montant avec les deux autres. Aucun n’a pris de brevet. Autre temps, autres mœurs….
Banting (à droite), Best (à gauche), la chienne (en bas)
La multiplication miraculeuse des petites pilules
Aujourd’hui les médicaments se multiplient par miracle et peuvent même précéder les maladies « Rien n’est plus prodigieux que de découvrir des maladies nouvelles qui correspondent aux nouveaux médicaments » (Georges Elgozy[1]). L’offre pharmaceutique étant en expansion continue comment s’étonner de l’augmentation de la demande[2]. Le médecin est noyé par un flot continu de spécialités dont la plupart ne sont que des clones du produit initial et le rôle principal des visiteurs délégués auprès des médecins par les laboratoires est de leur démontrer que ces clones diffèrent les uns des autres.
Il existe un médicament pour chaque mal et une notice pour chaque médicament comme un avocat accompagne son client. Les médecins ne sont pas en reste, lorsqu’ils modifient les critères de normalité ou discutent même cette notion, et traitent des patients qui ne sont pas encore malades mais qui ont une certaine probabilité de le devenir. Où commence l’abus ? La frontière n’est pas la même pour les gens sains et ceux qui sont malades, qui pensent l’être ou craignent de le devenir. Il est cependant regrettable que l’armoire à pharmacie serve surtout à conserver les médicaments périmés.
Prescrire était l’acte de la consultation le plus respecté. Il l’est moins depuis que la plume a été remplacée par
l’imprimante qui sort une ordonnance préétablie et il ne l’est pas du tout lorsque la prescription est faite sous la dictée du patient.
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] L’Esprit des mots
[2] En France, la part du PIB consacrée à la consommation de médicaments serait de 2%, chaque Français en aurait pris en moyenne 40 boîtes en 2001. Actuellement le montant global des dépenses publiques de santé représenterait 8,9% du PIB selon Jacques Marseille (le Point du 15/O1/2009).
/image%2F0651388%2F20260503%2Fob_abbc2e_peste-canne-blanc-copie.jpg)
près de deux mille ans !… C’est
alors que l’écorce de quina-quina, utilisée par les indiens du Pérou pour traiter la fièvre est importée en Europe par les jésuites espagnols et portugais. D’emblée médicament et appât du gain
sont liés, et les jésuites s’en réservent l’exclusivité, ce qui ne contribue pas à leur attirer les sympathies.
d’être
rénale (dont il devait mourir), eut un succès phénoménal jusqu’au début du XXe siècle, non
seulement auprès des médecins qui le prescrivirent pour à peu près tout, mais encore auprès des artistes, écrivains et membres de la haute société qui pouvaient ainsi se droguer et s’imbiber en
même temps. Lord Byron, Charles Dickens, Edgar Poë, Modeste Moussorgsky (
Ce billet vient compléter ma
chronique médicale n° 48 « La conservation de la matière » sur l’utilisation des excréments en médecine pour lesquels certaines religions ont un goût prononcé. Chacun sait que les
hindous vénèrent les vaches. La bouse sert de désinfectant (ce qui est, en quelque sorte, soigner le mal par le mal) et comme l’urine, est utilisée dans les rituels pour purifier les membres des
castes inférieures. Les partis nationalistes hindous affirment que l’urine de vache permet de traiter l’obésité, diverses maladies touchant le foie et même le cancer.
« Et si vous essayiez de ne rien faire », François Magendie, un des plus grands médecins de la première moitié du XIXe siècle, créateur de la médecine expérimentale, donne ce conseil à un de ses internes pour le rappeler à la sagesse de l’expectative quand on ne peut mieux. Il lui demande d’essayer car la nature du médecin est d’intervenir et s’abstenir exige de sa part un effort. Si l’on en croit Fernando Savater
Au XVIIIe siècle, le plus réputé des cliniciens, le Hollandais Hermann Boerhaave, qui soignait des rois, le pape, le tsar, préconisait la prudence, vertu cardinale, en conseillant de ne traiter les maladies qu’à leur décours. Il avait un livre secret qu’on ouvrit à sa mort. Il ne contenait que des pages blanches et cette phrase écrite de sa main : " Tenez vous la tête fraîche, les pieds chauds, le ventre libre et moquez-vous des médecins "
Au XVIIIe siècle le britannique William Cheselden enlevait une pierre de vessie en quarante cinq
secondes. Le Baron Larrey, « Chirurgien de l’Empereur » (
« 


d’eau, déclarait en son temps (XVI/XVII ème) « Parce que l’ail sauve de la mort, n’y renoncez pas,
Après l’examen, le rhabillage est le moment le plus tendu de la consultation. Le patient est dans l’attente inquiète de ce que va dire le médecin et celui-ci, le diagnostic
étant posé et si le cas est difficile, se demande ce qu’il va lui dire ou comment le lui dire et ce qu’il doit faire. Il est heureux que le plus souvent le médecin a le bonheur d’annoncer de
bonnes nouvelles, car il n’est jamais indifférent, il est sensible aussi bien au soulagement qu’il procure qu’à la crainte qu’il provoque.
Recrutement dans les maternelles
Vladimir Nabokov disait que la psychanalyse était l’« application des vieux mythes grecs sur les parties
génitales » et la libido a fait presque couler autant d’encre que de sperme. « L’avidité libidinale n’a pas de limites, c’est bien le monde que l’homme voudrait pénétrer de son
phallus « insolemment » pointé, que la femme voudrait « ingérer » dans son palpitant abysse vaginal… » (G. Zwang, La fonction érotique, éd Robert
Laffont).
Illustration
Ce billet fait suite à l’article
précédent (« Sexe and sexes) qui montrait, entre autres, que l’activité sexuelle était associée à une meilleure santé. L’hypothèse des auteurs était que pour maintenir cette activité, les
sujets s’efforceraient de suivre les prescriptions de prévention. Hypothèse hasardeuse, car on pourrait aussi bien inverser la proposition et suggérer que c’est au contraire la bonne santé qui
permettrait de maintenir l’appétit sexuel.
Je résume dans ce billet les résultats d’une étude réalisée aux USA
Pour évaluer les intolérances ou les complications possibles provoquées par à un médicament, les troubles observés chez les sujets à qui l'on a prescrit réellement ce médicament sont
comparés à ceux constatés chez les sujets à qui a été donné un placebo ayant la même apparence mais aucune activité pharmacologique. Comme est étonnante l'efficacité fréquente d'un placebo, il
est également surprenant de constater l'abondance des effets secondaires qu'il peut provoquer. Les effets nocifs possibles retenus pour un médicament sont évidemment ceux qui se révèlent plus
fréquents par rapport au placebo.
Demain est la journée du diabète

Dans le projet de révision des lois
de bioéthique, il est prévu la possibilité de levée l’anonymat des donneurs de gamètes. A leur majorité, les enfants nés d’un don de gamètes auront un droit d’accès aux « données non
identifiantes » : certaines données médicales (sans doute obsolètes), taille du donneur (intéressant), origine géographique (l’ethnie peut-être) et niveau socioprofessionnel (qui risque
fort de s’être modifié avec le temps… Plus de 18 ans !). En outre, en cas d’accord du donneur ou de la donneuse, il sera même possible de connaître son identité. Mais dans le cas contraire,
avec un peu de persévérance, il peut s’avérer possible à partir de ces données fragmentaires de retrouver un parent biologique, héritant ainsi d’un enfant non désiré et qui peut lui réclamer
d’assumer un devoir parental (surtout si le parent familial a disparu).
En voyant une voiture tourner à droite alors que le clignotant est mis à gauche ou inversement, quel homme n’a pas ricané en marmonnant : « c’est
sûrement une femme qui conduit ! ». On pourrait lui rétorquer que s’il a perdu ses clefs, sa femme les retrouvera avant lui tout en étant capable de faire autre chose en même temps (ce
que les hommes font plus difficilement). Il est vrai que le fonctionnement cognitif est différent selon le sexe et de nombreux travaux ont été consacrés à ce sujet jusqu’à aller au niveau
moléculaire pour déterminer la part neuronale ou hormonale de cette différence de fonctionnement.
Benoît Hamon, porte-parole du parti socialiste, parlait sur les ondes ce matin
de l’aggravation des inégalités en France et de la nécessité de les corriger, en insistant en particulier sur celle de la durée de vie, les ouvriers étant plus défavorisés que les autres. On
constate en effet que l’espérance de vie d’un ouvrier est en moyenne inférieure de 7 années à celle d’un cadre supérieur. Mais si le constat existe, la question est de savoir comment un programme
politique pourrait réduire cette inégalité.
Le projet de décret sur le contrôle de l’insuffisance professionnelle,
c'est-à-dire de la compétence, pour les libéraux de santé (
