On nous dit et on se dit en vieillissant que l’on va coûter de plus en plus cher à la sécurité sociale. Non seulement les vieux portent le fardeau de la vieillesse mais également le poids de la culpabilité en ayant réussi à devenir vieux aux dépens des générations plus jeunes.
J’ai donc pris connaissance avec satisfaction des résultats d’une étude de la chaire santé de l’Université Paris-Dauphine publiée récemment par l’Institut Montparnasse car ils réduisent le poids de ma culpabilité : les vieux ne sont responsables que pour une part mineure dans l’augmentation des dépenses de santé. Entre 2000 et 2008, celles-ci ont cru de 20,5% et seulement 3,8% seraient liés au vieillissement.
Mais mon soulagement est de courte durée car les dépenses de santé augmenteraient dans le temps pour un âge et une maladie donnés. Ce qui veut dire que l’augmentation des dépenses serait essentiellement due au progrès médical, au changement dans les pratiques, aux nouvelles procédures et aux nouveaux produits (médicaments + 57% entre 2000 et 2008). Si je n’ai rien à voir avec les laboratoires pharmaceutiques, en tant que médecin, je suis à nouveau coupable car j’ai utilisé les produits mis à ma disposition et j’ai participé ne serait-ce que modestement à ce progrès. Or, d’après le rapport, le coût du progrès médical serait dans l’absolu 20 fois plus élevé que celui du vieillissement.
Cependant l’Institut Montparnasse, qui ne veut que mon bien, a publié une seconde étude (avec l’Ecole Nationale Supérieure de Sécurité Sociale) qui montre qu’investir dans le domaine de la santé a un impact positif sur la croissance du PIB : “le système de santé est générateur d’emplois et source d’effets d’entraînements sur l’ensemble de l’économie”. « La part de la valeur ajoutée du secteur de la santé dans la valeur ajoutée nationale a ainsi progressé ces 25 dernières années de 4,6% à 6,2% alors que la progression de la branche hôtels, cafés, restaurants n’a été que de 0,3 point sur la même période. En 2005, la valeur ajoutée de la santé était de 9,3%, contre 5,8% pour le BTP et 2,3% dans l’hôtellerie-restauration. ».
Autrement dit, quand la maladie va tout va.