Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

63. "La vérité c'est plus simple"

Après l’examen, le rhabillage est le moment le plus tendu de la consultation. Le patient est dans l’attente inquiète de ce que va dire le médecin et celui-ci, le diagnostic étant posé et si le cas est difficile, se demande ce qu’il va lui dire ou comment le lui dire et ce qu’il doit faire. Il est heureux que le plus souvent le médecin a le bonheur d’annoncer de bonnes nouvelles, car il n’est jamais indifférent, il est sensible aussi bien au soulagement qu’il procure qu’à la crainte qu’il provoque.

 

Le plus simple serait de dire toute la vérité.

D’ailleurs dans le commentaire de l’article 35 du Code de Déontologie il est dit : «  On ne ment pas à quelqu’un qui doit être respecté. Mais toute dissimulation ou tout mensonge est exclu…L’intention de tromper, ou dol, est une faute en droit général… ». Mais ce même article admet tout de même des réserves : « … Toutefois dans l’intérêt du malade et pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade peut être tenu dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic graves, sauf dans le cas où l’affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de contamination. Un pronostic fatal ne doit être révélé qu’avec circonspection… ».

On voit donc que le médecin peut se poser des questions sur l’attitude à adopter et pour beaucoup la vérité n’est pas si simple à dire. La parole du médecin a un grand retentissement sur le patient et que le médecin lui-même ne prévoit pas toujours, en outre ce qui est dit est parfois mal interprété. Il arrive que le malade n’écoute que ce qu’il veut entendre ou que ce qu’il craint. Je me souviens d’un patient à qui j’avais révélé avec beaucoup de précautions la gravité de son  cas, et qui en partant m’a serré la main en disant : « merci, docteur, de m’avoir rassuré ».

L’avenir d’une maladie et sa durée ne sont pas toujours prévisibles, ne faut-il préserver au mieux ce qui reste de temps à vivre ? Le malade ayant accès à son dossier, il faut également tenir compte de cette possibilité. Certains s’en tirent par une pirouette en avançant qu’un malade bien informé, n’éprouvera pas le besoin de consulter son dossier. C’est donner un droit en espérant que l’intéressé ne s’en servira pas. Mais la question reste entière dans les cas sérieux sur le degré d’information à donner sur la maladie si l’on veut préserver le malade (mais elle doit être complète sur les examens à subir et le traitement à suivre), encore que la diffusion de l’information médicale laisse peu de zones d’ombre. Le patient donne heureusement plus de poids à la parole du médecin.

                                                                                 

La vérité c’est plus simple pour qui ?

«  La vérité c’est plus simple » dit-on. Aphorisme simpliste, base de l’argumentation des partisans de la vérité complète dans tous les cas. Postulat dont on se garde d’énoncer le corollaire : plus simple pour qui ?  Dire l’entière vérité au malade assure une cohérence dans le discours des soignants. Aux questions du patient les différents intervenants auront les mêmes réponses. Lorsque la vérité est dite, il n’y a plus de risque d’impairs, plus de doute et d’incertitude, le pire est à venir. Une simplicité bien commode transférant les préoccupations des soignants vers le malade.

 « La vérité, c’est plus simple ». Mais pour qui ? On peut légitimement se demander si cette franchise n’est pas surtout dans l’intérêt du médecin. Si en transférant le poids de la maladie et de l’anxiété qu’elle génère sur les épaules du malade, il ne s’en libère pas d’autant. Si ce n’est pas sa pratique qui devient plus simple. S’il n’assure pas ainsi avant tout sa protection juridique en cas de conflit. Ce qui semble le cas aux Etats-Unis où ce modèle «  vérité » fonctionnerait bien, les médecins estimant que leurs relations avec les patients et leur famille en ont été améliorées. Le nombre croissant de procès permet d’en douter.

Le malade attend toujours que le médecin le rassure, tout en exigeant parfois la vérité, prouesse oratoire à laquelle certains renoncent et préfèrent dire la vérité de façon abrupte. Les autres tentent de l’introduire progressivement et en attendant ils sont bien obligés de se servir du mensonge sous une forme ou sous une autre.
Illustration : Gustav Klimt "La Vérité nue"

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
L'attitude est à adapter à chaque patient. La difficulté est de savoir ce qu'il veut vraiment. Dr WO
Répondre
J
Si j'étais atteint d'une maladie grave, je souhaiterais que le médecin me dise toute la vérité. Mais d'autres préféreront ne rien savoir. Cordialement.
Répondre
O
Alors que demander de plus ? Dr WO
Répondre
J
Oui pour l'objectivité, oui pour le virtuel... cela reste toutefois bien agréable
Répondre
O
Je vous remercie pour cette estime, mais soyons objectifs, elle ne repose que sur des échanges virtuels. Dr WO
Répondre
J
Mais n'oubliez pas, je vous admire pour cela et l'attention que vous apportez aux autres et bien d'autres choses encore... votre côté humain m'a toujours étonné mais surtout ravi...
Répondre
O
Aussi nombre de médecins se protègent-ils par une apparente indifférence. Dr WO
Répondre
J
Je conçois aisément le côté éprouvant...difficile
Répondre
O
Je pense qu'un médecin doit se mettre à la place de son patient s'il veut que sa parole reste humaine. Ce n'est pas toujours facile et c'est parfois éprouvant. Dr WO
Répondre
J
Je préfère ne pas trop m'étendre sur le sujet... pas en ce moment...et peut-être jamais...encore moins sur les commentaires.. C'est un journal qu'il me faudrait écrire...un journal vécu... la révolte gronde en moi...devant ce que j'appellerais simplement l'inhumanité.... Je ne mets pas en cause les médecins (ici il s'agit des professeurs devant un cas critique, très critique mais tellement intéressant - du genre quand c'est fini je me lave les mains et je passe à autre chose) mais l'évolution actuelle qui fait que "l'humain" n'est plus guère considéré comme tel...les réflexions de quelques infirmières tout à l'heure m'ont complètement déstabilisée...en ce sens que leur avis rejoignait le mien.... Les relations des médecins avec la famille et parents, je préfère passer cela sous silence... Deux de mes garçons, descendus en toute hâte de Paris, le confirmeraient volontiers... Mais il y a les médecins comme vous, devenus extrêmement rares, déférents, respectueux, pleins de délicatesse voire de compassion... et qui aident vraiment : par les médicaments ? ... oui, mais surtout par leur présence !! Dire ou pas dire c'est selon... Mais revenons à votre médecine, Dr Wo, vou
Répondre
O
Vous donnez un exemple qui vous a touchée de près. Mon texte va à contre-courant, mais il est le reflet de la pratique de beaucoup de médecins qui tentent de préserver avant tout leurs patients.Dr WO
Répondre
C
Ma grand-mère est morte d'un cancer de l'ovaire sans le savoir. Nous avions constaté des symptômes tellement inquiétants que nous avions demandé à son médecin de nous confirmer la gravité de son cas et de nous dire son espérance de vie. Il nous avait alors répondu clairement alors qu'il ne l'avait pas informée. J'ai toujours pensé qu'il avait agit de façon humaine et clairevoyante. Quel bien cela aurait-il fait à ma grand-mère de savoir qu'un mois après, elle ne serait plus là parce que sa maladie était incurable ? Par contre, nous avons pu intervenir pour qu'elle ne souffre pas, pour qu'elle vive son dernier mois le mieux possible et pour préparer nos enfants qui étaient jeunes. Nous lui en avons toujours été reconnaissants. Bonne journée.
Répondre
O
Dans mon article, je parle des patients qui interprètent mal les paroles du médecin, mais là c'est l'inverse. Il y a un enseignement pour "l'annonce" dans les cas graves, mais je crois que les relations avec les autres ne s'enseignent pas. Dr WO
Répondre
D
Je ne sais pas si les médecins ou les chirurgiens reçoivent une formation en communication lors de leur diplôme. Mais ils devraient. Il y a quelques temps je me suis explosé le genou sur une grille en acier lors de mon jogging matinal. Cela a du demander une chirurgie, selon le principe des lambeaux, on prends de la peau et des veines, et on greffe le tout au bon endroit. Mais je n'ai pas été prévenu. Lors de l'entretien préliminaire avec mon chirurgien je lui avait mentionné que je souffrait également d'une double otite et que je n'entendais que difficilement ce qu'il me disait. Mais j'ai été très attentif. J'ai été surpris au réveil de me retrouver avec la jambe dans un carcan et 20 bon centimètres de cicatrices plombées d'agrafes. Et les infirmières gênées qui m'ont dit, "Votre chirurgien va venir pour vous expliquer". Il m' a dit "Vous ne vouliez pas entendre". Cela m'a un peu choqué. Je pense, avec du recul, qu'il a fait ce qu'il avait à faire et même plutôt bien. Mais il m'a pris pour un stupide, incapable de comprendre la nécessité et les conséquences d'une intervention, pour cela je garde un goût amer.
Répondre
O
L'individu dont vous parlez n'est pas un médecin, mais un sadique. Dr WO
Répondre
S
J'ai connu une jeune femme à qui le médecin a annoncé (il y a longtemps) : "vous avez un cancer de l'utérus, vous êtes fichue" ! Je trouve ça abominable et inhumain. Heureusement il y encore des "Dr Wo" qui voient dans le malade un être humain et pas seulement une pathologie.
Répondre
O
C'est tout à fait exact. Ce qui en jeu c'est le degré d'espérance que l'on peut offrir, au besoin en arrangeant un peu la vérité. Les maladies peuvent être longues et la qualité de la vie restante est à préserver le plus longtemps possible. Nous sommes tous en sursis plus ou moins long. Dr WO
Répondre
C
Ce dilemne du médecin n'est-il pas de plus en plus rare ? dans nos sociétés occidentales en tout cas. En effet, dans la mesure où le malade aura toujours des soins à recevoir (palliatif dans le pire des cas), comment un médecin pourrait-il décider de lui cacher la vérité ?
Répondre
O
C'est en effet un sujet difficile. Je pense qu'il ne doit y avoir aucune règle absolue comme la vérité dans tous les cas préconisée par une partie du corps médical et qui est effectivement plus facile pour le médecin mais traumatisant pour le malade. Dr WO
Répondre
P
Sujet grave que vous évoquez-là. Certes, le malade doit connaître la vérité. Mais le mensonge peut également le protéger. Je pense que l'appréciation doit se faire in concreto. Mais aussi que bien des médecins devraient apprendre à user de tact comme vous le faites...
Répondre
O
Je pense que les garagistes ne se posent aucune question et sont plutôt satisfaits d'avoir du travail. Dr WO
Répondre
P
Question que se posent les garagistes qui viennent de diagnostiquer une panne.
Répondre
O
Le plus souvent les familles désirent que l'on ne dise pas la vérité totale. Dr WO
Répondre
L
La vérité c'est le plus simple? dur dur pour le soignant et le malade. Il y a tellement de critères qui entrent en jeu, éducation, instruction, fragilité psychique etc... Je pense c'est plus simple de dire la vérité et d'apporter une aide psychologique au malade dans la mesure du possible, sauf si la famille donne son point de vue, connaissant mieux le malade et sa réaction probable.
Répondre