Publié le 7 Janvier 2013

Chagall-noces.jpg
Chagall « La mariée à l’éventail »

 

NOCES D’OR

 

Nous avons, ma belle mariée

Survécus aux peines et aux fous

Nous avons traversé ensemble les années

Comme les années nous ont traversés

Roule le temps, roule la roue

Malgré le temps, malgré tout

Nous nous aimons encore

Etonnés, craintifs, émus

En ce jour imprévu

De nos noces d’or

 

Paul Obraska

 

 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013


Oscar Kokoschka : « La mariée du vent »

 

SOLITUDE

 

C’est dans le silence de la nuit

Lorsqu’on entend le bois craquer

Lorsque dans le sommeil tu es partie

Que je reste seul, comme je l’avais été

 

Le vent des rêves t’a emportée dans la nuit

Loin de moi dans un immobile voyage

Tu suis ses méandres en restant à sa merci

En me laissant seul abandonné sur le rivage

 

C’est dans la solitude de la nuit

Lorsque le monde s’efface dans le noir

Lorsque près de moi tu restes endormie

Que je guette ta respiration sans te voir

 

C’est dans la pensée de la nuit

Lorsqu’on éprouve l’amère finitude

Lorsque la crainte vient réveiller l’insomnie

Que je ressens l’absolue solitude

 

C’est dans le crépuscule de la nuit

Lorsque le gris du jour se lève

Lorsque tu te réveilles encore endormie

Que la solitude s’enfuit comme un rêve


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Albrecht Dürer : "Le Christ au milieu des docteurs" (détail)


JEUX DE MAINS

 

Il y a la main qui écrit

La main qui pétrit

La main qui peint

La main qui pétrit le pain

 

Il y a la main complice

Qui donne une caresse

A l’être que l’on aime

Au chien qui vous aime

Ou aux fesses tentatrices

 

Il y a les mains réunies

Une menotte dans une grosse

Une large sur une fine

Les doigts entrelacés

De petites mains unies

Dans une ronde enfantine

Et celles jointes en prière

Ou menottées de fer

pour avoir la paix

 

Il y a les mains qui parlent

De ceux qui parlent trop

Ou de celui qui se tait

Parce qu’il est muet

 

Il y a ceux qui tendent la main

Pour connaître leur destin

Ceux qui l’ont dans leurs mains

Le disent mais n’en savent rien

 

Il y a celui qui tend la main

Le dos au mur

Parce qu’il n’a rien

Avec plus de soif que de faim

 

Il y a ceux qui ferment la main

En colère

Pour en frapper le voisin

Ou le tenir en l’air

 

Il y a les mains habiles

qui trichent ou dérobent

Et font un tour de passe-passe

Devant des messieurs en robe

Pour tomber dans la nasse

Comme des poissons morts

 

Il y a les mains assassines

 Qui serrent le cou un peu fort

Meurtre ou accident

Au hasard du jugement

 

Il y a les hommes souriants

Qui se serrent la main par devant

Pour la photo

Et qui se passent la main

Dans le dos

Pour se trahir demain

 

Il y a ceux qui se salissent les mains

Dans les moyens justifiés par la fin

Ou dans le sang de la guerre

Et en sont fiers

Il y a ceux qui s’en lavent les mains

Et même s’ils se donnent du mal

Leurs mains restent sales

 

Il y a sur le dos de la main

Cette terrible crasse sénile

Ces petites taches brunes

Qui petit à petit se touchent

Et tirent un voile brun

Sur le destin de chacun

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013



FIL

 

Comme une mouche prisonnière

Agitée en vain de soubresauts

Dans une toile vomie des filières

Nous filons sur un fil au tombeau

 

Le temps tisse sa toile patiemment

Un fil pour le passé, un fil pour l’avenir

Il n’y a guère de place pour le présent

Juste un nœud pour se souvenir

 

Equilibristes, nous marchons sur un fil

A pas hésitants entre terre et ciel

Plus on avance plus croît le péril

 

Que le fil se rompe la chute est mortelle

Il n’y a  pas de filet tissé sous les fils

Une chute en terre, jamais vers le ciel

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


Magritte : "La méditation"


Avec le temps, l’espace se rétrécit et ce qui n’arrange rien, le temps s’accélère.

 

Lorsqu’on retourne vers un lieu de son enfance longtemps après l’avoir quitté,

Chacun est surpris en évoquant ses souvenirs devant la réalité :

Le chemin est devenu sentier, la montagne est devenue colline,
le lac est devenu étang, le château est devenu  chaumière
et la longue marche de jadis est franchie en peu de pas.

 

A l’âge adulte, le temps file en s'accélérant et l’espace continue à se rétrécir :

Mer et montagne sont à portée de roues, les pays lointains, à portée d’ailes,

L’astre des poètes d’une pâleur mortelle avale en grimaçant
des capsules projetées par les terriens impudents.

 

Quadt on devient vieux, l’espace se rétrécit encore, clos  entre quatre murs,

Quatre murs blancs qui se rapprochent sournoisement.

Et un peu plus tard, il arrive une chose inouïe,
Sans aucun témoin pour en faire le récit :
L’espace et le temps disparaissent

Et c’est la fin du monde.

 

Mais en attendant, si on allait prendre l’apéro ?


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Dali : Le cabinet anthropomorphique

 

TIROIRS

 

Dali imagina sur sa toile brune un meuble humain,

Le tronc en tiroirs, un signe sans espoir de la main.

De son regard brûlant il rendit les montres molles,

Montres de gousset coulant lentement vers le sol.

En les voyant couler, chacun aimerait les retenir,

Mais du temps n’est retenu que le souvenir.

 

Ah ! Ranger les traces laissées dans la mémoire

En les conservant chacune dans un tiroir,

Comme des photos rangées dans un coffret,

Et regarder du passé ce que l’on choisirait.

 

Mais les boîtes à souvenirs restent ouvertes,

Les plus beaux s’enfuient et on regrette leur perte,

D’autres nous suivent comme l’ombre de nos pensées,

Et s’infiltrent dans les rêves de nos nuits agitées.



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Vincent Van Gogh " Terrasse du café sur la place du forum"

BIERE AMERE

Il marchait depuis le matin
mais il hésitait à s'asseoir
Il ne lui restait presque rien
mais il avait besoin de boire
attiré par cette flaque de lumière
au milieu de la nuit étoilée
Il avait erré la journée entière
sans trouver à s'embaucher

Il ne souhaitait plus qu’une bière
Assis il regarda les gens passer
Des gens qui se promenaient
en gouttant la douceur du soir
Ils avaient travaillé la journée
et savaient à quoi ils servaient
Lui n'avait plus grand espoir
à nouveau de travailler

Il resta longtemps à la terrasse du café
en buvant lentement la bière amère
Il n’avait pas assez pour régler
De ce jour il entrait dans la misère
Encore solide il était bon à jeter
Alors il se jeta le reste de bière
et puisqu'en marge de la société
il sortit de la flaque de lumière
et entra dans la nuit sans payer

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

  Caravage-diseuse.jpg
Le Caravage « La diseuse de bonne aventure »

DISEUSE
 
Le jeune homme joueur ou crédule
Tend les plis de sa paume à la diseuse,
En espérant qu’elle fera sans scrupule
Le conte d’une destinée fabuleuse.
 
La femme attentive ne regarde pas la main
Mais le visage rêveur de celui qui la tend.
Veut-il vraiment connaître son destin
Dont chacun sait l’aboutissement ?
 
Diseuse, tu peux le faire rêver avant sa mort
D’amours, de richesses et de gloire,
Les rêves ne changeront rien à son sort.
 
Diseuse, raconte-lui de belles histoires,
Les hommes aiment brûler leur présent
Pour de chimériques enchantements.
 
Paul Obraska



 
velazquez-le-bouffon.jpg
Velazquez « Le bouffon de Calabazas »

LE BOUFFON
 
Le regard triste, le bouffon rit
Il est là pour amuser la galerie
Alors il grimace ses pitreries
Et autour les spectateurs rient
 
Il aime entendre leurs rires
Pour lui il n'y a rien de pire
Que l'absence de sourire
Sur le visage sec des sires
 
Car son admirable métier était
De faire paraître la vie plus gaie
Aux flatteurs fortunés du palais
Tourmentés de désirs insatisfaits
 
Le bouffon est là pour les distraire
Il joue le fou gai pour leur plaire
Que ne ferait-il pas pour les satisfaire ?
Il tiendra son rôle comme le fera Molière
 
Peut-être qu'une mort grotesque
Leur paraîtra assez burlesque
Le comédien y est presque
 
Encore un petit effort
Et ils pourront rire de sa mort


Paul Obraska
 
 

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Publié le 7 Janvier 2013

magritte-l-art-de-vivre.jpg

BALLON

 

Il arrivera qu’un jour ou une nuit

Je ne sais où, je ne sais comment

Je serai banni de cette vie

Pour retourner au néant

 

Et le monde ne sera plus

Le monde est fragile, il tient dans le creux de ma main

Je l’aurai retenu comme j’ai pu

En vain

 

Lorsque ma main s’ouvrira comme une fleur fanée

Le monde s’échappera d’un coup dans le néant

Libéré

 

Tel le ballon lâché par l’enfant

Il disparaîtra comme s’il n’avait jamais existé

 

Paul Obraska

 

Magritte : « L’art de vivre »

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Publié le 7 Janvier 2013

schiele_family.jpg

 

Il y a des parents qui aiment leurs enfants

Et des enfants qui aiment leurs parents

Et ceux qui disent qu’il faut s’en méfier

Que tout ça c’est bien bon

Mais qu’il y a sûrement un secret caché

 

Il y a des enfants qui reprochent aux parents

D’être ce qu’ils sont

Il y a des parents qui reprochent aux enfants

D’être ce qu’ils sont

Ça marche de toutes les façons

 

Il y a aussi des orphelins

Avec des problèmes en plus

Et des problèmes en moins

 

Il y a des adultes qui restent enfants

A condition d’avoir encore des parents

Ou une femme pour veiller sur eux

 

 

Il y a des enfants qui ne seront jamais grands

Ils n’ont pas eu le temps de grandir

Et les parents qui perdent l’enfant qu’ils aiment

Ne seront jamais plus les mêmes

Et ne cesseront jamais de souffrir

 

Il y a des parents qui sont petits

Et qui se vengent sur leurs petits d’être petits

Pour prouver qu’ils sont grands

 

Il y a des enfants qui ne seront jamais enfants

Car il y a des adultes qui pour s’enrichir ou jouir

Mettent un adulte dans la peau d’un enfant

Un enfant c’est si petit pourtant

Un adulte c’est grand ça ne devrait pas tenir

Alors quand il est de force dedans

Ils s’en servent salement

 

Et puis il y a les enfants qui tuent des parents

Pour se protéger ou se droguer

Ou faire les malins ou parce qu’ils sont fous

Et des parents qui tuent leurs enfants

Pour s’en débarrasser dans un trou

Ou dans un étang

Ou les congeler

On ne sait jamais

 Ça peut servir

 

Paul Obraska

 

Egon Schiele : « La famille »

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Publié le 7 Janvier 2013

klimt29-dame.jpg

 

LA GARCE

 

Plus je vieillis, plus j’aime la vie.

Mais la vie est une amante

Qui vous quitte quand on vieillit.

Son départ fatal me hante.

 

Je l’ai prise au berceau.

Au début la différence d’âge

Ne se voyait pas trop,

Je la préservais des orages.

 

Mais voilà, la vie ne change pas,

Et moi j’ai peu à peu changé.

La vie ne connait pas le trépas,

Le mien est programmé.

 

Alors la garce va me quitter.

J’espère qu’elle le fera en douceur,

Nous avons été ensemble tant d’années.

Je ne sais pas, elle a tant de froideur.

 

Volage, elle ira vers d’autres amants,

Elle les prendra au berceau comme moi,

Mais ses amants n’auront qu’un temps,

J’espère que la garce me regrettera.

 

Paul Obraska

 

Gustav Klimt : « Dame avec chapeau et boa de plumes »

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Le jour de l’an, le jour le plus mélancolique…

Une année de perdue, une année de retrouvée…degas-melancolie.jpg

 

 

 

 

Edgard Degas « Mélancolie »

 

 

 

 

UNE ANNEE

 

C’est l’hiver

Le ciel est blanc, il fait froid

Une année a été mise en terre

Les gens nauséeux pressent le pas

 

Bientôt le printemps

Les arbres enfin verts coifferont squares et avenues

Leurs fleurs fragiles ne resteront pas longtemps

Leurs fins pétales pointilleront les trottoirs des rues

 

Puis viendra l’été

La chaleur dénudera les jeunes femmes de la cité

Leur corps sous les tissus fins sera à peine voilé

Elles s’ensoleilleront aux terrasses des cafés

 

Et s'allumera le bûcher de l’automne

Les feuillages s’embraseront de leur éclat agonique

Les feuilles que les arbres dénudés abandonnent

Donneront aux rues de la ville des teintes magiques

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

klimt-la-vie-lamort.jpg

Gustav Klimt « Mort et Vie »

 

MORT ET VIE

 

Dans un coin, la Mort attend,

Patiente et têtue.

Elle a le temps.

 

Son squelette cliquetant revêtu

D’une longue robe chamarrée

D’une sombre étoffe crucifère.

 

Elle contemple, le crâne penché,

Les futurs habitants du cimetière

Sans cacher sa concupiscence.

 

Les humains se tiennent serrés,

Comme pour assurer leur défense,

Pyramide de corps enchevêtrés.

 

Leurs paupières sont déjà fermées.

Sont-ils morts ou toujours vivants ?

Les femmes ont le visage attendri,

 

Serrées contre le corps de l’enfant,

Qu’elles aimeraient protéger de la nuit.

Et l’amant enveloppe son amante.

 

Seront-ils plus forts les corps confondus ?

Protection aussi dérisoire qu’émouvante

Contre la Mort se tenant à l’affût.

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Schiele F renversées det

Egon Schiele « Femme renversée »

 

A L’ENVERS

 

La tête en arrière

Le monde renversé

Renverser le temps

Les yeux bien ouverts

Revivre à l’envers

Effacer le présent

Remonter le passé

Tout recommencer

La main sur ce cœur à prendre

Dans ce corps trop pris

Des mots à entendre

Dans le désordre du lit

Les pensées chavirent

Dans la tête renversée

Mais la femme soupire

Il est temps de se lever

De reprendre la vie

Où elle l’a laissée

Fini de rêver

  

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013



Pablo Picasso "La tragédie"

COMMISERATION

 

Un homme disait n'importe quoi

Il disait qu'il était heureux

Sans la moindre preuve

Ça va de soi

Dire que l'on est heureux !

Pas étonnant que les gens s'en émeuvent

L'être peut-être mais le dire !

Et à des gens qui ne le sont pas

Ou qui ne parlent que du pire

Ou sont peut-être heureux

Mais ne le savent pas

Ou le cachent bien

Pour ne pas provoquer le destin

Montrer que l'on est heureux

Ce n'est pas malin

C'est de la méchanceté

Ça rend les autres un peu malheureux

 

Alors les gens attendent d'être vengés

Oh ! sans se l'avouer

Ils ne sont pas envieux

Qu'allez-vous penser !

Ils guettent seulement l'homme heureux

Ses yeux rieurs et son sourire

En espérant le voir s'évanouir

Ils guettent l'ombre d'une peur

Ils guettent un petit soupir

Ils guettent un petit malheur

Parce que le malheur ça arrive tout le temps

Alors ils attendent le moment

Patiemment

De le plaindre de tout leur cœur

En écrasant une larme en soupirant

De bonheur

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Constantin Korovin "Un pauvre tir"

LE CHASSEUR

 

Qu'il est doux le chasseur

Qui fait peur aux oiseaux

En tirant à terre

Et le nez en l'air

Les regarde s'envoler

Un envol d'oiseau

Est bien plus beau

Qu'un oiseau tué

Météorite de chair

Le sang sur les ailes

Empêche de voler

Le sang qui s'en va

Ne rend pas plus léger

Il est si lourd sur les corps

Qu'il les écrase sous son poids

Les couche contre terre

Et même

Le sang qui s'en va

Les fait entrer dedans

Le sang n'est pas fait pour être dehors

Il est fait pour tourner

Dans une valse à trois temps

A l'abri bien au chaud

Et dehors il fait toujours froid

Il ne fait jamais un temps

A mettre le sang dehors

Et pourtant

Il sort


Paul Obraska 

 

Salvador Dali "Le voyeur"


LE VOYEUR

 

A travers ses lunettes

A travers sa fenêtre

A travers son écran plat

Le voyeur voit les autres

Ça ne le concerne pas

Ça n'arrive qu'aux autres

Il n'intervient pas, il compatit

Même s'il a parfois de la peine

Un spectateur reste assis

Et ne monte pas sur scène

 

Devant l'accident, il ralentit

Les tôles froissées, les valises éventrées

L'intimité étalée sur la chaussée

Un cadavre et une flaque de sang

Fascinant, de quoi émouvoir

Et passer son chemin

Ça n'arrive qu'aux autres

 

Un désespéré tordu sur le trottoir

Comment peut-on se suicider ?

Un clochard sentant le vin

Peut-être un drogué, un vaurien

Comment peut-on se droguer ?

Ça n'arrive qu'aux autres

Pas aux siens

 

Et les agressions, le sadisme, le viol

C'est à la télévision

Pour donner le frisson

Entre deux réclames frivoles

La faim, la misère

Les tortures, les bombes, les tueries

Et les guerres, les putains de guerres

Ça n'arrive qu'aux autres

Loin d'ici

 

Et la maladie, le fauteuil roulant, la mort

Ça n'arrive qu'aux autres

Quoique...

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Camille Pissaro "Jeune paysanne portant un chapeau"


LA SOUPE A LA CAMPAGNE

 

C'est beau la nature

C'est beau la verdure

Un peu ennuyeux peut-être

Que faire de ce calme champêtre ?

Que faire sinon se promener et penser

Penser fatigue bien davantage que marcher

Alors on regarde autour, mais il n'y a rien à voir :

Des champs verts à perte de vue ornés de corbeaux noirs

Et des bovins qui mâchent entre leurs pattes leur pâte à mâcher

On regarde les vaches qui daignent un regard mou en vous voyant passer

 

Les poumons étonnés aspirent à pleines narines le pollen emporté par le vent

On crotte ses souliers de ville dans la terre boueuse mâtinée d'excréments

Les fourmis en cavale vous courent dessus si l'on s'assoie sur une racine

On surveille d'un œil inquiet le vol hésitant des guêpes assassines

On chasse les mouches qui trempent leurs pattes n'importe où

Les molosses découvrent leurs crocs et tirent la laisse au cou

Vigiles attachés aux fermes que l'on observe sans entrer

Avec les poules caquetantes occupées à becqueter

Dans la boue aux rigoles serpentines de purin

Et sous les abois on passe son chemin

 

Et toi jeune paysanne de Pissarro

Qui porte si joliment ce chapeau

Tu as l'air aussi triste que rêveuse

Les mains déjà rougies et calleuses

Tu rêves peut-être de la ville où l'on ne voit plus la terre

Et où les fleurs sages sont en rang dans des parterres

Où l'herbe disciplinée est enfermée dans des grilles

Où tu n'auras plus l'ennui de souper en famille


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013



Gustave Caillebotte "Intérieur"


ENNUI

 

La femme debout regardait par la fenêtre fermée

Elle regardait sans regarder

Elle ne se souvenait pas de son dernier rire

Et poussa un discret soupir

Son époux était dans son dos

Il lisait son journal sans dire mot

Installé dans son fauteuil

Il tournait les grandes feuilles

Dans un bruit de papier froissé

Faisait-il semblant d'être absorbé ?

Quel ennui !

Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri ?

Elle avait des choses à dire

Mais pourquoi les dire ?

Il n'écouterait pas

Des enfantillages encore une fois

Dira-t-il d'un air indulgent

En abaissant son journal brièvement

Alors elle eu un petit rire silencieux

En s'imaginant dans un geste malicieux

Faire avaler son journal au triste mâle

Content de lui

Qui lui servait de mari


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Giovanni Bellini "Portrait d'un condottiere (Giovanni Emo)


POUVOIR

 

Admirez mes lèvres pincées, mon visage sévère,

Mes rides du front, mon regard arrogant,

Ma fière allure de condotierre !

Je suis important.

 

Les autres m'obéissent et j'aime commander,

Tous me craignent, je suis puissant,

Je suis cruel, je suis sans pitié !

Je suis important.

 

Mais comme vous, je cache des vices,

J'éructe et je lâche des vents,

Je défèque et je pisse.

 

Je ne suis qu'un sac de viscères.

Je terminerai en poussières.

Suis-je important ?


Paul Obraska 


 


  Le Caravage "Narcisse"



NARCISSE

 

Narcisse contemple son visage si beau

Dans la fontaine à l'eau si claire

Un reflet liquide sans défaut

Qui ne cesse de lui plaire

 

Il ne détache plus son regard

De cet autre si semblable

Image aimée insaisissable

Dans l'eau lisse du miroir

 

Repoussant celles qui l'aiment

Il dépérit de désespoir

Seul avec lui-même

Prisonnier du miroir

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Publié le 7 Janvier 2013

 

PORTRAITS IV

Robert Campin (1430)

PORTRAIT DE FEMME

 

 J'aurais aimé être ce peintre inspiré

Pour caresser de mes pinceaux

Ton visage par la grâce épuré

Que montre ce tableau

 

M'appliquer sur tes lèvres pulpeuses

M'attarder sur tes yeux rêveurs

Frôler de couleurs ta peau soyeuse

Et vouloir retirer ce voile de sœur

 

Depuis le lointain Moyen Âge

Cette toile a traversé le temps

Pour nous offrir l'image

De tes premiers printemps

 

Ton corps depuis longtemps a disparu du linceul

Mais tu vis encore dans la toile du passé

L'artiste inspiré à lui seul

T'a donné de l'immortalité


Paul Obraska 


Félix Vallotton "Portrait de la femme au chapeau noir"

LE CHAPEAU

 

 

Elle avait gardé son chapeau

Orné d'un ruban rose et blanc

Elle avait gardé les yeux clos

En retenant d'une main

Sa robe négligemment

Elle avait dévoilé distraitement

Un sein

Et recouvert par malice son voisin

La poitrine découverte couronnée

De l'ovale d'or d'un fin collier

 

C'était le chapeau gardé sur la tête

Qui avait rendu ce sein si nu

Et les paupières closes qui avaient rendu

Ce visage si serein, la pose si coquette

Et la femme offerte si prête


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

magritte42.jpg
René Magritte "La géante"

LA GEANTE
 
L’homme dans sa vie d’errance
Rencontra un jour une géante
La femme inattendue, immense
A la nudité impressionnante
 
Le regard de l’homme stupéfait
Suivit les hautes colonnes galbées
Qui montaient, montaient, montaient
Jusqu’au triangle aimé des perditions
Jusqu’à l’ample nid de l’Humanité
 
L’homme qui ne cherchait que sa satisfaction
Posa son regard sur les sphères du désir
La femme géante leva les bras
Et lassée poussa un soupir
En révélant ses appâts
Comme une invitation
 
Se voulant dominateur même d’en bas
L’homme chercha son regard en vain
La femme détourna les yeux avec ostentation
Un peu méprisante
Le regard lointain
 
La femme n’était pas géante
C’est l’homme qui était nain

Paul Obraska
 
AUX FEMMES
 
Femmes exposées nues à chaque coin de rue
Femmes rendues honteuses au corps masqué
Femmes épousées de force par des inconnus
Femmes abandonnées une fois engrossées
Fillettes au sexe mutilé pour ne pas jouir
Filles coupables d’avoir été violées
Femmes contaminées sans pouvoir rien dire
Femmes battues pour une soupe en retard
Femmes tuées dans des relents d’alcool
Filles impubères vendues aux vieillards
Fillettes assassinées après l’école
Femmes prostituées que l’on met au pas
Filles esclaves de gens sans parole
Femmes-bétail juste bonnes à mettre bas
 
Femmes cachées, forcées, répudiées, vendues
Femmes, exploitées, prostituées, battues,
Femmes violées, mutilées, tuées
Au nom des hommes demeurés
Au nom des hommes sans nom
Je vous demande pardon

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Brulloff-miroir.jpg  Karl Brulloff "Svetlana devinant son futur"

MIROIR
 

Une jeune femme inquiète regarde son image

Cette image qu’elle aime sans cesse regarder

Le miroir lui offre encore un beau visage

Qu’elle ne peut s’empêcher de voir laid et ridé  

Dans le miroir un étranger me regarde étonné

Cette face inversée est pourtant la mienne

Ce n’est pas celle que j’aurais imaginée  

Et jamais les mêmes traits ne reviennent  

Le miroir comme une horloge implacable

Reflète peu à peu de cruelles apparences

Et même la tristesse de se voir semblable  

Ceux qui se mirent avec complaisance

Devraient garder leur image en mémoire

Et briser sans tarder leurs aimables miroirs

Paul Obraska



 

PORTRAITS II


Manet "La mort du toréador"

 

 LE DORMEUR DE L’ARENE  

C’est une arène ocre bordée d’étables.

La clameur lentement s’est retirée,

Comme meurt une vague sur le sable.

La foule regarde en silence, fascinée.  

Le toréador allongé sur son échine,

Tranquille, la tête tournée de côté,

Une main repose à plat sur sa poitrine,

Celle qui tenait son épée abandonnée.  

Il paraît endormi, il a terminé son rôle,

La cape au sol comme un drapeau vaincu,

Une flaque de sang près de son épaule,  

Du sang que l’ocre de l’arène a déjà bu.

Sable sanglant, jaune et vermeil

Comme le drapeau hispanique et le soleil.

Paul obraska
    polenov-le-conteur.jpg Vasiliy Polenov "Portrait du conteur Nikita Bogdanov"

LE CONTEUR
 

Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

Le conteur s’en va par les chemins boueux

Des chiffons couverts de paille aux pieds

Revêtu de ses hardes déchirées de gueux  

C’est un roi qui va de village en village

Reçu avec joie dans chaque chaumière

Les serfs offrent eau et pain en partage

Et les animaux la tiédeur des litières  

C’est un roi sans terres et sans bagages

Son royaume sans limite est celui des rêves

A la veillée la flambée éclaire les visages

Tournés vers le conteur qui parle sans trêve  

Il allume des étoiles dans les yeux de chacun

Elles illuminent pour un soir leur vie sacrifiée

Les contes terminés et quand l’âtre s’éteint

Les serfs sur leurs paillasses continuent à rêver  

Demain le roi en guenilles reprendra le chemin

Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

Il ira de village en village le bâton à la main

Partager son royaume de rêves éveillés

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Chaim Soutine "Deux enfants sur la route"


DEUX ENFANTS

 

Ils sont seuls

Les deux enfants sur la route

Au milieu des champs labourés

Le garçon est l'aîné

Il tient par la main la petite fille

Et elle tient un petit panier

Que font-ils seuls sur la route 

Ont-ils une famille 

Ils ne vont pas à l'école

Ils n'en reviennent pas

Les enfants ça ne se promènent pas

Quand ils sont seuls ils jouent

Eux ne jouent pas

Alors que font-ils seuls

Sur la route à pied

Au milieu des champs labourés 

Çà n'a pas de sens

Mais la vie a-t-elle un sens

Pour deux enfants abandonnés

Seuls sur la route

Sans savoir où aller


Paul Obraska 

 

Chaim Soutine "La petite fille à la poupée"


LA POUPEE

 

Assise dans un fauteuil de bois

La petite fille de Soutine

Entoure de ses bras

Une poupée à triste mine

 

Pourquoi la poupée pleure-t-elle 

Sait-elle qu'elle sera un jour jetée

Démembrée dans une poubelle

Quand la petite fille aura cessé de l'aimer 

 

Et pourquoi la petite fille

A ce regard angoissé 

Est-elle sans famille 

Est-elle abandonnée 

 

Elle craint peut-être un jour de l'être

Peut-être viendra-t-on un jour la prendre

Des étrangers peut-être

Qui feront d'elle des cendres

 

Son sort sera-t-il celui de la poupée

Qui pleure déjà entre ses mains

Avec la peur de ne plus être aimée

Avec la  crainte de son destin

 

Si vous voulez sentir votre fragilité

Regardez les yeux des poupées


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

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Pierre Bonnard "Sieste"



CHALEUR

 

Il fait chaud

La femme nue assoupie

Etreint le lit

La tête dans ses bras en berceau

 

Il fait chaud

Le corps découvert alangui

Dans la beauté de son impudeur

Dans le charme de sa candeur

 

Une heure de sommeil

Volée sur la nuit

A l'ombre de la chambre fleurie

Dehors le soleil

Frappe sur les volets fermés

 

Au pied du lit

Les vêtements éparpillés

De trop

Et un chien endormi

 

Il fait chaud

La femme s'est s'abandonnée

Nue

Sans retenue

Dans la chaleur de l'été


Paul Obraska 

 

 Pierre Bonnard "Homme et Femme"


APRES

 

L'homme nu debout à l'écart se rhabille déjà

Sans un regard pour la femme sur le lit défait

La femme assise nue est laissée là

Dans le silence de l'après

La tête basse

Mélancolique

Impudique

Lasse

 

Qu'attend-elle ? De la tendresse ?

L'homme a eu ce qu'il voulait

Ce qu'il attend d'une maîtresse

 

Mais peut-être n'est-il pas satisfait ?

Peut-être vont-ils se quitter

 

Alors la femme reste nue sur les draps

Comme une coquille vide abandonnée

Une main sur une cuisse et une jambe repliée

Le talon devant son sexe qu'elle ne couvre pas


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Pierre Auguste Renoir "Jeune fille peignant ses cheveux"


RIDEAU

 

Que c'est beau

Ces longs cheveux de femme défaits

Qui tombent comme un rideau

Sur un visage sans apprêt

 

Qu'il est fier

Ce mouvement de tête têtu

Qui ramène les cheveux en arrière

Et révèle le visage un instant disparu

 

Dehors le vent joue au magicien

Quand il tire un rideau ajouré

Sur les beaux visages féminins

Puis  le soulève sur leur clarté

 

Et les hommes sont séduits par ce jeu

De la tête, du vent et des cheveux

Par le visage changeant de la féminité

Un jour lumineuse le lendemain voilée


Paul Obraska




Pierre Auguste Renoir "Gabrielle avec la boîte à bijoux"


BIJOUX

 

Dans les cités fantômes ensevelis sous la terre

On trouve comme des bouts de soleil dans la boue

Enchâssés dans le sable comme des éclats de verre

Les bijoux

 

Ils ont appartenus à des beautés antiques

Ces bracelets aux poignets et ces chaînes aux cous

Des douces chairs fantômes ce sont les reliques

Les bijoux

 

Des femmes qui portaient ces boucles d'oreille

Aussi intimes avec leur corps que des dessous

De leur séduction il reste ces merveilles

Les bijoux

 

On se prend à rêver devant le métal ciselé

A son dur éclat d'or sur des corps si doux

Au parfum évanoui qui devait escorter

Les bijoux

 

Comme s'étonner que les femmes les aiment

Que leurs yeux brillent devant l'éclat des cailloux

Ils sont un peu d'elles-mêmes

Les bijoux


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Berthe Morisot "La lecture"


LECTURE

 

Jeune fille absorbée dans le livre ouvert

La page blanche éclaire ton visage pur

Tu es partie légère dans un autre univers

Transportée dans des rêves par ta lecture

 

Un monde imaginaire se déroule dans tes mains

La page peuplée de petits signes noirs

T'emporte loin des plantes du jardin

Dans le récit muet de belles histoires

 

On ne sait dans quel monde t'emporte ta lecture

Les petits signes noirs se pressent en rangs

Et te donnent les clefs des serrures

 

Pour voyager dans l'espace et le temps

Tu as dans tes mains de la pure magie :

Le livre jette un charme, celui de l'oubli


Paul Obraska 

 

 Sir John Everett Millais "La fille aveugle"


L'ENFANT RACONTE

 

Et l'enfant raconte le lourd ciel assombri

Au-dessus de la maison aux tuiles rouges

L'étal en arc dans les gouttes de pluie

Des entrailles de lumière, du violet au rouge

 

Elle raconte l'herbe piquée de noirs oiseaux

L'accouplement des fleurs et des papillons

Et le museau humide enfoui des animaux

Les pattes dressées dans la pâture à foison

 

Elle raconte les arbres comme des naufragés

Perdus au milieu des vagues douces du champ

Et la lumière des flaques d'eau à leurs pieds

 

L'aveugle attentive écoute les paroles de l'enfant

Elles bâtissent le monde, mais le nom des couleurs

Réveille en elle le sombre regret d'un ancien bonheur

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Marc Chagall "Autoportrait avec Muse (rêve)"


LA MUSE DE CHAGALL

 

 

L'âne, le bœuf et l'agneau aux yeux sereins

Offrent leur chaleur innocente aux humains

Le coq pointe son bec aigu aux épousailles

La mariée blanche fleurie de bleu

Est prête dans son bel attirail 

Les mariés s'envolent dans le ciel bleu

Comme des feuilles mortes

Que le vent amoureux emporte

 

Les bêtes se mêlent aux hommes

Et les hommes au ciel et le ciel à la terre

Dans les volutes d'azur d'un maelström

Les corps ondulent en apesanteur dans l'air

 

Des flammes de bougie sortent des maisons de bois

Sang sur la neige étalée comme une robe de mariée

On ne sait pourquoi

Un peu déplacé

Surgi de loin, de n'importe où

Un christ triste sur sa croix

Peut-être là pour se faire pardonner

Mais le violoniste le bois contre la joue

Ne le regarde pas

Les petites gens affolés

Courent en tous sens

Ne le regardent pas

Dans l'indifférence de leur souffrance

Eux aussi portent leur croix

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Sir John Everett Millais "Bulles"

LA BULLE

 

Une petite merveille ronde

Naît de la pipe du gamin

Démiurge aux petites mains

Il vient de créer un monde

 

La belle bulle de savon irisée

Courbe les reflets de lumière

S'élève gracieuse et légère

Au-dessus de l'enfant étonné

 

S'il est fier, il parait s'inquiéter

Encore combien de temps

Sa merveille va-t-elle durer ?

 

Il sait qu'elle va bientôt crever

Résigné, il attend ce moment

Et se tient prêt à la remplacer

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

degas17
Edgar Degas « Absinthe »

 

LE LIEN

 

Regard perdu dans un rêve désabusé

La femme d’une tristesse épaisse

Devant la liqueur opaline entamée

Ses épaules lasses s’affaissent

Ses bras pendent fatigués

L’homme fume le regard ailleurs

Etrangers

Attablés ici pour vider leurs heures

L’absinthe réunit le couple amer

Côte à côte sans se toucher

Pour vider quelques verres

Pour se noyer l’esprit

Chacun perdu et solitaire

Les deux recherchent l’oubli

Encore une fois devant un verre

Ensemble et désunis

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

chagall paris
Marc Chagall : « Paris par ma fenêtre » 1913
.

 

CHAGALL A PARIS

 

Venu des plaines et des lacs du nord

Il vole au-dessus de la ville tricolore

Mais il emporte dans sa mémoire

Le couple couché sur le brouillard

 

Des wagons roulent à l’envers

Leurs couples de roues en l’air

Sur une chaise des fleurs coupées

Dressées comme des épis de blé

 

Sur le bord de la fenêtre

Il offre au chat un visage humain

De ses rêves colorés vont naître

Êtres volants et mariés chevalins

 

Homme au double visage

Un cœur naïf dans le creux de la main

Un regard en arrière vers son village

Il restera unique sur son chemin

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


Egon Schiele : "Le danseur"


LIBERATION

 

Il avait bu, lui qui ne buvait jamais

La face cramoisie levée vers les cieux

Les bras tendus vers l’espoir, il criait

Et pleurait et riait les larmes aux yeux

 

Il tournait et dansait et titubait sur un pas maladroit

Les spectateurs bienveillants soutenaient sa danse

Le funambule déséquilibré, saoul d’alcool et de joie

Passait de l’un à l’autre pour embrasser l’assistance

 

Il finit par tomber de tout son long, épuisé

Resta le dos à terre, les bras en croix

Poitrine haletante, ne pouvant plus crier

 

De sa voix cassée, il répétait pour lui :

« On est libéré, les Américains ont débarqué….

Les Américains ont débarqué, c’est fini… »

 

 

Paul Obraska

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013



Salvador Dali « Portrait du frère mort »

 

PAPIER GLACE

 

Vieilles photos sur papier glacé

Vous avez la froideur des natures mortes

Fantômes foudroyés du passé

Que l’oubli à nouveau vous emporte

 

Mirage des bonheurs perdus

Sourires figés dans la glace du papier

Immuables dans le temps suspendu

Papillons de couleurs épinglés

 

Les revenants glacés nous dévisagent

Avec le choc de leurs anciens visages

Dans une époque à jamais révolue

 

Les souvenirs soudain libérés

Surgissent, cruels, sous la lumière crue

Pour nous montrer ce que nous avons été

Pour redonner chair aux disparus

Dont il ne reste que papier glacé

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013



Joan Miro « Tête d’homme »

 

TÊTE A TÊTE

 

Qu’y a-t-il dans une tête?

Des pensées, plein de pensées

Les unes poussent les autres

Les autres naissent des unes

Rien ne les arrête

Des pensées en pagaille ou du prêt à penser

Chaque seconde du matin jusqu’au soir

Et même la nuit la tête est envahie

De pensées qui prennent leur liberté

 

Car le jour la tête se parle à elle-même

En tête-à-tête

Un monologue bavard

Oh ! Le plus souvent ce sont des pensées ordinaires

Sans intérêt et plutôt bêtes

Comme : « Ai-je fermé la portière ? »

Ou « J’ai mal au dos » ou « Je suis en retard »

 

La pensée persiste même dans une tête vide

Bien que fixe une pensée unique tourne en rond

Elle occupe l’espace, la tête a horreur du vide

Ou alors c’est la fin pour de bon

Et puis il y a les pensées qui rouillent à force de tourner

Elles prennent la tête et brouillent les autres pensées

C’est parce qu’elles cherchent parfois une solution :

Dans les têtes qui se posent des questions

 

Car la tête peut avoir de profondes pensées

Comme : « Qui suis-je, d’où viens-je, où vais-je ? »

Les pensées profondes sont des questions sans réponses

La profondeur est telle que la tête perd pied

Et prise de vertiges elle s’enfonce

Avec ses lourdes pensées

 

Mais la tête est parfois pleine de réponses sans questions

Comme : « Je crois en Dieu » ou « Je possède la vérité »

Dans une tête les réponses toutes faites sont redoutables

Elles ne sont pas discutables

Elles ne se posent pas de questions

Elles sont acquises pour toujours

Et occupent la tête comme dans les rêves la nuit

Mais les pensées de nuit ne sont pas faites pour le jour

 

Et puis il y a les pensées sordides, les pires

Elles sont tapies au fond de la tête

Elles ne demandent qu’à sortir

Toujours prêtes

Elles attendent l’occasion

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

  

PORTRAITS XIX


Chaim Soutine « La folle »

 

LA FOLLE

 

Je suis folle

Ma bouche rouge prête à mordre

Ça se voit non

J’ai la face en désordre

Rien ne colle

Rien n’est bon

Les moitiés de mon visage ne s’emboîtent pas

De guingois

Mes yeux sont deux billes de noirceur

Elles n’ont pas la même grosseur

Un gros sourcil et l’autre effacé

Un nez écrasé de boxeur

Mes cheveux jamais peignés

Et mes doigts qui n’ont pas assez de paume

Et vous avez vu sur ma tête

Mon chapeau pointu de gnome

Vert

N’est-ce pas la preuve que je suis folle

C’est ainsi que Soutine m’a faite

De travers

Mais avec mes yeux inégaux de folle

Je vous regarde sans détourner la tête

Vous fuyez mon regard

De folle Indiscrète

Sans égard

Je me moque de ce que vous pensez de moi

Et je vous vois tels que vous êtes

Et je ne vous envie pas

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

  

PORTRAITS XVIII


Pablo Picasso « La buveuse d’absinthe »

 

 

EVE BRÛLEE

 

Coule maudite absinthe

Telle une eau brûlante

Pénètre la femme éteinte

Cendres mortes et mort lente

Cloporte des bars assassins

Assise mains tremblantes

Bras croisés sur ses seins

Tête lourde sur une main

Les yeux comme des fentes

Regard lointain perdu ailleurs

 

Les petites gorgées brûlantes

Brûlent amertume et rancœurs

Réchauffent la femme éteinte

Remuent ses cendres vacillantes

Ferment ses paupières peintes

 

Et elle part à la dérive

Emportée et captive

Elle est Eve, elle fut la beauté

Dans ses rêves elle sourit, édentée

 

Et les hommes évitent son regard

Regardent à la dérobée

S’ils rient de leurs écarts

Ils pleurent sur Eve brûlée

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Egon Schiele "Lutteur" 1913


LUTTEURS

 

Contre qui contre quoi

Le lutteur de Schiele jeté dans l’arène

Est-il tendu aux abois

Avec ce regard de peur et de haine

 

Son visage aigu comme une lame

Sa bouche comme une goutte de sang

Sa main en griffe comme une arme

Le corps replié pour bondir en avant

 

Il est né la veille de la Grande Guerre

Où les corps harnachés se sont affrontés

Pour mourir au fond des cratères

 

Dans les fosses grouillantes des tranchées

Les corps des lutteurs côte à côte terrassés
Les sangs des ennemis s’unissant à la terre

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Joannes Vermeer "Le verre de vin"


TENTATION

 

L'homme attentif la main sur le carafon

Regarde la belle boire le premier verre

Celui qui ouvre la porte des tentations

Et la jeune fille naïve se laisse faire

 

L'homme est si beau et si prévenant

Ses yeux bruns si doux et caressants

 

Elle boit le verre de vin clair

Ses joues se colorent de rose

Elle sourit en reposant le verre

Et se sent d'un coup moins morose

 

L'homme est si beau et si prévenant

Ses yeux bruns si doux et caressants


Paul obraska 



Joannes Vermeer "La jeune fille au verre de vin"


IVRESSE

 

L'homme tentateur penché sur la belle

L'invite encore à boire un verre de vin

Sourire perfide et mots de miel

Il le pousse doucement de la main

 

Et la belle enivrée sourit béatement

Alors qu'un compère venu entre-temps

Fait semblant de dormir dans un coin

Pendant que son ami prépare le chemin

 

Je sens que cette histoire va mal finir

Je ne veux pas en voir la fin

Et me retire plutôt que de médire


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Giacometti-l-homme-en-marche.jpgL’HOMME  EN MARCHE

 

L’homme en marche

Marche d’abord d’un bon pas

Energiquement

Il ne sait pas pourquoi il marche

Il ne sait pas ce qui le pousse à marcher

Il ne sait pas où il va vraiment

Mais il continue à marcher

Bêtement

 

Le monde autour de lui défile

Il reste le même immobile

Mais il sent avec étonnement

Que plus il marche plus il s’épuise

Et plus il s’épuise

Plus il sait où il va vraiment

Fatalement

 

Mais qu’importe le chemin

L’essentiel est de marcher

Qu’importe la fin

L’homme marche le buste penché

Il marche pour ne pas tomber

 

Paul Obraska

 

Giacometti « L’homme en marche »

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Publié le 7 Janvier 2013

 

 

vermeer jeune femme lisant une lettre devant une fenêtre oLA LETTRE

 

Papier gravé de mots

Message d’un instant

Envoi d’un passé clos

Retenu dans le temps

 

La lettre venue de loin

Postée dans le devenir

Repose dans tes mains

Comme un souvenir

 

L’homme que tu aimes

Et qui tenait la plume 

Est-il toujours le même ?

 

Les passions se consument

En laissant des amours

Leur encre d’amertume

 

Paul Obraska

 

Vermeer : « Jeune femme lisant une lettre devant une fenêtre ouverte »

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Publié le 7 Janvier 2013

dali1-H-invisible.jpg

Dali : "L'homme invisible"

 

L’HOMME INVISIBLE

 

Dans la pénombre vit un homme.

Il n’est que ce qu’il consomme,

Alors  peu à peu son ombre s’efface,

Pour disparaitre aux yeux de ses pareils,

Invisible corvéable perdu dans la masse.

 

Ce ne sont pas les rayons du soleil

Qui diffusent dans le  carré de lumière,

La lucarne donne sur un mur lumineux.

Un monde parallèle se cache derrière,

Un monde virtuel éclaté en mille lieux,

Et les humains invisibles restent assis,

Le subissent ensemble ou s’oublient.

 

Dans leur solitude fascinée,

Ils regardent pour regarder,

Ou entendent ce qu’on leur dit.

Parfois leurs doigts tapent avec rage

Pour lancer des salves de mots écrits

Sur les fils, en échangeant leurs pages.

Dans la pénombre et le silence habité,

Dans cet univers bruissant d’images,

L’homme de chair s’est désincarné.

 

 

Paul obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

PORTRAITS XXVIII

Lucian Freud « La jeune fille et le chaton » 1947

 

 

DOUTE

 

Douce jeune fille aux yeux rêveurs

La main serrée sur le cou tu hésites

Entre pulsion et peur

Mais si tu veux le faire

Alors fais-le vite

Le chaton laisse faire

 

La main qui l’étrangle

Est celle de sa maîtresse

Ses doigts comme des sangles

Sont ceux de ses caresses

 

Alors il ne risque rien                                                                                                                     

Mais pourquoi ce silence ?

Sa maîtresse serre sa main

Le chaton perd confiance

 

Et si elle l’étranglait tout de même ?

On n’est pas à l’abri de ceux qui vous aiment

 

 Paul Obraska

 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

picabia Deux femmes aux pavotsINTIMITE

 

Deux femmes seules se croient à l’abri

Et se déshabillent derrière les pavots

Nous les voyons retirer leurs habits

Par la fenêtre indiscrète du tableau

 

L’une achève de se dévêtir par le haut

Ses seins lourds nimbés de lumière

Les bras dans un geste de flamenco

Yeux clos, elle est prête la première

 

L’autre, le visage penché dans l’ombre

Les doigts  sur une boucle rebelle

Le flot défait de ses cheveux sombres

Impatiente de rejoindre sa belle

 

Paul Obraska

 Francis Picabia : « Deux femmes aux pavots »

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Publié le 7 Janvier 2013

Bonnard-le-chat-blanc.jpg

JALOUSIE

 

L’homme furieux renversa l’assiette du chat

En feulant le félin de ses yeux fendus le fixa

La femme leva les yeux où perlait une larme

L’homme furieux jeta le livre que lisait la femme

Et les mots roulèrent comme des perles désunies

 

Le chat se réfugia dans les bras de la femme

Et demanda : « Pourquoi cette furie ? »

« La jalousie » fit la femme en caressant le chat

« De moi ? » questionna le chat en ronronnant

« Non » répondit la femme fidèle en soupirant

Et le chat fit le gros dos, sortit ses griffes et grogna

 

Paul Obraska

 

Pierre Bonnard : "Le chat blanc"

 

 

  

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Publié le 7 Janvier 2013

schiele agony

 Egon Schiele "Agonie"

 

AGONIE

 

L’agonisant sur son grabat

A déjà enfilé son crâne de squelette

Sa peau a abandonné sa tête

Noyé dans des couvertures en amas

Aux couleurs vivantes et colorées

Ses mains veulent peut-être prier

Mais il n’est plus là

Il n’a plus peur

Il est ailleurs

 

Le prêtre à tête de boxeur en colère

Couronnée de sa tonsure

Sa barbe noire en jugulaire

Il prend, il ceinture

Dans le cercle de ses bras écartés

Tête basse prêt à foncer

Son œil globuleux fixé

Sur l’âme de l’agonisant

Il veille plus qu’il ne prie

Il surveille le mourant

Il est à lui

 

Mais l’agonisant s’est échappé

Il est trop tard

Il n’est plus à personne

Il n’est nulle part

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

BRUMES
 
Brumes sur la ville, panaches frêles
Gomment les contours, effacent la laideur
Ville dans un rêve, ocre dans le ciel
Qui saura effacer nos douleurs ?
 
Brumes sur la ville, ocres souvenirs
Contours tranchants de nos peines
Rien ne peut les adoucir
Ensevelies, elles coulent dans nos veines
 
Angoisse, brume du malheur
Efface l’espoir
Gomme les joies, noircie nos heures
 
Ville dans la brume, fantôme du soir
Le monde s’évanouit dans le brouillard
Reste la peur 


Paul Obraska

    DSC00493.JPG

 
 

NOVEMBRE AU SACRE-COEUR  

Les chansons nées au-delà des mers S’élèvent des marches du Sacré-Cœur Les notes de guitare glissent  sur les pierres Et enveloppent  la voix du chanteur   Les gens assis près des notes de guitare Eblouis par le soleil froid de Novembre Regarde Paris lointain sous le brouillard Et les arbres d’automne semés d’ambre   Les gens venus d’au-delà des mers Dans ce fantôme d’été en Novembre Se sourient dans la douce lumière   Des photos en couleurs plein l’appareil Ils fredonnent sur les marches de pierre Le visage aux rayons obliques du soleil 

Paul Obraska


 
    
 

PLACE DU TERTRE

 

Place du Tertre gorgée

De promeneurs placides

Les parasols au reflet blanc bleuté

Ouvrent leurs corolles translucides

 

Venue de la blancheur du ciel

La lumière de décembre fait merveille

A travers une trouée de ruelle

Elle retouche les toiles d'un peu de soleil

 

Devant les rangées de croûtes touchantes

Les touristes cassent leur croûte aux cafés

Les artistes abordent la planchette tentante

Les blondes étrangères rubicondes à croquer

 



Paul Obraska

 

  guitare-3.JPG


POUR
 

Une butte pour montagne Paris pour plaine Une vigne pour campagne Une église pour reine   Des escaliers pour rues Des marches pour bancs Des vivants pour statues Des morts pour talents   Des habitants pour mémoire Des copistes pour artistes Des défilés pour boire Des restaurants pour touristes   Des autos pour carrousel Un ascenseur pour rails Des caméras pour bretelles Des photos pour mitraille   De la pacotille pour Afrique Des quêteurs pour musiciens Des rengaines pour musique Des jouets pour trains   Des pavés pour nos pas Des ruelles pour nos yeux Une épaule pour mon bras

Montmartre pour nous deux

 
Paul Obraska


Place.-Les-3-photographes.JPG
 
 

LE BATEAU-LAVOIR 


Sur la place Emile Goudeau, les arbres entrelacés
Veinent par l’ombre de leurs bras nus et noirs
Le quadrillage bossu des pavés penchés
Que le soleil peint sous leur pochoir.

Les réverbères efflanqués et solitaires,
Eteints le jour tels des noctambules endormis,
Attendent patiemment que vienne la nuit
Pour nous faire partager leurs lumières. 

La place Emile Goudeau, de son perchoir,
S’incline vers les Abbesses par la rue Ravignan.
Sortis des cendres du bateau-lavoir,
Des fantômes qui furent dissidents
Viennent se reposer de leur gloire,
A l’ombre des arbres, sur les bancs. 

Peintres et poètes surgissent comme des mirages
Dans le viseur des chasseurs d’images,
Le déclencheur avide de ces lieux légendaires,
Où sont passés Picasso, Gris, Apollinaire,
Braque, Max Jacob, Vlaminck, Modigliani,
Marie Laurencin, Van Dongen ou Dufy… 

Ils ont quitté depuis longtemps la place inclinée,
Mais derrière eux un parfum de poésie persiste
Et le promeneur en ces lieux se met à rêver
A l’éclosion magique de ce bouquet d’artistes


Paul Obraska

   

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Publié le 7 Janvier 2013

  freud large-interior

 

LE TAUDIS EN FETE

 

Sous les toits, dans un taudis

Quatre adolescents assis et un enfant couché

Ont revêtu leurs plus beaux habits

 

De l’ocre macule les murs par endroits

Des tuyaux rectilignes de métal rouillé

Serpentent dénudés le long des parois

Un miroir glauque au reflet estompé

Deux robinets, un lavabo angulaire

Ils ont avec soin balayé le plancher

Sur la table pousse un buisson vert

Dans la misère nue des quatre murs

L’un contre l’autre, leurs corps serrés

Les quatre jeunes gens à la morne figure

Sur un lit de métal servant de canapé

Se sont déguisés en riches créatures

Robes à fleurs, robe à bandes dorées

L’aîné, les pieds nus, les mains ballantes

Un éventail brasse la froideur du taudis

Une mandoline aux cordes manquantes

C’est la fête amère des enfants démunis

 

Quatre adolescents assis et un enfant couché

Ont revêtu leurs plus beaux habits

Ils posent dans un rêve désespéré

 

Paul Obraska

 

Lucian Freud « Intérieur W11 » (après Watteau) 1981-83

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

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DECHEANCE

 

 

 Ses yeux rêvent de ce qu’elle fut

 Elle découvre une épaule osseuse

 La robe cache ses seins disparus

 Sur sa tête un chapeau de gueuse

 

 

 Un reste d’élégance dans le maintien

 Sa parole pourrait peut-être séduire

 Cette femme déchue a eu un destin

 Sa tête laide est pleine de souvenirs

 

 

 Ne la jugez pas sur les marques du temps

 Le corps assassin aujourd’hui l’abandonne

 Ne riez pas de ce qu’elle est à présent

 Elle était aussi belle qu’elle fut bonne

 

 

 Paul Obraska

 

 

 Chaim Soutine « Déchéance »

 

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013




LA SEINE

 

Eaux éphémères du fleuve éternel

Son grand corps se faufile dans la ville

Frôlant au passage les îles jumelles

Et le doigt recourbé de la Seine enfile

 L'anneau de pierre du vieux Paris

 

Les flots du fleuve passent en silence

Avec l'indifférence hautaine du mépris

Près des hommes et leurs turbulences

En accueillant parfois leurs cadavres

Qu'ils charrient d'un trait jusqu'au Havre

 

Le promeneur sur les quais de la Seine

Se sent petit près du fleuve vénérable

Ses eaux passent et renaissent sans peine

Alors qu'il promène son corps périssable

 

 Paul Obraska


   

PONT

 

Un pont accouple les berges parallèles,

Lèvres ouvertes maquillées de murs,

Lien étroit porté par les arches jumelles,

Agrafe agriffée aux bords d'une coupure.

 

Le pont sépare ce qu'il rapproche,

Parenthèse suspendue en l'air

Entre les rives qu'elle accroche.

 

Pont, lieu de passage, lieu transitoire.

Sur son dos, je passe et suis nulle part :

Ni dans l'eau, ni dans le ciel, ni sur la terre.

D'une rive à l'autre je passe une frontière.

 

Je peux reculer vers le monde d'où je viens,

Je peux m'aventurer vers celui que j'ignore,

Ou m'arrêter un temps sans choisir mon chemin,

Rester sur ce passage qui ressemble à mon sort.

 

Le passant penché au-dessus du garde-fou

Regarde le fleuve mobile refléter sa face floue,

Image dans l'eau claire comme une pépite d'or.

 

Le garde-fou protège l'errance des déséquilibrés,

Mais sa barrière ne peut retenir les désespérés

Qui enjambent la frontière entre la vie et la mort.


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

MAI

 

En ce mois de mai ensoleillé

Les hommes infidèles sont jaloux

Ils regardent les femmes déambuler

Et marchent en se tordant le cou

Pour suivre les madones dénudées

 

Ils les voient aux terrasses des cafés

Les épaules rondes où glisse la lumière

Les jupes légères sur les jambes nues

Ou relevées bien haut sans manière

Derrière les tables dressées dans les rues

Pour laisser un peu de la chaleur du ciel

Caresser leur peau refroidie par l'hiver

 

Les hommes sont jaloux des rayons solaires

Qui déshabillent facilement les femmes fidèles

Bien mieux qu'ils ne sauront jamais le faire

Paul Obraska 

 



ODEURS

 

Les effluves panachés s'élèvent du bitume

Odeurs d'essence et d'ordures de bennes

Déchets de trottoirs que les urines parfument

Bouches d'égout à la mauvaise haleine

 

La truffe canine hume les déjections fraternelles

Concentrée avec délice sur les odeurs merdiques

Et lèche affectueusement le  maître en chien fidèle

Partageant le secret d'arômes mirifiques

 

Sur le pas de restaurants aux cuisines lointaines

Des senteurs exotiques parfument la chaussée

Tapis volant pour des voyages sans peine

Vers l'orient de contrées affamées

 

Le halot de fragrance d'une femme qui passe

Offre aux inconnus croisés sa toilette matinale

Au bord d'un jardin que les murs enchâssent

Le miracle des troènes dont l'essence s'exhale

 

Paris étouffe sous un garrot de chaleur

La ville incontinente lâche des vents mêlés

Son air saturé d'inextricables odeurs

Assaille dans la moiteur nos nez affolés


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

DANS MA VILLE V


 
CORPS

 

Les corps étalent leur blancheur de ver

Soumises aux caresses cosmétiques

Les peaux rissolent dans l'huile solaire

Enveloppes fragiles du monde organique

 

Les mécaniques molles prennent l'air

Articulations à lacets, muscles à ficelles

Nappes de graisse et globes de chair

Habits provisoires des os éternels

 

Viscères suspendus dans le noir

Intestin sonore s'enroulant en crotale

Cavités aux pleurs sécrétoires

Ballons pulmonaires, récipient vésical

 

Batterie du cœur au rythme du temps

Plomberie vibrante des vaisseaux

Artères en tuyaux, veines en serpents

Le sang prisonnier joue au cerceau

 

Le cerveau dans sa boite de conserve fine

Les nerfs, cordes de guitares électriques

Et les dealers de drogues endocrines

Mènent la danse sur leur rythmique

 

A l'affût de l'air et de la becquée

La vie goulue dépend des orifices

Nous naissons d'orifices convoités

Par eux passent nos délices

 

D'un corps aux mille bricolages

Surgit l'improbable pensée

De la laideur de sombres marécages

Surgit l'improbable beauté

 

Des synapses en folie naît la cruauté

L'intérieur sanglant attire la barbarie

Jouissance du métal dans les corps déchirés

Tant de miracles anéantis

 

Corps vaniteux, édifice mollasse

Ta fragilité nue est inouïe

Ni griffes, ni cornes, ni carapace

Mais rien ne résiste à tes appétits


Paul Obraska
 

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