Publié le 7 Janvier 2013

picabia Deux femmes aux pavotsIl est coutumier de penser que les actrices du porno ont eu et ont encore bien des malheurs pour en arriver là, qu’elles ont une faible estime d’elle-même et ne songent qu’à fuir leur condition de « femme-objet ».

Dans un article paru le 20/11/12 (Journal of Sex Research : Pornography Actresses: An Assessment of the Damaged Goods Hypothesis ), James D. Griffith et col. (Pennsylvanie) se sont penchés sur cette question intime pour en dévoiler les dessous. Pour cela, ces chercheurs ont interrogé 177 actrices de film X (X) et ont comparé leurs réponses avec celles de 177 femmes (non-X) appariées par l'âge, l'origine ethnique et le statut marital. Il ressort de cette étude :

Que le premier rapport est plus précoce chez les X (en moyenne 15 ans contre 17 ans), que les X sont plus souvent bisexuelles (67,1% contre 7,1%) et ont expérimenté davantage diverses drogues. En dehors de leur activité professionnelle, les X ont eu bien plus de partenaires dans leur vie : 74 contre 5 en moyenne ! Ce qui dénote une certaine boulimie et prouve que les rapports sexuels lors de leur activité d’actrice ne les rendent aucunement blasées pour autant, malgré le risque plus élevé de MST que pour les non-X.

On pourrait croire que la satisfaction sexuelle des X  laisserait à désirer compte tenu de la multiplicité de leurs rapports, et bien, pas du tout, elle est nettement supérieure à celle des non-X, puisqu’en évaluant leur plaisir sur une échelle de 1 à 10, 69% des X l’ont évalué à 10 contre 32,8% dans le groupe témoin. Enfin et surtout les actrices du porno présentent  une meilleure estime d’elle-même que les non-X et expriment plus souvent des sentiments positifs. Ce qui est politiquement incorrect.

 

Francis Picabia : « Deux femmes aux pavots »

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Les dents de l’Amer

Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, ou que ceux qui les écoutent, ou que ceux qui y croient. La formule est variable et l’auteur incertain, les deux favoris étant Pasqua et Chirac. Cynique, mais d’un réalisme politique lucide. La base même de toute campagne électorale, la promesse étant le ver au bout de l’hameçon pour attirer les bancs d’électeurs, car ne parle-t-on pas de pêche aux voix ?  

Il y a schématiquement deux catégories de promesses :

- Celles que l’on ne peut pas tenir parce qu’elles dépendent peu de ce qui reste du pouvoir des hommes d’Etat car liées à la situation internationale ou aux conditions économiques imposées. Ce qui n’empêche pas les politiciens de faire des moulinets spectaculaires dans leurs discours et d’exprimer la volonté de mettre au pas des puissances parfaitement insensibles à leurs rodomontades.  

- Celles que l’on peut éventuellement tenir, touchant notamment les mœurs comme  « le mariage pour tous », dénomination particulièrement absurde qui devrait inclure la possibilité du mariage entre deux membres d’une même fratrie et pourquoi pas, celui d’un parent avec un de ses rejetons, puisqu’en France, l'inceste n’est pas interdit si la relation est librement consentie et concerne deux personnes qui ont dépassé l'âge de la majorité sexuelle.  

- A ces deux catégories, est venue s’ajouter, depuis les élections législatives du 1er octobre 2012 en Géorgie, la promesse que l’on peut tenir mais que l’on ne tient pas par mesure de rétorsion. C’est ainsi que le président de ce pays, Mikheïl Saakachvili, avait lancé la campagne « Géorgie souriante » en promettant un dentier neuf au plus démunis et en déclarant au mois d’août que “Personne ne doit avoir peur d’ouvrir la bouche !”. Des spécialistes avaient donc sillonné les villages pour retirer les mauvaises dents des villageois. Malheureusement, le parti présidentiel a été largement battu aux élections qui ont été remportées par celui de son rival Ivanichvili. Les spécialistes dentaires seraient alors partis furieux, laissant les villageois la bouche édentée, condamnés à la soupe, et le président, dont le sourire s’est effacé, aurait déclaré que puisqu’ils avaient donné leurs voix à son rival, c’était à celui-ci de s’occuper d’eux.  

Goya : « Deux vieillards mangeant de la soupe »

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans les téléfilms policiers, la salle d’autopsie est un passage obligé. Les gens discutent le bout de gras devant le cadavre nu, souvent viscères à l’air, et mettent le nez dessus sans se préoccuper de l’odeur, ce qui laisse supposer qu’il s’agit bien d’un mannequin. Nous voilà rassurés. Ce qui est particulier est la fréquence avec laquelle le médecin légiste dans ces téléfilms est une femme, souvent charmante et parfaitement à l’aise devant les morceaux de corps humain. A vrai dire, j’ignore si cette prédominance féminine correspond aujourd’hui à la réalité (dans le passé, ce n’était pas le cas) et si le sexe dit faible a acquis un penchant pour le mortuaire, quand il ne s’agit pas de nécrophilie comme le montre l’information ci-dessous :

 

« Collectionner des squelettes humains, passe encore. Utiliser des os comme sex-toys, c’est plus limite. La justice de Gothenburg, en Suède, a officiellement inculpé une femme de 37 ans d’avoir "violé la paix des morts" en utilisant leurs restes de façon "non éthique" pour sa gratification sexuelle. La dame, chez qui l’on a trouvé un squelette presque entier, assure être mue par un intérêt pour l’histoire et a déclaré collectionner des os, comme d’autres collectionnent des timbres. Un CD intitulé Ma nécrophilie et Ma première expérience a été présenté à la presse. Selon la justice, la prévenue faisait également commerce de crânes sur Internet. Elle encourt jusqu’à deux ans de prison, indique The Local »

                         

Evidemment, question rigidité l’os est imbattable pour obtenir une « gratification sexuelle », mais, me semble-t-il, avec le risque d’un certain inconfort (en cette matière, je ne peux me livrer qu’à des suppositions). L’information ne précise pas si la dame choisissait l’os gratifiant en fonction du sexe du défunt, selon son orientation sexuelle, pour corser le fantasme. Elle encourt jusqu’à deux ans de prison pour avoir « violé la paix des morts ». Je serais plus indulgent, car permettre à un mort de donner du plaisir à une femme, c’est rappeler de bons souvenirs à sa mémoire d’outre-tombe dépouillée de son corps et abandonné aux mains expertes de la dame nécrophile.

 

Bosch-tunnel.jpgMais pour qu’il y ait mémoire d’outre-tombe encore faut-il qu’il y ait un au-delà, et là on tombe sur un os. Les religions le promettent avec un aplomb qui n’a jamais été démenti en l’absence regrettable de témoins. Certains tentent cependant d’en démontrer l’existence. C’est ainsi que la John Templeton Foundation de Philadelphie[1] n’a pas hésité à financer les recherches sur l’au-delà du philosophe John Martin Fischer pour un montant de 5 millions de dollars ! Avant de s’aventurer dans l’au-delà l’équipe pluridisciplinaire du philosophe compte d’abord rester sur le pas de la porte en étudiant les expériences de mort imminente. On sait que les Occidentaux en état de coma avancé ou de mort clinique épargnés in extremis décrivent souvent un tunnel au fond duquel brille une vive lumière. Les Japonais, eux, ont plutôt tendance à évoquer un jardin. Tunnel ou jardin, voilà qui peut rendre perplexe, les peuples auraient-ils chacun une entrée de l’au-delà qui leur est réservée selon une sorte d’apartheid ? Plus intéressant, Mr Fischer se penchera sur l’influence sur notre comportement de la croyance en l’au-delà. Plus ambitieux, il compte s’intéresser aux tentatives de prolonger la vie : “On commence à parler de télécharger notre esprit sur ordinateur, de scanner notre cerveau pour le préserver”. Cette équipe se veut « rigoureusement scientifique », les athées en doutent un peu en notant que des théologiens doivent participer à ces travaux[2]

 

Jérôme Bosch : « L’ascension des bénis »

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Il arrive que les chefs d’Etat ayant quitté leur fonction soient sollicités pour faire des conférences. C’est le cas en particulier de Blair, de Clinton, et maintenant de Sarkozy. Pour le faire ces anciens chefs d’Etat sont payés à prix d’or et je suppose que les gens intéressés par ces conférences doivent payer cher pour les entendre. Si je comprends bien l’intérêt des conférenciers, celui des auditeurs m’échappe. Je n’ai  jamais assisté à un de ces shows (cela ne me viendrait pas à l’idée !), mais je ne vois pas ce que ces « has-been » pourraient avoir d’original à dire par rapport à leurs discours antérieurs que l’on subissait gratuitement. S’agit-il d’un phénomène de foire où l’on montre un ancien grand de ce monde ayant eu un rôle dans les évènements contemporains ? Espère-t-on des anecdotes croustillantes inédites avant que leurs mémoires ne soient publiés ?  S’agit-t-il pour une organisation de se glorifier de pouvoir aligner des conférenciers d’une grande notoriété ? Comme j’ai un peu de temps libre et le cerveau vacant, je m’interroge sur ce sujet mystérieux mais sans intérêt.

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Dessin de Philippe Geluck

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Publié le 7 Janvier 2013


Il y a des métiers dont on se demande pourquoi les gens les choisissent, le métier de médecin est l’un d’eux. Côtoyer quotidiennement la maladie, la souffrance et la mort et avoir perpétuellement devant soi son devenir probable est pour le moins curieux. Il est vrai que les médecins se suicident deux fois plus que les autres.
                                                                                 
« Dites-nous vos motivations »
Devient-on médecin par altruisme ? C’est vrai pour certains, mais il faut l’avouer, c’est plutôt rare. Est-ce pour faire fortune ? Ce temps est passé, c’est encore vrai pour quelques charlatans, mais il y a bien d’autres façons moins pénibles et moins artisanales de s’enrichir. Serait-ce un choix par élimination ? Possible pour ceux qui ne sont pas assez littéraires ou pas assez scientifiques et qui choisissent une voie médiane. D’autres ne choisissent guère et se contentent de suivre les traces familiales en s’échappant parfois de la prédestination en cours de route. Certains deviennent médecin à défaut de réaliser leur vocation véritable. Il y a le hasard, quitte à trouver par la suite les raisons de s’occuper de médecine. Mais il existe des médecins qui choisissent leur métier par vocation, nous en avons rencontré.
                                                                               
Une danse macabre
Hector Berlioz devait suivre les traces de son père Louis qui s’était d’ailleurs détourné de la médecine classique pour introduire l’acupuncture en France. Hector s’est également détourné de la médecine mais pour créer des chefs d’œuvre. Il s’en est expliqué : « … quand mon condisciple Robert, m’ayant appris un matin qu’il avait acheté un sujet ( un cadavre), me conduisit pour la première fois à l’amphithéâtre de dissection de l’hospice de la Pitié. L’aspect de cet horrible charnier humain, ces membres épars, ces têtes grimaçantes, ces crânes entrouverts, l’odeur révoltante qui s’en exhalait […] me remplirent d’un tel effroi que, sautant par la fenêtre de l’amphithéâtre, je pris la fuite à toutes jambes et courus haletant jusque chez moi comme si la mort et son affreux cortège eussent été à mes trousses. »[1]
                                                                                
Un exercice illégal de la médecine
Pasteur, sans être médecin, a apporté, à la fin du XIX siècle les plus grands progrès de toute l’histoire de la médecine. Très doué pour la peinture, notamment le portrait. Chimiste, occupé de bière, de vin, de ver à soie, il fit une entrée fracassante dans le magasin médical. Les gens sérieux n’aiment pas les amateurs. Pour l’asepsie, on lui a reproché de s’occuper de ce qui ne le regardait pas et pour la vaccination, on l’accusait d’exercice illégal de la médecine. De nos jours encore des historiens reprochent à Pasteur d’avoir redécouvert ce que ses précurseurs savaient depuis longtemps, d’avoir exploité les travaux de ses collègues, d’avoir eu des intuitions justes avancées sur des arguments faux, des intuitions fausses qui se sont révélées justes par hasard ; le hasard qui a fait réussir des expériences qui auraient dues échouer et le contraire chez ses adversaires. Pasteur n’a été admis à l’Académie de Médecine en 1873 qu’avec une seule voix de majorité. On se demande si un tel génie aurait trouvé sa place aujourd’hui.
                                                                               
Une vocation littéraire contrariée
Claude Bernard était un modeste préparateur en pharmacie à Lyon, sa vocation était de devenir écrivain. C’est parce que ses ambitions littéraires ont été déçues qu’il est devenu un grand homme. Une première pièce, « La Rose du Rhône » est jouée une fois et il monte à Paris avec une tragédie, « Arthur de Bretagne ». On ne peut que remercier le critique littéraire Saint-Martin Girardin qui, après lecture, lui donne ce conseil : «  Vous avez fait de la pharmacie, faites de la médecine ». Conseil judicieux, car après avoir été l’élève de Magendie, fondateur de la physiologie expérimentale, il devient en 1854titulaire de la première chaire de physiologie à la Sorbonne, accumule les découvertes et fait de cette discipline la base du progrès médical. « Introduction à l’étude la médecine expérimentale », lui vaut d’être élu à l’Académie Française, mais n’est plus étudié qu’en classe de philosophie, réalisant enfin sa vocation.

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora 
                                                  


[1] H. Berlioz cité par B. Gavoty, Hector Berlioz, Réalités Hachette 1973.

 

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Publié le 7 Janvier 2013

                                                                 

C’est une évidence. Elle l’était un peu dans le passé, elle l’est beaucoup à présent. La médecine est un spectacle dont les découvertes et les techniques sont le décor, les médecins-vedettes les acteurs et dont nous sommes tous, tôt ou tard, les figurants. C’est le plus vaste théâtre du monde sans jamais de relâche.
 
Le cirque
Au Moyen Age et jusqu’au XVIIIe siècle, les tailleurs de vessie pour la pierre, les oculistes pour la cataracte se déplaçaient de ville en ville. Etant donné la fréquence des mauvais résultats, ils avaient intérêt à ne pas faire de vieux os sur place. Un grand nombre de charlatans, pas toujours malhabiles, et les vendeurs d’orviétan et collyres miraculeux sur les foires se mêlaient à eux.
De tous temps les médecins n’ont jamais hésité à vanter leurs mérites pour attirer la clientèle, parfois en employant tous les moyens publicitaires des charlatans. Un sommet a été atteint au XVIIIe siècle par John Taylor, ophtalmologiste – on disait oculiste - anglais qui allait de ville en ville dans toute l’Europe pour opérer de la cataracte, nobles et bourgeois. Il se faisait annoncer par une campagne de tracts, de crieurs et arrivait dans une calèche bardée d’yeux peints et d’affiches vantant son habileté. Chirurgien habile, il l’était, mais aussi vantard. Il prétendait avoir opéré le roi d’Angleterre et quelques autres, le Pape, et même d’avoir rendu la vue à Jean-Sébastien Bach dans sa 88ème année alors que celui-ci était mort aveugle à 65 ans. De nos jours un tel comportement, en principe interdit par la déontologie et réprimé par l’Ordre, reste courant, notamment par l’intermédiaire de la télévision et des nombreux journaux consacrés à la « santé ».
                                                                               
Les fous
L’asile d’aliénés de Bedlam à Londres et celui de la Salpêtrière à Paris étaient des lieux que l’on visitait pour se divertir. En plein XVIIIème, le siècle des lumières, on s’y rendait avec les enfants pour voir des hommes et des femmes en proie au délire, exhibés dans des cages ou enchaînés. Il a fallu attendre la Révolution Française et Jean-Baptiste Pussin, jeune ouvrier tanneur, hospitalisé à la fin du XVIIIe siècle à Bicêtre, et devenu par la suite surveillant qui, partisan de traiter les malades mentaux par la douceur, convainquit Philippe Pinel, en 1793, et par lui le gouvernement révolutionnaire, d’enlever leurs chaînes, à Bicêtre puis à la Salpêtrière,
                                                                               
Les malades
Sans remonter si loin, il y a quelques décennies, les malades étaient hospitalisés dans de vastes salles communes contenant une cinquantaine de lits, avec au centre une grande table où les infirmières bavardaient en préparant les traitements. Un total manque d’intimité où les malades ne pouvant se lever devaient faire leurs besoins sous le regard des autres, où ils étaient examinés lors de « La visite » du « Patron » devant un cortège d’assistants et d’étudiants. L’interne présentait «  le cas » en parlant du malade devant lui à la troisième personne et en lui tournant le dos. On évoquait parfois l’autopsie attendue pour confirmer le diagnostic en usant d’euphémismes qui ne trompaient personne. On passait rapidement devant un agonisant sommairement isolé par un paravent.
Les consultations étaient souvent publiques et jeunes étudiants nous avons assisté à des scènes scandaleuses. Dans le service de rhumatologie de l’hôpital Lariboisière, on demanda à une vieille dame de se dévêtir complètement dans un déshabilloir ; ceci étant fait, la porte opposée s’ouvrit et la patiente entièrement nue se retrouva, comme le taureau dans l’arène, au pied des gradins garnis de blouses blanches ; elle s’évanouit, seule issue possible. A l’Hôtel-Dieu, le chef du service de chirurgie fit un toucher rectal à un homme à quatre pattes devant une centaine de jeunes gens, quelques - uns outrés d’y assister.
                                                                       
Après 1970 les conditions matérielles d’hospitalisation se sont considérablement améliorées de même que le comportement des médecins. Mais paradoxalement c’est aujourd’hui, alors que le droit à la vérité est devenu un dogme, que la situation se détériore à nouveau, notamment dans les services d’urgence. Où est le respect de la dignité et de la liberté pour des hommes et des femmes laissés sur des brancards, dans des couloirs, attendant parfois des heures avant d’être examinés, soulagés et conduits dans un lit décent en raison du manque de personnel et de l’encombrement des services dû à la fermeture excessive et irréfléchie des lits ? Plus le nombre de malades augmente plus on ferme des lits, en partant du principe que supprimer un lit c’est supprimer un malade. En définitive ce principe risque de s’avérer exact. La hantise a toujours été de sortir de l’hôpital, s’y ajoute de plus en plus celle de pouvoir y entrer.
                                                                               
Les médecins
Il y a des médecins préposés à l’interview comme il y en a de garde. Les interviews télévisées les plus spectaculaires sont celles que l’on fait sur le lieu de travail. Blouse blanche et stéthoscope sont souhaitables pour les médecins et la casaque stérile est indispensable pour que les chirurgiens puissent répondre aux questions qu’on leur pose. Quant à l’urgentiste, c’est un médecin largement exploité par la télévision. L’inverse est également vrai
                                                                                
Les actes médicaux
Les actes médicaux eux-mêmes constituent un spectacle de choix.
Lorsque les autopsies furent permises elles se déroulaient comme un spectacle, « La leçon d’anatomie » de Rembrandt en est un exemple. Les interventions chirurgicales ne manquaient pas de spectateurs directs. A présent les téléspectateurs ont droit à un bout des grandes premières même si ce sont parfois les dernières. Chaque nouveauté est montée en épingle. Il est rare qu’un journal télévisé n’ait pas son scoop médical. Les journaux, les périodiques sont envahis par la médecine, en vantant un jour ses mérites et en se régalant le lendemain de ses insuffisances ou de ses erreurs. Le public est évidemment intéressé, car il est le sujet potentiel du spectacle[1]
Les médecins participent avec plaisir à cette course médiatique. Combien de traitements mirifiques (notamment contre le sida), basés sur quelques cas et suivis quelque temps ont donné lieu à des déclarations hâtives et à une existence éphémère. Histoire pour les promoteurs de faire enregistrer leur initiative avant l’échec, de parler et de se montrer, préférant ne pas prendre de recul pour mieux sauter dans le bain médiatique.
                                                                              
Les maladies
La maladie est toujours vécue comme individuelle même au milieu d’une épidémie. La souffrance n’est ressentie que par soi et personne n’endure la souffrance de l’autre même atteint d’un mal semblable. Mais l’isolement a fait place au collectif. Les associations de malades se multiplient, leur nombre en France est passé en vingt ans de 100 à 4500 en l’an 2000[2]. Configuration qui confère au malade une personnalité, un statut particulier dans la société[3] à l’origine de possibles revendications, sources de manifestations de rue à l’égal des syndicats, et justifiant de véritables spectacles où l’on expose les malades comme des héros et où s’empressent de figurer généreusement chanteurs et comédiens. Le public est friand de ces spectacles toujours grandioses, attiré par les vedettes et ému par la générosité ambiante.Le caritatif s’épanouit dans la souffrance.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] A titre d’exemple, l’étude WHI sur le traitement hormonal de la ménopause aurait suscité, seulement aux USA, 400 articles et 2500 émissions de radio et de télévision. [2] Selon le Bulletin de l’Ordre des Médecins de mars 2004 [3] On parle de « patient-citoyen »

 

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Publié le 7 Janvier 2013

« Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecins, mais les malades. » Jésus ( Evangile selon St Marc 2/17). Bien que divine, cette affirmation est totalement dépassée.

                                                                                

Fausse route ?

Pendant des siècles le but de la médecine était de reconnaître les maladies, d’en déterminer la cause, d’en trouver le traitement et de s’occuper de la personne malade. La santé était définie de façon négative : l’absence de maladie déclarée. Pas de maladie, pas de médecine.

Les choses ont changé. La médecine est sortie de son chemin millénaire et le sujet sain est également devenu son objet. La médecine, par ses connaissances du corps humain et les moyens qu’elle possède pour le modifier, offre des possibilités d’améliorer la vie du sujet en bonne santé apparente. En accédant à cette demande et parfois à cette exigence, la médecine se déconnecte des maladies, ne cherche plus seulement à rétablir la santé ou à la préserver, mais à modifier l’autre ou à influer sur son destin en utilisant les mêmes moyens que pour guérir. Elle  change sa nature en changeant ses objectifs. Cette sortie de chemin est plus due à la société qu’aux médecins, mais on ne peut pas se vanter de ce qu’on peut faire sans qu’il vous soit demandé un jour de le faire.

                                                                                 

Où le malheur devient une maladie

La santé a été définie comme « le bien-être complet, physique, mental et social » (Organisation Mondiale de la Santé, 1978). L’OMS a donné là une des définitions possibles du bonheur. En s’y référant on peut conclure que l’Humanité entière est malade et considérer comme maladies : les désirs inassouvis, le manque d’affection, les peines de cœur, la solitude, la timidité, la pauvreté, le chômage, l’absence de talent, les incapacités, l’échec scolaire et bien d’autres raisons du mal-être.

La médecine est un univers en expansion. Pour suivre l’OMS, elle tend à englober la santé individuelle et publique, les problèmes sociaux et intimes.

Le malheur est donc une maladie. La responsabilité du bonheur n’est pas une mince affaire, elle fait désormais partie de la médecine.

                                                                               

Où la procréation devient une affaire publique

Comment les enfants viennent-ils au monde ? C’est seulement en 1677 que le Hollandais Johan Hamm ou son compatriote Antoine Van Leeuwenhoek découvrit les spermatozoïdes alors qu’ils étaient à portée de main. A l’époque certains, les « spermatistes », ont pensé que les spermatozoïdes étaient des êtres entièrement formés, de sexe soit masculin soit féminin et devant leur profusion se sont demandé si le sperme d’Adam ne contenait pas déjà toute l’Humanité à venir. «  Voilà donc toute la fécondité qui avait été attribuée aux femelles rendues aux mâles ». (Moreau de Maupertuis)[1]. De Graaf qui, à la même époque, toujours aux Pays-Bas, découvre le follicule ovarien, ne l’entend pas de cette oreille et donne avec les « ovistes » la priorité à l’ovule et un rôle secondaire au spermatozoïde. La vérité est, comme toujours, à la jonction des deux.

Cette jonction la médecine est capable de la réaliser. La conception de l’enfant est devenue une affaire médicale : insémination artificielle en dehors du sexe, fécondation in vitro en dehors du corps. Elle se fait toujours ordinairement à deux, mais le médecin et le biologiste s’interposent lorsqu’on les y invite. Désormais elle peut se faire à plusieurs, de préférence avant la ménopause de la candidate. Le médecin préside à la fécondation in vitro : rencontre du deuxième type entre le spermatozoïde et l’ovule, où le futur bébé inaugure ainsi son premier tube. Les procréateurs sont ailleurs. La future mère se repose après son parcours de combattante en attendant la suite, qui peut parfois être confiée à une mère porteuse, le plus jeune métier du monde avec celui des mères pondeuses qui font le « don » rémunéré ou non de leurs ovocytes. De plus en plus souvent le géniteur, anonyme et à responsabilité limité, vaque à ses occupations, s’il n’est pas déjà mort, après avoir confié à une banque son hérédité.

                                                                            ¤

On peut certes arguer que la procréation est une fonction de l’organisme et le médecin aide à réaliser ce que le couple ne peut pas faire seul. En fait, ce qui est réellement du domaine médical est le traitement de la cause de la stérilité. La procréation assistée ne répond pas à une maladie mais au désir d’enfant. Aussi respectable soit-il, ce désir répond à une convenance personnelle et non pas à une altération de la santé de l’individu ou à un problème de santé publique. On traite une incapacité sans risque et non une pathologie, même si cette incapacité est mal vécue. On intervient pour le confort intellectuel et affectif des personnes. C’est une médecine du bonheur. Le paradoxe est que la fécondation in vitro (FIV) est source de pathologie : risque cancérigène (ovaire, sein) possible de la stimulation ovarienne pour la mère, plus grande fréquence des anomalies fœtales en raison des grossesses plus tardives, de la gémellité en cas d’implantation de plusieurs embryons, et du plus grand risque d’accouchement prématuré.

                                                                               

Les individus n’assument plus ce qu’ils sont puisqu’ils peuvent devenir ce qu’ils rêvent

La chirurgie plastique ou réparatrice est évidemment du domaine médical. Réparer les dégâts provoqués par un traumatisme, un accident, des blessures de guerre ou les malformations d’origine embryonnaire est à mettre au crédit des chirurgiens et à leur talent. Ce sont les Indiens qui ont été les pionniers de la chirurgie réparatrice pour avoir inventé une technique de rhinoplastie permettant de refaire le nez amputé des femmes adultères.

Utiliser ce talent pour modifier des corps sains selon les critères de beauté du moment, remodeler les visages selon des figures imposées et des désirs personnels est d’une autre nature. Le champ des imperfections n’a pas de limite. Leur traitement dépend du désir de l’individu et de ses moyens financiers puisque la collectivité ne le prend pas en charge. Une inégalité source possible de revendications dans l’avenir. Car en France il suffit d’une loi pour que la collectivité prenne en charge ce qui ressort du désir personnel et de la responsabilité individuelle.

« Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne »[2]. Quelle est la nécessité médicale d’effacer les rides, d’enlever une bosse du nez, de recoller des oreilles, de relever des seins ou de supprimer des « culottes de cheval » ? Quelle est la nécessité médicale de transformer le sexe d’une personne ? Alors que cette personne se persuade d’appartenir au sexe opposé et sollicite le traitement de son délire.

Le seul argument est le mal être, c’est à dire la recherche du bonheur. Est-ce à la médecine d’assumer cette tâche ? Fournir à quelqu’un l’image qu’il veut donner aux autres c’est avant tout satisfaire un égocentrisme avec l’appui de la psychologie ou de la psychanalyse.

A la décharge des personnes qui cherchent leur équilibre et pense que cet équilibre est perturbé par ce qu’elles estiment être un défaut dans leur corps et leur mental, les médecins ont crée les moyens de le corriger. Cette possibilité a suscité des besoins. Les individus n’assument plus ce qu’ils sont puisqu’ils peuvent devenir ce qu’ils rêvent. La médecine est ainsi sortie de sa route, celle de la pathologie pour remodeler le sujet sain selon ses aspirations. « Qui doit décider de la limite à établir entre la convenance convenable et l’exigence inconvenante ? » (Claude Sureau)[3]

Au IIe siècle, à Rome, le  célèbre médecin grec Soranus d’Ephèse, le premier grand gynécologue et obstétricien connu, a nié l’existence de l’hymen. Ce qui, compte tenu de ses qualités d’anatomiste et de praticien, « n’a pas manqué de susciter des remarques désobligeantes sur la vertu des jeunes romaines de son époque »[4]. De nos jours, certaines jeunes femmes issues de familles d’un autre âge, paniquées à la veille de leur mariage, demandent à des chirurgiens de leur refaire un pucelage comme des vétérinaires peuvent corriger certains défauts d’un chien avant la confirmation. Cette « chirurgie de compassion » n’a rien à voir avec la reconstruction de l’hymen réclamée par nombre d’Américaines pour assouvir un fantasme de leur conjoint, souvent associée à un resserrement du fourreau vaginal.

                                                                               

Le bonheur pharmacologique

S’il faut un certain courage pour se soumettre au bistouri, il n’en faut aucun pour avaler une pilule. La difficulté pour le médecin est de discerner ce qui est pathologique dans le comportement d’une personne de ce qui ne l’est pas. Entre une aide pharmacologique réclamée et un traitement psychotrope nécessaire.

L’aide pharmacologique est discutable du point de vue médical. Effacer les aspérités de la vie par des drogues est proche de la toxicomanie. C’est une démission que le médecin n’a pas à encourager par des artifices chimiques. Beaucoup ne se contente pas de la parole qui demande un effort, une réflexion sur soi. Prendre une pilule et se sentir mieux est plus simple. Simplicité appréciée par le patient mais aussi par le médecin qui n’a pas toujours le temps de la parole ou le courage de résister à la demande.

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Pour un sportif de haut niveau, le bonheur est de gagner des compétitions. La pharmacologie est utilisée à cette fin par des apprentis sorciers. Un athlète est une personne particulièrement saine à qui des « médecins » prodiguent des soins qui la rendent  souvent malade. Le dopage est le seul cas où en altérant la santé on augmente les performances, bien qu’un anabolisant accroît la masse musculaire sans augmenter les capacités intellectuelles.

                                                                                

Le médecin dans le rôle du Diable

Conserver le plus longtemps possible l’apparence et les capacités de la jeunesse est un des attributs du bonheur. Cela a toujours été, mais dans le passé c’était un rêve que seul le Diable pouvait réaliser en échange de l’âme.

La médecine tente de le réaliser. Il fût un temps où la vasectomie a séduit bien des hommes. Son but n’était pas la stérilisation mais un regain de jeunesse selon la théorie émise dans les années 1920, à Vienne, par le Pr Eugène Steinach affirmant que la perte de sperme avait un effet débilitant. Il préconisait la vasectomie pour lutter contre, ce qui ne pouvait que redonner de la vigueur. Des universitaires, des artistes ont été séduits par cette théorie et ont demandé qu’on leur coupe la route du sperme pour rajeunir. D’après P. Skrabanek et J. McCormick[5], Sigmund Freud et le poète dramaturge William Butler Yeats s’y seraient soumis.

Les médecins sont aussi naïfs pour ne pas dire crédules que les autres et on ne compte plus ceux qui ont essayé sur eux-mêmes des traitements « rajeunissants » ou susceptibles de ranimer leur virilité, depuis Charles–Edouard Brown-Séquard, jusqu’aux mangeurs de DHEA en passant par Alexandre Bogomoletz qui se traita avec le même fameux sérum, heureusement inefficace, qu’il administrait à Staline.

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Bien qu’il ne s’agisse pas là d’un objectif proclamé de la médecine, la plupart de ses actions tentent de réaliser le vieux rêve. Guérir ou améliorer une maladie qui aurait conduit à des handicaps (ou à la mort) ou retarder l’apparition des maladies par la prévention, lutte contre les conséquences du vieillissement. Les chirurgiens esthétiques ont les moyens de modifier l’enveloppe du corps, laissant aux médecins le soin difficile d’en modifier l’intérieur.

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La cosmétique prétend également retarder le vieillissement, mais de façon plus joyeuse et plus optimiste. Elle aussi pour convaincre utilise le langage médical : résultats cliniques prouvés (par qui ? comment ?). Elle invente sans vergogne des protéines mystérieuses ou des facteurs miraculeux dont la dénomination s’inspire de la biologie. Ce scientisme impressionne. Mais en dehors de quelques allergies, il est plus ridicule que dangereux et plus néfaste pour le porte-feuille que pour la personne séduite.

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La médecine prolonge plus la vieillesse que la jeunesse et le vieillissement prolongé reste une maladie fatale lorsque les médecins aident  à échapper à toutes les autres. La vieillesse est un succès encombrant de la médecine.

« En ce temps là, la vieillesse était une dignité ; aujourd’hui elle est une charge » (Chateaubriand)[6].



[1] Cité par Kûss et Grégoir, Histoire illustrée de l’urologie

[2] Article 16-3 du Code civil

[3] Dictionnaire de la pensée médicale (direction Dominique Lecourt) puf 2004

[4] M. Bariéty  et Ch. Coury, Histoire de la médecine

[5] Idées folles, idées fausses en médecine  éd. Odile Jacob 1992

[6] Mémoires d’outre-tombe

 

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

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Publié le 7 Janvier 2013

 
Cette idée est exacte, même si bien d’autres métiers sont nettement plus dangereux. Dans le passé le danger venait surtout des infections. Aujourd’hui les risques sont ailleurs, l’homme est devenu plus dangereux pour le médecin que le microbe.
 
Dans le passé, il fallait, en certains lieux, être inconscient ou sûr de soi pour être médecin.
Les malades ont parfois châtié les médecins pour les conséquences de leurs actes. Mille sept cents ans avant notre ère, à Babylone, le code d’Hammurabi établissait la sanction en cas de faute ou d’accident thérapeutique avec un barème d’invalidité. Si l’opération d’un homme libre provoquait la mort ou la cécité on coupait les mains du chirurgien.
Au VIe siècle, un roi de Bourgogne fit égorger ses deux médecins parce qu’ils n’avaient pu sauver la reine et ses neveux de la variole.
Au XVe siècle, le roi Mathias de Hongrie promettait de grandes récompenses à celui qui le guérirait d’une blessure par flèche mais la mort s’il échouait.
 
Lors des épidémies peu de médecins ont déserté.
« Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s’ils ne peuvent pas guérir ensemble » (Eugène Ionesco)[1]. En cas d’épidémie, Hippocrate conseillait de  fuir le plus tôt possible, aller le plus loin possible et revenir le plus tard possible. Boccace dans le Décaméron écrivait en 1352 pendant la deuxième  pandémie de peste « …le frère quittait le frère, l’oncle son neveu, souvent la femme son mari.[…] Même le père et la mère avaient peur de veiller leurs enfants. ». Les rois donnèrent l’exemple : Charles V et Henri III quittèrent Paris, François 1er s’enfuit d’Anjou. Bordeaux dût, pendant la peste de 1585, se dispenser de son maire, Montaigne, qui avait omis de rejoindre sa ville. Par contre la plupart des médecins, des apothicaires et des prêtres, firent face et subirent de lourdes pertes, encore que le célèbre Sydenham quitta Londres pendant la peste de 1665, expliquant qu’il suivait sa clientèle.
                                                                               
Fais sur toi-même ce que tu ne veux pas faire aux autres.
Nombre de médecins ont recherché sur eux-même la preuve de leurs hypothèses.
L’ apostrophe du plus grand chirurgien du XVIIIe siècle, l’Ecossais John Hunter, fondateur de la chirurgie expérimentale, à Jenner, est restée célèbre : «  pourquoi penser ? Faites l’expérience». Appliquant son principe à lui-même, persuadé qu’un même organe ne pouvait être atteint par deux maladies, et donc qu’un homme présentant une urétrite ne pouvait avoir et la chaude-pisse et la vérole, il s’inocula du pus urétral d’un patient qui avait les deux, guérit de l’urétrite mais mourut d’un aortite syphilitique, convaincu d’avoir raison.
                                                                              
Certains eurent de la chance. Clot Bey s’inocula du sang puis du pus d’un bubon de pestiféré et n’eût pas la peste. Foy voulant prouver que le choléra n’était pas contagieux s’inocula du sang de malades, goûta de leur vomi et resta indemne.
                                                                               
L’Allemand Max von Pettenkoffer prétendit montrer en 1892 que le vibrion cholérique peut provoquer la maladie sans être suffisant, en avalant en public un ml d’une culture provenant des selles d’un malade mourant du choléra et il en resta presque indemne[2]. Il est vrai, comme le remarquent Petr Skrabanek et James McCormick[3] que cette auto-expérimentation révélait peut-être chez cet éminent épidémiologiste une pulsion de mort qui s’est concrétisée neuf ans après par son suicide.
                                                                                
Certains eurent moins de chance, même si en se rendant malades ils apportèrent la preuve de leur sagacité.
En 1885 l’étudiant en médecine Carrion mourût de la fièvre de Oroya (bartonellose) après s’être inoculé le broyat d’un nodule cutanée, démontrant par sa mort que la forme septicémique et la forme cutanée appartenaient à la même maladie
En 1900, à Cuba, les américains James Caroll et Jesse Lazear se font piquer par des moustiques vecteurs de la fièvre jaune, pour confirmer la découverte du cubain Carlos Finlay y de Barres. Caroll, sévèrement atteint, obtint la confirmation de la théorie du moustique alors qu’auparavant d’autres médecins avaient tenté en vain d’être malade en avalant des vomissements ou en s’inoculant du sérum ou de la salive.
En 1922, S. Koino ingère 2000 œufs d’ascaris embryonnés, eût une atteinte pulmonaire sévère et retrouva des larves dans sa salive. Le fils de P. Manson à Londres se fit piquer par des moustiques porteurs de paludisme qu’on lui avait fait parvenir de Rome et en fût atteint.
                                                                                
En 1929, l’Allemand Werner Forssmann, futur chirurgien urologue, s’est introduit dans une veine du bras une sonde de 65cm poussée jusqu’au cœur, et monta deux étages jusqu’au service de radiologie pour prendre des clichés. Le monde médical resta indifférent à cet exploit et considéra son auteur comme fou. Vingt sept ans plus tard il partagea le prix Nobel avec André Cournand et Dickinson W. Richards pour l’apport du cathétérisme cardiaque à l’exploration du cœur et des vaisseaux. Entre temps il avait été bûcheron.

En 1933, à l’institut Pasteur de Tananarive, Georges Girard et J. Robic inventèrent un vaccin contre la peste utilisant un bacille vivant atténué , qu’ils essayèrent d’abord sur eux-mêmes et leur équipe, alors qu’il n’existait encore aucun traitement curatif de la maladie…
                                                                                
Peut-être était-ce plus la passion de la découverte et la passion de convaincre qu’un altruisme véritable qui poussaient ces médecins à prouver dangereusement sur eux-mêmes la véracité de leurs hypothèses.
Freud « considérait la passion scientifique comme l’élaboration aboutie de la curiosité de l’enfant qui veut établir la vérité sur la différence entre les sexes et les mystères de la conception et de la naissance »[4]. A présent que cette vérité est révélée très tôt à l’enfant, la passion scientifique jusqu’à s’autodétruire a logiquement disparu.   
                                                                                         
Beaucoup de médecins ont risqué leur vie pour sauver celle des autres.
Ce fût le cas de Joaquin Albarran. Cet urologue français était un Cubain qui avait fait ses études en Espagne. Bachelier à 13 ans, médecin à 17, il vient à Paris, apprend le français, recommence la médecine et 4 ans plus tard est major de l’Internat des hôpitaux. D’une trempe peu commune, Albarran sauve un enfant atteint par le croup en aspirant avec la bouche les membranes qui obstruent la canule trachéale ; il contracte la diphtérie et lors d’une autre garde, seul médecin, en proie à l’asphyxie, il se fait une trachéotomie devant une glace que tient un infirmier. Professeur d’urologie en 1906 il meurt de tuberculose six ans plus tard, à 51 ans.
                                                                                
Lorsque les médecins étaient impuissants, ils ne pouvaient échapper à l’ironie ou à la haine.
Pendant les millénaires où la médecine était peu ou pas efficace, les satires des écrivains et peintres ne la ménageaient pas. Caton l’ancien disait à son fils : «  Souviens-toi que je t’ai défendu de recourir aux médecins.». Cependant la haine mémorable de Pétrarque à l’encontre de Guy de Chauliac qui n’avait pu sauver de la peste sa Laure adorée, restait platonique. L’ironie cruelle des Montaigne, Molière, Daumier, Proust, Romains et tant d’autres, fait rire mais ne tue pas. Les praticiens étaient respectés et rarement victimes d’agression. L’assassinat du Pr. Pozzi en 1918 par un opéré de varicocèle[5], «  un malade mental qui attribue ses insuffisances à la chirurgie »[6] était racontée aux étudiants comme un événement exceptionnel et instructif.
                                                                                  
A présent, c’est l’efficacité même de la médecine que certains trouvent intolérable.
Elle provoque la haine froide de quelques « intellectuels » parce qu’un examen de dépistage à découvert une tumeur d’évolution fatale, parce qu’un traitement a pour rançon de son efficacité des séquelles importantes, parce qu’un de leur proche a été victime d’un effet secondaire d’un traitement. Il faut pourtant savoir ce qu’on veut et on a parfaitement le droit d’ éviter les dépistages et de ne pas se traiter. Rendre responsable le messager du malheur qui vous frappe est plutôt primitif.
                                                                                  
Les médecins devront-ils mettre une cagoule pour exercer leur métier ?
Le personnel soignant est devenu une cible facile pour les imbéciles. Celui des services d’urgence doit être protégé. Le traumatisme de l’accoucheur par le père irascible fait partie des complications de l’accouchement. Les médecins dont le devoir est de se rendre à tout appel d’urgence doivent dans certains quartiers solliciter un accompagnement policier ou renoncer.
 On aurait pu croire naïvement que la médecine échapperait à l’obscurantisme. Il n’en est rien. Entre l’opposition aveugle aux traitements efficaces, la violence envahissant les hôpitaux, le sexisme entravant les soins, les mœurs d’un autre âge mettent en péril la vie des soignants et celle des malades, de préférence les femmes. Les hommes, eux, ont bien trop peur de la maladie pour ne pas se soumettre à une médecine moderne.
 
Une nouvelle spécialité : la médecine défensive.
Le risque des procès est venu s’ajouter à celui des agressions. Le médecin est devenu légalement un prestataire de service comme un autre. On le considère et souvent il finit par se considérer lui-même comme un simple technicien. L’erreur médicale est inadmissible au même titre qu’un contrat mal rédigé, un appareil défectueux ou une réparation laissant à désirer

Dans l’avenir il serait souhaitable de dispenser aux étudiants en médecine un nouvel enseignement : celui de la « médecine défensive ». Il consisterait d’abord à bien cerner les motivations avant de choisir une spécialité risquée comme la chirurgie, l’anesthésie ou l’échographie fœtale. Ensuite un cours de comptabilité permettrait au futur médecin de calculer ce qu’il lui resterait après avoir réglé les primes d’assurances. Enfin on lui enseignerait une pratique dans le but de minimiser les risques d’un procès : multiplier les explorations, même s’il est persuadé de leur inutilité, demander l’avis à un autre confrère afin de diviser la responsabilité, choisir les cas les plus simples, avoir suffisamment de psychologie pour repérer le profil des plaideurs
[7] et de les envoyer habilement ailleurs.
                                                                                  
 
 Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
 

[1] La cantatrice chauve, scène I
[2] En fait, d’après François Delaporte (Dictionnaire de la pensée médicale) il avait déjà eu le choléra en 1854 et il ingéra la culture la plus ancienne et la moins virulente envoyée par Koch. Pettenkofer eut une récidive peu grave, mais son élève Emmerich qui participa à l’expérience faillit en mourir.
[3] Idées folles, idées fausses en médecine, éd Odile Jacob 1992
[4] Peter Gay, Freud, une vie, éd Hachette 1991.
[5] Varices des veines du testicule
[6] Pozzi cité par C. Vanderpooten, Samuel Pozzi chirurgien et ami des femmes, éd V&O 1992
[7] Une enquête auprès des médecins américains exerçant des spécialités à haut risque de poursuites a montré que presque tous utilisent largement les examens complémentaires et font appel à un autre avis, près de la moitié recourent à l’imagerie médicale sans nécessité et près de la moitié évitent certains actes, s ‘abstiennent de prendre en charge des malades compliqués ou susceptibles par leur attitude de recourir à un avocat.( JAMA 2005 ; 293 : 2609-2671)

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Les médecins sont programmés pour préserver la vie. C’est leur faiblesse. Tantôt on leur reproche de la préserver, tantôt on leur reproche de ne pas le faire.
                                                                              
Bouche à bouche
Il semble que l’on doit à Elisée la première tentative documentée de réanimation «  Elisée arriva à la maison ; là était l’enfant, mort et couché sur son propre lit. Il entra, ferma la porte sur eux deux et pria Yahvé. Puis il monta sur le lit, s’étendit sur l’enfant, mit sa bouche contre sa bouche, ses yeux contre ses yeux, ses mains contre ses mains, il se replia sur lui et la chair de l’enfant se réchauffa. Il se remit à marcher de long en large dans la maison, puis remonta et se replia sur lui jusqu’à sept fois : alors l’enfant éternua et ouvrit les yeux. »[1].
                                                                               
Les affres de l’interrupteur
S’obstiner à vouloir sauver un moribond est souvent reproché à un médecin quand il échoue, baptisé alors « obstination déraisonnable ». Mais « l’acharnement » thérapeutique n’est jamais évoqué quand il aboutit à une quasi résurrection. Personne ne donne la recette pour décider à coup sûr entre acharnement et abandon. Dans un autre domaine, Raymond Aron évoquait « l’infaillibilité des prévisions rétrospectives ».
Maintenir en vie un malade moribond n’amuse aucunement les médecins. C’est difficile, ça prend du temps, c’est coûteux, mais c’est leur rôle, souvent encouragé par la famille. Les médecins sont raisonnables, ils diminuent progressivement leurs actes lorsqu’ils sont sans issue, mais débrancher une assistance respiratoire, reste un acte terrible. Pourquoi ne pas laisser ce soin à la famille lorsqu’elle reproche au médecin de s’acharner ? Certains le feraient…pour l’héritage .
La loi Leonetti permet  aux médecins, depuis 2005, de ne pas maintenir artificiellement la vie et ils peuvent proposer au patient - qui doit donc être conscient - d'arrêter les soins actifs et de retirer le respirateur

Si les médecins savent quoi faire des morts en sursis, sources d’organes, des cadavres récents sources d’enseignement ou des cadavres déterrés lorsqu’on s’abaisse a rechercher une ascendance dans la tombe, les mourants les embarrassent. Les concentrer dans des unités de soins palliatifs est une solution d’attente mais
méfions-nous des marchands qui vendraient l’agonie
et aussi comme l’écrit Pascal Bruckner, des «  prosélytes de l’agonie enjouée »[2] Les laisser mourir est un choix thérapeutique difficile. Les achever transforme le médecin en exécuteur des bonnes œuvres.
                                                                                
« Exister c’est être voulu »[3]
C’est mieux, mais arriver par surprise n’empêche pas d’exister. Pendant des siècles la contraception était du ressort des partenaires et tenait souvent du bricolage. Elle est heureusement devenue médicale avec la pilule hormonale qui emprisonne l’ovule et libère la femme ou la mise en place d’un stérilet. Mais la contraception et l’avortement ont longtemps été combattus par les médecins eux-mêmes. On parlait auparavant d’avortement « criminel » dans l’enseignement médical. Les moyens artisanaux pour interrompre une grossesse étaient dangereux et souvent mortels. Ils allaient de l’eau savonneuse à la chute dans les escaliers en passant par la tige de persil et l’aiguille à tricoter. Les procédés anticonceptionnels (le stérilet inventé en  1929 par Ernst Gräfenberg était un anneau précieux fait d'argent et d'or), l’IVG légale et la pilule du lendemain font oublier ce cauchemar médical dont rêvent encore certains pour qui l’avortement reste criminel.
Si l’avortement a été légalisé en 1975 c’est moins pour l’émancipation sexuelle de la femme que pour régler un problème juridique épineux. Le 30 juillet 1943, Marie-Louise Giraud, blanchisseuse, qui avait aidé des femmes à avorter, a été coupée en deux, sans anesthésie, au moyen d’un instrument de torture appelé guillotine. Le chef de l’Etat Français qui avait refusé la grâce s’appelait Philippe Pétain.
Les raisons de l’interruption volontaire de grossesse sont pour la plupart valables, mais y recourir peut avoir ses excès si le motif réel de la demande n’est pas une procréation non voulue mais par exemple, le choix du sexe. On assiste ainsi au massacre des fœtus féminins en Asie, notamment en Inde et pour des raisons en particulier économiques : « Avoir une fille, c’est planter un arbre chez son voisin… ». Même dans le ventre de sa mère on n’est plus à l’abri.
 
La régulation efficace des naissances est certes due aux américains Grégory G. Pincus et Chang qui inventèrent au milieu du XXe siècle la pilule contraceptive, mais aussi à une forte femme, Margaret Higgins Sanger. Née en 1879 d’une famille catholique de onze enfants, elle fût une militante féministe de la première heure, partisane du contrôle des naissances, dont elle créa un premier dispensaire à Brownsville dans l’état de New York en 1916. Celui-ci sera
fermé après neuf jours et Mrs Sanger envoyée en prison pour un mois. Son combat ne cessera pas et c’est elle qui va persuader la milliardaire Katherine Dexter Mc Cormick de financer les recherches de Pincus et l’expérimentation de la pilule chez les Portoricaines. 
 
                                                                               
Les détours de la stérilisation
Contrairement à la contraception orale, la stérilisation est un acte définitif, elle reste cependant la méthode la plus utilisée dans le monde. Lorsqu’un couple ne désire plus d’enfant et réclame que l’un d’entre eux soit rendu définitivement stérile, c’est habituellement la femme qui se dévoue et accepte une ligature des trompes de Fallope qui conduisent l’ovule des ovaires à l’utérus. Cette intervention nécessite l’ouverture du ventre (même si elle est minimale par coelioscopie) et n’est pas exempte de complications. L'obstruction des trompes peut maintenant être réalisée par les voies naturelles et sans anesthésie générale mais pas sans douleur. Il est plus rare que l’homme propose d’être stérilisé par une vasectomie, bien que la ligature des canaux déférents qui conduisent les spermatozoïdes des testicules à la prostate soit une intervention simple, sous anesthésie locale et rarement compliquée. Il est vrai que la ligature des trompes peut être mise sur le compte d’une pathologie gynécologique prise en charge par l’assurance maladie et en respect du Code civil.
Les chemins pris par la médecine dans ce domaine ne sont pas toujours à l’honneur des médecins, la stérilisation a été souvent utilisée non pas à la convenance des personnes mais à celle de la société dans le but de la rendre plus heureuse aux yeux de certains.
Au XXe siècle et jusqu’aux années 1970 de nombreux arriérés et malades mentaux ont été stérilisés par intervention chirurgicale, les femmes par ligature des trompes plus que les hommes par vasectomie, surtout aux USA, en Scandinavie et bien sûr en Allemagne nazie où 400000 personnes furent opérées de force en dix ans.

Au Pérou dans les années 1990 sous l’impulsion de son dirigeant Alberto Fugimori, qui comptait augmenter le PIB en diminuant le nombre de naissances, la ligature des trompes a été prônée et largement utilisée. Elle était proposée aux femmes plutôt que la contraception orale, avec des arguments douteux : persuasion, menaces ou mensonges (comme : la procréation restera possible après la ligature, il est préférable de ne pas avoir d’enfant puisque la fin du monde surviendra au changement de millénaire…). Les interventions étaient pratiquées à la chaîne, sous tente, entourées de festivités. Médecins et infirmières étaient récompensés des bons résultats et licenciés dans le cas contraire
[4]
                                                                                
 
 
 
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Rois II 4 32>35, trad. Bible de Jérusalem
[2] L’euphorie perpétuelle, éd Grasset.
[3] Octave Hamelin
[4] Rapporté par le Journal International de Médecine du 09/02/05

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Publié le 7 Janvier 2013

Les médecins ont-ils été davantage misogynes que les autres ? La médecine, comme beaucoup de professions, a été longtemps interdite aux femmes. 

Un Moyen Age  plus ouvert que d’autres périodes de l’Histoire.

Les historiens citent avec complaisance quelques individualités mémorables et rares comme l’athénienne Agnodice qui se déguisa tout de même en homme pour devenir l’élève d’Hérophile à Alexandrie au IVe siècle avant notre ère ou Abella, professeur à Salerne, au XIe siècle, qui écrivit un traité sur le sperme et ce n’était pas la seule femme ayant étudié à l’école de médecine de Salerne sur la rive du golfe de Paestum, au sud de Naples, première université médicale occidentale, fondée avant l’an mille par le grec Pontus, le sarrasin Adela, le juif Helinus et le romain Salernus. Exemple même de la tolérance en plein Moyen Age. On y enseigne en grec, arabe, hébreu et latin. Les femmes sont admises et certaines y professent. Son rayonnement atteint son apogée au XIIIe siècle sous la protection de l’Empereur germanique et Roi de Sicile Frédéric II, à la barbe du pape. Ses élèves essaiment dans toute l’Italie, à Montpellier et au-delà. Mais une telle ouverture d’esprit ne saurait durer et fut progressivement étouffée. La renommée de cette université se maintiendra cependant jusqu’à la Renaissance puis déclinera. Elle disparaît en 1811, liquidée par Napoléon.
Hildegarde de Bingen, mystique bénédictine du XIIe siècle, compositeur de musique, a également écrit un ouvrage de médecine : « Les causes et les remèdes » où elle préconisait surtout l’utilisation des plantes. Visionnaire, elle soutenait que l’esprit des femmes valait celui des hommes.
 
L’art de l’accouchement a été longtemps un domaine strictement féminin. 
Au Moyen Age, les hommes n’assistaient à un accouchement qu’au moment de leur naissance ; au-delà, ce droit n’était réservé qu’aux femmes. Un médecin de Hambourg, habillé en femme pour le faire, fut condamné au bûcher. Les matrones, avant la formation des sages-femmes et leur apparition en milieu rural, avaient également droit au bûcher : la mortalité néonatale était si importante qu’on les soupçonnait d’être des auxiliaires du malin qui – comme chacun sait - se réjouit des enfants morts sans baptême[1]. L’Eglise finit d’ailleurs par enseigner aux accoucheuses les rudiments du baptême et elles s’en acquittèrent par délégation. 
Le corps médical masculin pour respecter la parité mit la main sur l’obstétrique dès la Renaissance. Le premier traité destiné aux sages-femmes est le Jardin des roses pour les femmes enceintes et parturientes  du docteur Eucharius Rösslin de Worms. En France, un peu plus tard, c’est Ambroise Paré qui s’y intéresse et forme des sage-femmes dont Louise Bourgeois qui accoucha Marie de Médicis. Au XVIIIème, Angélique le
Boursier du Coudray issue de l’Office des Accouchées de l’Hôtel-Dieu de Paris, référence de l’époque, entreprit un tour de France, accompagnée d’un mannequin de démonstration, permettant aux novices ou aux matrones de se faire la main. Après la Révolution, ce fût l’Hospice de la Maternité de Port-Royal qui tint la vedette et Marie-Louise Lachapelle qui le dirigeait résista à la forte pression du corps médical qui voulait que les élèves chirurgiens y soient admis. Il est vrai que les élèves sages-femmes y vivaient comme internes pendant un an au moins et que la mixité aurait pu entraîner des travaux pratiques en amont de l’accouchement.
 
Une misogynie "scientifique"
La société a toujours considéré et beaucoup considèrent encore les femmes comme des handicapées. Le milieu médical n’a pas été en reste et au XIXe siècle des travaux pseudo scientifiques ont tenté de donner une caution scientifique à la ségrégation sociale dont les
femmes étaient victimes. « La petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle » (Paul Broca, 1861). C’est mieux qu’Hippocrate qui considérait l’utérus comme le cerveau des femmes. Cerveau baladeur, car on a longtemps cru que l’utérus était mobile à l’intérieur du corps. « Quelques philosophes anciens, et Platon lui-même, regardaient la matrice comme un animal, non seulement capable de se mouvoir d’un lieu à l’autre, mais encore susceptible de fureur ». [2]
Le « cerveau utérin » des femmes était pour Hippocrate à l’origine de l’hystérie, névrose volontiers féminine.

De quoi je me mêle ?
Le diagnostic d’hystérie est aisément porté par les hommes lorsqu’ une femme s’oppose à leurs vues ou lorsqu’ils réprouvent ses actions. Ce fût le cas pour Florence Nightingale, jeune fille anglaise de bonne famille, amenée à consacrer sa vie aux malades et aux blessés après une injonction divine. Elle créa en 1860 la première école d’infirmières à Londres et inventa le « nursing ». Lorsqu’elle débarqua avec trente-huit jeunes femmes à l’hôpital militaire de Scutari, dans les faubourgs de Constantinople, en pleine guerre de Crimée, les chirurgiens militaires et les autorités, bousculés dans leur routine ne pouvaient la considérer que comme une hystérique obstinée. Par contre pour les blessés, ce fût « l’Ange de Scutari ». Lorsqu’elle fût atteinte à la fin de sa vie d’une paraplégie que les médecins ne comprenaient pas, c’est évidemment le diagnostic d’hystérie qui leur vint naturellement à l’esprit.

Comment éviter la concurrence des femmes
Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, lorsque des femmes veulent devenir médecin, l’opposition est farouche. L’Américaine Elisabeth Blackwell est refusée par douze universités avant d’être admise à la Faculté de Genève, dans l’état de New York, où elle obtient son diplôme en 1849. A Paris, en 1868, c’est une Anglaise qui obtient l’autorisation de s’inscrire à la Faculté grâce à l’appui de l’Impératrice Eugénie et de Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique. La même année s’inscrit la première Française, Madeleine Brès, à qui on interdit de se présenter à l’externat. Il faudra attendre 1881 pour l’externat , et 1885 pour l’ internat quand Paul Bert oblige l’Assistance Publique à ouvrir le concours aux femmes. La première interne  est une Américaine, Mrs Augusta Klumpke, future épouse du grand neurologue Jules Déjerine, elle deviendra présidente de la société de Neurologie. La première chef de clinique à la Faculté de Paris n’arrive qu’en 1911[3] . Enfin ce n’est pas avant les années 1930 que des femmes deviennent médecin ou chirurgien des hôpitaux.
Actuellement plus du tiers des médecins sont des femmes et dans quinze ans elles seront la majorité[4].

  

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] J. Delumeau, La peur en Occident, éd Fayard

[2]Joseph Raulin, Traité des affections vaporeuses du sexe 1759, cité par Ph. Brenot, Les mots du sexe, éd L’esprit du temps.  

[3]J.Borgé et N.Viasnoff, Archives des médecins, éd Michèle Trinckvel 1995.

[4] Au 1/01/2005, en France, 54% des médecins actifs de moins de 40 ans sont des femmes

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Ce n’est heureusement ni souhaitable, ni possible. Mais les médecins aimeraient que certains les choisissent. Le rêve de quelques-uns est de soigner un haut personnage ou un personnage connu. C’est pour eux la meilleure façon et la plus rapide d’acquérir de la notoriété…à condition qu’ils réussissent et se taisent.
 
Un record
Ambroise Paré, grand chirurgien du XVIe siècle, surtout de guerre, détient le record puisqu’il a été le chirurgien de quatre monarques. Sa vie a été un roman d’aventures dont on a fait autant d’images d’Epinal : simple barbier, devenu chirurgien des rois Valois, bien avant de recevoir le titre, à 45 ans, en narguant les cuistres de la Faculté ; prisonnier, échappant à l’exécution et libéré grâce aux soins donnés à son geôlier ; acclamé par les soldats à son arrivée au siège de Metz ; le pied sur la tête du duc de Guise pour retirer la pointe de lance qui traverse l’orbite ; sauvé du massacre de la Saint Barthélemy, caché par Charles IX lui même, dans un placard, ou sous son lit, on ne sait pas trop, et même s’il n’était pas huguenot, peu importe… Il mourût à quatre-vingts ans, riche et honoré
 
Le fondement d’un hymne national
La fistule anale la plus célèbre de l’histoire est celle de Louis XIV. Après que tous les traitements médicaux aient échoué, c’est son premier chirurgien, chirurgien-barbier, Charles François Félix, qui l’opère avec succès. Il est grassement honoré et anobli. Pour célébrer la guérison, les demoiselles de St Cyr chantent un motet composé pour la circonstance : Dieu sauve le Roi. Haendel l’ayant entendu en fait un hymne pour l’Electeur de Hanovre qui devient le roi d’Angleterre George 1er : God Save the King !
 
Le coup de pouce royal
Au XVIIIe siècle, le roi d’Angleterre George II était affligé d’une douleur aiguë d’un pouce rebelle à tous les traitements. En désespoir de cause, on fit venir un certain Joshua Ward, devenu célèbre en France pour ses remèdes. Mis en présence du souverain, il examina le pouce et le tordit violemment malgré les véhémentes protestations royales, mais Sa Majesté pût enfin bouger son pouce sans la moindre douleur. Ward avait débuté sa carrière en salant et en fumant des jambons, puis voulant faire de la politique, il entra en 1717 à la Chambre des Communes comme représentant de Marlborough. Il en fût chassé car on s’aperçut qu’il n’avait obtenu aucune voix lors des élections. Le coup de pouce royal assura sa carrière  : il eut droit à une consultation dans Whitehall et trois maisons dont il fit un hôpital où il put appliquer ses remèdes aidé de dames de qualité. Malgré ses désirs, ce grand homme ne fût pas inhumé devant l’autel de l’Abbaye de Westminster.
 
Une loupe qui rapporte gros
Au début du XIXe siècle, le chirurgien anglais Ashley Cooper n’a pas été anobli pour ses innovations et notamment la première opération pour anévrisme de l’aorte, mais pour avoir débarrassé d’une loupe l’auguste crâne du roi Georges IV. La loupe n’étant qu’un kyste sébacé dont l’ablation est des plus simples.
 
Si soigner un haut personnage permet d’atteindre la notoriété, c’est rarement une sinécure. La thèse de Jean Nicolas Corvisart des Marets était prémonitoire, son titre : «  Agrément de l’étude de la médecine et désagrément de sa pratique ». C’était le médecin de Napoléon 1er. 
Soigner un personnage connu est un rêve qui risque de se transformer en cauchemar. La position du médecin est souvent difficile devant les exigences et dans la conduite du traitement d'un patient dont les décisions ont une grande importance

Somme toute les médecins n'aimeraient pas choisir leurs patients. Ne soigner que des gens sympathiques, c'est aussi trop s'y attacher et ressentir encore plus douloureusement son éventuelle impuissance et leur perte. Les médecins accompagnent leurs malades parfois pour le meilleur mais souvent pour le pire.                                                                                

                                                                               
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Publié le 7 Janvier 2013

« L'altruisme humain qui n'est pas égoïste est stérile » (Paul Valéry). Si quelques-uns agissent surtout par intérêt, on trouve chez les médecins beaucoup de gens désintéressés, mais soigner les autres ne doit pas être considéré comme un dû.

Certains patients sont impressionnés par le montant des honoraires. C'est un piège. La qualité d'un praticien n'est aucunement proportionnelle aux honoraires exigés.  D'autres sont capables aujourd'hui de rendre le même service sans gonfler les leurs. Le dépassement d'honoraires nécessite la complicité du patient qui oublie qu'aucun médecin, aucun chirurgien, ne possède de remède miracle ou un savoir-faire que d'autres ne possèdent pas.

 

Dans le passé certains praticiens ont eu tendance à fertiliser largement leur altruisme.

Pendant des siècles, il était convenu que les médecins devaient soigner les pauvres gratuitement et faire payer les riches bourgeois, car pour les aristocrates il fallait espérer leur générosité. Si celle des souverains était souvent grande, « Madame de Coislin soutenait qu'autrefois une personne comme il faut ne se serait jamais avisée de payer son médecin » (Chateaubriand)[1].

 

Les honoraires fabuleux que demandaient certains médecins de l'Antiquité sont parfois le principal motif de leur passage à la postérité, tel Asclépiade de Bithynie, le premier des grands médecins grecs venus s'installer à Rome au premier siècle avant notre ère.

Un médecin de l'école de médecine de Salerne au XIIe siècle conseille à ses étudiants une méthode peu orthodoxe pour récupérer des honoraires impayés : « Fais-lui prendre de l'alun à la place de sel dans sa nourriture, ce qui ne manquerait pas de le couvrir d'éruptions »[2]

Au XIVe siècle, John of Arderne, le père de la chirurgie anglaise, imagina de demander une certaine somme cash puis la même chaque année de survie du patient. L'inverse d'une rente viagère.

Ferdinand Sauerbruch, pionnier de la chirurgie thoracique, inventa au début du XXe siècle une chambre pneumatique permettant d'ouvrir un thorax et d'opérer un poumon sans tuer le patient. Chirurgien le plus célèbre d'Europe, ses honoraires étaient pharamineux. A un parent qui lui demandait un rabais, il aurait répondu : « au-dessous de cette somme mes mains tremblent »

 

Des cuillers à tirer les bébés et l'argent.

On pouvait faire fortune en inventant un instrument dont on conservait le secret, ses avantages assurant la clientèle. Ce fût le cas pour les forceps, cuillers à extraire les  bébés inventées par William Chamberlain ou son fils aîné Peter, huguenots émigrés de France en Angleterre en 1569. Pendant un siècle leurs descendants formèrent une dynastie d'accoucheurs qui délivrèrent, entre autres, les reines d'Angleterre, en gardant le secret de l'instrument par cupidité. Pour ce faire, ils isolaient la parturiente derrière des rideaux et oeuvraient seuls pour que la sage-femme ne voit pas l'instrument et éviter qu'on ne  vole leurs cuillers. Evidemment le secret finit par être éventé avant qu'on ne retrouve le forceps des Chamberlain, un temps perdu, dans sa boîte, et dans la maison de famille au début du XIXe siècle. Entre temps le forceps avait été également inventé par le Flamand Johannes Palfyn et par le Français André Levret.

 

Il n'y a pas que l'argent qui compte.

Alphonse Baudin  « Médecin des pauvres », député à l'Assemblée législative de la Deuxième République, s'écria sur une barricade le 12 décembre 1851 :  «  Vous allez voir , citoyens, comment on meurt pour 25 francs par jour » et fut tué.


L ‘Allemand Röntgen découvrit les rayons X. et en fût récompensé par le premier prix Nobel de physique en 1901. Il offrit le montant du prix à son université, refusa l'utilisation de son nom et ne déposa aucun brevet, laissant sa découverte à la disposition de tous, exemple peu suivi de son temps et pas du tout du nôtre. Il répondit  à la firme AEG très intéressée par sa découverte : « Dans la bonne tradition des professeurs d'université allemands, je suis d'avis que les découvertes et inventions appartiennent à l'Humanité. Leur diffusion ne doit en aucun cas être entravée par des brevets, des licences ou des contrats et aucun groupe de personnes ne doit en avoir le monopole ». Dommage qu'il ne fût pas médecin

                                                                                                                                                           

L'argent des autres

Nombre de médecins gagnent leur vie en assurant la fortune des autres, chevilles ouvrières des chaînes de cliniques, à la merci du bon vouloir des financiers et des actionnaires.

Les moyens de la recherche ne sont plus dans les moyens des chercheurs. Ils cherchent donc pour le compte de ceux qui payent et ce qu'ils trouvent n'est plus d'emblée  du domaine public pour l'intérêt de tous.

 

Le patrimoine génétique humain est lui-même voué à la commercialisation. Les généticiens scrutent le génome et y  trouve la source de la plupart de nos maladies. Un déterminisme qui rend le médecin dubitatif sur son rôle et l'efficacité de son action. Les chercheurs et ceux qui les financent considèrent que la mise en évidence d'une séquence de l'ADN (Acide DésoxyriboNucléique)[3] est une invention. Des milliers de brevets ont été déposés, ils doubleraient chaque année, les inventeurs de la nature n'ont pas à s'inquiéter : l'ADN comporte trois milliards de nucléotides[4].  On parle également de droits d'auteur, il est vrai que l'on compare le code génétique à une bibliothèque. Rien n'arrête les investisseurs pour réclamer une redevance ou une exclusivité pour tout ce qui concerne le petit bout de notre patrimoine génétique dévoilé : procédés pour isoler les gènes dont les mutations peuvent entraîner des maladies, tests de dépistage et traitements correspondants.



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Mémoires d'outre-tombe

[2] Cité par Kenneth Walker, Histoire de la médecine

[3] Grosse molécule en double hélice support de l'hérédité dont l'agencement des éléments  est spécifique de chaque individu

[4] Unités de la molécule d'ADN composées d'un sucre, d'un phosphate et d'une base

                                                               
 
 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Où l’habit fait le médecin
Exiger une tenue correcte pour un médecin est une idée vieillotte, bien que la plupart des gens apprécient qu’un médecin soit propre sur lui.
Dans le passé la situation était différente. Pendant longtemps les médecins portaient un habit caractéristique, comme les prêtres. Sous Louis XIII, les médecins amenés à visiter les pestiférés durent mettre un habit spécial avec un masque aux yeux de cristal et un long nez empli de parfums qui les faisait ressembler à de grands oiseaux. A partir du XVIIe siècle ils s’habillent comme les bourgeois, les notables, et aucune fantaisie vestimentaire ne doit porter atteinte à leur dignité. En 1782, Mme Necker s’oppose à la nomination de Corvisart comme médecin chef de l’hôpital qu’elle a fondé parce qu’il refuse de porter la perruque[1].

Jusqu’en mai 1968 aucun étudiant, aucun médecin, n’aurait osé se présenter sans cravate. Le nec plus ultra étant le nœud papillon dont on disait que c’était la principale invention des chirurgiens orthopédistes, afin de ne pas tremper la cravate dans le plâtre. « Comment peut-on mourir quand on porte une cravate ? … » disait Cioran.Il ignorait que celle des médecins pouvait être un nid à microbes dangereux [2]
La façon de se vêtir des médecins hospitaliers évolue. Jusque vers 1970 la capote bleue de l’Assistance publique, posée nonchalamment sur les épaules, était le signe distinctif, ô combien envié, de l’interne. Le patron  l’arborait parfois pour la visite, histoire de signifier qu’il était encore jeune, ou proche de ses élèves. La capote n’est plus de mise, et même souvent la blouse blanche non plus. Il faut avoir la tenue « casual », « friday wear » pour faire comme en Amérique. Maintenant, à la visite ou à la consultation publique, celui qui pérore, en civil, sans cravate, entouré de blouses blanches, c’est le patron tendance.
                                                                                                                                                                  
Le médecin pathogène
En 1683, Antonie van Leeuwenhoek eut la curiosité d’examiner à travers son microscope des dépôts de tartre recueillis entre ses propres dents et voilà ce qu’il y découvrit : « de petits animaux plus nombreux que toute la population des Pays-Bas et se mouvant de la façon la plus charmante »[3]. Cette vision charmante était celle de protozoaires et bactéries qui allaient faire parler d’eux plus tard.
Les médecins sont susceptibles et orgueilleux. Il a fallu longtemps pour qu’ils admettent avec réticence qu’ils étaient eux-mêmes porteurs, comme tout le monde, des germes de l’infection. Qu’ils évitent d’examiner les malades après avoir disséqué les cadavres, qu’ils abandonnent les habits de ville pour opérer ou qu’ils se lavent tout simplement les mains. « L’opération mains propres » est une des plus belles découvertes de la médecine.
 
Les difficultés de "l’opération mains propres"
Comme certains artistes, il y a des médecins maudits. Ignac Fülöp Semmelweis en est le prototype. Assistant à la maternité de l’hôpital général de Vienne, il veut comprendre pourquoi la mortalité importante due à la fièvre puerpérale est plus grande dans le service des étudiants que dans celui des sages-femmes. Il étudie toutes les explications avancées, du temps qu’il fait à la détresse provoquée par la vue du prêtre apportant l’extrême-onction. Une seule lui paraît valable : dans le service le plus atteint les examens sont faits par les étudiants qui ont participé juste avant à des autopsies. Quand un de ses amis, blessé au cours d’une autopsie, meurt avec les mêmes symptômes et lésions que les accouchées, sa religion est faite. Il impose le lavage des mains au chlorure de chaux et la mortalité s’effondre. Ce devrait être un triomphe. C’était sans compter sur le patron, Klein, bête et méchant ; l’administration, qui veut éviter les dépenses ; les collègues et étudiants mis en cause, autrichiens, qui détestent ce hongrois ; les autorités politiques, contentes de se débarrasser d’un sympathisant de la révolution de 1848 . Semmelweis , chassé, revient dans sa ville natale, Budapest, où il applique avec succès ses règles de conduite. Il publie, mais la polémique se poursuit, même le grand Virchow est contre lui. En 1865, Semmelweis, devenu fou, est interné et meurt presque aussitôt, à 47 ans, non pas comme on l’a longtemps cru d’une piqûre anatomique de la même manière que son ami, mais des coups infligés par le personnel. Maudit jusqu’à la fin.

Au cours d’une séance de l’Académie de Médecine en 1876, Claude Bernard dit à Louis Pasteur désespéré par l’incompréhension de ses opposants : «  Mais si, Pasteur, il restera quelque chose de vous. Ce matin Gosselin est venu, comme d’habitude vider ma vessie. Il était accompagné d’un chirurgien nommé Guyon qui se réclame de vous et de vos doctrines. Or Gosselin s’est lavé les mains après m’avoir sondé alors que Guyon s’est lavé les mains avant. Voilà, Pasteur, ce qui restera de vous. »[4].

Se laver les mains est pour tout le monde une excellente idée. Pour un médecin, c’est un impératif. Lorsque nous faisions des visites à domicile, seules les personnes d’un certain âge préparaient à l’avance un savon et une serviette qui nous étaient destinés, nous obligeant à suivre, même si nous les avions oubliées, les règles élémentaires de l’hygiène.

Pour les Français, c’est Henri Chaput qui inventa les gants de caoutchouc stérilisables à la fin du XIXe siècle. Pour les Anglais et Américains c’est, à la même époque, William Halsted qui ne supportait pas l’eczéma des mains de sa maîtresse infirmière qui elles, ne supportaient pas l’antiseptique . Quoi qu’il en soit, les chirurgiens actuels, élevés avec des gants moulés à usage unique qu’on change plusieurs fois au cours d’une intervention, ne peuvent imaginer ce qu’était une opération à mains nues :
« …les mains, plongées dans le champ opératoire, perçoivent une impression de velours mouillé, d’humidité chaude qui rapidement colle aux doigts. Sous les ongles s’incruste une bouillie tissulaire et hématique qu’il faudra brosser longtemps pour s’en débarrasser. » (P.Léger) [5]
 
 
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora 

[1] P. Meyer et P.Triadou, Leçons d’histoire de la pensée médicale
[2] Nurkin et coll. Communication à la 104ème réunion de la Société Américaine de microbiologie en Mai 2004
[3] Cité par Kenneth Walker, Histoire de la Médecine, éd. Gérard et C° 1962
[4] Cité par P. Léger, Chroniques de l’Urologie française, éd Schering
[5] Histoire de la cystectomie totale pour traiter les tumeurs de vessie, éd Schering

 

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Les médecins font-ils des expériences sur leurs patients ? Oui, mais aujourd'hui cela ne concerne qu'une petite partie du corps médical spécialisée dans la mise au point des nouveaux traitements. Par contre, au début du XXe siècle[1] on signalait des expérimentations humaines fort diverses et sans aucun contrôle ni châtiment : tentatives de transmission souvent réussies de la syphilis, de la peste, du paludisme, de la rougeole, du typhus, de la lèpre, et même du cancer sur des mourants, des condamnés, des handicapés mentaux, des prostituées, des femmes allaitant, des enfants. A notre époque, il est plus simple de faire de la recherche dans les pays pauvres. 

                                                                                

Le chirurgien, le roi et le cuisinier

Ambroise Paré, lui-même, empoisonna un jeune cuisinier. La pierre de bézoard est une concrétion calculeuse qui se forme dans l'estomac des quadrupèdes, elle était réputée au Moyen Age comme antipoison universel. Ambroise Paré n'y croyait pas et voulut en convaincre Charles IX. Il promit à un jeune cuisinier condamné à la pendaison pour avoir volé deux plats d'argent qu'il serait gracié s'il acceptait de se laisser empoisonner à l'arsenic avant d'avaler le bézoard. Le malheureux mourut dans d'atroces souffrances. Malgré son sacrifice, Charles ne fut pas convaincu. Le roi conclut que c'était cette pierre de bézoard là qui était exceptionnellement inefficace. « La vérité ne triomphe jamais mais les imbéciles finissent par mourir. » (Wolfgang Pauli). L'imbécile n'était pas le cuisinier.

 

Un trou de balle bénéfique

William Beaumont était un chirurgien de l'armée des Etats-Unis au XIXe siècle. En poste à Fort Mackinac sur le lac Michigan, il reçoit un jour Alexis Saint-Martin,  trafiquant de fourrures, blessé par balle. La plaie cicatrise en laissant une fistule qui fait communiquer l'estomac avec l'extérieur. Beaumont, modeste praticien, formé sur le tas, n'ayant jamais fréquenté une école de médecine, comprend le parti à tirer de cette situation, engage l'homme et, pendant onze ans, va étudier la digestion de son « cobaye ». Beaumont publie :  Expérimentations et observations sur le suc gastrique et la physiologie de la digestion . Cet autodidacte de la science a ouvert le chapitre de la physiologie digestive. Des hôpitaux vont porter son nom.  Une poétesse, Ann Eby, a écrit une ode, « Heroes of the fistula » où l'on peut lire :

« O Lucky William Beaumont ! What scientific luck !

 Privy to gastric mysteries through a passage to gut »

 

Un germe de querelle

Le Norvégien Gerhard Armauer Hansen entra en conflit avec son beau-père le Pr Danielssen, grand spécialiste de  la lèpre, qu'il considérait d'origine héréditaire, alors que pour lui, elle paraissait microbienne. Il parvint à isoler le microbe en 1874 et tenta de l'inoculer vainement à des malades. Une d'entre  eux  porta plainte, eut gain de cause et ... l'on fît à Hansen des funérailles nationales

                                                                               

La sagesse paysanne

Provoquer une maladie légère pour  en éviter une sévère, éventuellement mortelle, est une découverte des paysans chinois et turcs, exploitée par la médecine occidentale. Les paysans  d'Anatolie frottaient le bras scarifié de leurs enfants avec du pus de varioleux convalescent pour les préserver de la petite vérole. Au XVIIIe siècle, Lady Montaigu Wortley, femme de l'ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, fit ainsi inoculer ses enfants et ramena la « variolisation » en Angleterre. La pratique se répandit, notamment en France, où le médecin de l'aristocratie, Théodore Tronchin,  inocula -  on disait « tronchina » - des milliers d'enfants. Mais la maladie provoquée pouvait se révéler dangereuse : un enfant sur cinq en mourrait. On finit par en interdire la pratique pour la reprendre après la mort de Louis XV et sacrifier un enfant pour en protéger quatre.

 

Où le pis donne le meilleur

Après bien des hésitations, l'Anglais Edward Jenner inocula, le 14 mai 1796, à James Phipps âgé de huit ans, la variole des vaches ou vaccine dont les pustules des pis transmises aux vachers semblaient les préserver de la variole. La vaccination fût heureusement un succès et conquit l'Europe, non sans oppositions,  jusqu'à la lointaine Russie où la Tsarine adopta le premier enfant vacciné, qu'elle appela Vaccinof.

 

Et Pasteur vint

Jenner avait découvert la vaccination naturelle, un siècle plus tard Pasteur mit au point la vaccination avec des germes de la maladie même et pour commencer ni tués ni atténués. Ce sont encore des enfants qui, logiquement,  essuyèrent les plâtres. Joseph Meister, neuf ans, puis Jean-Baptiste Jupille, berger jurassien de quinze ans,  échappèrent par miracle à la rage alors qu' il n'y a pas de preuve certaine qu'ils en étaient atteints. Par la suite plusieurs vaccinés moururent de la rage. L'hygiéniste et Doyen de la Faculté de Paris Paul Brouardel, qui en avait la preuve, dissimula heureusement la vérité pour sauver la vaccination. Car Pasteur avait raison. Les vaccinations obligatoires, qui consistent à sacrifier quelques individus pour le bien du plus grand nombre, ont permis l'éradication de la variole et la quasi disparition des maladies infantiles les plus graves comme le croup et la poliomyélite.

                                                                                         

Un risque consenti

De nos jours, les essais thérapeutiques comportent évidemment des risques, mais ceux qui les subissent sont en principe consentants, bien que la façon de présenter les choses influence le consentement. C'est surtout après le Procès de Nuremberg et les expérimentations imbéciles et sadiques des nazis, que l'on a tenté en 1947 d'encadrer les expériences sur les humains. L'obligation principale est le consentement éclairé du sujet expérimenté. L'éclairage est toujours tamisé et souvent remplacé par un lien de confiance entre le médecin et le sujet comportant parfois un zeste de duperie. De toute façon, on fait prendre des risques aux patients à qui l'on ne donne qu'un placebo ou un traitement inférieur à celui testé. L'inverse est possible : le placebo ou le traitement de référence peut être supérieur au traitement testé. Le risque est donc toujours présent quel que soit l'essai. Il faut un certain temps pour le constater et se sentir obligé d'arrêter l'expérience, mais la plupart des patients malchanceux en ont déjà subi les conséquences.

                                                                                

En marchant avec trop de précautions, on risque de ne pas avancer.

« Quand on cède à la peur du mal, on ressent déjà le mal de la peur » (Beaumarchais)[2].

Le principe de précaution est souvent un parapluie qui ne s'ouvre qu'après avoir reçu l'averse et qui se ferme avant la suivante. Après l'écologie, il envahit la médecine. Si l'on cherche à éviter tout risque potentiel même à longue échéance, on peut considérer que la médecine est arrivée à son étape ultime. Toute tentative de progrès ultérieur, toute introduction d'une nouvelle technique ou d'un nouveau traitement ne peut que contredire ce principe de précaution qui va au-delà de la prudence et de la rigueur.

Comment peut-on respecter le principe de précaution en médecine ? La plupart des tentatives thérapeutiques n'auraient pu être réalisées dans le passé si l'on avait respecté ce principe. Quant aux premières chirurgicales chez des patients dont la vie n'était pas menacée dans l'immédiat, elles n'auraient pas eu lieu. En voici deux exemples :

 

Jusqu'au XIXe siècle, ouvrir un ventre était un arrêt de mort par péritonite. Aucun chirurgien n'osait opérer les kystes de l'ovaire qui devenaient énormes et finissaient par tuer. Celui d'une brave paysanne du Kentucky, qui atteignait ses genoux, ne l'empêcha pas de faire soixante miles à cheval pour consulter le chirurgien de la bourgade la plus proche, Danville. Chez lui, le jour de Noël 1809,  Ephraïm McDowell fit la première laparotomie et extirpa un kyste de plus de dix kilos. Pendant ce temps la malade récitait des psaumes. Elle survivra des années, bien après son chirurgien, mort d'une appendicite que personne ne savait opérer.

 

Au cinéma il y a des cow-boys, des indiens, des blanchisseurs chinois, des croque-morts et parfois des médecins. George Goodfellow est, vers 1880, chirurgien à Tombstone, dans l'Arizona, sur la « Frontière », la ville du « Règlement de compte à OK Corral. ». Il est réputé pour son habileté à extraire les balles. Il remplit les fonctions de coroner, détermine qui a tiré le premier et  peut éviter à un homme la pendaison. C'est un aventurier, toujours prêt à partir à la poursuite du chef apache Geronimo ou à la guerre contre les Espagnols. En même temps il exerce son métier : en 1871, c'est le premier à faire l'ablation complète d'un adénome de la prostate.[3]




Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Thèse de Bongrand 1905

[2] Le Barbier de Séville

[3] R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie

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Publié le 7 Janvier 2013

 

 La main de Bertha

17. Les radiographies les plus célèbresLa découverte des rayons X par l'Allemand Wilhelm Conrad Röntgen serait due (en partie) au hasard. En décembre 1895, le tube de Crookes (contenant du gaz raréfié parcouru par un courant électrique) de Röntgen était recouvert d'un carton noir. Bien qu'étant dans l'obscurité, à chaque fois que le physicien allemand branchait le courant, un objet proche placé sur un banc émettait une lueur verdâtre. Cet objet était un écran de carton recouvert de platino-cyanure de baryum devenant fluorescent sous l'effet de rayons mystérieux, X, invisibles, émis par le tube et ayant traversé le carton noir pour parvenir à l'écran. En interposant sa main entre le tube et l'écran, Röntgen y vit ses os et découvrit l'invisible qui rend visible l'invisible. La première radiographie est celle de la main de Bertha Röntgen faite par son mari un soir de 1895.

 

La radiographie subtilisée

 

Est celle de l'ADN prise par Rosalind Franklin un peu plus d'un demi-siècle plus tard.
L'ADN a été découvert en 1869 par le Suisse  Miescher.  Il faudra près d'un siècle pour que sa structure soit élucidée en 1953 par Crick, Watson et... Rosalind Franklin dont le travail a été déterminant et transmis à son insu par son « patron » Wilkins aux deux premiers. Rosalind Franklin meurt à 37 ans et  Wilkins fût récompensé de son indélicatesse par le prix Nobel de médecine 1962 qu'il partagea avec Crick et Watson.






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Publié le 7 Janvier 2013


Pasteur en congé

 

En 1879, Pasteur, en raison des vacances, interrompit des travaux de recherche sur le bacille du choléra des poules. Les cultures de ce bacille vieillirent pendant son absence. Lors de la reprise des travaux, les cultures vieillies ne provoquèrent plus la maladie une fois injectées aux animaux. Une culture fraîche resta inopérante sur les poules ayant reçu la culture vieillie mais provoquait toujours le choléra chez les autres. C'est ainsi que fût découverte une des méthodes de vaccination.



Un assistant absent

 

 

En 1882, l'Anglais Sidney Ringer découvrit que le calcium était nécessaire à la contraction du cœur en raison de l'absence de son assistant. Ce dernier préparait habituellement la solution de perfusion salée d'un cœur isolé de grenouille. Ringer  prépara donc lui-même une nouvelle solution avec de l'eau distillée. Le cœur s'arrêta de battre malgré une concentration en sel correcte. Ce mystère fût résolu lorsque Ringer apprit que son assistant préparait la solution non pas avec de l'eau distillée mais de l'eau du robinet qui, bien entendu, était calcaire. Mais l'eau du robinet contient bien d'autres choses que du calcium et il a fallut que Ringer détermine sa responsabilité.



Un bactériologiste en congé et u
n assistant négligent

 

 

En 1928, Alexander Fleming,  bactériologiste au St Mary's Hospital de Londres  oublia une culture bactérienne avant de partir en vacances. Une moisissure entrée par la fenêtre laissée ouverte du laboratoire vint contaminer la culture. Le garçon du laboratoire négligea de la jeter. A son retour,  Fleming remarqua que la moisissure, penicillium notatum, avait poussé en empêchant le développement des microbes. L'extrait qu'il en tira et baptisa pénicilline, les tuait.

La pénicilline qui allait bouleverser le traitement des maladies infectieuses avait déjà été découverte à la fin du XIXe siècle par un médecin de marine italien, Vincenzo Tiberio (publication de 1895) et par un étudiant en médecine lyonnais, Ernest Duchesne (thèse de 1897). Il faut trouver au bon moment. Même pour Fleming, il a fallu attendre dix ans pour que la pénicilline soit isolée par l'Australien Howard Walter Florey et l'Anglais Ernest Boris Chain. La plus importante découverte thérapeutique du XXe siècle a attendu cinquante ans avant d'être fabriquée (1943) et utilisée.


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Publié le 7 Janvier 2013

Faut-il croire Cioran pour qui « Etre moderne c’est bricoler dans l’incurable »[1]. Les médecins ont toujours aimé bricoler. Ce qu’ils inventent ou fabriquent n’a rien de spectaculaire, pourtant c’est parfois une petite révolution pour le praticien et un bienfait pour la malade. Mais comme chacun sait « la vie est une maladie sexuellement transmissible et toujours mortelle » et les médecins ne peuvent que bricoler dans l’incurable. En voici quelques exemples parmi bien d’autres :

                                                                               

Des fourmis et des hommes

Si l’on en croît l’indien Suçruta et l’arabe Abulcassis, la fourmi peut donner son corps pour suturer une plaie :on présente les deux lèvres accolées à l’insecte qui mord, puis on sépare l’abdomen de la tête qui reste en place.
Dans Les secrets de la mer rouge, Henry de Monfreid donne une description hallucinante de cette façon de suturer une plaie de l’estomac, par un sorcier somali, à laquelle il aurait assisté au début du XXe siècle.
On peut rester dubitatif, mais les fourmis ont peut être donné l’idée des agrafes toujours très utilisées.

                                                                               

Un instrument redoutable

La seringue a précédé l’aiguille.  C’est la seringue pour clystère qui a donné l’idée de la seringue à aspiration et  injection. C’est Abulcassis le plus grand chirurgien de Cordoue au Xe siècle qui a inventé la seringue à lavement.
Au XVIIIe siècle le Français Anel en invente une et écrit un opuscule: « Art de sucer les playes sans se servir de la bouche d’un homme ». Mais il faudra attendre encore un siècle pour que le Lyonnais Pravaz invente une seringue munie d’une aiguille creuse  dont le succès va s’étendre jusqu’à l’arrivée des seringues à usage unique.
Aiguille et seringue rendent le médecin ou l’infirmière redoutable. Vedettes des films noirs, le réalisateur ne manque jamais de faire un gros plan sur elles pour  déclencher un frisson chez le spectateur. La terreur resurgit avec les seringues et aiguilles abandonnées par des drogués supposés « sidatiques ». Sous la plage, la maladie et la mort.

                                                                              

Un instrument à percussion naturel

 

C’est en regardant son aubergiste de père frapper de ses doigts les tonneaux pour juger de leur remplissage que Léopold Auenbrügger, médecin à Vienne au milieu du XVIIIe siècle, inventa l’exploration du thorax par percussion. « On se mit dès lors à examiner les malades au lieu de se borner à les observer passivement » (M.Bariéty et C. Coury)[2]. Petit truc, grandes conséquences. Comme souvent, ses collègues  traitèrent le novateur avec mépris et c’est le Français Corvisart qui,  un peu plus tard, défendit la méthode.

                                                                              

Un instrument permettant d’être à l’écoute des patients en leur demandant de se taire.

 

C’est en raison de l’obésité d’une jeune patiente et de la bienséance que Théophile René Laennec inventa le stéthoscope en 1816. Ne pouvant utiliser la percussion du thorax, l’embonpoint modifiant les sons transmis en frappant des doigts d’un coup sec et l’application directe de son oreille sur la poitrine opulente de la demoiselle lui paraissant inconvenante, il eut l’idée de prendre ses distances. Ayant déjà observé qu’un corps solide pouvait transmettre le son, il fit d’un cahier un rouleau, appliqua une extrémité sur le thorax et constata, son oreille placée à l’autre extrémité, que les sons cardiaques lui étaient transmis amplifiés.
Par la suite il remplaça le rouleau de papier par un cylindre de bois en commençant par un vieux hautbois. Le stéthoscope allait enrichir l’examen clinique de façon décisive. Laënnec pût ainsi décrire, entre autres, les signes cliniques et les lésions anatomiques correspondantes de plusieurs maladies pleuro-pulmonaires, en particulier la tuberculose dont il devait mourir à l’âge de quarante cinq ans.
Le stéthoscope s’imposa plus rapidement à l’étranger qu’en France où les médecins se croyaient supérieurs aux chirurgiens et dédaignaient les instruments qui auraient pu les assimiler à des travailleurs manuels. La plupart se contentaient de regarder et d’interroger, établissant surtout une relation intellectuelle avec le patient en évitant de trop le toucher, ce qui convenait fort bien aux malades, surtout lorsqu’il s’agissait d’une femme. Le stéthoscope, instrument simple, léger et performant, allait transformer tout cela et devenir le symbole même du médecin.


Un instrument à casser des cailloux


Au début du XIXe siècle, le Français Jean Civiale mit au point un appareil qui, introduit par la verge jusque  dans la vessie au contact de la pierre, permet de la fragmenter et de retirer les débris. A sa mort, il avait pratiqué plus de quinze cent lithotrities et un certain Pajot, professeur d’obstétrique et poète, écrivit :

«  De Civiale au cimetière
Où la mort vient de l’envoyer
La tombe n’aura pas de pierre
Il sortirait pour la broyer »
[3]

                                                                               

Comment pincer sans crainte

Le rêve de tout chirurgien est de laisser son nom à un instrument. Au milieu du XIXe siècle, ils sont nombreux à chercher la pince la plus efficace pour contrôler les vaisseaux avant de les lier et couper afin d’opérer dans un champ asséché et clair. C’est  Jules Péan à Paris qui remporte le pompon en inventant la pince à forcipressure crantée qui reste fermée sur le vaisseau, mais que l’on  peut ouvrir facilement avec un doigt, cette pince astucieuse rendit son inventeur célèbre. Tous vont l’imiter : à chacun sa pince. Celle du suisse Théodor Kocher est toujours utilisée et  semble avoir plus contribué à sa mémoire que le fait d’avoir créé la chirurgie thyroïdienne et obtenu le prix Nobel.

Une autre espèce de pince est formée d’un tube dans lequel coulisse une tige terminée par trois ou quatre branches concaves qui s’écartent lorsqu’on pousse la tige. En la tirant elles peuvent se fermer sur une balle pour l’extraire d’une plaie et c’est pour cet usage que le chirurgien du pape, Alfonso Ferri l’a inventée au XVIe siècle. Cet « alphonsin » est utilisé par les urologues pour saisir des calculs mais son avatar le plus connu est la pince à sucre.

Pour passer à la postérité, les chirurgiens tentent de laisser un nom à un instrument quelconque, une pince, un porte-aiguille, un écarteur. Les moins inventifs  modifient la forme, rajoutent une vis et leur nom à un appareil existant en espérant que le trait d’union qui unit leur patronyme au premier concepteur finira par disparaître au profit du leur. Parfois l’instrument de chose ou machin devient si usuel que le nom propre devient commun comme celui du préfet Poubelle.

                                                                                 

Comment laisser volontairement un corps étranger dans une plaie

Laisser un tube , une lame de caoutchouc ou une mèche de tissu dans une plaie ou un site opéré pour permettre l’évacuation du sang ou du pus est une idée simple. Cette invention fondamentale pour les chirurgiens est due au Français Pierre Chassaignac au milieu du XIXe siècle. Cent ans plus tard, nouveau progrès, Jost, interne chez Redon, invente le drainage aspiratif par le vide dans une petite bouteille transportable, permettant au patient d’aller à la cafétéria.

                                                                                

Un brassard pour désigner une population à traiter

L’italien Scipione Riva-Rocci en inventant en 1896 le brassard gonflable permettant une mesure commode et précise de la tension ouvrit ainsi une voie prometteuse. Cet appareil astucieux a permis de dépister une maladie silencieuse, aux compagnies d’assurances d’augmenter les primes en fonction des chiffres de la pression artérielle constatés chez les postulants, aux médecins d’augmenter leur clientèle en abaissant les critères de normalité et aux laboratoires pharmaceutiques d’augmenter leur bénéfice[4].

                                                                                

Un bain de pieds riche en promesses

 

Le premier enregistrement interprétable de l’activité électrique du cœur (électrocardiogramme) a été réalisé par le Hollandais Willem Einthoven en 1903, le patient ayant les pieds et les mains dans des bassines d’eau salée connectées à l’appareil d’enregistrement.

                                                                                 




Un emballage salvateur 

La cellophane, dérivé de la cellulose a été inventé par le Suisse J. Brandenberger en 1908. Que peut-on faire avec de la cellophane en dehors d’emballer des aliments ?  Mais un rein artificiel, évidemment ! Willem J. Kolff, jeune médecin hollandais de 32 ans y pensa en 1943, fabriqua les premiers reins artificiels opérationnels permettant d’épurer le sang quand les reins ne peuvent plus le faire. Après la guerre, il partit aux Etats-Unis avec ses machines et ira encore participer à l’aventure du cœur artificiel.
C’est à  Kolff, oublié du Nobel et des dictionnaires que des milliers d’hémodialysés doivent la vie .

 




Une machine sans coeur

« Il est mort d’un arrêt du cœur » est le plus souvent un pseudo diagnostic très apprécié dans les œuvres de fiction. Le médecin ne risque pas de se tromper : la mort définitive est toujours provoquée par un arrêt du cœur quelle que soit la cause qui a conduit à cet arrêt. Mais inversement un arrêt du cœur ne provoque pas toujours la mort.

 

En 1954, pour ouvrir le cœur d’un enfant de 12 mois et corriger une anomalie congénitale, l’Américain Lillehei utilise le père de l’enfant vers lequel le sang veineux du petit malade est dérivé, le sang oxygéné du père retournant dans le système artériel du nourrisson. Dans cette circulation croisée le coeur du père bat pour son enfant, il respire pour lui et lui donne son sang. Bel exemple d’amour parental que Lillehei utilisera quarante six fois.
La même année il remplaça le père ou la mère par le cœur-poumons artificiel, inventé par

John Gibbon en 1953 à Philadelphie, moins romantique mais plus sûr. La

machine de circulation extra-corporelle remplace et le cœur et le poumon le temps d’une intervention chirurgicale. Le sang à l’entrée du cœur est dérivé vers la machine, oxygéné et propulsé dans l’aorte pour être distribué à l’ensemble de l’organisme, hormis le cœur que l’on hiberne en le refroidissant ou pour lequel on met en place une arrivée de sang particulière. Le coeur peut ainsi être arrêté pour être aisément opéré.[5] Gibbon utilisa pour la première fois sa machine pour opérer un enfant de quinze mois ayant une communication anormale entre les deux oreillettes du cœur.[6]

Ainsi depuis les années 1950 les chirurgiens cardiaques arrêtent le cœur sans provoquer la mort quand ils le veulent et peuvent le faire repartir presque toujours. «  Le chirurgien tremble chaque fois que le cœur qu’il a dans la main s’arrête de battre : on sait parfaitement qu’il repartira après traitement approprié, mais quand même, quelle angoisse ! »[7]

 

Miracle !

 

Le cœur arrêté peut battre à nouveau après un choc électrique[8]. C’est grâce au défibrillateur inventé par l’américain Bernard Lown en 1961 que la médecine moderne peut quotidiennement accomplir ce miracle. Il était donc normal qu’une de ses premières « miraculées » ait été persuadée en se réveillant de voir l’Ange Gabriel tout de blanc vêtu. En attendant d’être sanctifié, Lown a obtenu le prix Nobel, mais pas pour son invention miraculeuse, il a été récompensé par celui de la paix avec le russe Evgeni Chazov au nom de L’Association Internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre Nucléaire qu’ils avaient fondée en 1980.


Un jeu de bille dans une cage

 

Starr. et M.L. Edwards inventèrent la première prothèse valvulaire cardiaque métallique, faite d’une cage en acier habillée de téflon dans laquelle joue une bille en silastic. La bille est repoussée contre le sommet de la cage par l’éjection du sang et retombe sur l’anneau cousu sur les bords de l’orifice cardiaque qu’elle ferme lorsque cesse l’éjection. C’est simple, mais il fallait y penser.
Cette valve artificielle fût mise pour la première fois chez l’homme en 1961, à la place de la valvule mitrale entre les deux cavités gauches du coeur. Dans les premiers modèles la bille pouvait se déformer et s’échapper de la cage avec le résultat que l’on devine. Les billes métalliques qui suivirent faisaient tellement de bruit qu’elles rendaient le sommeil difficile et les divorces fréquents. Mais le nombre de vies sauvées par la valve de Starr et sa bille sont innombrables. Depuis la bille a été remplacée  par un disque basculant puis par des volets  (ailettes).



Un cœur délocalisé

Dès 1928 des physiologistes anglais et russes construisirent des cœurs mécaniques. L’ utilisation du cœur artificiel pour soutenir le cœur défaillant d’un homme a été réalisée en 1982 par  W.C. De Vries et L.D. Joyce ; le malade survécut 112 jours attelé à un chariot de 150 kg. Remplacer totalement le cœur par une machine implantée dans la poitrine est à présent possible.

 

                                                                                




Un jeu de ballon intime

 Les adultes comme les enfants ont remarqué qu’un ballon dégonflé prend moins de place qu’un ballon gonflé. Fogarty inventa une sonde muni d’un ballonnet à son extrémité qui peut être introduit dans un conduit étroit lorsque le ballonnet est dégonflé et une fois en place, lorsqu’on le gonfle, il s’applique hermétiquement aux parois du conduit. On s’en sert pour ramener des caillots dans une artère ou pour colmater une hémorragie dans le tube digestif.

Le Suisse Andreas Gruentzig eût l’idée d’utiliser le même procédé pour dilater une artère. Il bricola ses cathéters expérimentaux dans sa cuisine et inventa, à la fin des années 1970, l’angioplastie qui permet de dilater les artères accessibles lorsqu’elles sont rétrécies et de sauver chaque jour des centaines de malades dont les artères du cœur s’obstruent. Aujourd’hui, on peut y ajouter un petit ressort serti sur le ballonnet et le déployer pour étayer les parois de l’artère et même délivrer des substances visant à prévenir un nouveau rétrécissement du vaisseau. La méthode est largement utilisée même en dehors de la cardiologie.

 

 



Ce sont les physiciens des temps modernes qui ont inventé les machines spectaculaires de l’imagerie médicale, laissant aux médecins les joies du bricolage qu’ils pratiquent modestement depuis des siècles.

 

 

 

 

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Syllogismes de l’amertume

[2] Histoire de la médecine

[3] Cité par P.Léger, Chroniques de l’Urologie française, éd Schering

[4] Le coût des médicaments de l’hypertension artérielle prescrits en ville représentait en 1999 plus de neuf milliards de francs.

[5] L’expérience des chirurgiens cardiaques est telle que l’on peut à présent réaliser des pontages entre l’aorte et les coronaires à cœur battant et sans circulation extra-corporelle

[6] L’enfant mourût en raison d’une erreur diagnostique, car il avait en outre une communication anormale entre l’aorte et l’artère pulmonaire (persistance du canal artériel), non détectée

[7] Lezius , chirurgien allemand, pionnier de la chirurgie cardiaque, cité par M.Iselin (L’aventure en chirurgie)

[8] A condition que l’arrêt des battements soit dû à une activité anarchique des fibres cardiaques (fibrillation)

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

L'idée que développer la prévention permettrait de diminuer les dépenses de l'Assurance Maladie est surtout émise par les politiques qui devant les difficultés économiques du système de protection sociale donne ainsi l'impression d'avoir trouvé un remède. Pour les médecins la prévention n'est pas une solution, elle fait partie de leur activité normale et la plupart ne prétendent pas qu'elle est plus économique que son absence.

Prévention et dépistage sont souvent confondus, et diagnostiquer des maladies déjà existantes ajoute au prix du traitement des maladies dépistées celui du dépistage. Le dépistage est une chasse bienfaisante ouverte toute l'année, les plus beaux trophées sont ceux qui paraissaient en bonne santé.

                                                                              

L'absence de prévention ne manque pas d'intérêt

Prévenir les maladies est à la fois l'idéal et la négation de la médecine. Une prévention universelle et réussie  doit faire de chacun son propre médecin. Mais en raison de notre finitude, la prévention ne peut être qu'un mythe, sauf pour les maladies que l'on provoque soi-même. Si l'on arrête une intoxication à temps, on évitera les maladies qui lui sont propres, mais même si l'on continue à s'intoxiquer la possibilité d'une mort prématurée ne laissera pas le temps aux autres maladies d'apparaître, réalisant une prévention par l'absurde et une réduction mortifère des dépenses. « Je n'autorise personne à décider à ma place ce qui est pour moi le souverain bien ; et, au pire, je réclame le droit de creuser ma tombe de la manière qui me plaît » (Gabriel Matzneff)[1]

                                                                              

Peut-on empêcher les maladies d'apparaître ?

Dans les pays développés, pour empêcher des maladies d'apparaître et non pour les dépister, les moyens  sont peu nombreux : les vaccinations, les précautions à prendre (dont le préservatif) pour les maladies infectieuses ou parasitaires, la lutte contre les intoxications par le tabac, l'alcool, les drogues ou les produits chimiques. La diététique s'impose chez les obèses, sans être toujours efficace. Si prévenir l'éclosion de maladies ne peut être que bénéfique, arrêter de fumer favorise parfois l'obésité, le tabac rapporte  peut-être plus qu'il ne coûte et un obèse ou un tabagique qui meurt jeune est source d'économie pour l'Assurance Maladie.

Le champ de la prévention réelle est donc étroit, il concerne essentiellement les maladies infectieuses et les intoxications. Quant aux affections dégénératives, pour l'instant, on ne les prévient pas, au mieux on les retarde en traitant les facteurs qui semblent favoriser leur éclosion.

                                                                                

Plus il y a de facteurs plus ils sonnent

En étudiant des populations[2] est apparue la notion de facteurs de risque d'une maladie dont l'importance et le nombre permettent d'évaluer la probabilité de la voir apparaître dans l'avenir. C'est surtout pour les affections cardio-vasculaires que cette notion a été mise en évidence et on ne cesse de découvrir de nouveaux marqueurs ou des facteurs de risque prédisposant à l'athérosclérose et à ses complications comme l'infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux. En 1981 le compte était de 246, à présent on avance le chiffre de 400 et peut-être plus, bien que 6 d'entre eux paraissent les plus importants[3]. 

 

Difficile d'échapper à la prévention

Certains facteurs de risque sont déjà des maladies comme le diabète ou l'hypertension artérielle et leur traitement s'impose en dehors de toute prévention, mais d'autres sont purement biologiques comme le cholestérol sanguin. Le risque de l'athérosclérose croissant de façon linéaire avec les chiffres de la tension artérielle et le taux de certaines fractions du cholestérol, on en conclut que « plus c'est bas, mieux c'est », faisant disparaître petit à petit la notion de normalité. Les critères qui séparent l'individu considéré comme sain de celui considéré comme malade ou risquant de l'être, ont changé et toujours en augmentant le nombre de malades. C'est ainsi qu'en abaissant les critères on a augmenté d'un coup et du jour au lendemain le nombre de diabétiques, d'hypertendus[4] ou d'hypercholestérolémiques. En supprimant les normes,  on en vient à traiter des patients qui n'ont pas d'élévation véritable de la pression artérielle ou du cholestérol lorsqu'on les estime menacés. Les plus ardents défenseurs de la prévention ont même  proposé en 2003 de ne pas se préoccuper des chiffres et des taux, de ne tenir compte que de l'âge et de prendre systématiquement une pilule comportant plusieurs médicaments actifs (la « polypill ») à partir de 55 ans. Il est possible que cette solution soit efficace mais il n'est pas certain qu'elle serait économique.

                                                                              

Un déterminisme fâcheux

La génétique viendra enrichir cet arsenal préventif. Une grande part de nos maladies sont inscrites dans notre génome et on se tourne de plus en plus vers lui pour lire notre devenir. Aujourd'hui, on détermine déjà pour nombre d'entre elles le profil génétique correspondant. Là encore la médecine prédictive s'appuie sur des probabilités et prévoir par des tests génétiques une maladie qui n'existe pas encore et n'existera peut-être jamais aura des conséquences imprévisibles. Se méfier des généticiens : qui modifie un œuf modifie un bœuf. 

                                                                                 

La prévention prolonge la vie

Qu'elle soit économique ou non, la prévention, la vraie, celle qui empêche définitivement des maladies d'apparaître sauve de nombreuses vies. Une prévention qui ne retarde que l'échéance fabrique des vieillards respectables que la société reconnaissante a le devoir de prendre en charge, mais il n'est pas certain qu'elle aide à mieux vivre. Aussi indiscutable soit-elle, la prévention n'est pas une solution pour faire des économies et ce n'est pas son but.

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora




[1] Le taureau de Phalaris, la Table Ronde

[2] La première étude concernant les affections cardio-vasculaires a débutée en 1948, sur 5000 sujets de la ville de Framingham (Massachusetts)

[3] Ce sont pour l'infarctus du myocarde : le déséquilibre des apolipoprotéines (élévation du LDL cholestérol), le tabac, l'hypertension artérielle, le diabète, l'obésité, le stress avec 3 facteurs qui réduisent le risque : la consommation quotidienne de fruits et légumes, l'exercice physique régulier et la consommation modérée d'alcool (Etude INTERHEART, 30000 patients dans 52 pays)

[4] En adoptant 140/90 comme limite supérieure de la normale pour l'hypertension artérielle, le nombre d'hypertendus dans le monde serait de 972 millions et pourrait être en 2025 de 1,56 milliards (Kearny P. et coll, Lancet 2005)

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans le passé des médecins ont préconisé des thérapeutiques originales qui ont été appréciées par leurs patients.


Les mordus de la danse.

L'action favorable de la musique, utilisée de nos jours pour renforcer certaines psychothérapies, avait été remarquée par les napolitains qui faisaient danser la tarentelle aux victimes du tarentisme, troubles nerveux provoqués par la morsure d'une tarentule. Dans ses Souvenirs entomologiques, Jean-Henri Fabre, qui avait vérifié que la morsure pouvait tuer un moineau ou une taupe, suggère que la transpiration provoquée par la danse pouvait aider à éliminer le poison.


Edgar Degas "Buveurs d'absinthe"


Où il préférable de faire la guerre que de se soigner.

Si musique et danse peuvent être bénéfiques et sans danger, il n'en est pas de même des traitements proposés au XVIIIe siècle par le chirurgien écossais John Brown. Il considérait que la maladie provenait soit d'une inhibition : l'asthénie, qu'il fallait traiter par des doses massives d'alcool, soit d'une sur-stimulation : la sthénie dont le traitement devait être l'opium. Sa théorie eut beaucoup de succès. D'après l'historien Johann Bass, cette thérapeutique auraient été responsable de plus de morts que la Révolution française et les guerres napoléoniennes réunies

[1]. Cependant le laudanum, solution alcoolique d'opium, heureuse synthèse que l'on doit à Paracelse, a été largement prescrit et apprécié par beaucoup sans incident majeur.


Le verre à moitié plein ou à moitié vide.

Les vertus thérapeutiques du vin ont suscité de nombreux écrits de l'Antiquité à nos jours. C'est sans doute par hasard que dans les indications, les médecins privilégiaient plutôt les vins de leur terroir. Il était enivrant de devenir alcoolique sur prescription médicale, mais n'a-t-on pas entendu en 2004 un sénateur dire que le vin n'était pas de l'alcool ? il est vrai qu'il contient plus que de l'alcool et les phénols antioxydants qui l'accompagnent semblent  efficaces dans la prévention des maladies cardio-vasculaires. Mais comme il ne faut pas abuser des bonnes choses, passés trois verres par jour c'est l'inverse qui se produit. La Bible exprime à sa façon cette ambiguïté : « Ne regarde pas le vin... Il finit par mordre comme un serpent, piquer comme une vipère » (Proverbes 23/31.32), mais lui reconnaît des vertus dans les situations difficiles : « Procure des boissons fortes à qui va périr, du vin au cœur rempli d'amertume : qu'il boive ! qu'il oublie sa misère ! qu'il ne se souvienne plus de sa peine ! » (Proverbes 31/6.7)
[2]

 
Aimez-vous les uns les autres.
L'orgasme a été proposé comme traitement préventif et curatif des névroses par le psychiatre autrichien Wilhelm Reich. Il eut beaucoup de succès auprès de la jeunesse, plus qu'auprès de ses collègues  qui l'exclurent de l'Association internationale de psychanalyse illico. Bien des gens,  névrosés ou non, appliquent le traitement à la manière de M. Jourdain, sans le savoir, et sous toutes les latitudes recourent à des méthodes non estampillées par la Faculté. Ainsi à Naples, il est conseillé en cas de difficulté d'avaler un marsala à l'œuf au bon moment et de porter une médaille de San Rocco.
[3]
La difficulté ou l'impossibilité pour une femme d'arriver à l'orgasme salvateur est interprétée par certains sexologues ou psychanalystes, comme une éjaculation précoce, une inhibition liée à l'angoisse de castration ou même une « impatience de la personnalité » (sic). Quoi qu'il en soit, c'est la maladie du monde la plus répandue, écrivait Gérard Zwang
[4] en 1972. Cependant «  Bergher en 1944, estime que 90% des femmes sont frigides, Weiss quelques années plus tard avance le chiffre de 50% et Hélène Kaplan en 1979 seulement 10% »[5] . Les hommes font des progrès.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


 

[1] D'après Petr Skrabanek et James McCormick, Idées folles, idées fausses en médecine, éd Odile Jacob 1992.

[2] trad. Ecole biblique de Jérusalem

[3] Norman Lewis, Naples 44   

[4] La fonction érotique, éd Robert Laffont

[5] Ph.Brenot, Les mots du sexe, éd L'esprit du Temps.

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Publié le 7 Janvier 2013

 



Les médecins interdisent souvent ce qui est agréable, à tel point que les patients se demandent parfois s'ils ne le font pas avec une pointe de sadisme. La privation des bonnes choses fait partie des pratiques médicales comme des religieuses. De tous temps, les médecins ont tenté d'imposer un mode de vie dans le sens de l'abstinence, sans s'y soumettre eux-mêmes. Les patients apprécient ces conseils, même s'ils ne les suivent pas. Si le médecin s'abstient, la femme ne manque pas de les réclamer pour son époux. C'est habituellement elle qui fait la cuisine et qui a la migraine.

 

Prenons le modeste cas de la gomme à mâcher. Le Pr Gilbert-Dreyfus, Membre de l'Académie de Médecine, s'est attaqué en 1981 au chewing-gum[1] avec la plus grande énergie. Manie transmise par les troupes américaines venues libérer la France, il l'accuse de provoquer une « énorme aérogastrocolie » entraînant des palpitations, des éructations et l'émission salvatrice de gaz intestinaux. La perturbation de la digestion serait la cause chez l'enfant d'un ralentissement de la croissance. S'y ajoute - et en cela il n'avait pas tort - la nocivité des colorants et des sucres rapides. Nous le laissons conclure : « N'ayons pas peur de proclamer bien haut, en guise de conclusion, qu'il faudrait mettre un terme au scandale du chewing-gum, et tâcher d'obtenir que soit supprimée en France la vente de ce « produit » aussi malfaisant que l'alcool, la drogue et autres toxicomanies. Invitons, en attendant, les amateurs de chewing-gum à cracher leur salive contaminée jusqu'à n'avoir plus en bouche qu'un petit magma caoutchouteux, jaunâtre et fade ».



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] La Revue de Médecine n° 44 du 28 Décembre 1981.

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Publié le 7 Janvier 2013

 

 

Francisco Goya "Autoportrait avec le Dr Arrieta"


Le paradoxe du pouvoir médical. Si le médecin n'avait pas de pouvoir, on se demande pourquoi on irait le consulter. Le pouvoir du médecin est redouté, critiqué,  honni mais nécessaire et recherché. Ne pas l'exercer constitue une faute professionnelle, à la limite condamnable : c'est la paradoxe du pouvoir médical.

Sur la société la médecine exerce une dictature. Comme toute dictature, elle est basée sur la terreur, celle de la maladie et de la mort. Comme toutes les dictatures, elle prétend s'exercer pour le bonheur de la population et trace les limites du bien et du mal

 

Il est mal de fumer. C'est en tous cas s'exposer aux multiples façons de mourir par le tabac. Longtemps symbole de virilité, il peut conduire à l'impuissance en rétrécissant les artères. Devenu symbole d'indépendance et d'égalité chez la femme, il lui permet d'avoir des cancers de l'homme qu'elle n'avait que rarement auparavant et de succomber plus tôt, comme lui, aux maladies cardio-vasculaires. « Juste après le coït on entend rire le diable » (Schopenhauer). C'est sûrement parce que c'est le moment où l'on fume une cigarette.

                                                                                

Il est mal d'être gros. L'épidémie d'obésité des pays développés est à la limite indécente mais contrebalance la perte de poids des dénutris  des pays pauvres, permettant ainsi la stabilité pondérale de la biosphère. La calorie, unité de quantité de chaleur et de valeur énergétique des aliments, est omniprésente dans les conversations des dîners en ville où les convives transmutent simultanément la chaleur en poids et l'énergie en masse. L'amaigrissement est l'objectif déclaré d'une industrie alimentaire pléthorique qui fait de la prévention et de la santé ses arguments publicitaires principaux. A cet égard, les idées médicales ont un impact économique pour lequel les médecins devraient réclamer des droits d'auteurs.

Mais rien n'est simple : si le surpoids favorise les maladies cardiovasculaires, en cas d'accident cardiaque l'évolution semble plus favorable chez les gros que chez les maigres.

                                                                              

Il est mal de manger ceci ou cela. On s'alimentait pour vivre en y prenant si possible du plaisir. La médecine a heureusement modifié les choses : on mange pour ne pas être malade, suivre l'ANR (apport nutritionnel recommandé)   et devenir assez vieux pour ne plus avoir de dents pour manger « car l'important n'est plus de vivre pleinement le temps qui nous est alloué mais de tenir le plus tard possible : à la notion d'étapes de la vie succède celle de longévité » (Pascal Bruckner)[1]. « Alicament » est une trouvaille néologique qui sert à vendre un aliment auquel le fabriquant attribue des vertus thérapeutiques.

                                                                              

Il est mal d'être sédentaire. Pourtant «  Les exercices corporels, eux, ne servent pas à grand chose »  (St Paul)[2]. C'était également l'avis bien connu de Churchill qui attribuait sa longévité à son mépris du sport :« never sport ». A notre époque le sport a cependant bonne presse, surtout pour les articulations qui s'usent et les disques qui s'écrasent. Bouger, certes, mais pourquoi s'épuiser ?

 

Pour votre bien soyez inquiet. Le mode de vie conseillé par les médecins s'applique à toute la population, ceux qui ne rentrent pas dans le cadre vertueux  sont marginalisés et montrés du doigt. S'éloigner de la moyenne statistique devient un péché mortel. Et en plus, les médecins ont raison !

Toute la population est soumise par tous les moyens : ondes, télévision, journaux, à des messages l'informant de toutes les maladies dont elle peut être atteinte. Diffusion insidieuse, permanente de notre fragilité. Il est confirmé à celui ou celle encore en bonne santé que cette état n'est que transitoire et qu'il n'est pas raisonnable de jouir de cette félicité. Les gens qui se sentaient bien finissent par se sentir mal à l'annonce qu'ils ont tel ou tel risque d'avoir telle ou telle maladie et ceci de façon répétée. Crainte diffuse et diffusée que les annonceurs utilisent pour recueillir des fonds. Mais obtenir de l'argent sous la menace n'est-ce pas du chantage ?




Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] L'Euphorie perpétuelle, éd Grasset et Fasquelle, 2000

[2] 1ère épître à Timothée 4/8

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Adriaen Brouwer "Potion amère"

La maladie hors la loi

 

Le droit à la santé met la maladie hors la loi. C'est une idée séduisante. De plus, elle est très flatteuse pour les médecins chargés de faire respecter ce droit et que l'on estime ainsi capables de rétablir la santé. Capacité ou obligation ?

Bien entendu, le droit à la santé est une idée farfelue. La santé ou l'absence de maladie déclarée est un souhait en dehors de toute législation ou de toute volonté politique. Cette expression souvent utilisée à tort évoque le droit aux soins qui, lui, est à la portée de la société.

 

Comment définir la santé ?

D'innombrables auteurs ont tenté de le faire. Malgré notre pratique, nous n'aurons pas la prétention d'esquisser l'ombre d'une définition. Avec la médicalisation de la société, le constat de Jules Romains dans Knock prend de la consistance : « La santé n'est qu'un mot, qu'il n'y aurait aucun inconvénient à rayer de notre vocabulaire. Pour ma part, je ne connais que des gens plus ou moins atteints de maladies plus ou moins nombreuses à évolution plus ou moins rapide ». Supprimer le problème est la façon la plus radicale d'en trouver la solution. Est-ce si absurde ? L'importance que l'on donne à la prévention fait de tout un chacun un malade potentiel, puisqu'on va jusqu'à donner un traitement à des gens qui ne se plaignent de rien pour conserver leur « capital santé ». Le « silence des organes » ne vous dispense plus des médecins.

 

Les médecins médicalisent la société.

Si des médecins résistent, les sociétés savantes leur rappellent leur devoir. Il faut aussi admettre que la société réclame cette médicalisation et c'est pour les politiques la seule façon de paraître efficaces sans être critiqués.

Le monde est devenu une vaste clinique où l'on se massacre allègrement en limitant les apports de cholestérol lorsqu'on a la chance d'en disposer.

 

La médicalisation dans ses œuvres

La médicalisation la plus directe et la moins contestable est la vaccination : espérer provoquer chez un sujet sain une petite maladie pour lui en éviter éventuellement une grande.

La plus dogmatique est de faire cadrer une situation atypique avec les normes médicales. C'est ainsi que les femmes inuits accouchent vite et en sont fières. Le gouvernement canadien, dans les années 1980 et avec les meilleures intentions,  les fit transporter par avion dans le sud où l'intervention médicale imposée consistait le plus souvent à ralentir le déroulement de l'accouchement, considéré comme anormalement rapide.

La plus maligne est de transformer en maladie un état naturel comme la soi-disant andropause. Avec l'âge l'activité sexuelle de l'homme diminue et le taux de testostérone diminue progressivement. Ce qu'on appelle l'andropause peut correspondre à un déficit hormonal, mais il n'y a aucun phénomène physiologique équivalent à la ménopause : les testicules ne s'arrêtent jamais de sécréter et l'andropause n'existe pas. Le choix de ce mot, par  analogie , n'est pas exempt d'arrière-pensées : créer une fausse maladie pour susciter un faux besoin et faire de vrais bénéfices.

La plus lucrative est de faire prendre en comprimés ce qui se trouve habituellement dans votre assiette ou facile à se procurer à l'état naturel. Les organisations internationales avaient incité les mères jamaïcaines à se déplacer, parfois loin, avec leur enfant atteint de diarrhée pour se procurer des sels de réhydratation orale. Ce pseudo médicament, importé de Suisse, ne contenait en fait que du sel et du sucre et le sucre est la principale ressource de la Jamaïque.

La plus glamour est de mettre son art de guérir et son talent chirurgical au service de l'imperfection physique.

La plus sociale est de transformer un problème collectif en maladie individuelle comme les conséquences du stress professionnel.

La plus démagogique est de considérer une inégalité comme pathologique, tel l'échec scolaire.

La plus intime est celle de la procréation, prise en charge en France par la collectivité et avec l'exigence probable dans l'avenir du bébé parfait.

La plus astucieuse est de modifier les critères qui séparent l'individu considéré comme sain de celui considéré comme malade ou risquant de l'être. Ils changent régulièrement et toujours dans le sens de la médicalisation. En abaissant les normes, le nombre de malades augmente d'un coup et du jour au lendemain. Les médecins vont plus loin et  suppriment les normes pour traiter des patients lorsqu'ils les estiment menacés, en considérant que « plus c'est bas, mieux c'est »[1]

La plus obsédante est celle qui modifie le choix alimentaire et le mode de vie en culpabilisant les réfractaires. Avec les meilleures intentions et les meilleures justifications.

La plus insolite est de donner un traitement pour une maladie qui  n'existe pas encore, mais a une certaine probabilité d'apparaître dans l'avenir chez une personne qui ne se plaint de rien dans le présent. Démarche qui met le médecin dans une curieuse position : il peut par son intervention rendre malade une personne en bonne santé apparente en traitant les facteurs prédisposant à une maladie virtuelle, mais dont l'apparition dans le futur est incertaine. La maladie n'est pas une fatalité ; on peut mourir avant.

La plus systématique est de donner à toute la population ayant dépassé un certain âge une association de médicaments (la « polypill »)[2] dont l'efficacité relative a été prouvée dans la prévention de certaines maladies. Une vaccination pharmacologique en quelque sorte, mais à prendre chaque jour et dont l'effet est incertain sauf pour ce qui concerne le prix à payer.

La plus perverse est de prévoir l'apparition possible d'une maladie par des tests génétiques, et dont l'annonce à l'intéressé risque fort de le rendre  malade d'emblée. Prédire pour prévenir  ou terroriser en prévenant. « Le programme génétique remplace le fatalisme calviniste du salut par la grâce » (Ptr Skrabanek).

 

On peut se demander si le « droit à la santé » ne va pas finir pas nous rendre malades



[1] C'est en particulier vrai pour les chiffres de la tension artérielle et du taux de cholestérol sanguin

[2] Proposition faite en 2003 pour les affections cardio-vasculaires. L'âge retenu étant de 55 ans

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Des poulets comme cobayes au temps de Paracelse

L'anesthésie aurait pu être découverte beaucoup plus tôt. L'éther, appelé eau blanche, était connu au XVIe siècle et Paracelse avait remarqué qu'on pouvait endormir des poulets avec. Sans suite pendant 300 ans...Paracelse était un visionnaire intempérant. Son nom, déjà, n'était pas simple : Philippus Aureolus Theophatus Bombast Von Hohenheim. Ce Suisse vécu dans la première moitié du XVIe siècle et sa vie commença mal, puisqu'il aurait été émasculé dans l'enfance par un militaire. Disgracieux, il se montra dans toute l'Europe. Il fût colporteur, magicien, astrologue, amateur d'occultisme et de grandes beuveries. Devenu chirurgien militaire à Venise, il obtint la chaire de médecine de Bâle en 1527 où pour illustrer sa leçon inaugurale, il encouragea ses étudiants à jeter au feu les « élucubrations livresques de Galien et d'Avicenne » et ne tarda pas à être chassé de la ville. Personnage paradoxal : baignant dans l'ésotérisme, il enseignait et décrivait que ce qu'il observait et non ce qu'il avait lu ; mégalomane, il se dévouait auprès de ses malades, même lors de l'épidémie de peste de 1534. Il eût la vision de la pharmacologie et mourût à 48 ans pauvre et seul.

 

Triste fin d'un découvreur

Le dentiste américain, Horace Wells, a été le premier en 1844 à découvrir l'effet anesthésiant  d'un gaz, le protoxyde d'azote, au cours d'une « hilarante party ». Un an plus tard il rencontra Morton et prétendra toujours lui avoir donné l'idée de l'anesthésie à l'éther. Avec le protoxyde, Wells n'obtint pas le succès espéré, abandonna la dentisterie pour faire des affaires et finir en prison, après avoir vitriolé des prostituées. Il s'est suicidé en se sectionnant une artère fémorale après s'être à demi anesthésié, les uns disent au chloroforme, les autres à l'éther, mais pas au protoxyde d'azote.

 

Naissance de l'anesthésie et anesthésie de la naissance

Le 17 octobre 1846 est survenu un des évènements les plus importants de l'histoire de

l'humanité : à Boston le Pr John C. Warren fait la première opération sous anesthésie générale. Il termine en s'adressant à l'assistance médusée : «  Messieurs, ceci n'est pas une blague ! ». L'Ether Day est commémoré dans les écoles des Etats-Unis. Ce sont de simples médecins, Crawford W. Long (portrait de droite), Charles T. Jackson et un dentiste, Williams T. Morton (portrait de gauche), qui inventèrent l'anesthésie.

Anesthésia a été le prénom donné à une petite fille née en 1848 à Edimbourg, première mise au

monde sous anesthésie générale au chloroforme par James  Y. Simpson[1]. Aux religieux qui lui reprochaient d'aller contre l'injonction divine, il faisait remarquer que Dieu avait endormi Adam avant de lui enlever une côte pour créer Eve. Cet argument théologique a moins convaincu que l'usage du chloroforme pour l'accouchement du septième enfant de la reine Victoria.

 

L'anesthésie n'endort pas les microbes

L'anesthésie se répandit immédiatement des deux côtés de l'Atlantique. Paradoxe : pour les malades, ce fût  une catastrophe. Les chirurgiens qui devaient se limiter à des opérations simples et rapides en l'absence d'anesthésie, avaient mis au point sur le cadavre des opérations plus complexes. Se sentant libérés, ils les réalisèrent avec une mortalité effroyable due à l'infection. La mortalité fût si importante dans les hôpitaux parisiens à la veille de la guerre de 1870, que les chirurgiens des hôpitaux réunis décidèrent  de ne plus opérer.

 

C'est l'antisepsie mise au point par Joseph Lister, professeur de chirurgie à Glasgow, s'inspirant des recherches de Pasteur, qui en plus de l'anesthésie permettra l'essor de la chirurgie. En 1865 il utilisa l'acide phénique avec succès, pensant que ce qui convient pour assainir les eaux usées avait toutes les chances de convenir à l'homme.

Des techniques d'antisepsie avaient déjà été prônées dans le passé, parfois pittoresques. Les toiles d'araignée ont été longtemps utilisées pour traiter les blessures, notamment au Moyen Age. A la bataille de Crécy (1346) chaque soldat anglais en possédait dans son paquetage[2]. Et maintenant on sait que la soie d'araignée est enduite d'une sécrétion bactéricide et fongicide.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] La Reine Victoria en bénéficia et devint une chaude partisane de « l'anesthésie à la Reine ».

[2] K.Haeger, History of surgery

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Publié le 7 Janvier 2013

Le médecin a longtemps été lui-même pathogène, vecteur involontaire des infections (Voir aussi l'article 9 « Un médecin doit être propre sur lui ».)

 

Il valait mieux se faire opérer chez soi.

Jusqu'au XVIIème les opérations à l'hôpital se faisaient au lit du malade. Par la suite elles se déroulèrent dans un amphithéâtre où se pressaient étudiants et spectateurs. Il servait aussi souvent de salle d'autopsie et ce n'est pas un hasard si les opérations de la pratique privée, faites à domicile, dans la chambre à coucher ou la cuisine avaient de meilleures suites.

En 1789 Pierre-Jean Cabanis pouvait écrire : « Dans les grands hôpitaux, les plaies simples deviennent graves, les plaies graves deviennent mortelles, et les grandes opérations ne réussissent presque jamais».

Louis-Bernard Guyton de Moreau, chimiste, poète, pionnier de l'aérostation, indigné par l'absence d'hygiène dans les hôpitaux, ayant découvert le pouvoir désinfectant du chlore, alerta la Convention et préconisa de multiples mesures qui ne furent évidemment pas mises en œuvre.

«  Il y a dans les hôpitaux militaires, un nombre infini de soldats blessés, dont les maladies augmentent par l'air infect qui s'en exhale. On ne s'en aperçoit pas quand les malades meurent, parce que l'on croit qu'ils sont emportés par la maladie, mais quand elle emporte aussi les médecins, alors il est clair que ce malheur provient de la corruption de l'air. Il y a des moyens sûrs, infaillibles et très peu coûteux pour corriger ce méphitisme. » ( Discours à la Convention le 4 Pluviôse an II).[1] Quand les médecins sont atteints, il y a en effet de quoi s'inquiéter.

Notons que 1789 fût une année mémorable, celle où Claude Berthollet inventa l'eau de Javel. Celle-ci va jouer un  rôle essentiel dans la lutte contre les microbes. Pendant la Grande Guerre c'est avec de l'eau de Javel diluée que l'Américain Henry Dakin et le Français Alexis Carrel mirent au point un procédé de drainage et d'antisepsie des plaies qui allait sauver des milliers de blessés. Et l'eau de Javel est toujours là : c'est l'un des rares antiseptiques détruisant le prion.
C'est le baron Percy qui créa le terme de fièvre nosocomiale. Ce n'est que dans la deuxième moitié du XIXe siècle que l'antisepsie et l'asepsie ont été peu à peu introduites dans la pratique quotidienne malgré les résistances. Les médecins étaient en effet ulcérés qu'on puisse les accuser d'être malpropres et de transporter eux-mêmes les infections de malades en malades ou des cadavres qu'ils autopsiaient aux femmes qu'ils accouchaient.

 

 

La sélection des plus mauvais

Aujourd'hui, les microbes les plus méchants se font hospitaliser et c'est là qu'on peut les rencontrer malgré toutes les précautions. On crut avoir gagné la bataille avec l'arme absolue, les antibiotiques, mais avec la sélection de souches résistantes et le relâchement créé par  un sentiment indu de sécurité, le problème ressurgit. Il y aurait en France chaque année des centaines de milliers de victimes d'infections contractées à l'hôpital, chiffre cependant gonflé par de pseudo infections urinaires, sans oublier qu'un nombre non négligeable de ces infections sont dues à des microbes dont les patients sont porteurs avant leur hospitalisation et d'autres apportés par les visiteurs. Les complications infectieuses ont toujours fait partie du risque opératoire et ne pourront disparaître qu'avec la disparition des chirurgiens, ce qui ne saurait tarder. On comprend néanmoins le désarroi et la colère de la victime d'une infection nosocomiale qui reproche aux médecins et à l'établissement de soins une faute, en fait exceptionnelle, tant les équipes soignantes sont à présent conscientes du risque, jusqu'à faire sortir les patients prématurément, une guérison qui n'est pas encore terminée étant préférable à une mort possible. (Illustration : staphylocoques dorés résistants à la méthicilline : SARM)

 

 

 

 

[1] Cité par J-M Galmiche, Hygiène et Médecine.



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

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Publié le 7 Janvier 2013

G. Canguilhem disait : « Il n'y a pas de maladies, il n'y a que des malades ». Les maladies n'ont pas d'existence en soi, et ont évidemment besoin des malades pour apparaître, mais on pourrait dire aussi qu'elles ont besoin des médecins pour exister. Il arrive même que certains maux n'existent que dans la tête des médecins. Ils peuvent considérer comme pathologique ce qui s'écarte de la norme sociale et des mœurs du moment. Des transgressions sociales ou morales réprouvées ont ainsi été traduites en termes médicaux et traitées comme des maladies. Les médecins ne se satisfont pas des maladies authentiques pourtant innombrables et en inventent d'autres, surtout lorsqu'ils peuvent en proposer le traitement ou y attacher leur nom.

 

Des gens à l'envers

Le côté gauche a toujours eu mauvaise réputation, depuis la senestre des augures latins et la gauche du Seigneur où  sont placés les méchants avant d'être envoyés au Diable.  Les gauchers ont longtemps constitué une anomalie à l'ordre social et à partir du XVIe siècle, ils ont subi une véritable répression. D'abord considérés comme des déviants : « Ce sont des gens à l'envers dont on se demande même s'il s'agit vraiment de gens »[1] ils deviennent des malades pour des savants du XIXème qui parlent de dégénérescence ou d'hérédité morbide et affirment la plus grande fréquence des gauchers chez les délinquants, les dévoyés, les malades mentaux et dans des « races inférieures ». De grands noms comme celui du chirurgien Odilon-Marie Lannelongue participe à cette discrimination au début du XXe siècle. Les parents et les médecins avec l'aval de la science vont donc lutter jusqu'à une époque récente contre cette pseudo tare honteuse par tous les moyens dont quelques petits instruments de torture : sangle pour emprisonner la main gauche, anneaux métalliques portant la plume pour la main droite. Ces traitements radicaux ne manquèrent pas d'entraîner des séquelles chez les gauchers contrariés, faisant basculer des sujets sains dans la pathologie.

Cette discrimination a heureusement cessé, mais seulement après la Deuxième Guerre mondiale pour la France. Pour se venger les gauchers posent parfois des problèmes aux droitiers lors des compétitions sportives (illustration : Jimmy Connors en pleine action)

 

Une explication de bien des maux à portée de la main.

A la fin du XVIIIe siècle, un très réputé hygiéniste de Lausanne, André Tissot, publie « L'Onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation », qui aura soixante sept rééditions et lui attribue à peu près toute la pathologie. A la  fin du siècle suivant, aux Etats Unis, le Dr Kellog, inventeur des corn-flakes, part aussi en guerre. Pour lutter contre le « vice solitaire » on préconise sans hésiter - et on a pratiqué - : corsets de contention et mains liées, castration, clitoridectomie, application de phénol sur le clitoris[2], circoncision sans anesthésie, section des nerfs génitaux nommés nerfs honteux. La collaboration des chirurgiens à ce délire n'a pas fait défaut. Parmi les  symptômes de la masturbation donnés par Kellog il y a le fait de fumer, argument méconnu, semble-t-il, des campagnes antitabac.

A présent, se masturber de la main gauche ne constitue plus une horreur absolue et la masturbation est entrée officiellement dans le sein de la médecine comme une étape incontournable de la procréation médicalement assistée. Le sperme ainsi obtenu est devenu une denrée précieuse conservée dans des banques. Comme toute denrée précieuse, elle se dévalue : la qualité du sperme à diminué de 1% environ dans les pays développés depuis cinquante ans. (Balthus "La leçon de guitare")

                                                                               

Le délit de faciès

Au XIXème les médecins se sont beaucoup intéressé à la maladie scrofuleuse, maladie constitutionnelle à l'époque très répandue et dont on ne sait pas trop ce qu'elle recouvrait, les descriptions étant confuses et contradictoires. On parlait de « physionomie scrofuleuse » qui s'apparente au délit de faciès, de dysharmonie du corps ou de « vice de la nature ». Les parents en étaient parfois rendus responsables, accusés de mœurs sexuels inavouables, de se livrer à la masturbation, ou pour avoir eu des rapports sexuels trop tôt ou trop tard. A côté des scrofuleux laids, on décrivait aussi de beaux scrofuleux, notamment quand cette maladie touchait des femmes, cet aspect avantageux étant lié au « tempérament lymphatique ». Alfred Hardy, médecin de l'hôpital Saint-Louis notait que : « cette beauté spéciale se rencontre particulièrement chez les femmes, qui sont grandes, fraîches, avec de belles couleurs, grasses avec des seins bien développés »[3]. Il suffisait d'avoir une dermatose, même localisée, pour rejoindre le rang des scrofuleux que certains médecins considéraient comme « une infirmité aussi honteuse que dégoûtante, qui rend l'homme un objet de rebus pour ses semblables »[4]

 

Des maladies idéologiques

Les médecins ont même inventé des maladies à caractère politique et considéré une différence de comportement comme pathologique. La psychiatrie est un domaine où les frontières entre le normal et la maladie sont fluctuantes. La psychiatrie est prête à accueillir toute déviation du comportement par rapport à la norme sociale ou politique. La drapétomanie traduirait aujourd'hui la preuve d'un esprit sain. Elle a pourtant été décrite au XIXe siècle comme un syndrome psychiatrique touchant des esclaves noirs du sud des Etats-Unis et dont le symptôme principal était une « tendance irrépressible à s'échapper ». Comportement irrationnel qui se traduisait également par une mauvaise volonté évidente à l'accomplissement des tâches imposés par leurs maîtres blancs.[5] Plus près de nous, le cas des dissidents en URSS était semblable. Internés, car  ils ne pouvaient être que malades pour ne pas admettre le bien fondé du régime. Si les médecins sont formés pour guérir ou soulager les malades, certains, auxiliaires des totalitarismes,  ne se considèrent aucunement engagés vis à vis des gens en bonne santé.

                                                                               

Il faut avoir les moyens d'être malade

Qu'on se rassure. Depuis quelques décennies, la médecine exige des critères sévères pour valider ses actions, mais regarder en arrière doit nous rendre modestes.

On ne peut que constater que les anomalies médicales augmentent avec la richesse d'une société et les besoins crées par la médecine. Ce que l'on considère comme une maladie dans les pays riches est totalement négligée dans les pays pauvres lorsque la personne atteinte reste active, seul critère de santé véritable. A l'inverse, dans les pays développés, un médecin peut « médicaliser » un patient, le considérer comme malade ou susceptible de l'être,  alors que l'intervention médicale, souhaitée ou non, n'est pas indispensable.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

 

[1] Francisco de Quevedo, humoriste espagnol du XVIIe siècle, cité par Pierre-Michel Bertrand, l'Histoire n° 276 bis, Mai 2003

[2] Le clitoris est le seul organe dont l'unique fonction est de procurer du plaisir. Succès de l'Evolution ou distraction de Dieu, habituellement misogyne ? Irrité par cette distraction, des peuplades, aujourd'hui, la réparent en le supprimant, mais les médecins d'hier ne valaient guère mieux

[3] Cité par Sylvie Arnaud-Lesot, la Revue du Praticien / 2003 : 53

[4] Jean-Louis-Marie Alibert, ibid.

[5] D'après Petr Skrabanek et James McCormick, Idées folles, idées fausses en médecine éd. Odile Jacob 1992

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Publié le 7 Janvier 2013

C'est un jugement sévère et souvent injuste mais qui n'est pas sans fondement. Bien sûr, on ne s'aperçoit des errements qu'à posteriori. L'ennui avec les médecins, c'est qu'ils croient à ce qu'ils disent et à ce qu'ils font. Ils ne peuvent agir qu'avec ce qu'ils ont. A défaut de preuves, ils s'appuient sur leurs croyances, et « il n'y a pas de frontières sûres et reconnues entre savoir et croyance ». Si l'on peut s'étonner de certains traitements nocifs qu'ils imposaient à leurs malades dans le passé, il faut garder à l'esprit que nos descendants auront le même sentiment pour certaines de nos thérapeutiques actuelles. « Ce n'est pas faire preuve de courage que de s'en prendre à des choses séculaires et désuètes, pas plus que de provoquer sa grand-mère » (G.K. Chesterton).

La médecine est sujette à la mode. Tout d'un coup, on parle et on écrit sans cesse sur une maladie, un concept, une exploration, un traitement, une opération. Puis le sujet vedette disparaît au profit d'une autre « nouveauté » et réapparaîtra peut-être après quelques années, passant alors pour une découverte. Qu'il s'agisse d'une maladie illusoire, d'une exploration inutile, d'un traitement inopportun, d'une opération non justifiée, les médecins qui se tournent vers le passé ne comprennent pas comment on a pu faire ça, mais ne sont pas pour autant à l'abri d'une erreur semblable.

                                                                                

Sérial killers

La saignée a été le type même des traitements nocifs, le médecin rendait malades la plupart des patients qui la subissaient. Sous toutes ses formes, incision d'une veine, sangsues, ventouses, la saignée fut pendant des millénaires et sous toutes les latitudes plus qu'un traitement, une croyance. On saignait pour toutes les maladies, avant et après les opérations, après l'accouchement, ou pour rien, afin de « conserver » la santé.

A chaque époque, la conception que l'on avait de la maladie justifiait cette pratique le plus souvent inefficace[1] et toujours dangereuse. Avant Hippocrate, le sang est le siège de l'âme, la maladie la conséquence d'une faute et la saignée permet la purification par le prêtre médecin. Après, la maladie, devenue naturelle, est due à la rupture de l'équilibre des humeurs que la saignée rétablit. Avec la circulation, c'est l'afflux de sang dans un organe, la congestion,  qui la justifie.

La pratique de la saignée devient délirante au XVIIe siècle. A Paris, le Doyen Gui Patin (1er portrait) saigne une femme enrhumée jusqu'à ce que  mort s'ensuive. Progressivement, le bon sens reprend le dessus, mais encore au début du XIXe siècle, en France, on atteint ce qu'un historien suédois appelle le nadir de la médecine avec François Broussais (2ème portrait), professeur au Val de Grâce puis à la Faculté, qui préconisait de retirer jusqu'à deux ou trois litres de sang par malade. On ne sait combien de victimes ces saignées à outrance ont pu faire. Il n'est pas étonnant que son successeur,  Gabriel Andral, ait créé le terme d'anémie. Ce fût Pierre-Charles-Alexandre Louis dans le courant du XIXème qui démontra par la méthode statistique que les saignées étaient plus nuisibles qu'efficaces.

Les sangsues ont beaucoup servi depuis l'Antiquité pour saigner « en douceur » et localement. Leur consommation a atteint des sommets au temps de Broussais. Chateaubriand,   son condisciple au collège de Dinan raconte dans les Mémoires d'Outre Tombe que « M. Broussais fut mordu par d'ingrates sangsues, imprévoyantes de l'avenir » Avenir prospère en effet (40 millions de sangsues furent importées en 1833, essentiellement de Hongrie et de Bohême) et jusqu'au milieu du XXe siècle on voyait à l'entrée des salles d'hôpitaux de grands bocaux où l'on affamait les pauvres bêtes pour les rendre opérationnelles. Avenir incertain de nos jours mais on a toujours recours à elles en chirurgie plastique et des études récentes montreraient une action bénéfique dans l'atteinte rhumatismale du genou.

 

Le fou n'est pas toujours celui qu'on pense

La «  folie » a incité les chirurgiens à s'attaquer à la tête et les progrès de la chirurgie ont permis de passer de la pierre de tête à la tête de pierre. A la Renaissance de nombreux peintres, surtout flamands, ont représenté l'extraction de la pierre de tête : un barbier-chirurgien  incise le cuir chevelu et feint d'enlever une pierre, cause de la « folie ». (Tableau de Bosch "L'opération de la pierre")

Au XXe siècle, les neurochirurgiens, eux, n'ont pas fait semblant et ont couramment pratiqué la lobotomie en sectionnant des faisceaux nerveux entre les lobes frontaux et les centres profonds. Technique radicale, irréversible, largement utilisée depuis 1935 pendant une vingtaine d'années, sur de nombreux malades psychiatriques jugées incurables et parfois sur des maladies somatiques. Elle créait une indifférence un peu béate adaptant le malade à la société ou à sa maladie.

Le psychiatre Walter Freeman développa la technique du neuropsychiatre portugais Antonio Egas Moniz, promoteur de la lobotomie (il obtint le prix Nobel de Médecine en 1949 !). Freeman proposa un abord chirurgical du cerveau par la cavité orbitaire « avec insertion d'un pic à glace sous la paupière pour percer jusqu'au cerveau » et il fut finalement interdit d'exercer en 1967, mais resta persuadé d'avoir raison.

 

Le Dr W. Freeman pratiquant une lobotomie trans-orbitaire au Western State Hospital en 1949

Le goût de l'ordre

Les malades parfois, les chirurgiens toujours, ne supportent pas qu'un organe ne reste pas à sa place. Sans avoir les capacités de l'utérus des anciens - la matrice qui se baladait à l'intérieur du corps - l'estomac et le rein peuvent aussi descendre : c'est la ptose ou prolapsus.  On lui imputait des douleurs qui invitaient, bien entendu, à  remonter l'organe et à le fixer (pexie). C'est ainsi que pendant la première moitié du XXe siècle s'est pratiquée une chirurgie aussi lucrative qu'inutile et souvent désastreuse, les douleurs persistantes ou nouvelles étant parfois plus importantes que celles qui avaient amené à intervenir. Le professeur d'urologie Roger Couvelaire  déclarait : «  la néphropexie est la plus grave complication de la ptose rénale ».

 

Quand le médecin rend malade malgré lui

« L'homme n'est pas un être si fort qu'il puisse échapper à la fois au remède et à la maladie » (A.Vialatte). A chaque fois qu'un chirurgien opère, il redoute une complication qui risque d'aggraver la situation ou de perdre son patient. A chaque fois qu'un médecin prescrit un nouveau médicament pour un malade, il craint de provoquer des effets secondaires. Il a l'obligation d'en avertir le patient, même lorsque les intolérances sont rares, ce qui parfois n'encourage pas le malade à suivre la prescription.

Effets secondaires : c'est l'avis des médecins, pas des patients. Le plus navrant est de rendre quelqu'un malade par le traitement destiné à le soulager, surtout lorsque le mal initial est bénin et la complication iatrogène dramatique. Un dégât collatéral dont le médecin n'est pas fier, savoir que ce qui nuit jamais ne guérit pas non plus ne console ni le médecin ni le malade. La crainte fait le succès des médecines parallèles dont l'efficacité est celle du placebo, sans effet primaire elles ont l'avantage de ne pas en avoir de secondaires.

                                                                                 

La responsabilité du messager

De toute façon, les médecins vous rendent malade dans la mesure ils sont toujours les messagers de la maladie. Ils entérinent la maladie lorsqu'ils donnent un nom aux symptômes du patient. C'est encore plus flagrant lorsqu'ils découvrent une maladie chez quelqu'un qui n'a aucun symptôme et se croit en bonne santé. Mais les gens oublient parfois que le messager n'est pas responsable du mal qu'il annonce.

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] Elle est seulement efficace dans l'œdème pulmonaire, l'hémochromatose et les polyglobulies importantes

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Publié le 7 Janvier 2013

Cette idée omniprésente dans le passé, s'appuyant sur les croyances et expliquant l'impuissance des médecins, reste encore vivace de nos jours

 

Un Tireur d'élite

Dans l'Iliade, pour punir Agamemnon d'avoir enlevé la fille d'un prêtre et refusé de la rendre, les flèches d'Apollon frappent le camp grec et répandent une épidémie.

Saint Grégoire parle de flèches tombant sur Rome pendant la première pandémie de peste du VIe siècle

La peste du XIVe siècle tua près de la moitié de la population de l'Europe. Touchant tous les milieux sans distinction de rang ou de fortune, elle a semblé longtemps être l'expression du courroux divin. Des flèches venant du ciel et touchant l'homme, symbolisaient la maladie envoyée comme punition divine. Au XVème, des tableaux représentant les hommes frappés par cette maladie montrent des flèches atteignant l'aine ou l'aisselle, là où apparaissent les bubons. Dieu lançant des traits fût par la suite remplacé par un intermédiaire plus anonyme : la Mort  troquant sa faux contre un arc et des flèches et entraînant les pestiférés dans une danse macabre.

La maladie comme punition divine lui donnait un caractère cosmique expliquant l'impuissance des médecins face aux forces surnaturelles.

 

Tous coupables

Tous les moyens étaient recherchés pour amadouer le Ciel : prières, processions, pénitences et flagellations. Lors de la peste du XIVème, des centaines d'hommes et de femmes venant d'Aix-la-Chapelle exécutaient jusqu'à épuisement une danse de Saint Guy sur la place publique, et allaient de ville en ville : Cologne, Metz et Erfurt, entraînant les spectateurs dans leurs convulsions frénétiques. La Confrérie de la Croix arrivant de Hongrie, traversait l'Europe, les frères tête couverte et yeux baissés, portaient des costumes sombres avec une grande croix rouge sur la poitrine. Ils exécutaient en public, deux fois par jour, des flagellations avec des fouets à triples lanières terminées par des pointes de fer. Leur venue était annoncée par des sonneries de cloches. La compagnie continuait sa tournée de ville en ville à moins que la peste de la décime.  Ces démonstrations impressionnantes étaient toutes inefficaces. Les hommes d'Eglise s'efforçaient de déterminer le péché responsable. Il variait selon les pays. On incriminait l'impiété, l'opéra ou le théâtre ou les habits trop voyants ou les longs souliers pointus, attribuant à Dieu des préoccupations pour le moins frivoles.

Curieusement dans la conception religieuse de la maladie, c'est toujours  Dieu qui punit pour le péché et le diable n'intervient que pour la maladie mentale. Satan offre plutôt la santé et la jeunesse contre l'âme. L'âme serait-elle pathogène ?


"La procession des flagellants" de Goya

                                                                               

Des malades au bûcher

Pour se préserver de la lèpre pourtant peu contagieuse, les moyens ont été parfois radicaux. La crécelle permettait aux lépreux de signaler leur présence afin que l'on s'en écartât.  Les religions, prêtres et fidèles, considéraient également la lèpre comme une punition divine. Au XIVe siècle, les lépreux, accusés d'avoir empoisonné les puits, ont été exterminés. En 1321, restée dans les mémoires comme l'année de la crémation des lépreux, l'archevêque de Lyon en fit brûler un grand nombre.  Le roi Philippe V le long en profita pour confisquer leurs biens. Au XVIe siècle, alors que la lèpre devenait plus rare, certains se faisaient passer pour lépreux afin de ne pas travailler et ne pas payer d'impôts. Quelques établissements devinrent des lieux de vices et d'orgies transformant les bordes (cabanes de lépreux) en bordels[1].

                                                                              

Des malades soumis aux châtiments corporels

A la fin du XVe siècle apparaît brusquement la grande vérole lors de l'invasion de l'Italie par Charles VIII. Elle se répand à grande vitesse et ravage toute la planète, comme la pandémie de sida actuelle. On n'en connaît absolument pas l'origine,  chaque peuple en accusant un autre, mal français pour les Italiens, mal napolitain pour les Français, mal des Francs pour les Arabes, mal portugais pour les Chinois, mal chinois pour les Japonais et mal des Indiens d'Amérique pour beaucoup, sans la moindre preuve, uniquement parce que l'épidémie est contemporaine du voyage de Christophe Colomb.

C'est l'Italien Jérôme Fracastor qui identifie la vérole, la baptise syphilis, affirme la contagion par voie sexuelle et conseille  le mercure qui restera le seul traitement jusqu'au XXe siècle. Fracastor

Les malades ont été longtemps dénoncés, isolés, stigmatisés, culpabilisés et parfois punis. A Bicêtre, ceux que l'on estimait coupables étaient flagellés. Dès 1496 les étrangers atteints devaient quitter Paris sous peine de pendaison, les syphilitiques devaient quitter Edimbourg sous peine d'être marqués au fer rouge et sous Louis XIV les prostituées trouvées dans la ville de Versailles risquaient de perdre leurs oreilles.

Avec la pénicilline la maladie semblait vaincue car un traitement précoce la guérit sans séquelle. Depuis 2000 la syphilis est de retour, favorisée par la multiplication des partenaires et l'abandon du préservatif.

                                                                                

Régulation divine de la démographie

La croyance dans l'intervention de l'Au-delà dans la maladie n'est pas l'apanage du Moyen-Age. La transmission du choléra se faisant par l'eau, les aliments souillés, et le contact manuel avec le porteur du vibrion cholérique de Koch, elle atteint de préférence les pauvres vivant nombreux dans des espaces étroits. Lors de l'épidémie de 1832 à Paris, certains dirent qu'il s'agissait d'une divine providence, permettant d'absorber l'excédent de population par rapport aux moyens d'existence.

 

La maladie reste une punition

De nos jours, lorsque l'avortement était clandestin, certains considéraient que la mort d'une avortée était une juste punition et on n'a pas manqué d'affirmer que la pandémie du sida était une punition divine frappant les tenants de la libération sexuelle. Dans l'esprit de tous et même dans celui des médecins, ne pense-t-on pas implicitement que les maladies provoquées par l'alcool, le tabac, les drogues punissent ceux qui se sont rendus coupables d'avoir cédé à leurs penchants. Inversement, combien de malades ne comprennent pas qu'ils puissent l'être, ne s'étant livrés à aucun écart et commis aucune faute, ayant suivi la prévention ou le traitement à la lettre et ressentent la maladie comme une punition injuste, d'autant plus injuste que le voisin intempérant reste, lui, en bonne santé.

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] W. Hansen et J.Freney, Bulletin de la Sté Française de microbiologie, fév 2003.

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Publié le 7 Janvier 2013

Si les dieux peuvent rendre les hommes malades, il n'y a aucune raison pour que les hommes ne cherchent pas à les imiter.

Les Scythes au Ve siècle avant notre ère trempent leurs flèches dans du cadavre putréfié.

En 1347 les Mongols assiègent Caffa en Crimée, un comptoir tenu par les Génois. Avant de lever le siège ils catapultent des corps de pestiférés par dessus les murailles. Les Génois reprennent la mer et vont disséminer la maladie dans les ports où ils relâchent, jusqu'à Marseille. Même si les études épidémiologiques semblent infirmer cette origine,  les Tatars garderont la  Grande Peste noire du Moyen Age sur la conscience.

A la fin du XVe siècle les Espagnols mettent du sang de lépreux dans le vin laissé aux Français qui investissent Naples, mais heureusement la lèpre ne s'attrape pas si facilement.

C'est à une épidémie de variole apportée par un de ses esclaves que Cortés doit l'effondrement rapide de l'Empire Aztèque, mais il ne l'avait pas fait exprès.

Par contre c'est exprès qu'en 1763, le colonel Henry Bouquet, de l'armée de sa Majesté Britannique, avec l'accord du général Amherst, fait distribuer des vêtements de varioleux aux tribus indiennes de Fort Pitt au Canada.

On pourrait multiplier les exemples qui relèvent tout de même de l'amateurisme. C'est au XXe siècle que la guerre bactériologique devient une affaire de professionnels, enfin confiée à des « médecins » biologistes.

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Publié le 7 Janvier 2013

Les revers de la conquête

« L'amour est une agitation éveillée, vive et gaie...Elle n'est nuisible qu'aux fols » disait Montaigne. Des études ont montré que le mariage était bon pour le système cardiovasculaire, à condition toutefois que la relation conjugale soit satisfaisante. D'une façon générale, l'amour partagé est favorable à la santé, mais chacun sait qu'il peut être la source de bien des maux. Ô préservatif ! « Préserve-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ». Des amoureux, même sages, ne sont pas à l'abri du danger. Ils sont exposés à la maladie du baiser (mononucléose infectieuse), le garçon est en outre menacé de paralysie radiale s'il laisse la tête de sa promise trop longtemps appuyée sur son bras, sans oublier la fracture du talon lorsqu'il saute par la fenêtre de la chambre à l'arrivée du père soupçonneux (syndrome de Roméo). Encore que par les temps qui courent, ce soit parfois le père menacé qui saute par la fenêtre après son intrusion intempestive.

 

La maladie d'amour

Jusqu'au XIXe siècle, les troubles du comportement dus à la frustration amoureuse étaient considérés comme une vraie maladie. Elle atteignait particulièrement les beaux-fils qui tombaient amoureux d'une belle-mère, bien entendu jeune et jolie. Hippocrate en fit le diagnostic chez le roi de Macédoine Perdicas II. Erasistrate en fit de même chez  Antiochus, et Avicenne pour un prince de Rhages en Perse. Au XVIIIe siècle, on se pose toujours la question : « L'amour peut-il être guéri par les plantes ? » (Thèse de Doctorat. François Boissier de Sauvages 1726).

Une façon moderne et plus radicale que les plantes pour calmer sa flamme est d'incendier la femme qui se refuse.

Au XIXème, on parle d'hystérie puis la psychanalyse s'en empare. De nos jours les médecins ne sont plus sentimentaux. Les seuls concernés sont les sexologues qui comme leur nom l'indique s'intéressent au sexe et non pas à l'amour. « Il m'avait toujours semblé que lorsque la sexualité tend à se muer en sexologie, la sexologie ne peut plus grand chose pour la sexualité » (Romain Gary).[1]  Cependant William Masters et Virginia Johnson, eux, sont passés de l'un à l'autre : réalisant les recherches fondamentales en sexologie, publiées en 1968 (Les Réactions sexuelles), William a fini par épouser Virginia, on ne peut impunément assister au coït des autres.

 

L'amour dopé

Le philtre d'amour est de tous les temps. Un des plus anciens est le fruit de la mandragore, offrande de Rachel à Léa pour coucher à sa place avec Jacob (Genèse 30/14). Un des plus utilisés, et des plus dangereux, a été la mouche de Milan ou cantharide qui réduite en poudre provoquait les érections souhaitées mais aussi des néphrites souvent mortelles. L'ecstasy l'a remplacée, vendue dans les grandes surfaces des rave parties, tout aussi dangereuse, pouvant provoquer des dégradations cérébrales sévères, même après une seule prise. L'argument libido est toujours présent pour faire vendre les vitamines et autres compléments alimentaires.

La médecine traditionnelle chinoise attribue à la bile d'ours le pouvoir de guérir de nombreuses maladies et bien entendu de restaurer ou accroître les capacités sexuelles masculines. D'où un braconnage et surtout un élevage des ours, en Chine, Corée, Vietnam. Cette exploitation sans fondement des ours n'atténue en rien l'admiration béate de certains pour des médecines qui n'ont d'autre qualité que l'exotisme. Dans ces mêmes régions on attribue au phallus des phoques des vertus aphrodisiaques. C'est un des motifs de leur massacre à coups de gourdin sur la banquise, rouge de leur sang.

Il est moins exotique, plus facile et moins cruel d'accroître le flux sanguin au bon endroit en avalant au bon moment un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase du type 5.

En avoir ou pas

Les hommes inquiets par la baisse de leur virilité se doutaient bien depuis longtemps que les testicules devaient contenir un principe actif. Dans l'antiquité et au Moyen Age, les testicules de castor étaient utilisés pour fabriquer des drogues et pommades et la légende voulait que le castor poursuivi par un chasseur se châtrait lui-même pour éviter d'être tué. Légende sans fondement car les testicules de castor sont internes. A la fin du XIXe siècle, c'est un américano-anglo-français venu de l'île Maurice, successeur de Claude Bernard, Edouard Brown-Séquard qui découvrit que même quand ils sont externes les testicules sont aussi des glandes à sécrétion interne. A 72 ans il s'injecta des extraits de testicules de chiens et cobayes et constata avec satisfaction que ses «  ardeurs défaillantes »[2] étaient ranimées. Mais cet effet s'avéra fugace. Dans les années 1920  le russo-français Serge Voronov, directeur du laboratoire de chirurgie expérimentale du Collège de France et son frère Georges greffèrent des testicules de singe, d'abord sur un arriéré, puis sur un vieil anglais disposant apparemment de toutes ses facultés et enfin sur des membres de l'intelligentsia et l'Archevêque de Paris. Ce « traitement paraît si prometteur que les compagnies d'assurances l'interdisent aux porteurs de rentes viagères »[3]. En Amérique, c'est le professeur d'urologie de Chicago, Lespinasse, qui greffa des morceaux de testicules humains récupérés après suicide ou exécution.

 

 

Des fourmis dans un membre

Une autre recette possible à base de fourmis est donnée par Maimonide :"Prenez une unité d'huile de carottes, une autre de radis et un quart d'unité d'huile de moutarde. Mélangez et ajoutez-y une demi- unité de fourmis jaunes vivantes. Exposez l'huile au soleil durant quatre à sept jours. Oignez-vous-en le membre deux ou trois heures avant les rapports. Vous constatez qu'il se maintiendra même après l'émission de sperme. Rien de plus efficace n'a été trouvé en ce domaine !... " [4].

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable 

[2] Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

[3] M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

[4] Cité par R.Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l'urologie

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Publié le 7 Janvier 2013

Le pape infanticide

Au XIIe siècle, les conciles (Clermont, Latran, Tours) interdirent aux membres du clergé la pratique de la médecine et surtout de la chirurgie en vertu du principe : «  Ecclesia abhorret a sanguine ». En 1492, le Pape Innocent VII, gravement malade, aurait dû s'en souvenir quand son médecin lui proposa la première transfusion sanguine humaine connue avec le sang de trois enfants. Les quatre en moururent. Le Pape aurait pu supporter la transfusion si son groupe sanguin avait été celui du « receveur universel », mais le monde est mal fait et ce groupe est le plus rare des quatre principaux découvert par l'autrichien Karl Landsteiner en 1901. La chance que les enfants soient tous trois des « donneurs universels » était également mince.

 

Sang noir et sang blanc

Pour éviter d'avoir recours à des volontaires (nous ignorons si les enfants sacrifiés pour le Pape l'étaient) pour une transfusion immédiate, Charles Drew inventa la banque de sang. Issu d'une famille noire pauvre de Washington, ce chirurgien américain découvrit, peu avant la seconde guerre mondiale, les techniques de conservation du plasma et du sang et montra que la transfusion de plasma seul, toujours possible quel que soit le groupe sanguin, pouvait être salvatrice. Pendant la guerre il organisa à Londres la collecte de sang pour la Croix Rouge anglaise, puis pour l'armée des Etats-Unis. Il démissionna lorsque le Département de la guerre américain décida que les dons de sang des noirs et des blancs devaient être séparés. Après la guerre, devenu chirurgien-chef du Freedmen's hospital de Washington,  il fût  reconnu et honoré. Victime d'un accident d'automobile en 1950, la rumeur veut qu'il soit mort parce qu'on aurait refusé de le transfuser dans l'hôpital le plus proche, réservé aux blancs. L'histoire, trop « belle » pour être vraie, a été déniée par sa veuve, mais la rumeur court toujours. Il reste vrai que l'on cherche en vain le nom de Charles Drew dans les dictionnaires des grands médecins et dans les histoires de la médecine éditées en Europe.

                                                                               

Un record sanglant

« L'affaire » du sang contaminé par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) responsable du sida s'est révélée en France médicalement incorrect et politiquement correct. Elle a illustré avec éclat, dans les années 80, l'exception française et les avantages du service public : le taux cumulé de sida d'origine transfusionnelle (hémophiles et transfusés) par nombre d'habitants en 1998 a été en France près de cinq fois supérieur à celui de l'Italie, près de dix fois celui de l'Allemagne et plus de treize fois celui du Royaume-Uni[1]. Ce record a été établi grâce à la préservation revendiquée de la vie privée des donneurs de sang pour ne pas écarter, par des questions insidieuses, ceux qui avaient le plus de risque d'être atteints par le virus : homosexuels, toxicomanes, et délinquants emprisonnés, permettant ainsi de le transmettre aux futures victimes dont la vie a paru moins respectable que le politiquement correct. Le droit a été donné à un futur opéré ou un malade de refuser la vérification de son « statut viral », c'est à dire la révélation d'une éventuelle atteinte par une hépatite ou le sida alors que son sang pouvait contaminer le personnel soignant. L'intérêt industriel national a permis de prendre trois mois de retard par rapport aux autres pays développés pour appliquer le test de dépistage français, et près d'un an pour éliminer le virus des produits sanguins, pour éviter d'importer les méthodes déjà mises au point aux USA, alors que d'autres pays n'avaient pas  hésité à le faire. Quant aux produits en stock et en circulation dont le virus n'avait pas été éliminé, ils ont été laissés à la disposition du public pour des raisons économiques. Les laboratoires privés dans les pays voisins s'étaient empressés de les retirer du commerce pour éviter d'éventuels procès, ce que le service public en France n'a pas fait, pensant être à l'abri de ce type de désagréments. Pour ce triste record nos politiques ont admis être responsables mais pas coupables et les médecins intéressés se sont avérés irresponsables et coupables.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] D'après un tableau figurant dans le « Dictionnaire de la Pensée Médicale »

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Publié le 7 Janvier 2013

Les feux de la passion

Agathe, belle sicilienne chrétienne du IIIe siècle, ayant repoussé les avances d'un consul romain libidineux, celui-ci lui fit enlever les seins avec des tenailles rougies au feu. Heureusement St Pierre les lui restitua, mais l'horrible païen la fit frire. Sainte Agathe est devenue la protectrice des femmes qui souffrent des seins et la patronne des chirurgiens qui les soignent. Chaque année les habitants de Catane commémorent le martyre de Ste Agathe en procession présentant l'image de ses seins à travers la ville. Heureusement que la mutilation d'Abélard, il est vrai moins édifiante, n'est pas honorée de la même façon.

[Le marthyr d'Agathe de Sebastiano del Piombo] 

Femmes à barbe

Les femmes à barbe ont toujours frappé les imaginations. Sur une fresque de l'église de St Savin sur Gartempe (Vienne), Adam et Eve sont barbus, suggérant que les caractères féminins ne seraient apparus qu'après le péché originel (J. Hazard et L. Perlemuter. L'Homme hormonal, éd Hazan). Les plus grands peintres ont représenté des femmes à barbe dont la célèbre et spectaculaire Barbuda de José de Ribera qui allaite. Les sorcières de Macbeth sont barbues ; à l'époque de Shakespeare le poil au menton féminin n'était pas  de bon augure. Ce n'est qu'au XXe siècle qu'on a découvert que cet hirsutisme, souvent moins spectaculaire, est dû à une maladie des glandes surrénales qu'on sait traiter sans exorcisme.

 

Mauvaises langues

Que n'a-t-on supposé pour expliquer « médicalement » le cas Jeanne d'Arc ! Une épilepsie temporale rendant compte des « voix », peut être  due à un tuberculome temporal gauche ; il ne manque que le BK dans les cendres dans la thèse qui expose cette théorie. Un pseudo hermaphrodisme masculin par testicule féminisant expliquant l'absence attestée de pilosité pubienne et de menstruations. Toutes ces hypothèses sont celles d'auteurs anglo-saxons.

 

Au sein de la loi

Depuis quelques années les mères subissent de fortes pressions pour donner le sein à leur rejeton. L'OMS l'a recommandé, une directive européenne de mai 1999 a suivi et un décret au JO du 8 août 1998 encourage, dans les maternités, les sermons orientant le choix des nouvelles mères[1]. En 2000 un débat a eu lieu à la Chambre des Communes pour permettre ou non aux  parlementaires britanniques d'allaiter leur bébé sous le regard de leurs collègues[2]. Les avantages du lait maternel sur la santé de la mère et de l'enfant sont mis en avant. Ce serait quasiment une panacée protégeant le futur adulte de nombreux maux allant des caries dentaires à la sclérose en plaques en passant par l'infarctus du myocarde !

 

Barbarie intime

L'excision est une horrible mutilation qui va de la clitoridectomie à l'amputation des lèvres vulvaires, pratiquée par tradition, surtout dans certaines ethnies africaines, et qui se perpétue, même quand elles sont christianisées ou islamisées. Dans le monde, chaque année, deux millions de petites filles ou d'adolescentes subissent l'excision, soit une toutes le quatre minutes[3]. En France, dans la population immigrée, des dizaines de milliers de femmes sont ainsi mutilées, malgré la loi, sous le regard indulgent de certains qui tolèrent la barbarie sous le fallacieux prétexte de l'égalité des cultures. Les lobbies qui en vivent n'hésitent pas à menacer les chirurgiens qui tentent de réparer les dégâts. [Le tableau "l'origine du monde" aurait été commandé à Gustave Courbet par le diplomate turco-égyptien Khalil-Bey]



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] D'après Elisabeth Badinter (« Fausse route »,  éd Odile Jacob 2003)

[2] Le Point du 12/05/2000

[3] Groupe femmes pour l'Abolition des Mutilations Sexuelles (GAMS), rapporté par le Panorama du Médecin du 7 /06/2004

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Publié le 7 Janvier 2013

La souffrance des autres. 

Ce n'est que depuis peu que la douleur est vraiment l'objet de l'attention des médecins qui ont enfin réalisé qu'elle constitue une maladie en soi. On s'interroge sur les raisons qui font que naguère elle était négligée, alors même que l'antalgique principal, l'opium, est connu depuis l'Antiquité et l'aspirine depuis le XIXe siècle. On punissait même ceux qui la calmaient : au Moyen Age, un barbier-chirurgien, Nicolas Bailly, fût accusé de sorcellerie pour avoir administré un narcotique puissant avant d'opérer un de ses patients. Et d'invoquer la douleur rédemptrice dans le Christianisme en citant José Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei : « Bénie soit la douleur ! Aimée soit la douleur ! Sanctifiée soit la douleur ! » . Et de rappeler la crainte de provoquer une toxicomanie[1], évidemment ridicule quand le patient est condamné à plus ou moins brève échéance. Et d'invoquer les stoïciens en faisant remarquer que les médecins eux-mêmes, à leur tour, souffrent et meurent des maladies qu'ils prétendent soulager. Mais les vraies raisons sont beaucoup plus simples : l'indifférence, la routine invétérée. : « Et la souffrance des autres on peut très bien y demeurer insensible. » (Mishima, Le Pavillon d'or,)

 

Où communisme et christianisme se rejoignent.

« A la femme il dit : Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses : c'est dans la souffrance que tu enfanteras des fils... » (Genèse 3/16).

Lorsqu'en 1848, James Y. Simpson, à Edimbourg, réalisa le premier accouchement sous anesthésie générale au chloroforme, les religieux lui  reprochèrent d'aller contre l'injonction divine et il se défendit en arguant que Dieu avait endormi Adam avant de lui enlever une côte pour créer Eve.

Dans les années 1950 l'accouchement prétendument sans douleur a eu son heure de gloire. Méthode dite psychoprophylactique de la douleur, importée d'URSS par le Dr Fernand Lamaze, elle a été adoptée aussi bien dans les milieux ouvriers que dans la « haute société ». Un don pour le halètement était un gage de succès. Une bonne dose de méthode Coué également. L'appartenance au parti communiste ou une attitude sympathisante était un facteur favorisant. Le succès fut tel que même le Pape Pie XII dut l'avaliser en dépit de l'injonction divine. La méthode n'a pas résisté à l'anesthésie péridurale.

Cependant en raison de la fermeture de nombreuses maternités, « l'accouchement sans douleur » devrait être enseigné aux chauffeurs de taxi et d'ambulance, suivant ainsi le conseil de H. Melville : « L'art de l'accouchement devrait être enseigné en même temps que ceux de l'escrime, de la boxe, de l'équitation et de la rame » (Moby Dick).


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] C'est en voulant guérir un morphinomane que Sigmund Freud redécouvrit l'action anesthésiante de la cocaïne dont les dérivés sont utilisés dans l'anesthésie locale. Il l'essaya sur lui-même et devint cocaïnomane. La même mésaventure advint au célèbre chirurgien américain William Halsted.

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Publié le 7 Janvier 2013

La peste a été à l'origine de pandémies dévastatrices : celle de Justinien, au VIe siècle, fit  des millions de victimes au pourtour méditerranéen, celle du Moyen Age, au XIVe siècle, tua près de la moitié de la population de l'Europe et la peste dite océanique de la fin du XIXème au milieu du XXe siècle fit douze millions de morts.

La peste a semblé longtemps être l'expression du courroux divin et les médecins ne croyaient donc  pas à la contagion. Mais les gens, eux, ont vite compris que la fréquentation des pestiférés conduisait à le devenir et que la navigation était source de dissémination. La première réaction était donc de fuir. Si la fuite pouvait éviter d'être atteint, elle permettait aussi à la maladie de se disperser.

La peste au Moyen Âge

Le pape Clément VI, en Avignon, ne quitta pas la ville, s'enferma entre deux murs de flamme, ce qui ne l'empêcha pas de prendre des mesures nécessaires et de promulguer deux bulles affirmant - en vain - l'innocence des juifs, victimes d'une folie meurtrière contagieuse qui se propagea en Europe de 1348 à 1352. Après les juifs, on rechercha des semeurs de peste, des « graisseurs », des « ...empoisonneurs qui frottent les portes avec du pus de pestiféré par une méchanceté infinie » (Ambroise Paré). A Milan, en 1630, un vieillard perdit ainsi la vie pour avoir essuyé un banc d'église avant de s'y asseoir.

Des mesures sérieuses d'isolement, d'hygiène et touchant la navigation furent prises dès la fin du XIVème à Venise, imitées par les autres pays. Sous Louis XIII, les médecins amenés à visiter les pestiférés durent mettre un habit spécial avec un masque aux yeux de cristal et un long nez empli de parfums qui les faisait ressembler à de grands oiseaux. Lors de la peste de Marseille, le Régent fit édifier un mur pour empêcher les Marseillais de contaminer le reste du royaume. Mais les précautions les plus sévères pouvaient être contournées. En 1799 Bonaparte, venant d'Egypte et de Jaffa où la peste était présente, évita la quarantaine,  en faisant escale en Corse exempte de peste et dernier port d'attache, lui permettant d'obtenir une patente « nette », avant de toucher le continent.

La peste à Marseille en 1720

Des moyens moins sérieux furent essayés. A partir du XVIIème on perfora le courrier pour y faire pénétrer des vapeurs, on conseilla de fumer du tabac et pendant la peste de 1665 on obligea même les étudiants d'Eton  à le faire jusqu'à les fouetter. Les parfumeurs firent fortune en créant des compositions pour se préserver des miasmes et l'eau de Cologne vit ainsi le jour. Les palefreniers semblaient être protégés et pendant la peste de Moscou en 1771, on s'arrachait les couvertures de cheval et les nobles restaient en selle le plus longtemps possible. Des amulettes protectrices les plus diverses furent essayées, certaines religieuses, d'autre moins comme des crapauds séchés pendus autour du cou ou des dents de pestiférés que l'on pouvait sucer. Pourtant Jérôme Fracastor dès 1546 avait affirmé la contagiosité de la peste par des particules invisibles à partir du malade et de tout objet ayant été à son contact. Les dents étaient ainsi bien placées pour être contagieuses.

La peste résulte d'un ménage à trois : la puce, le rat et l'homme. Alexandre Yersin découvrit en 1894  le microbe responsable, dans une petite paillote, près de l'Hôpital de Hong-Kong où il vivait et travaillait sur des cadavres de pestiférés, les anglais lui ayant interdit d'approcher les malades. Yersin, inhumé en 1943 à Nha Trang, est considéré par les Vietnamiens comme un héros national. C'est en 1898 à Karachi que Paul Louis Simond découvrit le rôle de la puce et du rat comme réservoirs et mode de transmission.

La peste est maintenant curable par les antibiotiques. Elle avait déjà pratiquement disparu d'Europe au XVIIIe siècle sans qu'on en sache très bien les raisons. L'invasion du rat gris qui a remplacé le rat noir plus sensible à la maladie en serait une des principales causes.


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Publié le 7 Janvier 2013


Comment parler d’organes dont on ne connaît ni la disposition ni même l’existence. Comment reconnaître les maladies, si on ne connaît pas les organes qu’elles touchent. Comment traiter les maladies si on ignore les lésions qu’elles provoquent.  La préservation de la vie est passée par la dissection des morts.

 

Les bêtes à Claude Galien

Au IIe siècle, Galien, le plus célèbre médecin grec après Hippocrate, disséquait des singes et des cochons, les premiers semblables à l’homme pour l’extérieur et les seconds pour l’intérieur. C’était pas mal vu, mais à l’origine de beaucoup d’erreurs. Claude Galien, médecin grec de la haute société romaine et de l’Empereur  au IIe siècle, deviendra l’alpha et l’oméga de la médecine européenne pendant  plus de quinze siècles. Galien est l’homme des quatre : quatre humeurs (sang, pituite, bile, atrabile), quatre tempéraments (chaud, froid, sec, humide), quatre qualités (sucré, salé, acide, amer), quatre éléments constituant l’homme : le feu, l’air, l’eau, la terre, animés par le pneuma, souffle divin, ce qui plaira tant à l’Eglise et donc à la Faculté. Est-il responsable de la dérive dogmatique que ses successeurs ont donné à ses théories ? Evidemment non.  Peut-on être un génie, auteur de plus de cinq cent ouvrages, de découvertes innombrables et décourager la sympathie par sa vanité ? Hélas oui. « …jamais jusqu’à ce jour je n’ai eu à rougir d’un traitement ou d’un pronostic, ce que j’ai vu arriver à des médecins très illustres… Si quelqu’un veut s’assurer la célébrité grâce aux œuvres de l’art, il peut sans fatigue recueillir ce que j’ai découvert au prix de nombreuses recherches tout au long de ma vie »[1]

La gloire posthume de Galien a effacé celle d’un grand médecin moins arrogant : Arétée de Cappadoce qui au tournant du premier siècle décrivit de nombreuses maladies dont le diabète

 

Le sacrilège de l’autopsie

L ‘autopsie des cadavres humains a été le moteur de l’évolution de la médecine et si celle-ci a été si longue, c’est que la religion l’a entravée autant qu’elle a pu. Les Egyptiens comme les Grecs ne toléraient pas le sacrilège de l’autopsie. Cependant à la fin du IVe siècle AC Ptolémée Sôter, à Alexandrie, autorisa la dissection et permit à Hérophile et Erasistrate d’inventer l’Anatomie, mais l’interdit religieux reprit vite le dessus. Le christianisme et l’Islam allait le renforcer : une bulle de Boniface VIII excommuniait « les découpeurs de cadavres ».

Au Moyen Age, les chirurgiens comprirent la nécessité de l’autopsie et les rois, qui ne pensaient qu’à la guerre, eurent besoin des chirurgiens. Frédéric II, Empereur germanique et Roi de Sicile, en délicatesse avec le Pape et excommunié, permit de nouveau la dissection des cadavres.

 

La cérémonie de la dissection

Dans la seconde moitié du Moyen Age, en Europe, l’Eglise admit la nécessité d’une connaissance de l’anatomie humaine. La dissection des corps humains fût permise à titre exceptionnel et selon un cérémonial. On se servait des criminels exécutés qui bénéficiaient alors de rites religieux et d’indulgences. Des officiels étaient invités, la bulle papale concernant la dissection était lue au préalable, la tête du sujet, siège présumé de l’âme, était souvent enlevée. La dissection commençait après une prière. Le cadavre était ouvert par un serviteur, le médecin ne le touchait pas et placé en hauteur et à distance, lisait à haute voix un passage de Galien en montrant avec une baguette les structures mentionnés dans le texte. Si texte et structures ne concordaient pas, on allait jusqu’à dire que Galien avait raison mais que l’homme avait changé depuis le IIe siècle. La dissection se terminait par un banquet, un concert ou une représentation théâtrale. Cette cérémonie durait au moins deux jours.

 

L’homme qui mit la main à la pâte

Au XVIe siècle, le Bruxellois Vésale, professeur à Padoue, de vingt trois à vingt neuf ans, eut l’audace de rectifier les centaines d ‘erreurs de Galien et fit paraître en 1543 le premier vrai  traité d’anatomie, magnifiquement illustré par Jan van Calcar, élève du Titien. Beaucoup protestèrent contre son irrespect de la chose établie et il abandonna l’anatomie pour devenir le chirurgien  de Charles Quint puis de Philippe II. A Madrid, une rumeur l’accusa d’avoir disséqué un homme pas tout à fait mort et on raconte que c’est pour échapper à la condamnation par l’Inquisition qu’il dût partir en pèlerinage à Jérusalem. Au retour, il mourût à cinquante ans après le naufrage de son navire à l’île de Zante.

                                                                                

Les premiers médecins légistes

Avant  que les autopsies ne fassent parler les morts et que le médecin légiste devienne un auxiliaire de la justice, on disposait au Moyen Age d’autres méthodes pour confondre les coupables de crimes. La cruentation consistait à faire passer les suspects au-dessus du cadavre de l’assassiné, le sang devait jaillir au passage du coupable et le médecin juré en faisait le constat. Il apportait également son concours lorsqu’un suspect était soumis à la Question. Parfois on poursuivait un cadavre qui parlait par l’intermédiaire de son avocat. Lorsque le procès traînait en longueur, on inhumait provisoirement le corps, salé par le médecin juré.

                                                                                

De l’ancien au nouveau monde

Au XVIIe siècle, en Europe, l’autopsie entra dans les mœurs, attirait les curieux, les snobs, et fascinait les plus grands peintres. Le sieur Aris Kindt (voleur pendu le jour même)  figure en bonne place dans le tableau « La leçon d’anatomie » de Rembrandt : c’est l’homme nu et couché que Tulp autopsie devant un public attentif,  une façon inattendue de passer à la postérité.

Le Moyen Age a toujours eu sa place dans le nouveau monde. A la fin du XVIII ème, le professeur Shippen de l’université de Philadelphie essuya un coup feu alors qu’il se déplaçait en voiture dans la ville. Les puritains étaient indignés par les dissections qu’il effectuait et ils avaient déjà auparavant pris d’assaut le bâtiment où il enseignait l’anatomie à ses étudiants.



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[1] Cité par M.Bariéty et C.Coury, Histoire de la médecine.

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans l'Antiquité, les sacrifices d'animaux pour apaiser les dieux et l'observation de leurs entrailles ont permis d'avoir une première idée de l'anatomie humaine. Cent ans avant Hippocrate, au VIe siècle avant notre ère, un disciple de Pythagore, Alcméon, pratique à Crotone la vivisection pour écrire le premier traité de physiologie connu, qui impressionne d'autant plus les historiens qu'il a été perdu et qu'on n'en sait pas grand chose. Il est possible qu'à Alexandrie, quelques trois cents ans plus tard, Hérophile et Erasistrate aient disséqué des criminels vivants avec l'aval de leur souverain. Au 1er siècle l'encyclopédiste Celse « tient pour inutile et cruel d'ouvrir les corps vivants »[1] Mais ce n'est que par des expérimentations animales que la médecine a progressé. Claude Bernard, persécuté par sa femme, opposée à la vivisection, se défend en écrivant dans son œuvre maîtresse Introduction à la médecine expérimentale : « le chirurgien, le physiologiste et Néron se livrent également à des mutilations sur des êtres vivants. Qu'est-ce qui les distingue encore si ce n'est l'idée ? [...] Le physiologiste n'est pas un homme du monde, c'est un savant, c'est un homme qui est saisi et absorbé par une idée scientifique qu'il poursuit : il n'entend plus le cri des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit que l'idée et n'aperçoit que des organismes qui lui cachent des problèmes qu'il veut découvrir. ».

Nous devons ici rendre hommage à la grenouille qui a beaucoup servi la médecine. Dans l'Atharva Veda « en cas de maladie on arrose d'eau le patient en plaçant une grenouille sous son lit »[2] pour obtenir la guérison. Mais c'est surtout à partir du XVIIIe siècle avec Galvani et Spallanzani que la pauvre bête devient irremplaçable. Et c'est encore grâce à un batracien que les biologistes américains P. Agre et R. MacKinnon ont obtenu un prix Nobel en 2003. «  Les théories passent, la grenouille reste » (Jean Rostand).   

La vivisection sur les animaux soulevait moins de protestations lorsque l'anesthésie n'existait pas, depuis qu'on les endort elles sont devenues vives. Alors que faire ? Essayer chez l'homme une intervention chirurgicale nouvelle avant de la tenter chez l'animal ?


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora 


[1] Cité par M. Bariéty et C. Coury, Histoire de la médecine.

[2] P.Lévêque, Les grenouilles dans l'antiquité, éd de Fallois

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Publié le 7 Janvier 2013

La médecine arabe était la médecine gréco-latino-byzantine traduite en arabe et complétée par l'expérience des médecins arabes et  juifs au Moyen Age.

C'est grâce au fanatisme et à l'intolérance religieuse des byzantins que les connaissances médicales des grecs et latins n'ont pas été perdues. La médecine byzantine continuait celle de Rome avec d'éminents praticiens, comme le clinicien Alexandre de Tralles au VIe siècle, un des plus importants de l'histoire de la médecine, et le chirurgien Paul d'Egine au VIIème, particulièrement inventif.  C'est au VIIIe siècle que des Nestoriens hérétiques chassés de l'empire byzantin se réfugient en Perse, à Goundi-Shapour où ils développent une école médicale. Ce sont eux qui vont traduire les ouvrages grecs et latins en arabe et permettre l'essor de la médecine en terre d'Islam d'où elle reviendra en Occident par Salerne et l'Espagne à partir du Xe siècle. Ce ne sera pas la dernière fois qu'une émigration forcée d'hommes de science est à l'origine d'un nouvel essor de celle-ci.

Le premier livre de médecine  en arabe est la traduction par un juif d'un livre écrit en grec par un prêtre chrétien d'Alexandrie (M.Bariéty et C.Coury, Histoire de la Médecine). Au Moyen Orient, au XIe siècle, le plus célèbre des médecins arabes est Avicenne (à gauche, en haut), originaire de Boukhara. Dans une œuvre encyclopédique : le Canon, Avicenne fait le diagnostic par le pouls dont il distingue dix sept variétés, établit traitement et pronostic selon les astres, considère l'amour comme une maladie, dessine des schémas  abscons et naïfs qui pourraient évoquer les arbres de décisions et algorithmes à la mode de nos jours. Le Canon a encombré les études médicales pendant des siècles : «  un fatras obscur dont on ne peut tirer aucune déduction utile aux malades » (J-C Sournia, Histoire de la médecine). On comprend que Paracelse l'ait jeté au feu. En Espagne, un siècle plus tard, le grand médecin est à Cordoue, Averroès (à droite), qui s'intéressait plus à la philosophie et à la théologie qu'à la médecine. Esprit sceptique, c'était un musulman pas très catholique contesté par ses coreligionnaires orthodoxes, puis par les chrétiens. Egalement à Cordoue et son contemporain, le plus célèbre médecin juif, Maïmonide (à gauche, en bas), devenu médecin du Vizir au Caire,est lui aussi plus mémorable pour son œuvre théologico-philosophique que par ses traités médicaux , si appréciés fussent-ils à l'époque.



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Publié le 7 Janvier 2013

Le cadavre numérique

Si le médecin clinicien s’est aujourd’hui détourné du cadavre avec soulagement et ne se rend plus guère « au rendez-vous des thérapeutes », il n’en est pas de même de la télévision où l’autopsie est devenue une séquence obligée des séries policières avec un cadavre numérique flanqué d’un médecin légiste ricanant, clown blanc dont on attend des plaisanteries de carabin et des grivoiseries morbides. Sans oublier les pièces anatomiques exposées comme des œuvres d’art et les images de cadavres victimes des guerres et des catastrophes, glanées autour du monde, que le public fasciné regarde avec commisération.

                                                                                

Le cadavre magasin

La dépouille est à présent promue au rang de cadavre-magasin à qui on demande de fournir des organes à transplanter, la mort cérébrale étant une mort juridique laissant le corps vivant à la disposition du corps médical.

Remplacer un organe était une faculté divine. Ganesh à tête d’éléphant sur un corps d’enfant n’est-il pas le dieu de la sagesse ? Le centaure Chiron qui enseigna la médecine aux hommes transplanta le talon d’un cadavre de centaure sur Achille. Au IIIe siècle la greffe légendaire de la jambe d’un noir à un blanc par St Côme et St Damien, maintes fois représentée par les peintres du Moyen Age et de la Renaissance, en font les Saints Patrons des chirurgiens.


Fra Angelico : greffe d'une jambe (de noir) au diacre Giustiniamo


Les chirurgiens comme leurs saints savent à présent greffer la plupart des organes. On a plus ou moins résolu le problème de la maintenance de l’organe étranger. Reste celui de la matière première, elle manque et bien des malades doivent attendre longtemps et parfois jusqu’à la mort la greffe salvatrice. Ce marché en pleine expansion n’a pas échappé aux trafiquants qui organisent le commerce d’organes prélevés chez les plus démunis. Les réseaux les plus proches sont en Europe de l’Est et au Moyen Orient. Ils organisent les prélèvements d’organes sur des jeunes gens à bout de ressources pour une somme modeste, revendus trente à soixante fois plus cher aux malades en attente de greffe. Des médecins se prêtent à ce commerce lucratif de morceaux d’êtres humains vivants. De façon officielle, en Chine, les condamnés à mort constituent une matière première de premier choix.

Les hommes d’affaires piétinent devant les soues où les cochons transgéniques attendent dans une bienheureuse ignorance que leurs organes soient un jour acceptés par l’homme. « Quel admirable animal que le cochon. Il ne lui manque que de savoir faire lui même son boudin. » (Jules Renard). Du divin et de la sainteté aux marchands du temple, c’est toujours la même histoire.

Prélever à un mort de quoi faire vivre un vivant pourrait être considéré comme un cannibalisme parentéral salvateur. Les greffes d’organes sont évidemment spectaculaires, mais n’est-ce pas un aveu d’impuissance ?  On dépose l’organe malade lorsqu’on n’a pas pu le guérir ou le préserver et l’on pose à la place celui d’un moribond que l’on n’a pas pu sauver, mais que l’on maintient en vie pour l’occasion. Le don d’organe est évidemment nécessaire pour sauver ceux qui sont en attente de transplantation, mais ce n’est pas une raison pour jeter l’opprobre sur ceux qui refusent pour des raisons religieuses ou personnelles qu’ils ne sont pas obligés d’expliquer. Après tout on «  a quand même le droit… de refuser d’avoir affaire avec certaines gens même après sa mort. » (Fruttero et Lucentini) [1]



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[1] La Sauvegarde du sourire, éd arléa 1989.

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Publié le 7 Janvier 2013

En famille

La passion de l’enseignement conduit parfois à des extrémités qui font frémir. Le docteur Rondelet, professeur d’anatomie à l’université de Montpellier au XVIIe siècle, ne pouvant obtenir de cadavres pour enseigner sa matière en vint à disséquer le cadavre de son propre enfant pour faire une démonstration à ses étudiants[1]

                                                                              

Convoitise

Le chirurgien écossais John Hunter  au XVIIIe siècle était passionné d’anatomie comparée. Il se ruina à entretenir une quantité innombrable d’animaux les plus divers. Il s’intéressait à toutes les formes de vie jusqu’à un géant irlandais dont il convoitait le squelette alors qu’il était encore vivant. Il acheta finalement son cadavre pour quatre cents livres.   

                                                                               

L’aide des bourreaux

Les médecins trouvèrent dans les bourreaux d’excellents auxiliaires de la science[2]. Vésale alla, au péril de sa vie, jusqu’à voler des cadavres dans les cimetières et sur le gibet de Montfaucon. Des médecins utilisèrent les condamnés, parfois même au moment de l’exécution.

Pendant la Révolution Française, François-Xavier Bichat, chirurgien au « Grand Hospice d’Humanité » (l’Hôtel-Dieu), se contente de révolutionner la médecine. En quelques années il crée l’histologie en identifiant les tissus  constituant les organes et la méthode anatomo-clinique : «  La grande école médicale française est sortie du tablier de Bichat » (G.Flaubert ). Sa déclaration la plus célèbre : « La vie est la somme totale des fonctions qui résistent à la mort » prophétise étonnamment le suicide cellulaire. Les « Recherches sur la vie et la mort » se sont appuyées sur l’étude d’un grand nombre de cadavres dont la plupart avaient été guillotinés peu de temps auparavant.

Le docteur Joseph Guillotin était un humaniste, un brave homme, qui après avoir participé au Comité créé par l’Assemblée Constituante pour réduire la mendicité, voulut réduire les souffrances des condamnés à mort en faisant adopter une machine qui les réduisait eux, vite fait, bien fait. Des machines  avaient été essayées anciennement, notamment en Italie. Une plus moderne fut conçue par le chirurgien Antoine Louis et perfectionnée par Louis XVI qui aurait eu l’idée du couperet oblique. On ne sait pas si le premier surnom de Louison ou Louisette est lié au premier concepteur ou au plus illustre de ses utilisateurs. Guillotin resta horrifié par l’abus qu’on avait fait de la machine et de son nom.

 

L’aide des assassins

A Edimbourg, en 1827, William Hare et William Burke s’associèrent pour fournir l’Ecole d’Anatomie de la ville. D’abord des clochards morts que personnes ne réclamaient. Le prix monta à dix livres pièce et le Dr Knox, professeur renommé d’anatomie était toujours preneur. La disparition de deux prostituées connues, l’une d’entre elles fréquentée par l’un des étudiants quelques jours auparavant, déclencha une enquête, puis un procès où l’on démontra que trente-deux personnes avaient été étranglées par les deux compères. Burke fût pendu et par un juste retour des choses, son corps fût disséqué et son squelette exposé par la suite au musée d’Anatomie d’Edimbourg. Hare qui l’avait trahi eut la vie sauve et le naïf Dr Knox dût quitter Edimbourg pour Londres


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[1] Kenneth Walker Histoire de la Médecine

[2] Jusqu’au XVIIIe siècle, en France, mais surtout au Danemark, en Norvège et en Prusse, le bourreau était autorisé à pratiquer la petite chirurgie

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Publié le 7 Janvier 2013

Il a fallu attendre longtemps pour découvrir la façon dont le sang circule dans l’organisme. Pour admettre que les cavités (oreillette et ventricule) droites et gauches ne communiquent pas directement entre elles mais par l’intermédiaire de deux circuits : la grande circulation qui amène aux organes le sang riche en oxygène et qui va du ventricule gauche à l’oreillette droite où il arrive appauvri et la petite circulation qui va du ventricule droit à l’oreillette gauche où le sang arrive enrichi en oxygène pendant la traversée des poumons. De chaque côté l’oreillette en arrière communique avec son ventricule en avant, des valves empêchent le sang de refluer vers la cavité d’amont.

 

Quatorze siècles de communication invisible

Galien au IIe siècle, après avoir disséqué des singes et des cochons, a affirmé que les cavités droites et gauches du cœur communiquaient au niveau des ventricules par des pores imperceptibles.  Cette affirmation a été admise, comme beaucoup d’autres venant de lui, pendant quatorze siècles. Même Léonard de Vinci et Vésale qui avaient découvert bien des erreurs dans les descriptions de Galien et disséqué des cœurs, n’ont pas contesté le dogme du passage du sang d’une moitié du cœur à l’autre. Ce que fera l’espagnol Michel Servet [Portrait] au milieu du XVIe siècle  en décrivant la circulation pulmonaire et l’imperméabilité des cloisons cardiaques. Ses découvertes finirent avec lui sur le bûcher par les soins de Calvin, pour réapparaître soixante trois ans plus tard dans la description quasi complète de la circulation du sang par l’Anglais William Harvey.

 

Circulez…

Jean Bernard aimait rappeler que Charles Nicolle disait qu’une découverte se voyait immédiatement opposer trois objections : " Ce n’est pas vrai, ce n’est pas neuf, ce n’est pas de vous". William Harvey [Portrait] ne fait pas exception quand il publie en 1628, à Francfort, après plus de vingt ans d’observations et d’expérimentations rigoureuses, sa théorie de la circulation. Aussitôt et en Angleterre même, on le traite de fêlé. A Paris, le Doyen Gui Patin affirme que la circulation est " paradoxale, inutile, fausse, impossible, absurde et nuisible " (cité par Bariéty et Coury, Histoire de la médecine). Et les historiens ne se privent pas de rappeler que certains le savaient depuis longtemps, l’arabe Ibn An-Nafîs, le juif Assaph de Tibériade, que la découverte était dans l’air, suggérée par l’espagnol Michel Servet et les anatomistes de Padoue, Colombo, Césalpin ou Andrea Alpago qui séjourna à Damas et d’ailleurs c’est à Padoue qu’ Harvey a complété ses études. Mais avec Harvey ce n’est pas seulement la fin de quatorze siècles d’obscurantisme, c’est une révolution, un nouveau paradigme, comme on dirait aujourd’hui.

 

…Il n’y a rien à voir. Au XVIIe siècle, l’Italien Malpighi Marcello, l’œil rivé au microscope, découvrit des merveilles. D’abord la circulation capillaire du poumon translucide de la grenouille, réseau de fins vaisseaux reliant les artères aux veines, pièce manquante de la circulation sanguine décrite par Harvey une trentaine d’années auparavant. Mais il décrivit aussi la cellule et bien d’autres choses sur la structure de la  peau, du cerveau, du rein, de la rate. Ceux qui n’avaient jamais regardé dans un microscope contestèrent ce que Malpighi avait vu pour ne pas bouleverser leurs idées préconçues et ceux qui regardèrent avançaient que le microscope falsifiait la réalité. En 1689, à Rome, devant une assemblée de dignitaires de l’Eglise, Malpighi dût subir le réquisitoire d’un de ses propres élèves affirmant que ses travaux étaient inconsidérés et inutiles. Ce qui amena le Pape Innocent XII à faire de Malpighi son médecin personnel.

 

Pose et dépose.  La première greffe du cœur a été faite au Cap le 3 décembre 1967 par le chirurgien sud-africain Christiaan Barnard grâce à la technique inventée par les chirurgiens américains Norman Shumway et Richard Lower. Shumway [Portrait] n’aura l’opportunité de réaliser une greffe qu’un mois plus tard à Stanford. Le retentissement, ou pour les mauvaises langues, l’exploitation médiatique de cette première transplantation cardiaque fut extraordinaire et Barnard restera à jamais « le premier ». La renommée est injuste mais comme l’a lui-même fait remarqué Shumway : «  … qui de nous se souvient du nom du deuxième pilote qui, après Lindbergh, a traversé l’Atlantique ?  » (cité par R. Kûss et P. Bourget, Une histoire illustrée de la greffe d’organe)


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Publié le 7 Janvier 2013

Le médecin sait à l’évidence qu’il livre un combat d’arrière-garde en retardant si possible la défaite. Il ne peut assurer l’immortalité aux malades dont la famille n’accepte pas le décès même à un âge avancé. Un auteur anglais aurait dit sur son lit de mort : « Je savais bien que nous étions mortels, mais je pensais que l’on aurait fait une exception pour moi ». Chacun pense un peu comme lui. La mort n’est pas prouvée, c’est une constatation statistique avec une très, très haute probabilité et comme le disait V. Jankélévitch « Il n’est jamais nécessaire de mourir ».

Mais…« Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts ; les morts, au contraire, instruisent les vivants » (Chateaubriand)[1].

Le rendez-vous des thérapeutes est une expression d’autodérision qui n’est plus guère employée par les médecins. L’idée que ceux qui avaient soigné un patient se rendent systématiquement à la morgue (on disait aussi : « aller chez Morgagni ») pour constater l’effet de leur thérapeutique n’a plus cours. L’endroit les rendait modestes mais n’empêchait pas leur curiosité lors de la dissection du cadavre qui leur réservait parfois des surprises. Cette méthode anatomo-clinique inaugurée par l’Italien Morgagni (portrait) au XVIIIe siècle a été suivie par les Français Bichat, Corvisart, Bayle, Laennec, et consistait pour les médecins à confronter les signes cliniques du malade vivant avec l’examen de ses organes après sa mort et vérifier jusqu’à quel point ils s’étaient trompés dans leur diagnostic et leur traitement :

Pierre-Fidèle Bretonneau illustra à sa manière la méthode anatomo-clinique. Il escaladait les murs des cimetières pour déterrer les enfants morts en ville de la diphtérie et vérifier qu’ils avaient bien les mêmes lésions que ceux morts à l’hôpital. C’était un esprit original à plus d’un titre : bon médecin sans diplôme (il n’était qu’officier de santé et a passé son doctorat en 1814 à l’âge de 36 ans), préférant faire carrière en Touraine plutôt qu’à Paris, épousant, jeune homme, une femme plus âgée que lui d’un quart de siècle, mais rétablissant largement l’équilibre en épousant, presque octogénaire, une jeunesse de 18 ans. Jalousé par ses confrères, bien avant son second mariage.

Les techniques modernes utilisant la lumière froide des endoscopes, les ultra-sons, les rayons X, la résonance magnétique nucléaire, les isotopes permettent d’avoir de l’intérieur du malade vivant des images précises dépourvues de sang et d’odeur et les thérapeutes actuels ne se rendent que rarement à ce rendez-vous.



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] La vie de Rancé, Livre XXVI chap. 9

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Publié le 7 Janvier 2013

Le héros de cette histoire a vécu à Issoire en Auvergne à la fin du XVe siècle. Je me permets de transcrire ici ses aventures :

« Ce personnage, d’abord reconnu comme appartenant au sexe féminin avait été incorporé dans un couvent de femmes. Mais aussitôt, la jeune nonne devint la convoitise de toutes ses compagnes qui la courtisaient comme amant. L’autorité ecclésiastique fit une enquête et découvrit que ladite religieuse possédait un organe sexuel masculin. Elle fut considérée comme un homme et, après une sévère pénitence, on l’enferma dans un couvent de Moines noirs appartenant au Cardinal de Bourbon.

Le nouveau moine était depuis huit à dix mois dans le couvent lorsqu’on s’aperçut que son ventre grossissait. On crut à une hydropisie. Quelque temps après, il accouchait d’un gros bébé !

Les enquêteurs ecclésiastiques s’étaient toujours trompés. Ce moine était bien réellement une femme, mais une gynandroïde phalloïde.

On considéra la malheureuse comme un hermaphrodite, horrible suppôt du démon. On la brûla vive et son pauvre enfant avec elle.

On inscrivit sur sa tombe [en latin] : Homme, femme, moine tout ensemble, quel étonnant prodige de la nature ! »[1]

Il est regrettable que cette histoire commencée dans une gaîté folâtre où le héros eut la chance de jouer sur tous les registres du plaisir, mais où il fut également le jouet du plaisir des nonnes et des moines, ait eu une fin aussi tragique.



[1] Ce texte de Lucien Nass est tiré de « Les hermaphrodites devant les tribunaux du Moyen Âge » et figure dans la revue médicale « Aesculape » du siècle dernier. Il a été rapporté par Olivier Castel dans La Revue du Praticien du 30 novembre 2008

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Publié le 7 Janvier 2013

Ce sont les affirmations non prouvées qui ont généralement le plus de succès. Il suffit d’avoir foi en elles :

Acupuncture,  acupressure ( les doigts remplacent les aiguilles), auriculothérapie, aromathérapie,  homéopathie, fleurs de Bach (élixirs floraux), kinésiologie (tests musculaires ), réflexologie, chromopuncture ( piqûres de colorants), sangsues, ostéopathie, aura soma thérapie ( baguettes de cristaux), massage du côlon (sic), gymnastique du cerveau ( !?), fango (boue), fasciathérapie, sels de Schüssler (minéraux) hippothérapie (cheval, sic), marionnettes-thérapie, rebirth ( technique respiratoire), reiki (énergies par massages), sympathicothérapie ( réflexothérapie dans les fosses nasales), musicothérapie, iridologie, analyse des minéraux, des cheveux, oxygénothérapie, massages segmentaires, vedalogie , vital pratique, tantra, énnéagramme…  et la Tribune de Genève du 18 février 2003 qui énumère  ces médecines parallèles  ajoute avec ingénuité : … et tous les charlatans.

Croire en soi pour être cru

Le charlatanisme existe dans tous les domaines, même ceux qui exigent  une technicité particulière. Ainsi en Italie, en 2003,  la Fédération nationale de l’ordre des médecins  estimait qu’à côté des 40000 vrais dentistes, exerçaient 45000 imposteurs. Une enquête des inspecteurs sanitaires de la péninsule l’avait confirmé et l’agence Reuters Santé avait précisé à l’époque que parmi ces faux dentistes, 70% étaient des techniciens dentaires, ce qui peut s’expliquer, mais on avait trouvé également : 10% de vendeurs, 8% de policiers, 6% de conducteurs de tram, 4% de plombiers et 2% de soldats ! [1]

Les imposteurs sont de tous temps, exploitant la crédulité ou le désespoir des gens. Ils promettent la guérison et se vantent de moyens que les médecins n’ont pas. Leur clientèle dépasse les simples d’esprit et les chefs d’état leur ont donné parfois droit de cité. Bernard Shaw lui-même était sensible à ces « médecins parallèles » arguant de la jalousie et de l’esprit réactionnaire des corps constitués. Mais les guérisseurs, rebouteux, et autres médicastres, eux, ne sont pas dupes de leurs boniments et recherchent leur propre guérison auprès des médecins Reste à espérer qu’ils ne tomberont pas sur ceux qui utilisent leurs connaissances pour se conduire en charlatans.

Mieux vaut un charlatan chanceux qu’un médecin ignorant. 

La reine Victoria ayant distribué généreusement son gène  hémophile aux familles royales d’Europe, notamment à  son petit-fils, le tsarévitch Alexeï, donna l’occasion au staretz Raspoutine d’exercer ses talents à la veille de la révolution russe. Certains ont suggéré que son efficacité n’était pas due à son pouvoir hypnotique, mais au fait qu’il ait chassé les médecins et arrêté l’aspirine prescrite pour soulager les douleurs de l’enfant, en aggravant les hémorragies, ce que tout le monde ignorait. Il est curieux de constater que près d’un siècle plus tard, c’est encore l’ignorance des médecins qui est la principale cause du drame des hémophiles et du sang contaminé.

Des histoires à dormir debout

Comme l’anesthésie générale est tout de même un coma artificiel qui peut se compliquer, parfois gravement, on cherche toujours à en réduire les risques. De là à promouvoir des anesthésies loufoques par acupuncture, hypnose, électricité … il n’y a qu’un pas que certains franchissent souvent sans vergogne. On a vu des journaux télévisés présenter des vaches qui  s’endorment quand on leur met des pinces à linge sur l’échine, des chinois couverts de sueurs se mordre les lèvres pour ne pas crier sous une soi-disant anesthésie par acupuncture et même l’image scandaleuse d’ une appendicectomie avec pour toute insensibilisation une « psychothérapie ».

Cest le chirurgien anglais James Braid qui, après avoir vu un spectacle de music-hall, inventa le mot « hypnotisme » vers 1840. On doit à Jean Charcot (portrait) d’importantes avancées médicales et pas seulement en neurologie mais on ne le cite que pour ses démonstrations sur l’hypnose faites avec trois patientes « professionnelles » hospitalisées à La Salpêtrière à cette fin. L’hypnotisme revient toujours à la mode de temps en temps pour traiter diverses affections mais pas l’insomnie.

Les absents n’ont pas toujours tort

L'homéopathie est basée sur une affirmation gratuite, mais son chiffre d’affaires annuel est en France de plusieurs centaines de millions d’euros. Le médicament considéré comme actif est dilué de telle sorte qu’il ne reste dans la préparation que son fantôme dont on agite les chaînes. Il faut croire aux fantômes pour ne plus être hanté par ses maux après avoir absorbé l’absence de produit. Bien que les principes de ce traitement énoncés en 1796 par l’allemand Christian Samuel Hahnemann  n’aient pas été démontrés jusqu’à présent, les quelques essais auxquels les homéopathes ont bien voulu se prêter seraient en faveur d’une action du médicament homéopathique différente de celle du placebo. Si un placebo s’avère supérieur à un autre, on peut mettre en doute la validité de tous les essais thérapeutiques quel que soit le médicament testé.

 

 

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora



[1] Rapporté par Le Point du 28 mars 2003

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Les vertus de l’autorité et de l’observance

L’effet placebo ressort de la croyance en la médecine. L’effet thérapeutique du placebo est lié à l’attente du malade et pas à son action pharmacologique. Il entre pour 30% environ dans l’efficacité d’un traitement aussi farfelu soit-il. On a constaté que la performance d’un test d’effort est parfois meilleure lorsque le patient est persuadé qu’il prend au préalable un médicament efficace. Dans une étude récente[1] il a été constaté que dans une pathologie aussi sévère que l’insuffisance cardiaque, la réduction de la mortalité était semblable avec le produit actif (- 34%) qu’avec le placebo (- 36%) à la seule condition que la prescription soit bien suivie par le patient.

Selon une étude récente du JAMA un placebo présenté au prix de 2,50 $ s’est révélé plus efficace qu’un placebo présenté au prix de 0,10 $

Il est bien connu que la façon de donner compte presque autant que ce qu’on l’on donne. L’autorité du docteur, du professeur a longtemps et souvent été la principale vertu curative d’une prescription.

On raconte, avec quelques variantes selon le conteur, que le célèbre professeur Dieulafoy, à la fin du XIXe siècle, appelé auprès d’un enfant, conseille à sa mère de lui donner une pomme tous les matins. Au moment où il va monter dans sa voiture, la mère se précipite : « Monsieur le Professeur, aujourd’hui, puis-je lui donner une poire ? »  « Madame, voulez-vous donc le tuer ! »

Exprimer son autorité est cependant passé de mode. On donne au malade l’illusion qu’il a le choix de son traitement. Rien n’est imposé, c’est à lui de choisir entre la pomme et la poire.

Rien c’est déjà quelque chose

La large utilisation du placebo en médecine[2] prouve que rien, c’est déjà quelque chose. Et voilà que l’imagerie fonctionnelle cérébrale montre qu’un médicament contre la douleur  et un placebo cliniquement efficace activent les mêmes zones du cerveau. Autrement dit, que quelque chose ce n’est pas plus que rien ! Alors quand un patient prend un médicament et qu’il se sent bien, il est vain de lui dire que ce médicament ne sert à rien, car il est persuadé qu’il irait moins bien s’il ne le prenait pas. Comme le faisait remarquer JF Revel, on s’aperçoit qu’un remède ne guérit pas que le jour où on trouve celui qui guérit.

 

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora 



[1] Granger B et Coll : « Adherence to candesartan and placebo and outcomes in chronic heart failure in the CHARM programme : double-blind, randomised, controlled trial” Lancet 2005; 366 : 2005-11

[2] D’après une enquête de l’institut de Bethesda parue en octobre 2008 (BMJ) la moitié des internistes et rhumatologues américains prescrivent des placebos de façon habituelle

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Publié le 7 Janvier 2013

« …avec une tendresse spéciale pour les charlatans sans oublier le vrai médecin qui, au-delà d’un certain seuil de notoriété, passera inévitablement pour un guérisseur d’écrouelles et un « gourou médiatique ».[1]

Avoir la foi pour guérir n’est pas une idée complètement fausse. Cependant il ne nous semble pas – avec regret - que la foi puisse guérir une maladie organique. La foi peut donner l’illusion de la guérison lorsqu’on se pense malade sans l’être, lorsque la guérison d’une maladie est attribuée à la foi, alors qu’elle disparaît toute seule, sans contester le rôle de la foi dans certains désordres psychiques ou même à l’origine d’une amélioration transitoire dans des maladies organiques. Mais bien entendu le domaine de la foi n’est pas celui de la raison. On peut démonter un miracle mais pas le démontrer.

                                                                              

Où le guérisseur rémunère celui qu’il guérit

Le toucher des écrouelles illustre dans le passé la croyance dans les guérisons miraculeuses. C’était la seule imposition par les rois de France, d’Angleterre et d’Ecosse qui ne leur rapportait rien. Elle leur coûtait même, car chaque malade admis en présence du roi recevait une monnaie d’or, si bien que par mesure d’économie (Louis XIV aurait touché deux à trois mille personnes) on fût amené à réduire la taille des pièces. Le plus souvent les ulcères tuberculeux du cou finissent par se refermer spontanément. Le roi d’Angleterre Guillaume III, qui ne croyait guère en son don miraculeux, aurait murmuré aux scrofuleux qui défilaient : « Que le Seigneur t’accorde une meilleure santé et te donne du bon sens » [2]

                                                                              

Les vertus de la prière

La prière a toujours fait partie de l’arsenal thérapeutique préventif et curatif. Il est donc normal de vouloir juger son efficacité. Au XIXe siècle, le cousin de Darwin, sir Francis Galton, l’eugéniste qui voulait tout mesurer, fit une enquête statistique sur celle-ci, en comparant la mortalité dans les différentes classes sociales. Il en résulta que c’est la famille royale qui avait la plus courte espérance de vie malgré le flot de prières en sa faveur, la reine Victoria exceptée. La sincérité des prières ne semble pas avoir été prise en compte. De nos jours on est plus sérieux et ce sont des études randomisées en double aveugle qui montrent un effet favorable sur les troubles coronariens, l’arthrite rhumatoïde et même le taux de réussite de la fécondation in vitro. Toutefois les auteurs, prudents, se gardent de conclure.

                                                                                

Les vertus de la compassion

Le médecin qui qualifie volontiers de miracle une guérison inespérée due à son traitement reste souvent dubitatif devant une réussite attribuée à l’intervention divine. Pourtant «  Il y a plus de faits vrais que de faits démontrables ». (Gödel).

Innombrables, spécialisés ou généralistes, les saints guérisseurs ont succédé aux dieux païens thaumaturges et ont leurs équivalents dans toutes les religions. Certains médecins sont tellement dévoués à leurs malades, qu’on les qualifie parfois de saints laïques. Cependant comme les saints religieux, ils sont loin  d’être toujours guérisseurs, bien que certains prétendent que la compassion augmente les défenses immunitaires de l’organisme  en élevant le taux d’immunoglobuline A et donc accroît la durée de vie[3].

                                                                                        

Comment retrouver son âme

D’après Saint Thomas d’Aquin le fœtus acquiert son âme quarante jours après la fécondation chez l’homme et quatre-vingt jours chez la femme. Le médecin ne soigne que son support supposé. C’est le domaine du prêtre dont la tâche est plus aisée car il n’est soumis à aucune obligation de résultat. D’où la mode des chamans. Ceux de la république de Touva, au fin fond de la Sibérie, attirent des « spiri-touristes » car ils «  peuvent retrouver l’âme égarée des malades et les soigner »[4].

 

 

Ducumentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora



[1]  Régis Debray Cours de médiologie générale éd Gallimard, folio 2001

[2]  Cité par Kenneth Walker, Histoire de la Médecine

[3] Le Dalaï-Lama et Howard Cutler cités par Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle, éd Grasset

[4] Le Point du 9/05/2003

  


 

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Publié le 7 Janvier 2013

« L’obsession des remèdes marque la fin d’une civilisation » disait Cioran. L’obsession des remèdes est de tous les temps et ce, quelle que soit la teneur des remèdes

Potions amères

Au Moyen Age on croyait aux vertus curatives de drogues prétendument faites avec des animaux extraordinaires, dragon, licorne, phénix. On utilise toujours la poudre d’os fossile de mammouth, pris longtemps pour des restes de dragon, en Chine, où l’animal est sympathique et bénéfique.  « Le dragon a le pouvoir de prendre de nombreuses formes, mais celles-ci sont impénétrables… Ses os, ses dents et sa salive possèdent des vertus médicinales….ses yeux, séchés et  battus dans du miel, forment un liniment efficace contre les cauchemars. », mais «  Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons »[1].  

Voici quelques médications de la pharmacopée officielle au XVIIe siècle : yeux de crabe, plumes de perdrix, araignées vivantes enrobées de beurre, œufs de fourmi, excréments de chien et même de la poudre de momie égyptienne ou de la lunea faite avec de la poudre d’os de crâne humain…[2]

                                                                                                                                                                

Une guerre autour d’un remède

La découverte du « vin émétique » à base d’antimoine, bénéfique dans certaines maladies digestives, a été attribuée à Basile Valentin,  bénédictin alchimiste d’Ehrfurth, au XVe siècle. Après l’avoir testé sur des porcs, ce bon moine l’essaya sur les frères dont il envoya quelques uns ad patres, d’où le nom. Mais il semble que le père Valentin n’ait jamais existé et que l’antimoine ait été amené plus tôt à Montpellier par les Arabes et utilisé en vertu du principe que puisque l ‘antimoine purifie l’or en alchimie, il doit bien en faire autant du corps. Quoi qu’il en soit ce fût le prétexte pendant une centaine d’années de disputes invraisemblables : « la guerre de l’antimoine ». Le doyen de la Faculté de Paris, Gui Patin parle de « forfanterie arabesque ». On publie des libelles : « L’Antimoine justifié », « L’Antimoine triomphant », « Le rabbat joye de l’Antimoine triomphant »[3] . Louis XIV ayant été guéri de troubles digestifs grâce à l’antimoine, le Parlement s’en mêle et l ‘autorise.



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Jorge Luis Borges (Le livre des êtres imaginaires, éd. Gallimard)

[2] D’après K. Walker (Histoire de la Médecine)

[3] Cités par J. Lévy-Valensi dans  Histoire générale de la Médecine…  sous la direction du Pr Laignel-Lavastine

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans les traitements appréciés par les patients le naturel revient au galop. Nature, naturel, mots magiques qui confèrent à un traitement  un caractère d’innocuité, un zeste d’innocence édénique. « Laissez faire la bonne nature », à savoir les microbes, les virus, et toutes les dérèglements naturels de l’organisme. Dire que ce qui est naturel est bon pour la santé parce que naturel est une idée fausse.

Un postulat de Pythagore

« Ne mange pas de fèves »   est une des principales règles enseignées par Pythagore qui n’aurait pour rien au monde traversé un champ de cette légumineuse. On s’est interrogé sur les raisons de cette aversion.  Certains  évoquent une croyance des grecs en la présence de l’âme des morts dans la fève. Plus impertinent, Aristote prétend que c’est à cause d’une certaine ressemblance avec le sexe masculin. Et si Pythagore était tout simplement atteint de favisme, une maladie génétique dans laquelle l’ingestion de  fèves[1]  provoque une anémie grave, dont dix pour cent environ des grecs sont atteints ?

Les vertus végétales

Les régimes alimentaires garantissant longue vie et bonne santé ont de tous temps séduit. Au début du XIXe siècle, l’Américain Sylvester Graham, inventeur des crackers, surnommé « le persuadeur péristaltique », mena un grand combat pour les régimes végétariens et le pain de son.

Les vertus des fruits et légumes pour « vieillir en bonne santé »[2] augmentent avec la distance qui les séparent de nos marchands de quatre saisons, qu’il s’agisse des baies du Grand Nord ou des fruits tropicaux.

                                                                                

Même les plantes qui ont bonne réputation  peuvent avoir des effets secondaires dangereux : la bourdaine et le séné malmènent l’intestin, l’arnica peut provoquer des dermites et des troubles gastro-intestinaux, l’eucalyptus des nausées et vomissements, la camomille des réactions allergiques, le millepertuis une photosensibilisation, le thym des troubles gastro-intestinaux, le kava a une toxicité hépatique comme le thé vert et l´Aloe Vera (qui entrent dans la composition des suppléments diététiques Herbalife) et l’aristoloche a une toxicité rénale et cancérigène… Si on ne peut plus se fier aux produits naturels...Bien sûr les accidents sont rares comme le sont ceux provoqués par la plupart des médicaments mais dont tolérance et l’efficacité sont testés avec plus de sérieux que pour les produits dits naturels considérés et vantés - par définition - comme non dangereux.

En 2003, la ministre de la Santé d’Afrique du Sud soutenait que pour lutter contre le sida il était plus sûr d’utiliser de l’ail, de l’huile d’olive et de l’oignon que des anti-rétroviraux (en Afrique du Sud, 20% de la population est séropositive). « Parce que l’ail sauve de la mort, n’y renoncez pas, même s’il donne mauvaise haleine » (Sir John Harington, inventeur de la chasse d’eau).

Les poisons de la bonne Nature

En fait, la plupart des poisons viennent de la nature, même si certains d’entre eux sont utiles à la médecine :

- L'amanite phalloïde est un champignon mortel. Périodiquement un médecin semble avoir trouvé le traitement, veut convaincre ses confrères en l’essayant sur lui et meurt

- La digitaline est extraite de la digitale dont la fleur ressemble à un dé à coudre. A doses excessives, elle provoque des troubles de la vision des couleurs où les objets peuvent apparaître en vert ou en jaune. On s’est demandé si Van Gogh n’avait pas été influencé par le souvenir d’une intoxication digitalique, sa névrose ayant été traitée par de la digitale. La digitaline n’a sûrement pas guéri Van Gogh de sa névrose mais ses effets iatrogènes ont pu contribuer à son génie.


- La belladone est une petite cousine de la tomate et de la pomme de terre, dont le fruit ressemble à une cerise noire, qui transformait les belles italiennes en allumeuses aux pupilles dilatées. C’est un véritable Dr Jekyll and Mr Hyde végétal. Du coté Hyde, un poison violent, mortel, l’atropine qui justifie la référence à Atropos, la Parque qui coupe le fil de l’existence. Les Romains l’utilisaient pour empoisonner les réserves de nourritures de leurs ennemis, premier exemple de guerre chimique. Du côté Jekyll les actions thérapeutiques multiples, importantes et toujours actuelles de ses alcaloïdes.


- Les curares sont des poisons utilisés en anesthésie pour obtenir un relâchement de la musculature abdominale de l’opéré et des nerfs de l’opérateur qui ne supporte pas qu’elle ne soit pas relâchée.

- La mandragore est une plante avec laquelle on peut faire un médicament narcotique et aphrodisiaque, ce qui est tout de même contradictoire

La nature secrète bien d’autres poisons, sans parler des drogues qui permettent d’accéder aux enfers artificiels : opium et dérivés, cocaïne, cannabis et bien sûr le tabac.
 


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Variété Vicia faba

[2] Entretiens de Bichat 2004. Table ronde sur l’intérêt de la papaye fermentée sur notre santé

 

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Publié le 7 Janvier 2013


Ingres "Odalisque et Esclave"


En I941, le chirurgien et physiologiste d’origine canadienne Charles Huggins découvrit que la castration pouvait faire régresser le cancer de prostate et entraver son évolution. Cette découverte permit de prolonger la vie de milliers de malades. Mais depuis les années 1970 on dispose de médicaments qui bloquent la sécrétion hormonale des testicules et réalisent ainsi une castration chimique. Etre castré en gardant ses testicules est un exploit de la médecine moderne dont auraient aimé profiter les eunuques orientaux et les castrats chanteurs, rares survivants d’une opération d’une grande cruauté, le plus souvent une émasculation : « … on commence par mettre un garrot serré à la base des testicules et de la verge, on coupe le tout avec un rasoir très aiguisé » (Ibn al Abbas, Xe siècle)
[1] . Procédé encore en usage au XIXe siècle, dans un monastère copte égyptien, appliqué aux esclaves amenés du Soudan pour fournir en eunuques les harems du Moyen Orient. A la même époque les vétérinaires étaient plus humains pour les animaux : Ils se contentaient de provoquer l’atrophie des testicules en écrasant leurs vaisseaux nourriciers avec une pince à travers la peau ou en les tordant par bistournage.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Cité par R. Küss et W. Gregoir, Histoire illustrée de l’Urologie.

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Publié le 7 Janvier 2013

Des trous mystérieux dans la tête

La trépanation est probablement la première «  vraie » opération pratiquée par Homo sapiens, Cro-Magnon, Neandertal ou leurs cousins, avec des outils en pierre, dont témoignent de nombreux crânes retrouvés partout, notamment en Alsace et sur les Causses. Le chirurgien français Just Lucas-Championnière a montré, au début du XXe siècle, que cela pouvait se faire en moins d’une heure soit en approfondissant tangentiellement le trou  soit en faisant des trous rapprochés avec un poinçon, le futur trépan, et en juxtaposant les perforations. Ces trépanations préhistoriques ne sont généralement pas en rapport avec un traumatisme. Alors pourquoi faire un trou dans la tête ? On évoque des rituels, des traitements magiques de la folie, mais évidemment on n’en sait rien.

 

Un trou pour voir

Au milieu du XVIIIe siècle, un ermite d’Aiguilles  consulte un oculiste marseillais réputé, Jacques Daviel. Il  est aveugle après avoir perdu  un œil à la suite d’une intervention par l’antique technique de l’abaissement du cristallin, l’autre étant toujours atteint par la cataracte. L’intervention est difficile : non seulement Daviel n’arrive pas à « abattre » le cristallin mais  celui-ci se fragmente en plusieurs morceaux. En désespoir de cause Daviel incise la cornée et enlève les débris. L’opéré voit «  Une intuition, une réminiscence, un geste audacieux ont sauvé la situation » (Y. Pouliquen, Un oculiste au siècle des lumières, éd Odile Jacob). Pas pour longtemps, car à la suite de complications, le patient  redevient définitivement aveugle. Mais l’expérience de l’ermite avait montré la voie. Daviel eût la vision de la vraie technique pour guérir la cataracte et mit patiemment au point l’opération, toujours pratiquée, qui allait permettre de préserver ou de rendre la vue à des millions d’êtres humains.



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Publié le 7 Janvier 2013

Il s’agit de l’appendice qui peut s’avérer néfaste par sa présence pour chacun d’entre nous et de l’hymen dont l’absence, lors de la nuit de noces, est une source de complications possibles pour des millions de femmes dans le monde.

 

L’appendice sournois.

Cette élément vermiforme, ne sert à rien et a manifestement été placé dans le ventre par le Créateur ou l’Evolution comme une grenade goupillée prête à tuer à la première occasion. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’appendicite, appelée typhlite, traitée par saignée, sangsues et lavements était mortelle. C’est un professeur d’anatomo-pathologie de Harvard, Reginald Heber Fitz qui, dans une fameuse communication à la Boston Medical Society, en 1886, démontra la responsabilité de l'appendicite dans de nombreux cas de péritonite mortelle et affirma la nécessité de l'opération en urgence. Mais ce qui nous semble aller de soi, mit longtemps à s’imposer. En France, le grand clinicien Dieulafoy, qui n’avait pu empêcher la mort de Gambetta à cause de la pusillanimité de ses médecins qui refusèrent l’intervention, prit la tête de la croisade pour l’appendicectomie d’urgence. Le chirurgien new-yorkais McBurney (portrait) reste connu pour avoir donné son nom au point de l’abdomen où les doigts provoquent une douleur en cas d’appendicite. Ce signe à lui seul permet en général le diagnostic et la décision d’opérer. Mais comme on a reproché aux chirurgiens d’avoir le bistouri trop facile, ceux-ci demandent maintenant confirmation à l’échographiste qui provoque la douleur en appuyant avec la sonde au même point. McBurney, au paradis des chirurgiens, doit bien s’amuser.

 

L’hymen hypocrite

L’hymen qui n’est qu’une membrane perforée à l’entrée du vagin ne sert manifestement à rien, sinon à stimuler les fantasmes de certains hommes.

Dans une bonne partie du monde on exige des jeunes filles que leur « hymen saigne à point » lors de la nuit de noces. Dans le cas contraire, le mariage peut être annulé, la femme répudiée et même l’objet de violences de la part de sa famille. L’hymen présent et déchiré est considéré dans ces milieux comme le témoin de la virginité et de la chasteté de la femme que l’homme désire acquérir en tant qu’objet à l’état neuf et non d’occasion et dont il veut prétendre être le premier et l’unique dépositaire.

Or l’hymen est, bien sûr, un faux témoin de la virginité et surtout de la chasteté (son hypocrisie va jusqu'à être suffisamment élastique pour être « complaisant »). Il peut avoir été déchiré lors d’une activité physique ou un traumatisme et même être absent à la naissance. Curieusement, au IIe siècle, à Rome, le  célèbre médecin grec Soranus d’Ephèse, le premier grand gynécologue et obstétricien connu, a nié l’existence de l’hymen. Ce qui, compte tenu de ses qualités d’anatomiste et de praticien, « n’a pas manqué de susciter des remarques désobligeantes sur la vertu des jeunes romaines de son époque » (M. Bariéty  et Ch. Coury, Histoire de la médecine).

Pour obtenir ce fameux saignement, les femmes orientales utilisaient des méthodes artisanales pour assécher le vagin et fragiliser les muqueuses.

De nos jours, les jeunes femmes issues de familles d’un autre âge, paniquées à la veille de leur mariage, demandent à des chirurgiens de leur refaire un pucelage comme des vétérinaires peuvent corriger certains défauts d’un chien avant la confirmation. Cette chirurgie plastique a beaucoup de succès au Moyen-Orient, mais également en France, soit en effectuant peu de temps avant la nuit de noces une hymenorraphie à l’aide d’un fil tracteur résorbable, soit en réalisant une hymenoplastie par greffe, ce qui exige plus de temps.

Non seulement l’hymen est hypocrite mais également les hommes qui désirent être « le premier » ou en avoir l’illusion, car ils sont au courant de cette chirurgie plastique et des comportements sexuels alternatifs qui étaient à la portée de leur future femme (et qu’ils ont probablement pratiqués avec d’autres).

Tableau : Salvador Dali "Jeune vierge auto-sodomisée par les cornes de sa propre chasteté" 

 

Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


 

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Publié le 7 Janvier 2013

De l’intérêt des crottes

Penser que l’ingestion d’un déchet que l’organisme élimine puisse avoir une action bénéfique est étrange, mais rien n’est plus naturel qu’un excrément. Les médecins ont longtemps été plus ou moins coprophiles et  Montaigne se gaussait de « l’urine de lézard, la fiente d’un éléphant, … des crottes de rat pulvérisées » conseillés de son temps. Au XVIIe siècle encore, Moïse Charas, médecin français de réputation internationale, membre de l’Académie des Sciences, préconisait la fiente de cigogne et l’excrément humain séché et distillé, déjà utilisé par Marcus Artorius Asclépiade à Rome au 1er siècle avant notre ère, alors qu’Antonius Musa, médecin d’Auguste, préférait les crottes de chien.

 

De l’intérêt des urines

Du Moyen Age au XVIIIe siècle, pour bien des médecins, l’examen des urines était nécessaire et suffisant pour établir un diagnostic, prescrire le traitement et donner un pronostic, capital à une époque où l’on affrontait la mort de face pour préparer son salut. L’uroscopie consistait à mirer les urines dans un récipient spécial, la matula, devenu l’emblème des médecins (David Teniers le jeune "Médecin de campagne"). C’est à Byzance que cette méthode atteignit son apogée : au XIIIe siècle, Jean Actuarius, médecin de l’Empereur y consacra un traité en sept volumes. On distinguait plus de vingt nuances de couleur, on sentait, touchait, goûtait et observait la situation des dépôts dans la matula. Pour certains la présence du malade n’était même pas nécessaire. Au XVIIIème encore, en Suisse, un certain Schuppach recevait des flacons d’urine de toute l’Europe. A présent on envoie des images, c’est tout de même plus amusant.

Mais l’urine, qui n’est qu’un excrément, poursuit sa carrière thérapeutique.  Vivement conseillée par Pline l’Ancien, surtout vieillie et mélangée à de la cendre de coquilles d’huîtres, elle n’est plus recommandée par les médecins pour traiter la stérilité des femmes, préparer des collyres, blanchir les dents ( Mme de Sévigné se lavait les dents avec de l’urine de jeune garçon )… Mais il y a toujours des gens qui  boivent un peu de leur urine chaque jour, pratique répandue, vantée sur Internet , pour guérir les maladies les plus diverses ou conserver la santé.

 

Du caractère sacré des excréments

Peut-être faut-il rapprocher cette croyance dans les vertus thérapeutiques des excréments du caractère sacré qu’ils revêtent dans certaines religions : « …la danse de l’urine chez les Zuni du Nouveau-Mexique, à la confection d’amulettes avec les excréments du grand lama du Tibet, à la bouse et à l’urine de vache pour les ablutions de purification chez les hindouistes, […] aux offrandes de fumier offertes à Siva, la Vénus assyrienne, à la consommation de ses excréments par Suchiquecal, la déesse mexicaine mère des dieux…» (Michel Onfray)[1]

Ingérer des excréments n’est, en fait, qu’une simple application de la loi de la conservation de la matière.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Traité d’athéologie, éd. Grasset & Fasquelle, 2005

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Rédigé par Dr WO

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