Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

56. Comment allez-vous partenaire ?

Marcel Duchamp : "Portrait de joueurs d'échecs"

Le médecin et son malade sont devenus des partenaires. C’est une idée apparue ces dernières années en réaction au paternalisme qui dominait, souvent de façon excessive, les relations entre le médecin et son patient. Mais c’est une idée théorique, comme donner un titre sans le pouvoir qui va avec.

 

Des partenaires qui ne jouent pas au même jeu.

L’un d’eux joue la partie avec un handicap et avec des règles différentes. L’un ne risque rien (sauf erreur flagrante), l’autre risque tout. L’un connaît plus ou moins l’avenir de l’autre et l’autre s’effraie de cet avenir qu’on lui révèle parfois sans ménagement. L’un n’est pas diminué par une maladie évidente (ou alors il le cache bien) et l’autre l’est. L’un actif, interroge, examine et l’autre passif, répond et est examiné.  L’un propose des traitements et l’autre, confiant, les accepte. Il n’y a pas de difficulté à reconnaître entre ces deux partenaires celui qui est le médecin et celui qui est le malade. Quant à l’échange entre les deux, elle n’est pas de même nature : les honoraires pour le médecin n’ont pas pour lui la même importance que l’acte médical pour le malade.

L’absence d’égalité entre les deux partenaires heurte les bonnes âmes et fait hurler au « pouvoir médical », mais c’est un fait, comme l’asymétrie entre un client s’adressant à un professionnel pour lui venir en aide, qu’il s’agisse d’un avocat, d’un garagiste ou d’un plombier. Il serait évidemment plus juste qu’un malade ne soit traité que par un médecin atteint de la même maladie. Mais là encore le médecin ne peut se mettre nu comme son patient sans créer d’équivoque.

                                                                                

De l’inconvénient d’être son propre médecin

Ceux qui protestent aimeraient être leur propre médecin et ne dépendre que d’eux-mêmes. Nous pouvons dire sans nous tromper qu’il est préférable que ce vœu ne soit pas exaucé. Il ne faut pas souhaiter aux malades d’être soignés comme les médecins se soignent et de vivre leur maladie comme ils la vivent.

                                                                                  

Une curieuse négociation

« Le politiquement correct » ayant établi la notion de partenariat, est apparue celle de négociation pour la détermination des soins. Pour ma part, je ne vois pas en quoi la relation entre un médecin et son malade peut être une négociation. Le médecin propose des traitements que le patient est libre de refuser et s’il accepte l’un d’entre eux après avoir été convaincu, il n’a fait aucune concession. On pourrait alors dire dans ce cas qu’un syndicat fait une concession lorsqu’il accepte une augmentation de salaire pour ceux qu’il défend. Quand le malade accepte d’être traité, le médecin en est heureux mais n’en tire aucun avantage pour sa propre santé. Le médecin n’a de toute façon aucune concession à faire. Cette « négociation » ne le concerne pas directement. Il ne va partager ni la maladie ni le traitement avec son malade et il ne va pas l’abandonner s’il ne se traite pas, ou alors on passe de la « négociation » au chantage et à la menace. Ce que personne ne préconise même dans l’intérêt du malade.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
Oui, le ralation médecin-patient doit être basée sur le respect mutuel et pas sur une "cogestion", terme très à la mode, même en médecine. Dr WO
Répondre
P
Je suis toujours allé voir le médecin (et ça continue) en attendant d'avoir l'avis du spécialiste et donc dans l'absolu respect de son savoir et de sa compétence. Et, de fait, je n'aspire pas du tout à une "cogestion" du diagnostic ou du traitement.En revanche, là où nous sommes à égalité, c'est que nous sommes deux êtres humains. Et, je l'ai déjà un peu dit ici, être considéré comme tel, donc respecté, donc informé, donc susceptible de faire perdre un peu de temps parce que je ne comprends pas tout immédiatement, là oui, c'est, de ma part, une exigence forte.Et que dire de ce que j'ai vécu comme père dans ce registre? Comme dépossédé de mes enfants par les détenteurs du savoir.Et, pour finir, même avec une fille âgée maintenant de 28 ans, je supporte mal de me faire engueuler sur le thème "elle est majeure" quand je demande des renseignements parce que je sais qu'elle, avec son histoire, avec ses peurs aux racines profondes, n'osera pas.Donc partenaire, non, interlocuteur reconnu, oui.
Répondre
O
Pour une  affection grave, un médecin confie habituellement un membre de sa famille à un confrère. Soigner les siens est trop difficile et trop douloureux, avec l'angoisse de commettre éventuellement une erreur favorisée par la subjectivité. L'erreur est mal supportée s'il s'agit d'un étranger, imaginez quand elle est commise sur un proche...Mais il ne peut s'empêcher d'intervenir si le traitement du confrère ne lui parait pas adéquat...Cornélien Dr WO
Répondre
D
Vous faites référence dans un de vos articles passés à un anatomiste qui dissèque son propre enfant faute de cadavre.Dans le même genre de problème, un médecin soigne t'il sa propre famille ou l'envoie t il chez un confrère ?Je parle bien en cas d'affection grave soupçonné, pas d'un rhume. Ne craint il pas que son émotivité puisse entraîner une erreur de jugement ?
Répondre
O
Entièrement d'accord. Cette chronique va à contre-courant de nombreux articles parues dans la presse médicale. Les patients, eux, conservent leur bon sens. Dr WO
Répondre
P
Ce politiquement correct amène surtout une fausse égalité plus dangereuse qu'une relation de pouvoir (qui n'était contestée principalement que du pont de vue du manque d'information de la part du médecin et non pas du point de vue de sa compétence reconnue a priori par la démarche du patient qui va consulter).
Répondre
O
Tout à fait, mais qui n'est pas sans intérêt car cette attitude pseudo égalitaire conduit à diminuer la responsabilité du médecin. Dr WO
Répondre
S
Encore un truc irréaliste !
Répondre
O
Cette article se réfère à ce qui est préconisé pour les relations entre médecin et malade dans le discours "officiel" et les recommandations faites par ceux qui ne doivent pas consulter très souvent et pour respecter le "politiquement correct" égalitaire. Dr WO
Répondre
S
Partenaire avec mon médecin ? Pour jouer aux cartes ou aux boules, nous pourrions être partenaires. Lorsque je vais consulter, je me contente de prendre le traitement que l'on me donne en souhaitant que mon médecin soit suffisamment compétent pour me soigner correctement.Cela doit s'appliquer aux personnes atteintes de pathologies lourdes. Je veux dire par là que je n'ai pas fait médecine, je fais donc confiance !
Répondre