L’IRM fonctionnelle permet de mettre en évidence
les zones du cerveau impliquées dans la réalisation de tâches ou lors d’un sentiment ou d’une émotion. Si le cerveau perd ainsi un peu de son mystère, certains veulent voir dans cet outil
d’investigation médicale, un instrument capable de décrypter nos pensées.
« Le 7 juillet 2011, la nouvelle loi de bioéthique a élargi l’usage des méthodes d’imagerie cérébrale à l’expertise judiciaire, en sus de leur utilisation à des fins médicales ou pour la recherche » (les décrets d’application ne sont pas encore parus). Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a fait cependant remarquer que « …Ce n’est pas parce qu’une pensée évoquée par une tâche proposée au sujet est indiquée par une image que la mise en évidence de cette image indique la pensée et donc le comportement » et recommande un encadrement strict de cet usage à des fins judiciaires dans l’appréciation d’un éventuel comportement délictuel chez un individu, alors qu’il est sorti de son environnement et de son influence sur ses actes. Les signaux de l’imagerie ne donnent qu’un reflet indirect de l’activité cérébrale en renvoyant les images de modifications métaboliques liées à l’activité neuronale. Ce n’est pas une lecture de la pensée et il est hasardeux de passer de la matière, le cerveau, à l’immatériel de la pensée dont on ne sait pas, en fait, ce qu’elle est. Mais si la pensée, les désirs, les convictions, les intentions sont insaisissables, l’image est bien réelle, visible par tout le monde, et notamment par des juges et risque ainsi d’être privilégiée.
Aux USA, l’IRM est déjà utilisée par la justice dans le but d’étayer une preuve ou d’analyser le comportement d’un prévenu. Plus de 600 cas auraient été répertoriés où les résultats de l’imagerie ont été utilisés comme « preuve ». En Inde, cet usage se banalise également et avec des dérives notoires. L’IRM servira probablement de détecteur de mensonge. Espérons que les données recueillies ne seront pas un jour utilisées par les assurances ou à l’embauche.
J’ai entendu dire sur les ondes que de précédents candidats à la présidentielle américaine auraient subi une exploration par IRM lors de leur prestation et que ce sont surtout les zones impliquées dans l’émotion qui étaient mises en jeu et non pas les aires de l’intelligence. J’ignore si cette information est exacte et je suis dubitatif compte tenu de la procédure nécessaire pour réaliser cette imagerie, mais j’avoue être séduit par le principe. Imaginez un débat entre deux politiciens avec pour le public la vision de leur cerveau mis à nu et la détection en direct de leurs mensonges ! Des chercheurs de l’université de Barcelone ayant récemment découvert le moyen de rendre un objet invisible à un champ magnétique, les hommes politiques préfèreraient sans doute débattre coiffés d’un casque protecteur, aussi inesthétique soit-il, plutôt que de révéler les circonvolutions de leur cerveau.