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68. Même pas peur !

Le monde animal est un monde violent, mais la violence ressort le plus souvent d’une nécessité : s’alimenter, survivre, défense du territoire, conquête de la femelle pour les mâles et défense de la progéniture pour les deux mais surtout pour les femelles. L’homme peut obéir à toutes ces motivations (« la lutte pour la vie »), mais sa particularité – en dehors du rire – est d’aimer parfois la violence pour la violence : la violence gratuite, sans intérêt.

La question toujours débattue et jamais résolue est : d’où vient cette violence ? Existe-il une prédisposition ? Le violent est-il le produit de son environnement : famille, éducation, société ? Ou les deux facteurs associés existent-ils toujours ? Il faut mettre à part la violence déployée pour sa propre sécurité et celle provoquée par une idéologie qui se déploie toujours sur une grande échelle et entraîne des individus apparemment normaux dans une violence parfois extrême.

L’idée d’une disposition héréditaire pour les maladies mentales  est apparue au milieu du XIXème : c’est la théorie de la « dégénérescence » dont l’idée centrale est la transmission héréditaire d’une prédisposition morbide (siégeant dans le système nerveux) s’aggravant au fil des générations sous l’effet de causes favorisantes jusqu’à l’extinction de la lignée. Cette théorie a été élaborée par B-A Moret qui lui donnait une connotation métaphysique puisque la folie lui paraissait être la conséquence d’une déchéance originelle, celle qui frappe la créature déchue, chassée du paradis. Cette théorie ne s’appliquait pas particulièrement aux actes criminels, c’est le criminologiste italien Lombroso qui a élaborée la théorie atavique du crime du individualisant une soi-disant classe de « criminels nés ».

Bien sûr la génétique moderne est venue mettre son grain de gène. Normalement le chromosome n° 23 comporte la paire XY chez l’homme. Dans les années 1960 le « chromosome du crime » avait été décrit sous la forme surnuméraire XYY qui d’après une étude américaine s’était révélée 35 fois plus fréquente dans la population carcérale que dans la population générale. On en revenait à la notion de « criminels nés ». Depuis cette théorie a été battue en brèche car la grande majorité des criminels ne possède pas cette anomalie XYY, et l’avoir (un homme sur mille tout de même) ne signifie pas que l’on va devenir criminel.

 

Dans un article précédent (MEUTES XVIII) un commentaire me faisait remarquer que l’enfant ne nait pas violent et que c’est l’adulte qui lui apprend ou suscite la violence notamment par le type d’éducation (référence au film « Le ruban blanc »). Il me semble au contraire que beaucoup de petits enfants peuvent être violents et que c’est la peur de l’autre enfant ou de la réprimande de l’adulte qui le retient, la bonne éducation s’efforçant de diminuer et de canaliser cette violence pour rendre l’enfant « socialement compatible ». A l’inverse, l’environnement psycho-social peut évidemment contribuer à la développer.

La neurobiologie et notamment l’imagerie fonctionnelle du cerveau vient apporter des éléments sur le rôle de la peur comme facteur de délinquance. Des recherches[1] en exploitant une étude longitudinale commencée depuis plus de vingt ans, ont établi qu’une sensibilisation amoindrie au sentiment de peur dans l’enfance (vers l’âge de 3 ans) est associée à une criminalité accrue, vingt ans plus tard. Ce lien s’expliquerait par l’implication physiologique de l’amygdale du cerveau dans la perception de la peur : un dysfonctionnement de cette structure cérébrale empêcherait de reconnaître le danger et favoriserait alors des comportements « plutôt intrépides ». D’où l’installation d’un cercle vicieux : moins le sujet serait sensible aux conséquences négatives de ses actes, et plus il risquerait de s’engager dans des conduites délictueuses, en l’absence de frein. Une dimension organique apparaîtrait donc dans le comportement délinquant. D’autres travaux  ont confirmé cette relation entre un dysfonctionnement amygdalien précoce et une inclination ultérieure aux comportements antisociaux. À l’inverse, une réactivité accrue de l’amygdale cérébrale est retrouvée dans les troubles anxieux, et ce phénomène semble constituer la base d’un conditionnement à une peur excessive (à mon avis, il reste à savoir si la dysfonction observée de l’amygdale cérébrale dans un sens ou dans un autre est primaire ou secondaire)

Alors, le « criminel né » renaîtrait-il ?


Amygdale

[1] Philipp Sterzer : Born to be criminal ? What to make of early biological risk factors for criminal behavior. Am J Psychiatry, 2009 ; 167 : 1-3

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O
On se permet d'expérimenter sur l'homme qu'après avoir prouvé l'innocuité chez l'animal, jamais directement. Beaucoup de molécules nouvelles ne sont jamais passées à la phase II car elles se sont montrées nocives chez l'animal (par ex. malformations foetales lors d'une gestation, ce qui est imprévisible). La découverte de l'insuline qui sauve des millions d'humains a été faite grâce au chien (il fallair sacrifier le pancréas). La plupart des interventions  nouvelles ont d'abord été essayées sur l'animal comme les pontages ou la dilatation des coronaires. Les exemples sont multiples, sans les expérimentations animales la médecine n'aurait pas quitté le Moyen Age. Il serait préférable de s'en dispenser, mais malheureusement il y a un choix à faire. Par ailleurs, je ne sais pas ce que veut dire une méthode douce d'expérimentation chez l'homme : il faut donner à un moment donné la dose efficace et on n'opère pas à moitié. Je crois que vous vous faites beaucoup d'illusions sur la nature de l'homme. Le pouvoir est toujours détenu par une minorité, impossible de faire autrement et rien n'est plus dangereux et aveugle qu'une foule quand elle a le pouvoir pour un temps. La structure des sociétés primitives ne peut pas s'appliquer à 6 milliards d'individus Quant à la Nature, elle est, par nécessité, d'une violence extrême, c'est à qui bouffera l'autre. Dr WO
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K
Je vous confirme que l’expérimentation animale est une étape inutile. Le modèle qui en ressort, bien qu’instructif, n’est jamais à l’identique de l’homme et cela est une certitude. L’expérimentation sur l’homme est inévitablement pratiquée par la méthode douce sur la base du volontariat ; un volontariat tout relatif, car il reste attractif par la rémunération pour certains et pour d’autres il donne l’espérance d’une guérison. L’homme n’est ni bon ni mauvais que par le concept de la morale. La Nature, elle ! Exclut ces données. La distinction entre les possédants et le peuple est bien réelle. Interchangeables, je ne le pense pas c’est toujours une minorité qui s’accapare le pouvoir au détriment de la masse. L’histoire est répétitive. Mais des sociétés dites anciennes ou primitives ont déjà évoluées en faisant preuves d’équité et de respect. Comme susmentionné l’histoire se répète ; j’ose cette phrase de Georges Clémenceau revisitée pour la circonstance : « La présidence est une chose trop sérieuse pour être confiée à des politiques » Il semble bien qu'il n'y a que les civils pour régler les crises politiques ou les politiques en crise. Bonne soirée à vous !
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O
Je pense que nous ne connaissons pas d'organe dédié à la violence, par contre le sentiment de peur passe par les amygdales du cerveau. J'ignore si la peur peut disparaître totalement (peut-être par l'ablation des amygdales, mais qui aurait d'autres conséquences). La peur ou non de la mort est un autre problème, car c'est une fatalité qui ne souffre pas d'exception, c'est un problème métaphysique : la mort en soi n'est pas effrayante, c'est la mort des autres qui l'est. L'expérimentation animale est incontestablement cruelle, mais préférez-vous l'expérimentation préalable sur l'homme pour savoir si un médicament est nocif ou une intervention chirugicale possible ? Les nazis l'ont fait. Vous semblez très influencé par JJ Rousseau : l'homme est naturellement bon et c'est la société qui le rend mauvais. Je veux bien, mais c'est malheureusement l'homme qui fait la société et qui a fait l'histoire. Vous semblez faire une distinction entre les possédants et le peuple comme s'il s'agissait de deux espèces différentes. les catégories sont interchangeables avec la même violence, les révolutions en sont la preuve. DR WO
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K
Bonsoir Dr WO, - Quel est l’organe de la violence ? - L’absence de peur amène-t-elle nécessairement à la violence ? - L’absence de peur, si il en est ; est-t-elle absolue ? - Est-ce que ne pas craindre la mort est une absence de peur ? Je voudrai vous exposer, une réelle source de violence gratuite qui est l’expérimentation animale. Qu’elle soit perpétrée dans le but d’améliorer, de maintenir, de soigner ou de soulager les hommes, elle en serait louable ; mais celle-ci n’est que pure aberration et barbarisme car non appropriable à l’homme. De mettre en évidence une cause à effet entre l’absence de peur et la violence est en pleine contrariété avec la Nature. Que se soit l’Univers ou la vie sur Terre, tout n’est que recherche d’équilibre ; la violence n’est pas de mise. Voyez notre soleil ! Voyez toute la puissance de sa violence, et pourtant il n’est que caresse à la vie de l’homme ! Apprenez à contempler toute chose non pas avec raison mais avec amour ! L’homme n’est pas violent ni par la génétique, ni par l’instinct, ni par la dégénérescence, il est violent parce que perdu. Pourquoi croyez-vous que les uns et les autres se battent pour le contrôle de l’enseignement et de la loi, si ce n’est pour asseoir leur suprématie en conduisant par le mensonge et la force, l’homme sous le double joug de la foi et de la loi. La primauté des possédants a toujours utilisé la peur afin de soumettre les peuples. L’homme-esclave privé de son âme est prisonnier de sa substance. La violence est liée à l’histoire de l’Homme non pas par l’inéluctable mais par l’ignorance. Bien à vous ! Kristen Chaman Les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir. William Blake
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O
Alors, vous êtes aussi bien placée. Dr WO
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L
J'en sais quelque chose moi qui en délivre tant dans mon officine ...souvent aux personnes agées qui sont musculairement deficientes ..bref ceci est un autre sujet !
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O
Je pense que vous avez raison. La violence existe très jeune et seul l'environnement peut tenter de la canaliser. Reste que même une éducation correcte n'empêche pas toujours l'éclosion de la violence. Dr WO 
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S
Je ne sais trop quoi dire. J'ai été confrontée très jeune à la violence et je me demande si une de ses composantes n'est pas l'impossibilité de verbaliser des émotions ou des sentiments au point que le seul exutoire devient un passage à l'acte violent. En ce qui concerne le degré supérieur (délinquance et criminalité), même s'il y a prédisposition biologique, le manque d'éducation et de repères joue certainement un rôle aggravant.
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O
Nous n'en sommes pas encore là. Néanmoins, dans l'avenir la difficulté sera d'établir la frontière entre le soin et le formatage. Avec les tranquillisants et les antidépesseurs, on modifie déjà depuis longtemps le comportement des individus. Dr WO
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L
Même pas peur!!! mais alors grand violent ? bouuu article qui amene à la réflexion .. Cette découverte est n'est pas rassurante du tout car elle implique un bon "dosage"dans un sens ou dans l'autre En cas de réaction secondaire de l'amygdale il y aurait alors possibilité de "jouer " et de formater un individu selon son vouloir ? oulalala !!! Tout cela me fait peur à moi !
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O
Ce commentaire vient conforter le rôle de l'éducation et de l'encadrement des enfants qui ont une tendance à la violence. Le gouvernement actuel avait émis l'hypothèse de dépister cette violence dans le jeune âge mais a provoqué une levée de boucliers et l'idée (peut-être critiquable et en tous cas difficile à appliquer) a été abandonnée. Prévoir le devenir d'un individu est toujours délicat et on risque de se heurter au libre arbitre si les autorités se mêlent de la vie d'une personne qui ne demande rien, avant qu'elle n'ait commis un acte répréhensible. Ce genre d'interventionnisme est le propre des dictatures. Dr WO
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Z
Un beau débat de fond, Doc..... La violence est instinctive chez les jeunes enfants...... (Je te l’assure, je l’ai vécu avec l’une de mes 3 filles…et maintenant elle en est revenue et coule une vie tout à fait normale) Cette violence que le pédopsychiatre avait qualifié de bouclier à l’affirmation de son égo, de peur de devoir confronter et s'associer aux autres, a été analysée et avec cette compréhension du problème elle s’est trouvée canalisée et déjouée par l’éducation et l’encadrement des parents. Bien sûr cela a demandé du temps et de la patience. Par contre, dans des cas similaires, quand les parents baissent les bras, et que ces enfants sont livrés à eux mêmes, bien souvent on arrive au stade de la délinquance envisagée par Pangloss. Quand aux criminels, violents, psychopathes, il doit s’agit de maladies neurologiques qui auraient du être soignées dés la prime enfance. Je prends par exemple le cas très courant de la cyclothymie, qui peut engendrer dans certains cas de graves crises de violences........Quand elle est dépistée à temps, avec un traitement à vie, les gens s’en sortent très bien. Alors pourquoi ne pas prévoir d’évaluer dés la prime enfance une étude comportementale qui pourrait nous éclairer et pallier ces lacunes....... Sur ce, je te souhaite une bonne nuit Bizzzzzzzzz ZAZA
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O
Il ne faut rejeter aucun travail sérieux et il faut en tirer les conclusions. Dr WO
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C
Un peu en marge du débat lui-même, rappelons que, sous Staline, un biologiste du nom de Lyssenko avait inventé la notion de "biologie de classe" qui, de l'aveu même des soviétiques, leur a fait prendre 30 ans de retard dans ce domaine. Aujourd'hui chaque fois qu'on évoque d'éventuelles gènes de la violence, on se heurte à des réactions "Lyssenkienne" : ce serait de la science sarkozienne et il faut en rejeter les conclusions à priori ! Laissons les scientifiques travailler et nous apporter leurs preuves !
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O
Je crois aussi que la peur est une constante de l'être vivant. Ce travail met l'accent sur son importance, mais tout est une question de degré entre les individus et de leur éducation pour canaliser cette violence. On pourrait aussi faire un rapprochement osé entre le héros et le délinquant (cf ce que l'on a fait de Mesrine). NB. L'altération ou la dysfonction d'un organe peut être innée. Dr WO
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P
Je voulais faire allusion sans écrire les mots, à l'éternel débat entre l'inné et l'acquis. L'altération d'un organe est, à l'évidence, le contraire de l'inné. Une question est donc posée: la propension à la violence qui induit un délit ou un crime peut-elle être contrebalancée par une propension à la peur et/ou par l'éducation. L'agressivité est un élément fondamental de nombre d'animaux. La peur aussi. J'ai oublié le nom de ce philosophe (John Locke?) qui affirmait que la peur est le sentiment (ou la réaction instinctive) le plus répandu dans le monde animal même chez les êtres les moins évolués.
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O
Peut-être que l'éducation a été bonne. Un travail, aussi intéressant soit-il, n'englobe jamais toute la vérité. Dr WO
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L
C'est marrant, sur 3 enfants, j'en ai eu une qui n'avait peur de rien, très difficile à canaliser, des frayeurs on en a eu plus d'une et aujourd'hui c'est une adulte posée bien dans ses baskets, alors.........A quoi est ce dû à votre avis?
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O
Pour augmenter la perception de la peur, il faudrait en théorie augmenter la sensibilite des amygdales, ce qui ne serait pas impossible avec un traitement médicamenteux, mais on jouerait à l'apprenti sorcier avec le risque de transformer un être violent en un couard total (voir le film "Orange mécanique"). Il serait délicat de trouver la bonne dose probablement différente pour chaque individu. Dr WO 
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P
Oui mais l'insensibilité se traite-t-elle par une intervention chirurgicale ? Par un traitement médicamenteux ? Pardonnez-moi si je vous parais nouille...
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O
Peut-être que l'un de ses conseillers les connaissait (la parution est de 2009). En écrivant le texte, j'ai pensé à cette proposition car l'âge incriminé est le même. Dr WO
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R
Pourvu que notre président n'ait jamais vent de ces travaux, lui qui voulait traquer les délinquants à partir de 3 ans...
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O
Non, c'est l'inverse : c'est l'insensibilité des amygdales du cerveau qui diminue la sensation de peur, en les retirant ce serait pire. Dr WO 
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P
Il suffirait donc aux tribunaux d'ordonner une intervention chirurgicale pour vider nos prisons ?
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O
Vous avez raison de distinguer violence et délinquance. mais si on peut être violent sans être déliquant, la délinquance que j'ai envisagé s'accompagne souvent de violence (hormis l'escroquerie qui sort du cadre de l'étude) et je pensais plus à l'atteinte physique des personnes. Par ailleurs une personne violente par ses actes devient un délinquant s'il ne respecte pas le droit pénal (par ex. la maltraitance physique entre époux). On entend par organique l'altération d'un organe à l'origine d'un comportement. Dans votre hypothèse il faudrait admettre que l'éducation serait capable de modifier un organe. Dr WO
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P
Tout est organique pour un matérialiste même l'influence de l'éducation. Il faut cependant faire le départ entre une propension à la violence (fait de l'individu seul sans référence à une norme) et la délinquance (écart par rapport à la norme édictée par la société et donc par l'éducation).
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