Publié le 31 Janvier 2020

La Justice est-Elle indépendante de la justice ? 

Jean-Marc Nattier : "La justice châtiant l'injustice"

La Cour de cassation sera amenée à statuer sur le sort de Kobilli Traoré, Franco-Malien de religion musulmane, qui a reconnu avoir tué en avril 2017 Sarah Halimi, 64 ans, médecin à la retraite, de l’avoir défenestrée après l’avoir battue en la désignant comme Satan car juive. Crime manifestement antisémite accompagné d’invocations islamistes et de cris à la louange d’Allah qui peut être fier de ses adorateurs. Comme chacun le sait, ce Traoré est libre juridiquement (où est-il ?) , car bien que considéré sain d’esprit par les psychiatres (la question peut tout de même se poser), il fut déclaré irresponsable ayant commis son acte sous l’emprise du cannabis. Ainsi est-on sévèrement puni si l’on est responsable d’un accident mortel en conduisant après avoir pris du cannabis, par contre un assassin devient innocent s’il commet son crime sous l’effet de la même drogue. Les futurs assassins savent à présent comment procéder. Macron ayant osé dire que ce crime sur Sarah Halimi méritait tout de même un procès, il s’est fait remonter les bretelles par la Cour de cassation plus soucieuse de l’indépendance de la Justice, dont le président de la République est effectivement le garant, que de la justice elle-même.

Récemment le procureur de Vienne a voulu poursuivre Mila, jeune fille ayant blasphémé sur l’islam en tant que religion (en réaction à un harceleur), mais sans s’attaquer aux croyants eux-mêmes, alors qu’elle est menacée de viol et de mort et qu’elle ne peut plus se rendre à son lycée. La ministre de la Justice, qui est censée connaître le droit, s’est permise de dire qu’une insulte à une religion est grave et touchait à la liberté de conscience, ce qui est une ânerie sans nom sur le plan juridique. Ce qui laisse penser que la justice au plus haut niveau peut être indépendante du droit.

En France le blasphème n’est plus interdit depuis longtemps, mais il semble que cette interdiction réapparaisse, et uniquement à l’égard de l’islam, religion où l'on trouve un peu trop de fanatiques, de menaces et de meurtres (Charli Hebdo en sait quelque chose). Par contre, aucun procureur ne s’est manifesté (à juste titre) quand un imbécile se prétendant humoriste et dont je ne cite pas le nom car il est préférable de l’oublier, s’est illustré sur France Inter en traitant Jésus de « pédé » et aurait préféré qu’il soit « enculé » plutôt que crucifié. « Plaisanterie » qui manque sérieusement de finesse mais qui n’est pas interdite. Si cet humour a suscité quelques réactions de la part des catholiques mais aussi des LGBT, le parquet ne s'est heureusement pas manifesté et nous n’avons pas entendu la ministre de la Justice souligner la gravité d’un tel propos sur la liberté de conscience. On peut donc conclure qu'en matière de conscience le chrétien est bien moins fragile que le musulman.

Il est heureux que la Justice soit indépendante, il serait bon qu’Elle ne le soit pas de la justice et on aimerait qu’Elle le soit de la peur. 

 

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Publié le 29 Janvier 2020

Est-il immature ?

La question pouvait déjà se poser après des déclarations mal venues et qui se sont retournées contre lui, sorties incontrôlées à l’égal de celles d’un gamin à qui la mère conseillerait par la suite de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Cette fois son immaturité devient dangereuse quand il a déclaré à des journalistes dans l’avion qui le ramenait d’Israël, où son attitude avait été plutôt digne, et comme pour rétablir un équilibre : " La Shoah a une singularité extrême. Mais, pour moi, le conflit mémoriel lié à la guerre d'Algérie a à peu près le même statut que la Shoah avait pour Chirac en 1995" après avoir d’ailleurs imité ce dernier aux abords de l’église St Anne.

Macron étant trop jeune pour avoir vécu la guerre d’Algérie, on peut se demander s’il n’en a pas pris connaissance dans un ouvrage intitulé « La guerre d’Algérie pour les nuls » rédigé par un Algérien. Comment peut-on comparer l’arrestation par la police française d’innocents désarmés, des enfants aux vieillards, en allant les chercher chez eux pour les envoyer dans des trains bondés vers les camps de la mort dans un but génocidaire avec une guerre entre deux camps armés où massacres et exactions ont été commis des deux côtés.

Une immaturité dangereuse, car une telle déclaration viendra renforcer l’hostilité pour la France des descendants d’Algériens vivant sur notre sol et qui vont être ainsi persuadés des intentions génocidaires des Français en Algérie, ce responsable irresponsable ayant déjà accusé la colonisation française en Algérie de crime contre l’humanité.

La vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants. Il y a des taloches qui se perdent.

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Publié le 27 Janvier 2020

Quand le bâtiment va, tout s’en va

J’ai une certaine tendresse pour l’Hôtel-Dieu, hôpital vénérable à la belle architecture et situé en plein centre de Paris. Cette tendresse vient aussi du fait que c’est là que j’ai débuté mes études de médecine après l’année propédeutique de l’époque (physique, chimie, biologie, qui se déroulait à la Faculté des sciences). J’ai passé un an dans cet hôpital qui abritait dans ses locaux désuets mais pleins de charme (sans doute moins pour les patients alignés dans des salles communes) d’excellents services de médecine sur lesquels se penchaient des ancêtres aux noms prestigieux.

Il est certain que cet établissement avec de belles cours intérieures et donnant sur le parvis de Notre-Dame a toujours attiré les convoitises et suscité des projets de transformation plus moins sensés, mais il semble que le plus farfelu mais le plus rentable ait eu gain de cause (avec l’aval de Martin Hirsch, directeur de l’AP, et de Mme Hidalgo, devenue un peu plus réticente dans la perspective des prochaines élections municipales), en suscitant cependant, novembre dernier, une protestation énergique de la « Commission du vieux Paris » qualifiant ce projet de « scandaleux » et l’opération de « vandalisme architectural »

En effet, il est prévu de céder partiellement le plus vieil hôpital de Paris à un promoteur immobilier (Novaxia) pour 144 millions d'euros via un bail de 80 ans.

Le tiers de sa surface, le mieux situé avec son jardin intérieur et devant le parvis, sera mis à la disposition du promoteur d’ici "trois, quatre ans". Dans ce laps de temps, les équipes hospitalières seront réinstallées dans de nouveaux locaux sur les deux tiers restants de l'hôpital, où sont prévus des travaux avec la construction d’immeubles de quatre étages avec, paraît-il, l’utilisation du charmant square Jean XXIII pour accueillir des baraquements.

Sur le tiers cédé il est envisagé de bien belles choses, outre des logements pour étudiants, « un incubateur de start-up », sans oublier, bien entendu, car c’est le but de la manœuvre, une « offre variée de restauration (dont un restaurent gastronomique) et des commerces » sans doute orientés vers les touristes (Notre-Dame et Tour Eiffel miniatures ?) qui se pressent habituellement en face, sur le parvis.

Si cette opération immobilière destructrice et irrespectueuse de l’environnement parait rentable, le moment choisi n’est peut-être pas adéquat en raison de la crise hospitalière que nous vivons.

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Publié le 25 Janvier 2020

La dictature de papier

On a vu des manifestants brandir des petites pancartes accusant l’Etat français d’être une dictature, venant ainsi compléter celles qui, ailleurs, l’accusaient d’être raciste, brandies par des antiracistes dont le trait dominant est d’être racistes. L’Etat français serait donc une dictature raciste. Est-ce vraiment le sentiment ressenti par tous ces brandisseurs de pancartes ? Sont-ils débiles ou incultes ? Ils sont plus vraisemblablement malhonnêtes.

Les esprits totalitaires ou unidirectionnels ont une propension irrépressible à vider les mots de leur sens et à utiliser un langage inversé à l’appui de leur cause. On appelle ça de la propagande, c’est à dire un discours péremptoire contraire à la vérité, mais qui finit par faire douter d’elle. Goebbels avait été assez remarquable pour inverser le sens des mots. On a eu l’effroyable « le travail rend libre » à l’entrée de l’abattoir d’Auschwitz, mais aussi les démocraties populaires qui n’étaient ni démocratiques, ni populaires. Tous ceux qui prétendent parler au nom du peuple finissent par utiliser un langage inversé pour masquer les crimes à son égard.

Le brandisseur de pancarte accusant Macron d’être un dictateur se rend bien compte que sa durée de vie serait plutôt brève s’il manifestait dans une authentique dictature. Il serait bien embarrassé si on lui demandait combien de prisonniers politiques sont aujourd’hui dans les geôles en France, combien parmi eux ont été torturés, combien d’opposants ont été assassinés, combien de manifestants ont été tués par balles réelles, combien d’élections ont été manipulées et combien d’entre elles n’ont eu qu’un seul candidat autorisé à se présenter. Car tous les dictateurs tiennent à se revêtir des oripeaux du démocrate.

Comme les brandisseurs de pancartes dans les démocraties tiennent à revêtir les oripeaux des révolutionnaires. Alors il faut inventer une dictature pour jouer aux dissidents ou aux insoumis, car sans elle où est la dissidence, où est l’insoumission ? Certes, le jeu est sans risque, mais au moins revendiquer le statut de dissident ou d’insoumis, même si ce n’est que pour acquérir une stature de papier à l'abri des flammes.

Illustration Yue Minjun

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Publié le 24 Janvier 2020

Le sondage est devenu une sale manie, celui-ci vient du Point. Chaque évènement a droit à son sondage mais on se demande ici quel est l'intérêt d'une réponse (L'Organisation Mondiale de la Santé elle-même est pour l'instant incapable d'estimer le risque de pandémie). Si la majorité répond : non à la question, peut-on espérer que le coronavirus hésiterait à contaminer la France  où l'on ne craint même pas sa venue ? Il est dommage que la perspicacité des sondeurs ne soit pas sondée. Il est vrai que la  bêtise est insondable.

Soit dit en passant, nous connaissons la force commerciale de la Chine et l'importance de ses exportations, mais elle semble se faire une spécialité dans la transformation des coronavirus bénins en agents pathogènes dangereux, celui  du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) exporté en 2003 était déjà un prototype convaincant.

NB. La réponse est oui. 3 cas (de retour de Chine) le matin du 25/01/20

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Publié le 19 Janvier 2020

Conflit amoureuxQuand les journalistes interrogent les manifestants sur ce qui les pousse, jour après jour, à marcher dans les rues au risque de subir les bavures éventuelles des charges policières, la réponse est presque toujours la même : la colère. Mais contre quoi ? Là encore la réponse est quasi unanime : Macron. Mais pourquoi ? Là, les réponses sont de deux ordres, l’un n’excluant pas l’autre :

1) Parce qu’il est responsable de la situation. Notons que la situation est surtout le fait des manifestants eux-mêmes, alors que les motifs pour manifester sont soit insaisissables, soit multiples, et changeants, parfois individuels. La réforme des retraites étant cependant devenue ces dernières semaines le point de fixation le plus cohérent, bien qu’elle pourrait être à l’avantage d’une partie des gens qui manifestent.

2) Parce qu’il est méprisant. Les Français sont dirigés par leurs émotions alors qu’ils ont la réputation, manifestement usurpée, d’être soumis à la raison. Ils sont d’abord insatisfaits de nature et colériques de comportement. Quand ils ne savent pas exactement l’origine de leur colère, ils pensent que le gouvernement – dont on connaît la perversité machiavélique – lui, doit le savoir. Mais ils sont aussi sentimentaux. Ils veulent qu’on les aime et plus précisément être aimés du premier d’entre eux, ils sont évidemment furieux s’ils s’estiment méprisés et sont indulgents pour celui qui les flattent. Quant aux présidents de la République, ils ont tous voulu également être aimés, et Macron n’est sans doute pas le dernier à le vouloir. Il a séduit une partie de la classe politique, et pensait séduire davantage les Français. Mais ceux-ci n’aiment pas les premiers de la classe, surtout quand eux-mêmes sont les derniers. Ils ont toujours préféré Poulidor à Anquetil, le vaincu devenu inoffensif au vainqueur qui pourrait représenter une menace. Leur colère les rend aveugle et les égare, leur jalousie les perdra.

Il n’y a pas d’amour heureux.

Picasso : "Le baiser"

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Publié le 16 Janvier 2020

Le calvaire d’un veinardDans Le Point du 16/01/20, je suis tombé sur un article où le journaliste Michka Assayas, que je ne connais pas car il semble surtout s’être exprimé sur la musique rock, mais qui vient de se faire connaître en déclarant avoir été touché par le récit de Vanessa Springora sur l’emprise qu’exerça sur elle Gabriel Matzneff (encore !). Et le pauvre chou en profite pour témoigner de ce qu’il a vécu à l’adolescence. Il proclame, ému : « mon « prédateur » était une « prédatrice ». Et que lui a donc fait cette cruelle « prédatrice » : l’amour, alors qu’il avait 15 ans. Ecrasons une larme, pleurons sur cette victime qui fut invitée à s’allonger sur une de ses professeurs (32 ans) et gentiment guidée par elle vers l’orgasme. Ce qui avoue-le est particulièrement déplaisant. Notre pauvre victime a trouvé cette épreuve « déconcertante » et la commente ainsi : « Cependant, assez vite, je me laissai emporter par cette vague folle qu'elle avait soulevée en moi, source à la fois de désir et de dégoût ». Du dégoût ? Diantre, le pauvre garçon.

Dans l’article notre victime cite l’avis de la pédopsychiatre Marie-Rose Moro (paru dans Libération, journal que l’on a connu plus permissif) : « quel que soit le contexte, avoir des relations sexuelles sous emprise quand on est adolescent reste violent et déstructurant » et que « ça reste des expériences traumatisantes dont on ne se remet jamais », et celui qui fut dépucelé aimablement à l’âge de 15 ans ajoute : « je ne peux que lui donner raison ». Reste à définir exactement ce qu’est l’emprise lorsqu’il n’y a ni violence ni chantage.

Mais je me rends compte à présent à quoi j’ai échappé, car à 15 ans j’aurais rêvé de faire l’amour avec une femme de 32 ans. Ce rêve ne s’étant jamais réalisé, j’ai eu la chance de ne pas subir ce traumatisme violent et déstructurant dont je ne me serais jamais remis alors que j’avais l’inconscience d’en rêver, comme probablement beaucoup d’autres, les imprudents !

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Publié le 15 Janvier 2020

A Paris le temps est morose : gris, pluvieux, venteux et froid. Un temps qui incite à la paresse. Une paresse que je peux me permettre alors que d’autres se tuent dans les transports plutôt qu’au travail. Une morosité qui ne peut que s’accentuer lorsqu’on écoute les chroniqueurs débattre sans fin sur cette réforme des retraites, en se répétant inlassablement. La vacuité est un art qui permet de remplir les ondes. Le fait saillant qui ressort des conversations de plateau entre ces chroniqueurs savants est qu’ils ne comprennent rien à cette réforme qualifiée pompeusement de systémique car le gouvernement se garde bien d’en dérouler les conséquences pour chacun, mais il n’est pas certain qu’il les connaisse lui-même. Le débat semble ainsi se dérouler entre deux vacuités. Mais comme la nature a horreur du vide, la vacuité traînante de la gouvernance est remplie par des débordements quasi quotidiens dans les rues, et ceci depuis près d’un an et demi ou en faisant naître des actions stupides comme le jet de vieux manuels scolaires par des enseignants mal éduqués par-dessus la grille du rectorat de Clermont-Ferrand.

Un débat ente deux vacuités ne fait de mal à personne, mais nous sommes entrés dans l’ère de la violence démocratique. Violences policières contre violences militantes. Insultes électroniques, menaces de mort et agressions. Et tout ça dans un pays où l'on travaille le moins longtemps (quand on trouve du travail), le plus imposé, le moins inégalitaire, le plus assisté, et de ce fait un des plus endettés. Il semble que les Français ont le goût du pire. Curieusement, ce sont des révolutionnaires conservateurs qui réclament le changement dont ils ne veulent pas. C’est compliqué.

Heureusement que dans cette atmosphère morose et incertaine, il existe encore une valeur sûre pour nous égayer, je veux parler de Ségolène Royal. Elle ne déçoit jamais dans sa volonté d’exister, et bien qu’en passe d’être licenciée, elle s’accroche à la banquise en attendant sa fonte.

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Publié le 12 Janvier 2020

Début janvier 2020 est paru au Journal officiel le décret instituant « le forfait de réorientation aux urgences ». Tout part de la constatation indiscutable que les services d’urgences sont débordés par des patients qui n’ont rien à y faire car les urgences « conçues à l'origine pour prendre en charge les patients requérant un plateau technique complet sont devenues des lieux d'accueil et de traitement pour tous les patients ». En effet « entre un quart et un tiers des patients qui se présentent aux urgences auraient pu, sans perte de chance, être pris en charge par des praticiens de ville. ».

A noter cependant que définir les urgences par son plateau technique n’est pas tout à fait exact : un service des urgences fonctionne avant tout pour donner des soins rapidement, si le plateau technique permet certains soins sophistiqués, il permet surtout d’aider à faire un diagnostic, mais celui-ci peut être souvent établi par des moyens simples. L’obligation d’avoir un plateau technique complet pour chaque service d’urgences a conduit – et ce n’est pas anodin – à fermer de nombreux services incomplètement équipés entraînant la situation que nous connaissons alors que ces services s'avéraient efficaces pour effectuer un tri et pour traiter directement de nombreux patients. Une mauvaise définition conduit à de mauvaises décisions.

Mais quel est cet éclair de génie tombant des sphères gouvernementales, celle concernant la santé étant de plus dirigée par une personne censée connaître la pratique médicale ?

Le décret met en place une expérimentation de deux ans où sera accordé pour les services d’urgences concernés « un forfait de réorientation des patients » de 60 € par acte. La réorientation d’un patient, par un médecin sénior, « vers une consultation de ville à une date compatible avec son état de santé ». Réorientation qui peut d’ailleurs être refusée par le patient.

On sait que dans les conditions habituelles, l’urgentiste établit la nécessité ou non de soins urgents et les assurent lorsque c’est nécessaire, dans cette nouvelle expérimentation, non seulement il devra établir un diagnostic, mais en l'absence d'admission ou de soins urgents, il devra en outre rechercher ou faire rechercher un cabinet médical susceptible de prendre ultérieurement en charge le patient. Ce qui ne sera pas simple étant donné que les médecins généralistes sont également débordés.

On voit que l’on peut craindre que loin de soulager les urgences, cette réorientation risque d’augmenter leur charge plutôt que de la diminuer. Le médecin devra de toute façon interroger le patient et souvent l’examiner pour ne pas laisser passer une authentique urgence. Pour prendre un exemple : si un patient arrive en se plaignant de palpitations, pour affirmer qu’elles sont bénignes, il faut au moins ausculter le cœur et faire un électrocardiogramme, examen qui devra être suivi par la recherche d’un cabinet médical pour une consultation ultérieure qui va occuper un agent du service pour on ne sait combien de temps. Et même si l’on renvoie le patient chez lui sans RV ultérieur, l’activité du service n’en aura pas été pour autant réduite.

Cette « réorientation » qui donnera une charge supplémentaire aux équipes des urgences au lieu de les soulager, semble vouloir leur permettre de se jeter à l’eau pour se protéger de la pluie, au risque de se noyer.

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Publié le 11 Janvier 2020

La culture donne aussi des patates

Pour compléter l'article précédent, je rapporte ci-dessous la fin d'une interview de Bernard Kouchner parue aujourd'hui dans Le Point.fr et que je livre à votre réflexion :

"Pourtant vous avez signé sa pétition en 1977 pour prendre la défense d'adultes accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec des enfants.

Sa pétition ? Mais la pétition de Matzneff, je ne l'ai pas lue ! Daniel Cohn-Bendit et moi l'avons signée parce que Jack Lang nous l'avait demandé. C'était il y a 40 ans. C'est une énorme erreur. Il y avait derrière une odeur de pédophilie, c'est clair. C'était une connerie absolue. Plus qu'une connerie, une sorte de recherche de l'oppression. Je regrette beaucoup.

Comment expliquer que tant de grands noms – Sartre, Aragon, Barthes – aient aussi signé ? Que la quasi-totalité des intellectuels de l'époque défendait ou du moins tolérait des pratiques qui aujourd'hui font scandale ?

C'est difficile à expliquer. Autre temps, autres mœurs. La période était bêtement laxiste, permissive. Les idéologies nous submergeaient. Connaissez-vous cette phrase de Camus : « Quelque chose en eux aspire à la servitude » ?"

Ce qui confirme  que tous ces intellectuels prestigieux étaient en fait des guignols. Ils signaient une pétition sans la lire parce qu'un copain le leur demandait. Et quelle admirable phrase de Camus :« Quelque chose en eux aspire à la servitude », des guignols dont d'autres tiraient les ficelles. Comme quoi la culture peut aussi donner des patates.

Voir aussi : L'idéologie rend-elle idiot ?

 

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Publié le 9 Janvier 2020

Le tir sur ambulance, un sport en pleine expansion

Balthus : "Thérèse rêvant"

Je n’aime pas la foule lyncheuse, je n’aime pas la meute en réseau qui, aux premiers sons du cor de chasse, se précipite unanime et vorace sur le vaincu déjà à terre pour le piétiner avec fureur, alors que quelques heures auparavant, les mêmes lui caressaient parfois l’échine en le nourrissant.

Je n’ai jamais apprécié Gabriel Matzneff. Je n’ai lu de lui qu’un seul livre : « Mamma li Turchi », qui n’est peut-être pas l'un de ses meilleurs, mais je l’ai trouvé sans intérêt, ce qui ne m’a pas encouragé à lire d’autres écrits de ce personnage pour lequel je n’avais guère de sympathie et qui, dans le livre susnommé, compare la vindicte contre les pédophiles (non agressifs) à l’antisémitisme ! Si je n’ai pas apprécié son ouvrage, j’ai pu admiré son culot.

J’ai également eu l’occasion de lire ses chroniques dans Le Point, d’un intérêt variable, mais que je n’aurais sans doute plus l’occasion de lire car tout le monde s’est de suite écarté de ce pestiféré, et notamment les éditeurs et les donneurs de subventions.

A 83 ans, le ciel est brusquement tombé sur la tête de cet amateur de petites filles et de petits garçons alors que les nues restaient aimablement suspendues au-dessus de l’écrivain, aux yeux de tous et depuis des décennies.

La parution d’un seul livre l’a fait s’effondrer à retardement et a permis de rassembler la meute : « Le consentement » de Vanessa Springora, tombée amoureuse de Matzneff à l’âge de 14 ans alors qu’il en avait 50. Je n’ai pas lu le livre, mais seulement les déclarations qu’elle a pu faire sur cette emprise d’un adulte sur elle. Curieusement j’ai eu l’impression – sûrement à tort – d’un dépit amoureux, puisqu’elle dit avoir rompu ses relations avec Matzneff quand elle s’était aperçu en lisant les ouvrages de l’écrivain suborneur que l’aventure avec lui était loin d’être unique alors qu’elle pensait vivre une relation exceptionnelle en raison même de la transgression.

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Publié le 8 Janvier 2020

307. La grande distributionDepuis 48 heures les médias se font l’écho de l’offre d’une plateforme née en Allemagne permettant de délivrer des arrêts de travail de 3 jours maximum et au plus toutes les 3 semaines pour 25 € pièce (prétendument remboursés par l’Assurance-maladie) et sans « perdre son temps » à se déplacer chez le médecin. La délivrance du précieux sésame étant fondée sur un questionnaire et éventuellement une téléconsultation.

Cet offre commerciale est assez osée (cette plateforme aurait cependant délivré 30000 arrêts de travail outre-Rhin) faisant réagir l’Assurance-maladie, le Conseil de l’ordre des médecins et les syndicats médicaux.

Que l’on ait pu concevoir une telle offre commerciale montre à quel point l’acte médical s’est dévalorisé. Le médecin est trop souvent vu comme un grand distributeur, soit de médicaments, soit d’arrêts de travail. Des médicaments parfois toxiques sont ou ont été en vente libre, alors pourquoi pas un distributeur d’arrêts de travail dans les grandes surfaces ? On a un peu perdu de vue que l’arrêt de travail éventuel est en principe une prescription après l’interrogatoire et l’examen du patient établissant un diagnostic.

Cette plateforme propose un nombre réduit de motifs d’arrêt de travail (sans doute après une étude statistique) : coup de froid, règles douloureuses, stress, gastro-entérite, grippe, cystite, douleur de dos ou migraine.

Je dois avouer que le « coup de froid » ne figure pas dans les livres de médecine, quant au stress, c’est un motif valable pour la majorité de la population, surtout en ce moment. C’est sans doute le motif invoqué par des employés de la RATP pour ne pas trop souffrir du manque à gagner en faisant grève, mais c’est aussi, authentiquement, le cas pour tous les travailleurs franciliens qui luttent depuis un mois, chaque jour, dans la cohue et l’attente, pour se rendre à leur boulot.

Evidemment, il est impossible d’examiner le malade en ligne (exception faite pour la dermatologie), aussi les symptômes avancés par le patient peuvent être aisément simulés (simulation qui n’est pas exclue lors d’une consultation au cabinet médical). Mais s’ils existent réellement, ils peuvent être parfois les premiers symptômes d’une maladie sérieuse, comme une endométriose pour les règles douloureuses, une maladie du tube digestif pour une gastro-entérite, une affection de l’appareil urinaire pour une cystite, une atteinte vertébrale spécifique pour un mal de dos, une maladie cérébrale plus grave pour une migraine récente. Bien entendu, ces symptômes sont le plus souvent sans gravité, mais seul le médecin, face à son patient, permet d’en juger avec souvent la nécessité pour le faire de demander des examens complémentaires.

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Publié le 6 Janvier 2020

Cette photo est celle de Jessica Yaniv, activiste transgenre qui a porté plainte pour discrimination contre une esthéticienne qui avait refusé de lui faire une "épilation brésilienne" car répugnant à tripoter son appareil masculin dûment conservé par cet homme qui se ressentait femme, se comportait comme telle, en imposant aux autres de considérer sa personne comme une femme.

Pour mémoire, les schémas ci-dessous exposent les différentes formes d'épilation :

On comprend que l'esthéticienne, pleinement conforme à son sexe biologique, s'estimait non formée pour le travail intime qui lui était demandé. Pour Yaniv, il s'agissait d'une discrimination transphobe. Mais en octobre 2018, un tribunal de Colombie-Britannique a donné raison à l'esthéticienne, son avocat faisant remarquer qu' «aucune femme ne devrait être obligée de toucher des organes génitaux masculins contre son gré, quel que soit le genre de la personne».

Cette histoire rapportée par Slate montre à quel point la civilisation occidentale pédale de plus en plus fortement dans la choucroute. Il est permis à présent à un individu de choisir son genre : masculin, féminin, ou autre (?). Laissant de côté la biologie (chromosomique, anatomique, hormonale...) en se basant uniquement sur son ressenti, voire son désir. On se demande d'ailleurs où va s'arrêter le ressenti et le désir qui pourraient toucher d'autres domaines. Mais si une personne se sent du sexe opposé et se comporte comme tel, a-t-elle le droit d'imposer aux autres de la voir tel qu'elle se voit. Les hommes qui se veulent femmes, s'ils ne subissent pas des transformations radicales (mais sans obtenir la faculté primordiale de procréer) ont-ils le droit d'imposer aux autres la vision  qu'ils ont d'eux-mêmes ? On constate que ceux qui ne les considèrent pas comme ils se sentent sont traités de transphobes. Les activistes transsexuels exercent de fortes pressions sur ceux qui ont un autre point de vue que le leur, jusqu'à vouloir interdire conférences et écrits qui ne vont pas dans leur sens*, le simple mot "femme" pouvant être considéré comme excluant ("personne pourvue d'un utérus" étant plus politiquement correct). Ces hommes, qui resteront des hommes quoi qu'ils fassent, exigent de ne fréquenter que les lieux réservés aux femmes biologiquement déterminées y compris pour les épreuves sportives, s'opposant aux féministes dites radicales ("critiques de la notion de genre") qui défendent la spécificité de leur féminité et qui de ce fait sont considérées Outre-Atlantique comme transphobes rétrogrades. Pourtant la déclaration de l'une d'entre elles ne me parait pas pas illogique : «les personnes trans méritent d'obtenir tous les droits et protections légales nécessaires. Mais il serait beaucoup plus logique que ces protections légales soient accordées en fonction de leur statut de personne trans, pas en fonction de celui de femme».

* "Certain·es activistes trans font pression pour qu'un nombre toujours croissant d'opinions et de déclarations soient considérées comme transphobes, même lorsque c'est discutable, à l'image de cette journaliste qui a interviewé des personnes qui ont détransitionné (soit décidé de ne plus être transgenre) et qui a été harcelée et qualifiée de transphobe simplement pour avoir voulu rendre compte de la complexité de ces cheminements personnels".

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Publié le 3 Janvier 2020

Le lyrisme n’est pas mort

Une frappe aérienne américaine vient de tuer en Irak l’Iranien Soleimani, Chef des Gardiens de la Révolution, personnage important du régime de Téhéran.

Le monde musulman semble se caractériser – entre autres - par le lyrisme de son verbe, surtout lorsqu’il salue la mort du héros avec une trinité sémantique qui ne manque jamais : Dieu, martyr, vengeance.

À Téhéran, le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei a déclaré - et ce qui ne manque pas d'ironie - en anglais et sur son compte Twitter américain : « Le martyre est la récompense de son inlassable travail durant toutes ces années […]. Si Dieu le veut, son œuvre et son chemin ne s'arrêteront pas là, et une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs »

A noter que les opposants à la présence iranienne en Irak se sont réjouis de la mort du Général Soleimani en chantant et dansant sur la place Tahrir en scandant : « Qassem Soleimani, la victoire divine est arrivée », l’un d’eux déclarant, pour respecter la trinité verbale : « C'est Dieu qui a vengé le sang des martyrs » (près de 460 morts et 25.000 blessés, tout de même, lors d’une révolte contre le régime pro-iranien).

En Occident, la passion et le lyrisme se sont un peu perdus. Les discours évitent la grandiloquence, et les phrases enflammées sont vite taxées d’excessives, voire même de ridicules. Aujourd’hui, en France, personne n’oserait écrire les paroles de la Marseillaise. Les musulmans semblent, au contraire, apprécier les envolées lyriques, leur absence surtout autour de la mort serait inconvenante.

Toutes les religions tournent autour de la mort dont elles assurent la gestion consolante, mais l’islam en a fait un but comme le firent les Egyptiens de l’Antiquité. L'ayatollah Ali Khamenei ne devrait-il pas se réjouir de l’accession méritée au Paradis d’un martyr comme ce Chef des Gardiens de la Révolution qui a fait incontestablement ses preuves ici-bas ? Ne parle-t-il pas de récompense ? Alors pourquoi se venger sur ceux qui ont offert au héros un tel cadeau ?

Illustration : Isidore Pils : « Rouget de Lisle chantant la Marseillaise pour la première fois »  

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 2 Janvier 2020

« Pour préciser le possible lien entre art et mortalité, une équipe du Royaume Uni[1] a réalisé une étude de cohorte portant sur 6 710 personnes âgées de 50 ans et plus (53,6 % de femmes, âge moyen 65,9 ans), suivies pendant 14 ans. Les auteurs ont analysé la relation entre la participation à des activités artistiques « réceptives » (visites de musées, de galeries d’art, d’expositions, théâtre, concert, opéra) et la mortalité. » (Journal international de médecine). Cette cohorte est issue de « l’Étude anglaise longitudinale sur le vieillissement » et est donc représentative de la population générale pour la tranche d’âge étudiée. 2001 décès sont survenus pendant la période d’étude.

Et bien entendu ces chercheurs géniaux ont trouvé une relation entre les activités artistiques et la mortalité, les premières diminuant la seconde et plus ces activités sont fréquentes et plus la mortalité diminuerait, jusqu’à 31% du risque de décès si la participation est mensuelle ou plus.

Les auteurs heureux d’avoir trouvé un rapport entre la contemplation de l’art et la longévité se sont posés des questions : « Les auteurs ont suggéré que cette association pourrait en partie s’expliquer par des différences en matière de cognition, de santé mentale et d’activité physique, parmi les personnes qui participent à des activités artistiques et celles qui ne le font pas ».

Il ne leur est pas venu à l’idée que ceux qui participaient aux activités artistiques étaient justement ceux qui vivaient en moyenne le plus longtemps. Ce n’est probablement pas la participation à ces activités qui diminue le risque de mortalité de ces amateurs d’art mais les conditions socio-professionnelles qui expliquent leur attraction pour l’art et qui leur permettent d’assouvir cet attrait.

Les auteurs semblent oublier que si aller dans un musée reste abordable, le théâtre est nettement plus cher et ne parlons pas de l’opéra qui est hors de prix. Il faut donc que le salaire ou la retraite (qui lui est parallèle) soit suffisamment élevé pour pouvoir satisfaire ses goûts artistiques.

Or comme le montre le diagramme ci-dessous les professions qui sont ou qui ont été les mieux rémunérées sont aussi celles qui vivent le plus longtemps. Les cas des agriculteurs et des chefs d'entreprises mériteraient d'être discutés (vie à la campagne favorable pour les uns, stress défavorable pour les autres ?)

306. Cause toujours

Enfin si l’amour de l’art peut toucher tout le monde, c’est tout de même l’éducation que l’on a reçue qui favorise cet attrait.

Comme le montre le diagramme ci-dessous ce sont les plus diplômés qui vivent le plus longtemps :

306. Cause toujours

Ce diagramme un peu complexe montre également que (jusqu’à présent) la longévité augmente avec le temps, que quelles que puissent être les conditions, les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais j’ignore si elles vont plus souvent au théâtre qu’eux.

 

[1] Fancourt D et coll. : The art of life and death: 14 year follow-up analyses of associations between arts engagement and mortality in the English Longitudinal Study of Ageing. BMJ 2019;367:l6377

 

 

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 1 Janvier 2020

Le premier jour de l’année nouvelle

l’homme âgé se regarde dans le miroir

Qu’espère-t-il y voir ?

Objet glacial impudique et rebelle

le miroir efface l’illusoire

 

Encore une année de gagnée

se dit l’homme pour se consoler

Encore une année de perdue

se dit l’homme amer

 

Gagnée ou perdue ?

La vie est un jeu à qui gagne perd

 

Et le temps s’écoule

sur les montres molles de Dali

et l’on se noie dans sa houle

et l’homme se dit

pourquoi lutter à contre-courant ?

de toute façon on coule

emporté par le temps

 

Alors l’homme tire la langue au miroir

Qu’importe ce qu’il avait été

Il chasse son fantôme de la mémoire

et sans hésiter

prend son rasoir

sourit à ses restes

et commence à se raser

en savourant les petits gestes

les petits gestes coutumiers

les petits gestes modestes

de la vie

 

Paul Obraska

Dali : "La persistance de la mémoire"

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Rédigé par Dr WO

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