Le médecin menteur exerce sa coupable pratique depuis au moins 2500 ans. Il s’efforce de rassurer son malade sans lui nuire, il s’engage à le prendre en charge, de lui donner les soins les meilleurs en lui dissimulant au besoin la vérité sur la gravité de son état. Il est effarant que l’on ait pu faire de la médecine de cette façon[1].
Une condamnation sans appel du paternalisme
On pense aujourd’hui qu’il est temps que cesse le paternalisme, expression la plus criante du « pouvoir médical », où le malade est considéré comme un sujet affaibli par sa maladie, incapable de décider en raison de son ignorance, et de son manque d’objectivité. Le malade est désormais considéré comme normal, adulte responsable et clairvoyant. Dire le contraire, le tromper par compassion serait indigne, c’est ne pas répondre à sa confiance, c’est le dévaloriser, l’infantiliser. C’est assimiler le médecin à un charlatan. Condamnation sans appel.
Une vision d’homme sain
Mais le malade peut-il être objectif ? Demander au malade d’être objectif sur son propre cas, n’est-ce pas un peu théorique et une vision d’homme sain ? Question stupide. Il est évident que la maladie ne transforme pas le malade. Il n’est pas anxieux, il ne craint pas les examens à subir et les traitements à suivre. Il ne risque pas de déformer les informations qui lui sont fournies. Il n’y a jamais de malentendu malgré le jargon employé par le médecin car il le fait toujours traduire en mots de tous les jours. Le malade reste serein devant un diagnostic de gravité ou une indication chirurgicale, il entend tout et veut l’entendre. Il comprend tout et décidera en pleine connaissance de cause.
Mais pourquoi le praticien s’étonne-t-il qu’après de longues explications qu’il juge claires, le patient puisse prétendre « qu’on ne lui dit rien ».
« La vérité si je mens »
Qu’importe ce que dit le médecin puisque le malade a un accès direct à son dossier et à la vérité sans fard. Dans l’avenir il pourra même contrôler le « dossier médical personnel » qui permettra à chaque médecin consulté d’ajouter ses erreurs à celles des autres et au malade, dont ce n’est pas le métier, de l’interpréter à sa manière et de s’angoisser en toute liberté de son contenu
Les médecins ont parfois du mal à interpréter eux-mêmes un dossier. Dans l’avenir la difficulté sera encore plus grande, mais le malade aura peut-être la bonté leur venir en aide, car il aura non seulement accès à son dossier, mais aussi « droit à l’oubli ou au retrait », c’est à dire de ne pas faire figurer dans ce dossier une information qu’il souhaite garder secrète. Cette disposition demandée par les associations de patients permettra éventuellement de retarder un diagnostic ou de permettre une contamination. Le médecin, lui, n’a pas le droit à la vérité. « La vérité si je mens »
[1] Sur la vérité au patient, rapporté par Jean Deleuze [Revue du Praticien du 30 sept 2005, tome 55 n° 14. (Cirrhose) in « De Gaulle et la médecine » Les empêcheur de penser en rond 1995] :
Paul Milliez diagnostique chez De Gaulle un anévrisme de l’aorte abdominale en 1955 à l’occasion « d’un malaise grave » [fissuration ?] et lui cache le diagnostic et le pronostic, la survie lui paraissant limitée. A son avis en sachant la vérité il se serait retiré de la vie politique or De Gaulle est mort en 1970 !!! Milliez s’était trompé sur le pronostic. Une vérité nocive pour le patient et sans doute pour la France. [Question personnelle : pourquoi a-t-on a laissé l’anévrisme en place lors de la prostatectomie ultérieure ?]