
Paolo Ucello : "Saint-Georges et le Dragon" 1456
L’idée que la volonté a une influence sur la maladie est des plus mystérieuses. Le stéréotype du malade combattant sa maladie, tendant ses forces contre l’envahisseur est largement répandu. Le
malade habité par un mal qu’il faut chasser ou se livrant à son dernier combat. Malheureusement les cellules cancéreuses, la fibrose envahissante, la dégénérescence, les virus et les microbes
s’ils sont parfois sensibles an traitement, se moquent vraisemblablement de la volonté du patient ou de son degré d’information.
Connaître l’ennemi pour le combattre
Pour nombre de médecins ne rien cacher au malade aurait une vertu thérapeutique. Savoir hâterait la guérison. Certains vont jusqu’à avancer que la guérison n’est possible que si le malade est parfaitement informé : « L’efficacité des soins passera de plus en plus par l’information du patient, qui ne peut guérir que s’il devient propriétaire de sa maladie et s’il participe de façon éclairé aux choix thérapeutiques. »[1]. Passons sur le terme de « propriétaire » qui introduit le libéralisme même dans la maladie et il ne manque plus que l’offre de vente, mais pour être sérieux, il est légitime de demander sur quoi repose cette affirmation. Nous n’avons pas connaissance d’études comparant la qualité et la rapidité de la guérison ou de la rémission entre un groupe de malades parfaitement informés de leur maladie et ayant choisi leur traitement et un groupe de malades identiques ne connaissant qu’une partie de la vérité ( celle sur le but des examens et la thérapeutique) et chez qui le traitement a été choisi par leur médecin.
Si savoir a une vertu thérapeutique, il y a là encore un mystère. C’est supposer que l’information du patient, c’est à dire la pensée, renforce l’efficacité des médicaments ou agit sur les lésions, les cellules cancéreuses ou les germes.
En renversant la proposition, c’est dire que l’ignorance diminue l’efficacité du traitement et admettre que lorsque le malade était peu au fait de sa maladie, on n’obtenait que difficilement des succès thérapeutiques avec la chimiothérapie, la radiothérapie, la chirurgie ou les antibiotiques. Ce qui est absurde.
Chamanisme et bon sens
Croire à la vérité et à la volonté comme traitements ressort d’une conception chamanique de la maladie assez étonnante dans une médecine qui se veut rationnelle et scientifique. Heureusement qu’un grand nombre de malades gardent les pieds sur terre : « Je ne me suis pas battue avec cette maladie, je l’ai soignée » (Hélène Fillières).
Cependant l’état d’esprit d’un malade a son importance. Il y a des malades qui se laissent mourir (« glissement »), mais si l’on ne possède pas un traitement efficace, la volonté de vivre ne retardera guère l’échéance.
Si l’on peut être guéri sans rien connaître de sa maladie et sans que la volonté intervienne, la volonté et l’information sur le traitement peuvent aider à le suivre correctement, à le supporter et à ne pas l’abandonner. Dans certaines maladies chroniques comme le diabète ou l’asthme, l’éducation du malade sur la surveillance et l’adaptation du traitement est importante et la contribution active et volontaire du malade aux soins indispensable, mais ce sont des cas particuliers.
[1] Louis Dubertret, propos recueillis par le Point du 4 novembre 2004