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80. Contre-visite ou visite contre ?

Dans un billet du 4/09/10 : « Devine qui vient prendre le café ?» (catégorie : « Casse-pipes »), j’avais parlé des officines para-patronales qui fournissent des médecins pour effectuer, à l'initiative de l'employeur, des contre-visites auprès de salariés en arrêt de travail et pouvant conduire à la suspension des indemnités journalières par le contrôle médical (Un texte du JO du 26/08/2010 en a fixé les délais de mise en œuvre).

Cette disposition implique que l’employeur (ce qui ne surprend pas) et la sécurité sociale ne font aucune confiance dans la décision prise par le médecin du patient.

Ils n’ont pas toujours tort d’être méfiants, les personnes qui cherchent à profiter du système ne sont pas rares et il est parfois difficile à un médecin traitant de refuser un arrêt de travail par compassion ou par faiblesse et il dépend de sa clientèle (on dit maintenant patientèle, terme politiquement plus correct, mais qui masque la réalité).

La sécurité sociale a toujours effectué des contrôles  et c’est son rôle de les faire puisque c’est elle (c'est-à-dire la collectivité) qui verse les indemnités. On peut peut-être douter de l’objectivité d’un médecin payé par l’employeur du salarié, mais restait alors l’avis possible du médecin-conseil de la sécurité sociale en cas de litige.

Or un accord d’intéressement a été signé entre la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et ses praticiens-conseils. Portant sur le volume d’évolution des dépenses d’indemnités journalières, l’accord ouvre la voie à un intéressement financier des médecins-conseils en fonction de l’atteinte des objectifs fixés.

Début octobre, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) avait vivement réagi sur son site, considérant que cet accord « pourrait jeter le trouble parmi les salariés sur l’indépendance des médecins-conseils dans l’appréciation médicale des arrêts de travail qu’ils reçoivent, tout comme dans leurs conclusion à propos des suites données aux contrôles patronaux […] La déontologie médicale limite les prescriptions et les actes des médecins à ce qui est nécessaire à la qualité, à la sécurité et à l’efficacité des soins. Ce cadre justifie l’activité des médecins-conseils sans qu’il soit besoin de lui associer une rémunération particulière […] De même on peut également contester au regard de l’indépendance des médecins-conseils dans leur activité de contrôle des praticiens, qu’un objectif quantitatif de pénalités financières de 900 millions d’euros avec un socle de performance (sic) de 700 millions d’euros leur soit fixé ».

Sur le plan déontologique, je n’ai rien à ajouter aux déclarations du Conseil de l’Ordre, sinon que la santé n’a pas de prix mais qu’elle coûte cher et qu’elle sera gérée de plus en plus comme une entreprise. On ne voit pas aujourd’hui – avec regret – comment il est possible de la gérer autrement si l’on ne veut pas l’abandonner entièrement aux assurances privées.

J’ose espérer que les médecins-conseils, qui ont choisi d’exercer la médecine après de longues études plutôt que d’autres métiers moins pénibles et plus lucratifs,  feront passer leur déontologie avant leur intérêt, en sachant, en outre, qu’une décision médicalement erronée risque de se retourner contre eux en cas d’accident.

 

Goya : "Autoportrait avec le docteur Arrieta"

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O
Comme je le laisse entendre dans mon article, je suis d'accord avec ce que vous dites. Le médecin se trouve trop souvent dans une position d'assitant social qui lui est difficile d'asssumer. Dr WO
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L
En ce qui concerne les médecins complaisants, ils existent maleureusement, et les patients qui sont enclins à frauder les repèrent très vite (comme je l'ai dit, je bosse dans la place). Je comprend la position de ces médecins qui parfois sont pris en otage par les patients, s'ils ont un refus de leur médecin, ils vont voir un autre médecin. L'arrêt de travail est quelque chose de pas toujours facile à gérer pour un médecin surtout quand il a été très long et que le patient va mieux, parce qu'à partir d'un moment il décroche du monde du travail et y retourner devient insurmontable pour lui et que parfois les médecins traitants comptent sur le médecin conseil pour faire reprendre le patient, ce qui ne se passe pas sans heurt. Il y aurait beaucoup à dire là dessus, il faut voir les deux côtés de la barrière.
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O
Il est certain que la gestion de la sécu elle-même laisse à désirer. Il est certain que le médecin traitant connait mieux le patient que tout autre et qu'il prend en effet compte de tous les éléments. Mais on pourrait rétorquer que justement ce n'est pas son rôle, un médecin n'est pas un assistant social, à moins de considérer que le mal-être, les ennuis ou le malheur font partie de la pathologie. On a de plus en plus tendance à transformer la médecine en science du bonheur. Dr WO
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P
Certaines économies ne pourraient-elles être faites dans la gestion de la sécu? Quant aux arrêts de travail, si certains sont réellement "de complaisance", d'autres sont donnés par les médecins après la prise en compte de tous les éléments de la vie du patient et pas seulement sur la pathologie qui les justifie. De plus, un malade ne peut avoir vis-à-vis d'un médecin conseil qui vient le contrôler (avec ce que cela implique) le relation de confiance qu'il a avec le médecin qui le suit depuis longtemps et chez qui il peut soupçonner un a priori défavorable sinon un soupçon de fraude. A fortiori avec un médecin "patronal".
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O
Il est certain que nombre de personnes ne suivent pas la règle commune, ce qui est bien dommage, mais le manque à gagner est une goutte d'eau par rapport au déficit. Quant à l'aide aux banques, je crois qu"elle a fait gagner de l'argent à l'état. Les banques qui avaient besoin d'argent "frais" ont puisé dans le fond de réserve avancé par l'état à un taux usuraire, si bien qu'elles ont vite remboursé les sommes empruntées (le cas de la France est différent de celui des USA). Dr WO
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L
Ce qui est épatant c'est que gouvernement a trouvé les moyens financiers pour renflouer le banque en faillite mais pas la sécu. Il est connu aussi que pas mal d'employeurs ne paient pas leur cotisations, d'autres sont exonérés, donc cela fait ça de moins dans les caisse. Essayez donc de ne pas payer vos impôts, on vous retrouvera bien vite, mais nos élus politiques ont le droit de ne pas payer les leurs, peut être même qu'ils ne paient pas de cotisations sécu, qui sait?
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O
Mais ce sont des avantages en dehors du système de santé dans lequel je n'en vois aucun. Dr WO
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J
Je pensais aux avantages "en général" de la société américaine. Il y a tous les inconvénients de la privatisation, en particulier dans le domaine de la santé ou de l'éducation, mais aussi un dynamisme certain permettant au plus grand nombre de s'en sortir vers le haut. Il y a aussi, me semble-t-il, des contre-pouvoirs efficaces (presse, "class actions"...). Et, lorsque cela est nécessaire, un réel protectionnisme économique.
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O
Je ne dis pas qu'il faut faire, mais quel est le moyen de faire autrement ? Aucun gouvernement, qu'il soit de droite ou de gauche n'est enchanté par la persistance d'un chômage élevé, mais aucun, jusqu'à présent, n'a trouvé la solution pour y remédier dans le cadre économique mondial actuel. Dr WO
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L
Voulez vous dire qu'il faut faire avec un chomage elevé ? ne pas essayer d'y remedier ? et ainsi piétiner les valeurs que sont solidarité et répartition ? Mais alors c'est la porte ouverte à tous les abus et à une medecine a 2 vitesses ! Ceci dit il y effectivement du tri a faire dans les Arrets de travail et autres abus ...renforcons le nombre de medecins inspecteurs ...
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O
On débouche sur la notion de rendement, une notion que les entreprises connaissent bien. Dr WO
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Â
Dis-moi qui te paye et je saurai ton degré d'indépendance. En l'espèce, donner une prime au résultat est scandaleux.
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O
J'en suis bien d'accord, mais quels sont les avantages du système de santé américain ? Dr WO
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J
Vouloir mieux contrôler les arrêts de travail n'est pas choquant, mais cela aurait dû être fait en embauchant plus de médecins conseils. A force de tout privatiser, la France finira par avoir les inconvénients des USA sans en avoir les avantages.
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O
C'est ce que je dis. Comme il est difficile ou impopulaire d'augmenter les recettes, on ne peut que tenter de réduire les dépenses en perdant de plus en plus de vue les objectifs mêmes d'un service de santé et donc d'agir comme une entreprise (diminution des avantages, réduction du personnel, rendement), la faillite conduirait à vendre l'entreprise aux assurances privées qui ne demandent qu'à l'acquérir. Dr WO
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C
Vous avez raison, Doc :"reste l'impôt sous une forme ou sur une autre". Mais aujourd'hui le total des impositions de toutes natures et des cotisations sociales représente 45,8 % du produit intérieur brut. Peut-on vraiment considérer qu'il y a moyen de tirer encore beaucoup sur cette corde sans énerver tout le monde ?
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O
Merci. Alors, à bientôt ? Dr WO
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C
Je découvre ce blog avec grand plaisir !
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O
Presque tout le monde et pour longtemps, la population vieillit. Dr WO
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Z
Un sujet et un chantier qui vont faire grincer beaucoup de dents Doc...... Bonne soirée ZAZA
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O
La santé coûte très cher (mais elle en vaut la peine). La solution est simple : il faut trouver l'argent nécessaire, mais où ? Pour l'instant, il est essentiellement tiré du travail (sauf la CSG...). L'argent était là lorsqu'il n'y avait pas de chômage et que l'économie marchait bien, ce n'est plus le cas. Reste l'impôt sous une forme ou sous une autre, on y arrivera un jour, mais pour l'éviter,il est logique de vouloir restreindre les dépenses (il faudrait commencer par la sécurité sociale elle-même) et de rogner sur les avantages antérieurs, d'où cette gestion d'entreprise. Dr WO
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L
Pourquoi ne voit on pas aujourd'hui comment il est possible de la gérer autrement ?
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O
C'est en effet l'objectif, mais donner une "récompense" pour une activité médicale (qui se doit d'être déontologique), c'est la soumettre à un impératif économique. Dr WO
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P
Moi qui croyais que la CNAM voulait lutter contre les abus ! Cette "prime" en est un parfait exemple ! Dans ces conditions, quid des économies ?
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