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55. Primum non nocere

« Et si vous essayiez de ne rien faire », François Magendie, un des plus grands médecins de la première moitié du XIXe siècle, créateur de la médecine expérimentale, donne ce conseil à un de ses internes pour le rappeler à la sagesse de l’expectative quand on ne peut mieux. Il lui demande d’essayer car la nature du médecin est d’intervenir et s’abstenir exige de sa part un effort. Si l’on en croit Fernando Savater[1], l’homme stupide se caractérise par la passion de l’intervention, c’est un imbécile actif.

L’aphorisme « Primum non nocere », d’abord ne pas nuire, est attribué au plus grand des Hippocrate qui ne connaissait d’ailleurs pas le latin dans l’île de Cos au Ve siècle avant notre ère. Hippocrate est le plus connu de tous les médecins, ne serait-ce que par le fameux serment, prêté par  les étudiants en médecine au terme de leurs études. L’ennui, c’est qu’on ne sait pas avec certitude qui il était. La famille  des Hippocrate donna des médecins sur six générations au moins, appartenant à l’Ecole des Asclépiades de l’île de Cos, la première au VIe siècle avant notre ère. Peut-être s’agissait-il du petit-fils du fondateur. L’ennui est que l’auteur des écrits est également incertain et ceux dont on connaît les auteurs ne sont pas d’Hippocrate le Grand.

« Quiconque voudra désormais exercer la médecine devra se présenter devant nos juges, afin d’être examiné sur les matières apprises. S’il est jugé trop téméraire, il sera emprisonné et ses biens seront vendus à l’encan. Le but du présent décret est d’empêcher les sujets de Notre Royaume de courir des dangers par suite de l’ignorance des médecins » (décret de l’an 1140 signé par le Roi Roger II de Sicile)[2] . Le plus sûr à l’époque et dans ce lieu était pour un médecin de ne rien faire

Au XVIIIe siècle, le plus réputé des cliniciens, le Hollandais Hermann Boerhaave, qui soignait des rois, le pape, le tsar, préconisait la prudence, vertu cardinale, en conseillant de ne traiter les maladies qu’à leur décours. Il avait un livre secret qu’on ouvrit à sa mort. Il ne contenait que des pages blanches et cette phrase écrite de sa main : "  Tenez vous la tête fraîche, les pieds chauds, le ventre libre et moquez-vous des médecins " [3]. De sa part il s’agissait d’une vision lucide de la piètre efficacité de la médecine de l’époque où l’abstention était le plus souvent moins nocive que l’intervention.

 

Aujourd’hui, " On a tous les moyens de faire n’importe quoi ", il est donc plus utile de déterminer ce qui est inutile pour le malade que d’utiliser chez lui tous le moyens dont on dispose en croyant être utile.

Reste que le malade, quelle que soit l’époque, exige que le médecin soit un imbécile actif. Il comprend mal que dans son cas on puisse s’abstenir. « On ne me fait rien » est un reproche amer et inquiet. Un médecin qui s’abstient est plus perçu comme impuissant que comme prudent et la maladie comme incurable plutôt que comme d’évolution spontanément favorable. La tendance est donc d’agir en choisissant des actions anodines. Le malade a besoin d’espoir avant même que d’être soigné, et prescrire un examen complémentaire seulement pour rassurer ou un placebo pour faire quelque chose, c’est aussi traiter le malade si ce n’est la maladie. «  Je doutais fort de ce remède mais j’étais soucieux de donner à sir William le baume inégalable qu’est l’espoir de guérir. » (J. Hamburger, Journal d’Harvey).



Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora

[1] Dictionnaire philosophique personnel

[2] Cité par Kenneth Walker Histoire de la Médecine

[3] Cité par M. Dupont, Dictionnaire historique des médecins

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O
Un malade est victime de sa maladie. L'espoir ne permet pas la guérison, il rend moins pénible la maladie. Dr WO  
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F
Pour guerir il faut, à mon avis, plus que l'espoir: la certitude, l'obligation.<br /> Les choix doivent devenir "affirmations" et non "renoncements".<br /> Ne pas se voir en position de victime mais de "sauvé" même si on ne sait pas précisement de quoi. (et l'esprit étant perméable,il me parait essentiel que les accompagnants-dont les medecins- confortent ces motivations. Les medicaments et les prescriptions sont leurs moyens.<br /> Leur pulsion de vie explique que certains malades se comportent en bourreaux quand ils sont accompagnés de sauveurs qui tentent de les enfermer dans la position "victime".
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O
Les recommandations (étayées) des sociétés savantes ne laissent qu'une faible marge de manoeuvre au praticien, même si celui-ci explique son point de vue (et c'est plus fréquent qu'on ne le pense) il faut aussi que le patient puisse l'admettre. Dr WO
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P
C'est tout à fait intéressant comme point de vue.<br /> J'espère ne pas mal interpréter, mais je lis aussi un appel à "personnaliser" le lien au patient. Ce dont, il me semble, les pratiques contemporaines s'éloignent. C'est cette personnalisation qui peut tout à fait justifier de "ne rien faire".<br /> Manque à mon avis, de nos jours, un maillon: la capacité à expliquer. Faire ou ne pas faire, tout peut s'admettre, à condition que le "sachant" prenne le temps et la peine de développer les motifs de son choix.<br /> De mon point de vue, c'est aujourd'hui la lacune majeure de nos praticiens.
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O
Après les apothicaires ce sont en effet les labo qui fournissent les armes pour l'action, aux médecins de savoir s'en servir et d'appuyer sur la détente à bon escient pour ne pas être des imbéciles. Dr WO
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L
Les imbéciles actifs étaient souvent aidés par d'autres imbéciles: les apothicaires. Heureusement, maintenant il y a les laboratoires pharmaceutiques! Heu ..
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O
Dans le malheur, il faut toujours un responsable. Dr WO
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S
Pas facile de réaliser où commence l'acharnement thérapeutique. Je trouve que nous rendons les médecins responsables de tout et n'importe quoi et avons tendance à oublier qu'ils agissent pour le mieux en leur âme et conscience enfin, pour la plupart.
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O
Non, mais il permet de vivre moins mal les instants qui restent. Dr WO
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S
En résumé, si j'ai bien compris, l'espoir fait vivre ?
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O
C'est vrai que l'espoir de sauver une vie est un des moteurs du médecin. Mais "l'acharnement thérapeutique" (on parle maintenant "d'obstination déraisonnable") n'est pas une notion simple car c'est un qualificatif a posteriori appliqué que lorsqu'il échoue. On ne parle jamais de "résurrection thérapeutique" lorsque le malade est finalement sauvé. Dr WO
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P
Hélas, l'acharnement thérapeutique est de plus en plus prisé par les médecins. Peut-être qu'eux aussi ont besoin d'espoir... de sauver une vie ?
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O
Ce serait sûrement une bonne chose. Dr WO
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S
J'adore ! Il faudrait l'écrire en gros partout ce "Primum non nocere" et pas seulement dans les livres de médecine.
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