Publié le 30 Avril 2020

320. Une leçon clinique à la Salpêtrière

Ce tableau peint par André Bouillet en 1887, quasiment photographique, représente une leçon du mardi donnée par Jean-Martin Charcot à l’hôpital de la Salpêtrière où il était chef de service. Des leçons renommées où se pressaient non seulement des étudiants, des médecins, parfois étrangers (et il est de coutume d’ajouter ici : dont Freud), mais également un public non médecin venant y assister comme aller au spectacle.

Le clou du spectacle était le malade ou plutôt la malade, car il s’agissait le plus souvent d’une jeune femme qualifiée d’hystérique, parfois endormie par hypnose, alanguie, soutenue ici par le jeune Babinski, la surveillante, derrière, prête à venir à son secours. Le risque de la chute étant cependant faible, ces patientes, parfois quasi professionnelles, savaient se tenir.

L’exposition de malades en public dans les amphithéâtres de médecine a disparu depuis de nombreuses années. Cependant, en première année de médecine, j’ai été scandalisé par la prestation d’un chirurgien de l’Hôtel-Dieu qui fit devant un amphithéâtre comble un toucher rectal à un patient à quatre pattes ! Loin de cette ignominie, les seuls patients que l’on voit exposés en public sont amenés sur scène pour toucher la générosité des spectateurs.

Ce tableau ne montre que trois femmes : une surveillante, une infirmière et la patiente. Tous les médecins sont des hommes. Aujourd’hui la moitié du corps médical, au moins, est constituée par des femmes.

Au premier rang, se trouve un médecin portant un tablier comportant une large poche devant où l’on mettait divers objets comme le stéthoscope ou un marteau à reflexe. J’ai porté jadis ce tablier qui faisait un peu boucher, il a disparu depuis longtemps au profit d’une blouse simple, et le stéthoscope de la poche est monté au cou.

Le jeune Babinski qui soutient la jeune femme évanescente est passé à la postérité en grattant la plante des pieds ou plus exactement son bord externe (ce qui est très désagréable), épreuve qui, normalement, provoque la flexion des orteils dans une réaction de défense, mais dans le cas d’une lésion du faisceau pyramidal (cortico-médullaire) on observe une extension majestueuse de gros orteil parfois accompagnée d’une levée en éventail de ses quatre voisins.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 29 Avril 2020

Calme avant la tempête

Je me demande si nous n’allons pas regretter cette période de confinement. D’ailleurs notre premier ministre, hier, dans son allocution au parlement, sentant peut-être notre réticence à sortir de la sieste, n’a pas exclu de prolonger notre assignation à résidence au-delà du 11 mai. Edouard Philippe jouant le mauvais flic en laissant à Emmanuel Macron le rôle du bon flic, avec peut-être l’espoir d’accroître la popularité de ce dernier, en chute malgré sa position de premier de cordée.

Comment ne pas apprécier le calme et le silence des rues après ce que nous avons vécu ces dernières années : les manifestations hebdomadaires, parfois destructrices, des mécontents de tout poil, venus de tous les horizons, de la droite et de la gauche, en même temps, le poitrail ceint d’un gilet jaune comme signe de reconnaissance. Les manifestations de la CGT assorties de grèves itératives, les manifestations diverses à l’occasion du jour X, protestant contre Y ou en faveur de Z…

Silence. Rues vides et propres. Vitrines intactes. Bien sûr, on a quelques illuminés qui veulent toujours tuer et mourir en martyr au volant de leur voiture, dans le but d’aller baiser une escouade de vierges dans un lieu indéterminé à bien distinguer d’un bordel, sans doute seront-ils considérés comme irresponsables pour peu qu’ils aient abusé de la fumette. Mais, enfin, ce n’est qu’une piqûre de rappel pour réveiller notre vigilance un tantinet endormie.

Alors, goûtons ce calme avant la tempête. Je soupçonne l’exécutif de le goûter également avant que le ciel ne lui tombe sur la tête, que les rues se remplissent de monde, de banderoles et de vociférations, que les parkings s’illuminent de joyeuses flambées pour relancer l’industrie automobile, dès que le virus aura tourné son ARN parasite vers d’autres bêtes.

Illustration : Vladimir Kush « Divine géométrie »

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 27 Avril 2020

Juste avant le confinement, cet homme d'affaires annonce à son épouse qu'il a vendu toutes ses actions pour investir dans le papier hygiénique. Avec la crise économique qui se profile, ses actions auraient pu servir au même usage si elles n'avaient pas été dématérialisées. (dessin paru dans Le Point)

Le diagramme ci-contre montre cependant que les Français ne paraissent pas très inquiets pour l'hygiène de leur fondement. Mais ce qui est plus inquiétant est que j'ai lu récemment que les Français se lavaient moins depuis leur confinement. L'air confiné doit être pesant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Heureusement que les autorités veillent sur leur hygiène intérieure comme le montre cet entrefilet paru dans le Canard enchaîné du 22 avril 2020.

En France nous n'avons pas de pétrole, mais nous avons de l'alcool qui donne des idées.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 25 Avril 2020

Le complexe dispersion-dilutionJ’ignore ce qui se passe vraiment dans les autres pays, mais il me semble que la gouvernance française est caractérisée, surtout en ce moment, par ce que l’on pourrait appeler le « complexe dispersion-dilution », d’autant plus complexe que la situation est critique et incertaine, qu’elle nécessite des décisions rapides, dont les conséquences apparaissent de suite, et de ce fait responsabilisent immédiatement le ou les décideurs.

Depuis le début de l’épidémie covid-19, on assiste à l’empilement des structures avec notamment la création de deux conseils scientifiques, qui s'ajoutent aux agences pour la santé et à toutes les instances médico-scientifiques déjà existantes, et à présent d’un « monsieur dé-confinement » sur lequel les connaisseurs ne tarissent pas d’éloges comme ce fut le cas pour Delevoye, le « monsieur retraite » qui a pris la sienne après deux ans d’activité immobile.

Je me dois de rappeler qu’il existe en France des ministères spécialisés où chaque ministre, censé être compétent, est entouré de multiples conseillers censés tout connaître dans un domaine particulier, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils ont été choisis. Et tout ce petit monde grouillant comme des abeilles laborieuses dans la ruche gouvernementale devrait pouvoir gouverner ou aider à le faire.

Mais le complexe dispersion-dilution a son intérêt : en multipliant les structures, on ne sait pas trop qui prend les décisions, ce qui permet de diluer les responsabilités.

Cependant dans la crise sanitaire présente le complexe ne marchera pas car quoi qu’il arrive, quel que soit le degré de dispersion-dilution obtenu, le seul responsable des dysfonctionnements pour la population sera Macron.

Le complexe dispersion-dilution est un processus inefficace à tous les points de vue, la responsabilité ne sera pas diluée et la dispersion aboutit à une confusion. Nous sommes inondés de déclarations incertaines et contradictoires des acteurs gouvernementaux qui parlent souvent pour ne rien dire (ce qui est préférable que de dire des âneries) laissant la population dans l’incertitude, l’amenant à se débrouiller elle-même, par ex. pour se fournir en masques (certifiés inutiles et même dangereux il y a peu de temps par ces mêmes acteurs gouvernementaux, mais aussi par l'OMS) dont on ne sait toujours pas s’ils seront là, quand les mettre, et où ils seront disponibles (dans les bureaux de tabac mais pas dans les pharmacies ? drôle). Ne parlons pas de la rentrée scolaire dans le brouillard où l’école ressemblera plus à une garderie qu’à un lieu où l’on dispense le savoir.

Par contre on ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas réfléchir. Il a besoin de 15 jours pour réfléchir. Un peu lent tout de même. Mais s’agit-il de réflexion ou de procrastination ?

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 23 Avril 2020

"...Il y a, mine de rien, une tentation qui se profile chez quelques-uns de nos commentateurs et tribuns : oublier la souffrance des gens, se jucher sur les épaules des morts et des réanimés pour pousser leur chansonnette et prouver que l’on avait raison de fustiger les méfaits du libéralisme et du progrès – ah ! cette jubilation bonasse (mais, en réalité, cynique car se jouant sur le dos des victimes) pour saluer la « revanche » du réel sur l’« arrogance » des hommes et leurs « péchés » divers et variés ! 

Et puis il y a, enfin, une niaiserie : l’idée que le virus serait intelligent ; qu’il aurait un message à délivrer ; et que ce virus-là en particulier, ce coronavirus, autrement dit ce virus couronné, ce roi des virus, serait investi, telle une ruse de l’Histoire hégélienne, d’un peu de l’Esprit du monde – comme si un virus pensait ! comme si un virus savait ! comme si un virus vivait ! s’il y a une chose, une seule, à savoir sur les virus c’est, disait mon maître, Georges Canguilhem, patron de l’école française d’épistémologie, qu’à la différence de la bactérie qui reste un être vivant, le virus n’est ni vivant ni mort et n’est, le plus souvent, que la radicalisation et la métaphore de l’être-pour-la-mort… 

De cette pensée magique, de ce providentialisme noir et à la petite semaine, de ce catéchisme virologique, nul n’est tout à fait indemne. 

Mais il y a deux familles intellectuelles et politiques où les dégâts sont considérables. 

À gauche : ceux des écologistes, souverainistes et autres antimondialistes qui, donc, « l’avaient bien dit » ; ces J’vouslavaisbiendit trop heureux de nous rappeler qu’il fallait « sortir des traités » (Mélenchon) ! « produire français » et ne manger que des fruits de saison (Montebourg) ! se méfier des « marchés internationaux » (Philippe Martinez et les dix-huit autres signataires de l’appel « Plus jamais ça ») ! bref, ces médecins imaginaires (non plus « Le poumon, vous dis-je », mais « Le virus, vous dis-je ! ») qui ne veulent pas manquer le « rendez-vous » avec la pandémie, qui sont obsédés par le risque (cela s’est écrit !) de « rater la catastrophe » et qui nous saoulent avec leur fameux « jour d’après », cette version évangélique du Grand Soir d’autrefois, où rien ne devrait plus être « comme avant » – l’« avertissement de la nature » de l’un ! l’« ultimatum » de l’autre ! et, chez tous, cette servilité à l’égard du virus qui fait de la profession médicale, qui n’en demandait pas tant, une caste sacerdotale consacrée au nouveau rituel !

À droite : telle église pentecôtiste américaine qui voit le Covid-19 comme un jugement de Dieu, un reckoning, punissant ceux des États qui ont légalisé l’avortement et le mariage pour tous ; tel évêque français, Mgr Aillet, à Bayonne, expliquant, dans une église vide, que « Dieu utilise les peines qui nous frappent » pour que nous en tirions des « leçons de conversion et de purification » ; telle ancienne ministre, Mme Boutin, tweetant que « nous savions tous que quelque chose allait se passer » et qui jubile, elle aussi, de voir la planète, gentille maman, nous faire enfin panpan cucul ; tel prêcheur islamiste, Hani Ramadan, frère de son Frère, pour qui le coronavirus est le fruit de nos « turpitudes » et apparaît comme un rappel à l’ordre de la morale et de la charia ; sans parler des dirigeants qui, comme Viktor Orban en Hongrie, bondissent sur l’occasion et interprètent, eux aussi, le marc de café nanométrique de la moderne idole coronale pour nous sortir, comme on sort du bois, les éléments de langage de leur reprise en main illibérale…" 

C'est un extrait de la chronique de Bernard-Henri Lévy parue dans Le Point d'aujourd'hui et avec lequel je suis d'accord. Il dit mieux les choses que je ne les aurais dites. Non pas que les déclarations des opportunistes soient forcément fausses, mais attribuer la preuve de leur éventuelle justesse au covid-19 et profiter de l'épidémie pour se grandir et même se réjouir me semble indécent. Les idéologues ne recherchent aucune preuve de la véracité de leur idéologie dans les milliers de morts provoqués chaque année par la grippe, mais une épidémie virale inhabituelle en devient une. Or depuis quelques années les épidémies virales venant d'Asie se succèdent. Si les précédentes ont peu touché l'Europe, les prochaines risquent fort de le faire régulièrement comme elle fut touchée jadis par la peste qui fut toujours interprétée par nos ancêtres comme un signal, le plus souvent divin. On y ajoute aujourd'hui le bien fondé de ses opinions aussi profanes et décalées soient-elles.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 20 Avril 2020

319. Parler (longuement) pour ne rien dire

Hier, j’ai vu une grande partie de la conférence de presse des duettistes Philippe-Véran. Un spectacle bien mis en scène, images à l’appui, mais qui tenait plus de la conférence « magistrale » que d’une séance de réponses aux questions des journalistes. Ce qui s’explique très bien car quand on n’a pas les réponses, il vaut mieux éviter que des questions soient posées.

Nous nous sommes rapidement rendus à l’évidence : nos duettistes n’avaient rien à nous apprendre que nous ne connaissions déjà, et n’avaient rien à nous apprendre sur ce que nous ne connaissions pas, c’est dire de quelle façon (en dehors de la progressivité, elle-même mystérieuse) le dé-confinement se déroulera à la date prévue du 11 mai, elle-même incertaine. Les duettistes ne savent pas, ils y réfléchissent dans l’incertitude, ce qu’ils ont fini par avouer.

Mais si l’on n’a rien à dire, pourquoi ce show ? Mise à part une exposition d’autosatisfactions, en particulier pour le travail accompli par les hospitaliers.

Pour être objectif, nous avons eu droit à un épisode nouveau. Vous vous souvenez sans doute du numéro de magicien du directeur général de la santé, Jérôme Salomon, nous expliquant, gestes à l’appui, que les masques ne servaient à rien, que les gens étaient trop cons pour savoir les mettre et les retirer, et que leur protection était illusoire (puisque la pénurie de masques, elle, ne l’était pas). Olivier Véran, ne voulant pas être en reste, nous a expliqué hier dans un numéro de magie personnel que les tests diagnostiques (puisque leur pénurie est criante) ne servaient pas à grand-chose, qu’ils devaient être réservés pour la confirmation du diagnostic, par ailleurs évident cliniquement, et que tester les porteurs asymptomatiques du virus (par lesquels se propage l’épidémie, car les gens malades sont bien visibles), serait stupide, arguant qu’une personne testé négatif pouvait devenir positif ultérieurement. Joli numéro, mais qui revient à dire : pourquoi traiter un malade puisque de tout façon il devra mourir. L'hypothèse que la personne testée puisse être porteuse du virus et écartée de la chaîne de contamination n'est pas envisagée par notre escamoteur. On se demande pourquoi l’OMS répète depuis le début : tester ! tester ! Et que d’autres pays le font le plus largement possible et contrôlent ainsi plus efficacement l’épidémie en dépistant les porteurs de virus, tout simplement parce qu’ils ont un stock de tests que nous n’avons pas. Comme pour les masques nous attendons un changement de stratégie opportuniste rendant obsolètes les tours de magie dont on pourrait se dispenser car un peu trop voyants.

Illustration :  Bosch « L’escamoteur et les pigeons »

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 19 Avril 2020

 

Désincarnation

Il n’est pas original de dire que cette pandémie consacre le triomphe de la désincarnation. L’autre est tenu à distance, son contact et sa parole proche redoutés. La chair est remplacée par internet et les réseaux sociaux chauffent à blanc. Le tissu social a laissé place à la toile d’araignée des ondes. Le télétravail et la téléconsultation sont encouragés, les visio-conférences remplacent les réunions avec le visage déformé des intervenants sur les écrans lorsqu’il est trop trop près de la caméra. Quant aux sites de fornication, ils s’enfilent à la chaîne.

Désincarnation

On finit par se faire à cette désincarnation : plus de chaleur humaine, plus d’odeurs, plus de sueurs, plus de mains moites, plus de postillons. La réalité n'est plus physique, elle devient de plus en plus virtuelle ou symbolique.

Désincarnation

Mais si la désincarnation fait partie des croyances, les prêtres, eux, la tolèrent très mal. Si elle fait partie des prêches devant les fidèles, elle est insupportable en leur absence. Les prêtres ne peuvent entraîner les fidèles que s’ils sont incarnés, proches, communiants dans le même élan, emportés par le verbe vivant, la voix et le chant. Le bain de foule est indispensable, la foi est contagieuse. Comment entraîner des fidèles atomisés, isolés, désincarnés ? Et comment connaître leurs secrets s’il n’y a plus de confessions ?

C’est en particulier vrai pour les églises évangéliques où la force de persuasion du prêtre est primordiale pour souder les fidèles dans un même élan jusqu’au paroxysme de l’obole.

C’est un journal congolais (article rapporté par Courrier international) qui constate : « Avec l’interdiction de se rassembler, les évangéliques sont devenus 2.0 en république démocratique du Congo. Alors que la concurrence fait rage entre les églises, les pasteurs ont dû se mettre aux réseaux sociaux pour garder le contact avec leurs fidèles et, surtout, recueillir leurs offrandes ». Le silence risque en effet de disperser les ouailles et comme les pasteurs sont de chair et de sang, les messages religieux se terminent par le numéro du pasteur d’un des services qui transfèrent de l’argent de particulier à particulier en Afrique :   M-Pesa, Orange Money ou Airtel Money.

“Comme nous ne pouvons pas nous voir actuellement, ils doivent m’envoyer leurs offrandes par téléphonie mobile”, affirme le responsable d’une église de réveil de Kasa-Vubu, dans le centre de Kinshasa ».

L’argent est désincarné et n’a pas d’odeur, même pas celle de la sainteté.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 17 Avril 2020

318. Dictature médicaleJ’ai passé la plus grande partie de ma vie entouré de médecins et de futurs médecins, en regardant par le hublot de la télévision j’ai l’impression de rajeunir, cela fait des années que je n’en avais pas vu autant en si peu de temps. Ils défilent en permanence sur nos écrans, quelques têtes s’y incrustent, mais les journalistes en pêchent un peu partout : aux urgences, en réanimation, en infectiologie, en épidémiologie, à l’institut Pasteur, et même dans des spécialités qui n’ont rien à voir avec les épidémies, c’est dire leur expertise. Bien entendu, ils disent tous à peu près la même chose au même moment, mais comme les connaissances changent au fur et à mesure que le coronavirus nouveau révèle ses secrets maléfiques, ils se contredisent assez souvent dans le temps dans une pâle imitation des politiques.

Chaque soir nous avons la cerise sur le gâteau : le directeur de la santé, Jérôme Salomon, qui nous lit son bulletin de guerre, flanqué de son traducteur ou plus souvent sa traductrice en langage des signes dont les gestes et les expressions nous distraient un peu du sombre tableau des blessés et des morts du champ de bataille. Ces doubles de Jérôme me font penser (avec tout le respect que je dois aux sourds) à ces cancres qui derrière le dos du professeur faisaient des grimaces pour faire rire la classe.

Il y a cependant un point sur lequel nos médecins télévisuels sont d’accord et fermes : à la sortie du confinement, il faudra séquestrer les vieux. Bien que certains d’entre eux ne sont pas loin de 65 ans, cet âge de séquestration prolongée leur paraît convenable. Bien sûr, ceux qui meurent plus souvent que les autres après leur hospitalisation, ce sont les vieux. Dans ma pratique, c’est également ce que j’avais observé, mais j’ai le sens de l’observation.

On comprend fort bien cette démarche, elle a ses justifications, ne serait-ce qu’en raison de l’incapacité des établissements de soins à absorber une nouvelle vague, car la France depuis le début n’a fait que tenter (pas trop mal, mais avec beaucoup de morts) de gérer la pénurie, et fait toujours pâle figure à côté de l’Allemagne. Mais la justification principale pour imposer aux vieux de continuer à s’enfermer (et jusqu’à la fin de l’année pour la présidente de la commission européenne !), serait d'agir pour leur bien.

La restriction imposée de la liberté, c’est toujours pour le bien de celui à qui elle est imposée. La dictature, c’est toujours pour le bien du peuple. D’ailleurs les dictatures ne prétendent-elles pas avoir mieux contrôlé l’épidémie que les démocraties ? La Chine, d’où sont parties toutes les récentes pandémies, tente de le faire croire après avoir mis en prison ses lanceurs d’alerte et pris du retard dans la communication et le contrôle de l’épidémie. Elle joue à présent la carte humanitaire, mais payante, et ne lésine pas sur la propagande, au besoin en tordant les chiffres, pour conserver les clients qu’elle risque de perdre. Si la démocratie de la Corée du sud a fait mieux, c’est aussi en restreignant les libertés individuelles.

La vérité est qu'il est bien difficile de s’opposer à la dictature médicale car on peut y laisser sa peau.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 16 Avril 2020

Album du 16.04.20Mais non, nous ne manquons pas de masques.

 

 

Album du 16.04.20Quand Dieu abandonne le pape, même à Pâques.

Distanciation divine

 

 

 

 

 

Album du 16.04.20Avance-t-il masqué ?

Ou est-ce pour le bâillonner ?

 

 

 

 

 

Album du 16.04.20Le virologue devenu viral. Faudra-t-il le bâillonner ?

 

 

 

 

Album du 16.04.20Covid-19 ou pas, cette personne est à risque.

(Parfois il faut cliquer sur le fantôme de l'image pour la faire apparaître...serais-je donc censuré de façon intermittente ?)

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 15 Avril 2020

Altruisme publicitaireJe tombe sur le titre, en gros, d’un article dans le Huffington post : « Sophie Davant met aux enchères des photos contre le coronavirus » illustré par un portrait de cette dame dans une pose avantageuse. Je ne savais pas que des photos pouvaient avoir une influence sur le virus, mais il s’agit en fait d’une mise en vente de photos auxquelles elle tient pour récolter des fonds qui serviront à la lutte contre la pandémie. On ne peut que saluer cette générosité. Comme je ne suis pas très pipole, je ne savais pas non plus qui était Sophie Davant. Maintenant, je sais, et vous le savez également si vous l’ignoriez : c’est une animatrice de télévision.

Chaque jour on voit dans les médias une personnalité, le plus souvent peu connue ou oubliée du grand public, qui se manifeste pour apporter son obole à la lutte contre l’épidémie. C’est habituel, à chaque évènement plus ou moins dramatique nous avons régulièrement la médiatisation des gestes généreux de personnalités du monde du spectacle et plus volontiers de second plan. Certes, dans ce cas précis la vente aux enchères nécessite une médiatisation, mais le plus souvent l’acte généreux pourrait très bien se passer de publicité, aussi on ne peut s’empêcher de penser que c’est peut-être la personne généreuse qui a besoin d’elle.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 14 Avril 2020

Hublot

Passé un certain âge, le temps est précieux et l’avarice en la matière est plutôt conseillée. Et voilà que me sont dérobés au moins deux mois de ma vie. Cette année j’ai à peine vu l’automne en raison du mauvais temps et je ne verrai pas le printemps éclairé par un superbe soleil et un ciel bleu immaculé dont j’aperçois des échantillons de ma fenêtre. Ma fenêtre, hublot de ma claustration qui me permet de voir ma rue déserte comme échantillon du monde. Un monde qui a la perversion de nous livrer le mois d’avril le plus beau qu’il m’ait été donné de ne pas vivre.

Par le hublot de la télévision je vois le défilé permanent de mes confrères, les séries médicales ont toujours eu beaucoup de succès à la télévision.

Hier soir, j’ai eu droit au président de la République. Toujours trop long mais un peu moins fanfaron. Tous aimeraient que je reste confiné le plus longtemps possible. Il me semblait que l’euthanasie était interdite en France.

Illustration : Arthur Segal : « Vue de la fenêtre »

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 12 Avril 2020

317. « Une crise sanitaire sans précédent »Chaque soir Jérôme Salomon commence, et/ou termine son bulletin de guerre par un « le pays vit une crise sanitaire sans précédent ». Nous verrons la suite des évènements, mais sans remonter à la peste du XIVème qui a tué la moitié de la population européenne, on pourrait évoquer la "grippe espagnole" de 1918 qui entraina des millions de morts et plus que la Première Guerre mondiale,  « la grippe asiatique » des années 1956-58 qui aurait fait aux environs de 2 millions de morts dans le monde, et peut-être jusqu’à 100000 en France, et la « grippe de Hong-Kong » en 1968 qui aurait provoqué 1 million de morts dans le monde et au moins 30000 en France.

Ces deux dernières pandémies meurtrières du XXème siècle, je les ai vécues, et je ne m’en souviens pratiquement pas.

En fait, on en parlait peu : les émissions d’information permanente et les réseaux sociaux n’existaient pas. Malgré les hôpitaux surchargés, les médias évoquaient le problème sans insister, et aucune mesure drastique ne fut prise par les autorités et bien sûr pas le moindre confinement.

On mourrait en faisant un minimum de bruit médiatique, sans déranger personne sauf les hôpitaux où les médecins travaillaient sans défiler sur les plateaux de télévision. La fatalité.

Pourtant, la grippe de Hong-Kong, je devrais m‘en souvenir pleinement puisque j’exerçais des responsabilités à l’hôpital (mais pas en infectiologie). Non, je me souviens surtout de ce désordre provoqué par des enfants gâtés parmi lesquels des minables qui manquaient de respect à des gens remarquables en prétendant être aptes à prendre leur place. Cette pseudo révolution qui ne fit aucun mort sur les barricades a été suivi en été par une hécatombe grippale qui s’est déroulée dans l’indifférence, venant confirmer l’adage qui veut qu’un événement non médiatisé n’existe pas.

Maintenant, et c’est heureux, l’Etat se préoccupe davantage des crises sanitaires car il sera rendu responsable de tout excès de mortalité, et il devra souffrir la comparaison avec les autres Etats comparables. L’Etat français a été rapidement débordé par une pandémie dont les meilleurs esprits (notamment Raoult) et l’OMS* n’avaient pas prévu qu’elle se propagerait aussi vite et avec une mortalité nettement plus élevée que la grippe saisonnière. Mais l’Etat français risque de souffrir des comparaisons, non seulement avec les pays asiatiques plus souvent confrontés aux maladies venues régulièrement de Chine, mais également européens comme l’Allemagne. Le gouvernement français n’a pas pu ou pas su trouvé les moyens pour appliquer une politique sanitaire cohérente, alors il a adapté sa politique sanitaire aux moyens qu’il avait, en dénigrant dans un premier temps, et avec maladresse, ceux qu’il n’avait pas, en psalmodiant : « le pays est confronté à une crise sanitaire sans précédent » et « nous n’avons pris aucun retard ». Le gouvernement a fait ce qu’il a pu avec ce qu’il avait. On lui reprochera sans doute de ne pas en avoir.

* Pour l'OMS, il est possible qu'il y ait eu un copinage entre la Chine et le directeur de l'OMS pour retarder l'annonce de la pandémie dont l'Empire du Milieu est à l'origine pour la nième fois.

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Publié le 10 Avril 2020

Sans intérêt

Dans les conditions habituelles, j’écoute de la musique, plus souvent de la musique dite classique, et parfois du jazz. La musique classique m‘émeut, mais le jazz me fait sourire, c’est la seule musique gaie que je connaisse. Les chanteurs que j’aimais sont morts depuis longtemps et ils n’étaient pas toujours gais.

Pourtant depuis le confinement, je n’ai pas écouté une seule note de musique. Je me suis demandé pourquoi. J’ai d’abord pensé que je voulais goûter le silence inhabituel de la ville, mais je viens de lire une chronique de Kamel Daoud concernant la littérature qui me donne une autre explication : je n’ai rien à faire mais je ne suis pas disponible. Le virus n’est pas seulement dans les poumons, il est aussi virtuellement dans la tête. Il est toujours présent comme un fond d’écran. Il bouffe la concentration. Il occupe la scène de l’esprit comme une ombre, mais qui surgit en pleine lumière, sous les projecteurs, au moment des informations.

L’hôpital que j’ai quitté il y a quelques années s’installe en permanence dans mon salon : les malades voyageant sur les lits roulants dans les couloirs aux couleurs pimpantes en arborant chacun le drapeau de la gravité, celui des perfusions, blouses et sur-blouses couleur pastel, charlottes et masques pour un carnaval macabre, et les stéthoscopes pendus autour du cou des médecins dont certains se sont pendus.

J’évite la litanie mortuaire du soir, je ne retenais que la musique sans écouter vraiment les paroles, les commentateurs se chargeant par la suite de me les rappeler.

Et fasciné par ce petit amas moléculaire invisible qui s’insinue par la parole d’autrui dans notre intimité et s’accroche à la vie en dévorant la nôtre, je n’écoute plus de musique, je ne lis que des polars, alors que j’envisageais des lectures plus studieuses que je projetais depuis longtemps mais pour lesquelles la concentration est nécessaire et me voilà dilué. N’a-t-on pas dit que ce virus peut abolir le goût ?

Illustration : Kandinsky

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Publié le 9 Avril 2020

316. Question bête (surtout de la part d’un médecin)Dans quelques jours nous atteindrons le mois de confinement. La période d’incubation du covid-19 serait au maximum de 14 jours, et si l’on estime qu’il faut environ 8 jours pour que les signes de la maladie se développent une fois son apparition, le temps de confinement acquis dépasse le temps d'incubation + l’installation de la maladie. Donc la question bête à laquelle les infectiologues et épidémiologistes ont peut-être déjà répondu, réponse qui m’a échappé : pourquoi le flux des hospitalisés (nous ne connaissons pas le nombre de contaminés, mais celui des hospitalisés en est probablement le reflet) continue à croître (même si cette croissance ne s’accélère pas) ? Une enquête a-t-elle pu être faite pour savoir comment ces nouveaux cas se sont contaminés ?

On peut émettre quelques hypothèses :

- confinement et distanciation sociale non respectés, ce qui ferait beaucoup de rebelles

- contamination par des personnes contaminées mais non hospitalisées et renvoyées à leur domicile.

- contamination liée au confinement lui-même en créant un contact intime entre des contaminés asymptomatiques (notamment les enfants) et ceux sensibles à la maladie.

- contamination touchant les personnes ayant continué à travailler notamment pour nous soigner et assurer nos besoins.

- mode de contamination X : air ou surfaces inertes (courrier par ex.)

Je suppose que cette question a été soulevée, mais à ma connaissance, il est simplement constaté que la contamination s’accroit malgré plus de trois semaines de confinement, que ce fameux pic ou plateau n’est toujours pas là, mais je n’ai vu personne s’en étonner.

J’ignore si une enquête a été faite pour déterminer le profil sociologique des hospitalisés contaminés pendant le confinement passé la période d’incubation. Une enquête qui aurait peut-être permis de mettre en évidence, à côté des avantages, les faiblesses de la stratégie de confinement et permettre éventuellement leur correction.

A Wuyan, le foyer initial de la maladie, le confinement (sûrement respecté, compte tenu du régime) a duré 10 semaines, 5 fois la période d’incubation de la maladie. Pourquoi ?

Je suis sûr que je vais avoir honte d’avoir posé cette question et que les épidémiologistes en rigoleraient.

ADDENDUM Finalement, ils ne rigolent pas si j'en crois les déclarations faites le 11 avril par William Dab, épidémiologiste et ancien directeur général de la santé, parmi lesquelles on peut trouver les questions et les hypothèses formulées dans ce billet édité le 9 avril. Donc pas de honte par ignorance, mais autant de perplexité : notre prévention parait rudimentaire.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 8 Avril 2020

Les désespérés professionnels

En lisant un billet de Roland Jaccard dans Causeur, écrivain que je ne connais pas, j’ai d’abord appris que « Freud disait qu’à New York, il avait été enchanté par cette publicité pour une entreprise de pompes funèbres : « À quoi bon vivre, quand on peut être enterré pour cinquante dollars ? ». Et Jaccard de raconter, pour illustrer son pessimisme, cette anecdote :  étant dans un chalet en montagne par une nuit glaciale alors qu’il avait quinze ans avec une quinzaine de copains, il leur a demandé ce qu’ils feraient si on leur demandait de sortir par cette nuit glaciale et de marcher deux heures pour appuyer sur un bouton, seule issue pour sauver l’humanité. Tous ses amis ont répondu qu’ils seraient prêts à tout risquer pour sauver l’humanité. Le jeune Jaccard fut étonné de se retrouver être le seul partisan de l’extinction de l’humanité. J’ajoute que le chalet où ils se trouvaient appartenait à ses parents et qu’il était donc dans une situation sociale apparemment enviable.

Bien entendu, Jaccard fait référence à Cioran et à Schopenhauer (qu’il n’avait pas encore lus à l’époque)

Jaccard a 79 ans, Cioran est mort à 84 ans, et Schopenhauer est mort à 72 ans, à une époque où la longévité moyenne était très inférieure.

C’est à dire que Jaccard s’est rangé très tôt dans les rangs des désespérés professionnels, horrifiés par l’Humanité et souhaitant son extinction, attitude qui leur a permis de créer une œuvre et d’en vivre longtemps. Des œuvres que j’apprécie en raison de leur causticité du moins pour ce qui concerne Cioran car je n’ai jamais lu un livre de Jaccard et très peu l’œuvre de Schopenhauer.

Bien sûr l’Humanité a deux faces : l’une est authentiquement horrible, barbare et stupide, mais l’autre peut être si belle, à la fois par l’existence d’êtres humains remarquables, et de créations admirables.

On ne peut s’empêcher de penser que Cioran et compagnie ont adopté des postures avantageuses, orgueilleuses et méprisantes, mais dont le désespoir n’allait pas jusqu’à les pousser à attenter à leur propre vie.

Il y a quelques années, un garçon de vingt ans, étudiant en médecine, fils d’un de mes amis, s’est jeté par la fenêtre du deuxième étage de la maison de ses parents à qui il avait déclaré quelques mois auparavant que l’Humanité le dégoûtait et qu’il ne comprenait pas cette vie.

Illustration ; Courbet : "Le désespéré"

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 6 Avril 2020

315. Extension du domaine de la chloroquine« Selon un sondage publié ce lundi 6 avril dans Le Parisien, 59% des Français estiment que le protocole à base de chloroquine est efficace contre le coronavirus. 21% ne se prononce pas. ».

Trop forts les Français. Ils ont peut-être raison, moi je ne sais pas, j’attends les résultats de l’étude européenne en cours, et j’espère bien qu’elle démontrera un rapport bénéfice / risque favorable.

Depuis la médiatisation par Raoult de ses convictions, le monde se partage entre partisans d’une prescription plus large, allant jusqu’à la pétition où quelques noms connus du milieu médical ont apposé leur signature, et ceux pour lesquels il est encore prudent de réserver ce médicament aux cas graves. Ce qui, à mon humble avis, est inopérant car même si le médicament est efficace, il ne le sera sûrement plus dans les cas sévères où le virus a déjà fait des dégâts pas toujours réversibles, et  parfois provoqué un « orage cytokinique » ou choc inflammatoire, véritable affolement sécrétoire des cellules de défense qui peut être létale.

Raoult préconise de prescrire l’hydroxychloroquine au début de la maladie pour diminuer la charge virale (effet démontré et antérieurement connu sur d’autres virus), donc sur des malades qui vont spontanément guérir pour la grande majorité d’entre eux. C’est cette évolution largement favorable qui nécessite pour affirmer l’efficacité de l’hydroxychloroquine un groupe contrôle et un nombre de patients conséquent. Mais je  suis de ceux qui pensent que quand on n'a pas de traitement sûrement efficace, il est licite d'en tenter un dont on peut espérer qu'il l'est, à condition que cette prescription soit bien encadré. Je ne connais pas de médicament efficace qui soit anodin.

Comme je l’ai dit ailleurs, on est manifestement sorti du champ de la médecine pour entrer dans un débat public où se mêlent : des politiques, des footballeurs et des médecins. Et c’est dommage car si Raoult n’avait pas créé la polémique en sortant du champ médical, il est possible que ce médicament aurait été prescrit par ses confrères, faute de mieux et sans piller les stocks de Plaquenil.

Pour étendre la polémique, l’hydroxychloroquine a fait son entrée attendue en justice. l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe a déposé le 25 mars une requête auprès du Tribunal administratif de la Guadeloupe demandant à « l’Agence Régionale de Santé de Guadeloupe, ainsi qu’au CHU de passer commande de 200.000 tests de dépistages du Covid-19, ainsi que des doses nécessaires d’hydroxychloroquine et d’azithromycine…comme défini par l’IHU Méditerranée infection » et ce pour 20 000 patients. Ce qui fut accepté par le Tribunal en raison du « principe de précaution », ce foutu principe que Chirac a fait entrer dans la Constitution. Le Tribunal a estimé que les publications ainsi que « les déclarations du professeur Raoult » démontraient que « la combinaison de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine pouvait donner des résultats encourageants ». Ainsi des déclarations sont devenues des preuves juridiques.

Deux recours formulés par un syndicat de médecins et des particuliers devant le Conseil d’Etat ont demandé à modifier le droit actuel concernant l’administration de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine et à être « autorisé à prescrire et administrer aux patients des traitements à base d’hydroxychloroquine ».

Le Conseil d’Etat n’a pas hésité à critiquer le protocole pour rejeter la demande formulée : « il résulte de l’instruction que les études à ce jour disponibles souffrent d’insuffisances méthodologiques ». Une perspicacité médicale étonnante de la part de juristes.

Raoult a peut-être raison mais pourquoi nous avoir mis dans cette galère qui finit par nous donner le mal de mer.

Source (pour la partie juridique) : un article de Charles Haroche paru dans le Journal International de Médecine

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 4 Avril 2020

314. AutocritiqueDans mes précédents billets, je n’ai pas été avare de mes critiques sur la gestion gouvernementale de l’épidémie actuelle lors de son apparition : un certain retard, un manque d’anticipation notamment pour le matériel, des prises de décisions initiales timorées et contradictoires, alors que nous avions des modèles aussi bien lointains que proches de chez nous.

Mais pour être honnête, je me dis qu’il est bien facile de critiquer lorsque l’on a aucune responsabilité, aucune décision à prendre et sans connaître tous les paramètres et tous les impératifs. Le pouvoir de critiquer fait partie de la démocratie libérale, et les partis extrémistes ne se privent pas à présent de le faire, j’ignore ce qu’ils auraient fait s’ils avaient été au pouvoir, mais il n’est pas certain qu’ils auraient fait mieux et peut-être auraient-ils fait pire. Quant à la blogosphère, la critique fait l’essentiel de sa substance, et elle serait en grande partie vide en son absence, mais c’est souvent une critique que la subjectivité et l’opinion préexistante rendent peu objective pour ne pas dire injuste.

Il me semble, qu’aujourd’hui, il y a peu de choses à reprocher aux autorités dans la gestion de cette crise. Les hôpitaux et les soignants font le nécessaire et souvent dans des conditions difficiles et non sans pénurie de matériel que le gouvernement tente de réparer sans être maître de tous les paramètres, beaucoup de choses ne dépendant pas de lui. Le système de santé permet de soigner tous les patients gratuitement et à égalité, nous assistons à des transports de malades à travers la France et à l’étranger qui semblent bien organisés. En matière sanitaire, il y a mieux, mais nous ne sommes pas si mauvais.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 3 Avril 2020

RetournementsJe n’écoute plus Jérôme Salomon, le directeur de la santé, qui, chaque soir, déroule une flopée de chiffres morbides pour donner un aperçu de la pandémie virale. J’ai fini par m’en lasser. Ce bilan quotidien a pour le gouvernement deux intérêts :

D’abord, faire peur pour que les gens suivent les consignes, et pour justifier les entorses aux libertés individuelles que ces consignes (indispensables dans l'état actuel de nos moyens) entrainent.

Ensuite, pour faire preuve de transparence et montrer que l’on ne cache rien à la population. Cette tentative de transparence est vaine car beaucoup de gens sont persuadés qu’on leur cache des choses, quelle que soit la sincérité des autorités. Sans être dans cette catégorie des sceptiques forcenés, j’ai été heurté pour ma part par le numéro acrobatique de Jérôme Salomon (dont la compétence est pourtant indiscutable) lorsqu’il a tenté de démontrer par des arguments pseudo scientifiques que les masques étaient inutiles (voir 309. Masques sans bergamasque) ce qui, bien entendu, est faux comme la suite l’a démontré avec la course des pays occidentaux pour se procurer des masques, au besoin en piquant la commande des autres. Ce fut donc un mensonge pour masquer l’imprévoyance de l’Etat français et sa dépendance à l’égard des pays producteurs, sans parler des tests de dépistage qui nous font cruellement défaut. Ce qui n'empêche pas de retarder, pour de stupides raisons bureaucratiques, l'utilisation des laboratoires vétérinaires, comme le font d'autres pays.

On assiste en outre à un véritable retournement des puissances. Les pays asiatiques se sont montrés plus avancés et plus performants sur le plan technologique et sanitaire, alors que la France, l’Italie, et l’Espagne ont bien du mal à contrôler l’épidémie avec un bilan déjà lourd. La Chine, après avoir été responsable de la pandémie, nous vend du matériel pour nous soigner. La Russie effectue un envoi humanitaire aux USA ! L’Etat cubain trouve une nouvelle occasion d’exploiter ses médecins en les envoyant dans le monde et dans nos départements d’outre-mer. La Turquie envoie du matériel médical à l’Italie et à l’Espagne, mais méprise la France.

Bien sûr, on pourrait parler de coopération internationale, mais il s’agit en fait de commerce car le matériel envoyé est payant.

Cela montre, ce que nous savions déjà, que l’Europe n’est plus le centre du monde et que l’empire américain est dans le déclin.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 2 Avril 2020

De quoi se faire de la bile pour les ours

Henri Le Fauconnier : "Montagnards attaqués par des ours"

« La Chine a donné son feu vert à un médicament à base de bile d'ours afin de traiter des patients victimes du Covid-19, relançant la controverse sur le traitement des plantigrades élevés à cette fin. Des associations écologistes dénoncent de longue date le sort fait en Chine à des milliers d'ours (20000 selon une association), immobilisés dans d'étroites cages où leur abdomen est perforé par un cathéter relié à leur vésicule afin d'en prélever la bile » (AFP).

La bile d’ours, dont le commerce est florissant dans toute l’Asie, est une thérapeutique préconisée par la médecine traditionnelle chinoise, notamment pour réguler le taux de cholestérol ou pour dissoudre la lithiase, non sans raison puisqu’elle contient de l'acide ursodésoxycholique que l’on utilise également en Occident mais que l’on produit chimiquement (nom commercial : Delursan, Ursolvan...).

On ne voit pas très bien ce que pourrait bien faire la bile d’ours contre le covid-19. Néanmoins « Le ministère chinois de la Santé a recommandé le mois dernier une injection du nom de "Tan Re Qing" composée de bile d'ours, mais aussi de poudre de corne de chèvre et d'extraits de plantes, pour les patients gravement atteints. ». Ce mélange exotique serait indiqué dans le traitement des maladies respiratoires, notamment la pneumonie, d’où son emploi proposé contre la pneumonie atypique provoquée par le covid-19.

La Chine est un pays plutôt déroutant lorsqu’on lui applique la rationalité occidentale. Son régime est communiste mais le capitalisme s’y épanouit. Sur le plan médical, elle à la pointe du progrès selon les normes occidentales, mais elle utilise largement sa médecine traditionnelle comme on vient de le voir.

Pour ma part, je n’ai aucun mépris pour cette médecine traditionnelle, elle doit être jugée que sur son efficacité. Il ne faut pas oublier le nombre de substances thérapeutiques ou toxiques que l’on a pu extraire des plantes, tels la digitaline, le curare, l’opium ou la belladone, et c’est une spécialiste de la médecine traditionnelle chinoise, Mme Tu Youyou, qui découvrit l’artémisinine pendant la guerre du Vietnam, molécule extraite du qinghao ou artemesia annua (l’armoise), connue depuis des millénaires en Chine comme fébrifuge. Cette artémisinine est devenue depuis un des antipaludéens majeurs. Elle a permis de protéger les Vietnamiens du Nord contre le paludisme qui les décimait (la chloroquine étant devenue inefficace) et de vaincre ainsi l’armée américaine.

Par contre, je doute de l’efficacité de la bile d’ours même associée à la poudre de corne de chèvre, contre la pneumonie atypique du covid19, cette mixture ayant incontestablement un parfum moyenâgeux. On ne peut trouver que cruel et inutile d’enfermer ces grosses bêtes dans des cages de leurs dimensions, l’abdomen perforé par un cathéter pour prélever régulièrement leur bile dans le but de satisfaire des lubies asiatiques

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 1 Avril 2020

LE TOUR DE FRANCE AURA LIEU EN CORÉE DU SUD

Ce n'est pas un poisson d'avril

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Rédigé par Dr WO

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