L’idée de personnaliser les soins est excellente. La difficulté est de la mettre en œuvre. Elle était appliquée dans le passé, cela devient de moins en moins possible dans le présent, on continue cependant à la proclamer partout mais en recommandant l’inverse.
Un idéal : être dans la moyenne
C’est au XIXe siècle que l’astronome et statisticien belge Adolphe Quetelet a inventé l’indice de masse corporelle (quotient du poids en kilogrammes par le carré de la taille en mètres) et « l’homme moyen » qui groupe les caractéristiques du plus grand nombre d’individus d’une population. En médecine, il vaut mieux ne pas trop s’en écarter, même si en s’écartant de la norme on se sent parfaitement bien, le médecin cherchera toujours à vous y mettre.
L’individu perdu dans la foule
Si la statistique a permis d’introduire les mathématiques en médecine, à la grande satisfaction des savants, elle a aussi conduit à passer de l’individu à la foule. On ne soigne l’individu qu’en fonction de la multitude. Le médecin n’ose plus regarder un patient uniquement en fonction de sa propre expérience mais à travers l’étude d’un grand nombre d’individus effectuée par d’autres. Ce n’est que par l’apport des statistiques et de l’épidémiologie qu’il devra juger de la normalité de son patient, de son risque d’avoir une maladie et du traitement à prescrire. Mais l’épidémiologie cherche en gros ce qu’il faut traiter en détail et passer de la multitude à l’individu n’est pas toujours simple et dénué de danger. « La médecine ne s’applique pas à l’humanité en général mais à chaque individu en particulier » (Henri de Mondeville, chirurgien au XIVe siècle)
« La tyrannie de la majorité »
Les recommandations des sociétés savantes ou des agences sont issues des essais thérapeutiques et la plupart des médecins n’osent pas s’y soustraire, elles deviennent alors un obstacle à la personnalisation des soins que l’on conseille par ailleurs pour avoir bonne conscience.
Lorsqu’il a été montré (par les critères de « la médecine par les preuves ») sur le grand nombre qu’un médicament est supérieur à un autre, il est logique d’inciter le médecin à le prescrire, mais rien ne permet d’affirmer pour un malade donné que le médicament « inférieur » ne serait pas supérieur à l’autre ou même que l’absence de traitement (représenté par le placebo dans les essais) ne lui serait pas plus bénéfique.
Tantôt le médecin doit faire prendre aux patients un traitement qui ne leur sert à rien parce qu’il a été démontré qu’il sert au plus grand nombre, l’individu se plie à la majorité. Tantôt il est amené à traiter un grand nombre de malades pour sauver l’un d’eux et pour imposer le fardeau à tous, le médecin suggère à chacun qu'il sera peut-être celui-là. Les plus grandes solidarités sont le plus souvent involontaires et ignorées par ceux que l'on rend solidaires malgré eux.