7 Janvier 2013
Ce matin, j'ai discuté avec de jeunes médecins en fin d’études travaillant à l'hôpital. Ils m'ont semblé peu enthousiastes de la médecine qu'ils pratiquent selon l'enseignement qui leur est donné.
Les données médicales, depuis pas mal de temps, sont cotés selon un barème plutôt complexe et aisément remplaçable par des appréciations comme « démontré », « probable », « incertain » mais le qualitatif fait moins sérieux que le quantitatif, même si le second est en réalité issu du premier.
De plus en plus la tendance est d'aboutir à un diagnostic en cotant chacun des signes observés (encore faut-il avoir appris à les observer), par ex : fréquence cardiaque supérieure à 85/min = 1 point (quand on sait que le rythme cardiaque varie sans cesse et que l’émotion de l’examen risque de l’élever et qu’à 84/min vous n’avez plus ce point, on peut se demander quelle est la valeur d’un tel critère), et le diagnostic d'une maladie est porté si la somme des points atteint un total donné. Le risque de survenue d’une maladie est également coté. C'est introduire un modèle mathématique dans l'humain, et s'y soumettre aveuglément expose, à mon avis, à bien des déboires.
L'omniprésence des algorithmes de décision où la conduite se déroule en fonction d'une réponse par oui ou par non, c'est à dire un déroulement binaire qui « élève » la pensée humaine au niveau de l'ordinateur. Nous ne sortons pas de cette ambition de la médecine qui veut quitter l'art, bannir l’intuition et éviter la personnalisation pour se hisser au niveau d'une science dure.
Bien sûr, il y a les protocoles et il est heureux qu'il y en ait. Mais ces protocoles, outre le souci de mieux soigner, ont aussi le souci d'éviter un procès ultérieur.
Le tout aboutit à une débauche d'examens complémentaires plus ou moins systématiques, notamment d'imagerie, la plupart onéreux, parfois inutiles mais non exempts de dangers pour certains, alors qu'une bonne utilisation de ses sens aidés d'appareils simples et la réflexion ou le simple bon sens pourraient éviter nombre d'entre eux.
Mais il est de nos jours risqué de penser, surtout si on ne vous apprend plus à le faire. Alors on s'abandonne aux cotations, aux algorithmes et surtout aux machines qui disent forcement la vérité, pensent pour vous et nous ruinent, mais font tellement plus sérieux dans un éventuel procès, où l’on risque, en outre, de vous reprocher de ne pas avoir utilisé toute la panoplie à votre disposition.