La multiplication des cellules
« Homme, ne tirez pas le chapeau sur vos yeux, / Donnez au malheur des mots : le chagrin qui ne parle pas / S’insinue au cœur surchargé et fait qu’il se brise. » (Malcom à son ami McDuff à qui on vient d’annoncer le meurtre de sa femme et de ses enfants, Macbeth A IV s 3)
Encouragés par Shakespeare, les psychothérapeutes sont partout, plus perspicaces pour les autres que pour eux-mêmes. Mais peut-être avons-nous plus de psychologues que d’amis.
Les psychologues sont parfois groupés en cellules et elles doivent se diviser pour se multiplier afin de d’intervenir rapidement dans des lieux imprévisibles pour des motifs non programmés mais dont le point commun est le drame.
Dès qu’une catastrophe survient (y compris le gain d’un gros lot), dès qu’un présentateur d’une chaîne télévisée l’annonce, il ne manque jamais de conclure sa présentation par « une cellule psychologique a été constituée ». Ceci pour bien montrer que les choses sont prises en main, que rien n’a été négligé et que, somme toute, l’affaire est réglée et que les victimes n’ont plus à se faire du souci : les psychologues les prennent en charge et leur malheur en sera forcément moins douloureux. Ah ! Que l’on aimerait que les choses soient ainsi, mais je crains que la cellule psychologique suit les catastrophes comme le tonnerre suit l’éclair. Du bruit pour rien.[1]
Recrutement dans les maternelles
Il est vrai que la dépression nous guette. Ce n’est pas étonnant à voir le monde tel qu’il boîte. Mais les enfants à la maternelle qui n’ont qu’une vision assez confuse de ce monde seraient également menacés selon certains psychiatres[2] qui avancent que la dépression – semblable à celle de l'adolescent et de l'adulte - peut frapper même les bambins et préconisent de dépister cet état dépressif proche du berceau afin de prévenir une aggravation ultérieure (comment ? Par des drogues ?! Par la parole ? Bon courage). Notre vigilance doit donc porter non seulement sur les futurs délinquants en couche-culotte, mais également sur les déprimés accro à leur tétine.
Il faut souligner, pour respecter la vérité historique, que dès 1498, Albrecht Dürer avait montré dans le tableau ci-dessus un enfant Jésus manifestement déprimé, non sans raisons.
[1] Des études américaines contestent l’utilité et même l’absence de nocivité du « débriefing ». Les Français pensent que leur personnel est mieux formé, mais l’on ignore s’ils en ont démontré l’efficacité (ce qui est d’ailleurs difficile)
[2] Luby JL et coll. : Preschool depression, homotypic continuity and course over 24 months. Arch Gen Psychiatry 2009; 66-8: 897-905