Les corédacteurs du rapport de l´Agence française de sécurité sanitaire et du travail (Afsset) sur les champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences (CEM-EBF) ne sont pas contents.
Ce rapport avait été demandé par les ministères de la Santé et de l´Ecologie, afin d´évaluer les effets sanitaires de ces CEM-EBF. D’après ces experts, « un amateur » de l’Afsset se serait permis de modifier les conclusions, négligeant les effets dans la vie quotidienne et se focalisant sur les lignes à haute tension. L’avis de l’Afsset a ainsi préconisé « sans concertation et contre toute justification scientifique, la création d´une zone d´exclusion de 100 mètres de part et d´autres des lignes de transport d´électricité à très haute tension » alors que les rapporteurs ont déclaré que « les preuves scientifiques de possibles effets sanitaires à long terme sont insuffisantes pour justifier une modification des valeurs limites d´exposition actuelles ». Si ce principe de précaution est appliqué, il va, disent-ils, inquiéter inutilement et sans aucune base scientifique les 300000 riverains des lignes de transport de l’électricité.
Pour ma part, je ne sais évidemment pas qui a raison. Fixer une zone d’exclusion au pif, c’est ennuyeux et pourquoi avoir négligé une partie du rapport ? D’un autre côté, j’ignore qui sont ces experts, et je suppose qu’ils n’ont aucun rapport avec EDF.
L’avis donné par « l’amateur » est d’ordre politique. Le drame du sang contaminé a accouché du principe de précaution maintenant inscrit dans la Constitution. Or les études indépendantes qui cherchent à déterminer le degré de risque d’un matériel ou d’une situation sont difficiles, exigent du recul (des années), sont souvent contradictoires et parfois discutables sur le plan méthodologique, mais tout risque évoqué est rapidement considéré par le public comme établi, même s’il n’a pas été démontré et les gouvernants, par précaution, sont souvent obligés de suivre et les juges de rendre parfois des jugements sans fondement.
Le principe de précaution destiné à rassurer, ne rassure pas, il suscite la peur, d’autant plus que le public a souvent, à tort ou à raison, le sentiment que des informations lui sont cachées en raison des intérêts mis en jeu. Les risques sanitaires hypothétiques s’ajoutent de plus en plus aux crises sanitaires authentiques, de quoi faire notre bonheur.