En écoutant ce matin France Inter, j’apprends cette triste nouvelle : les gousses d’ail commencent à manquer en Chine. Les Chinois se précipitent pour s’en procurer afin de se protéger contre la grippe A (H1N1).
Rien d’étonnant, selon des mythes anciens, l’ail a la réputation d’éloigner le mal : il repousse les vampires, les zombies, les sorcières et peut-être le diable lui-même ! Il éloignerait les serpents, écarterait la folie, protégerait du mauvais œil, des influences néfastes et des agressions dangereuses et même des cors au pied.
Les vertus médicinales de l’ail sont reconnues depuis des millénaires (« Qui a de l'ail dans son jardin n'a pas besoin de médecin » dit le proverbe). La Bible, Hippocrate, les Egyptiens, les Crétois en parlent. Sir John Harington (portrait), inventeur de la chasse
d’eau, déclarait en son temps (XVI/XVII ème) « Parce que l’ail sauve de la mort, n’y renoncez pas, même s’il donne mauvaise haleine », il aurait pu ajouter un autre inconvénient, celui d’être anti-aphrodisiaque.
L’ail est riche en silice, soufre, iode, vitamines A, B1, B2, C et on lui attribue de nombreux bienfaits : fortifiant, anticoagulant, hypocholestérolémiant, antibiotique, bactéricide intestinal.
Récemment, on a attribué à l’ail des vertus dans la prévention et le traitement du cancer. Les mécanismes anticancéreux avancés seraient l’inhibition du stress oxydatif, de la mutagenèse, de la prolifération cellulaire et de l’angiogenèse (formation de vaisseaux sanguins). De plus, cette plante accumule le sélénium qui contrôle les gènes impliqués dans la carcinogenèse. Enfin, l’ail inhiberait la prolifération des lignées cellulaires cancéreuses de la prostate, stimulerait l’apoptose (mort cellulaire) et inhiberait le processus métastatique. De nombreuses études animales et in vitro apportent des éléments pour une relation entre la consommation d’ail et la réduction du risque cancéreux. Chez l’homme, plusieurs études seraient en faveur cette relation, mais à l’heure actuelle elle n’est pas formellement reconnue.
Des auteurs coréens[1] ont donc tenté d’évaluer la relation entre la consommation d’ail et les risques pour différents types de cancer en identifiant et en analysant de façon rigoureuse 19 études chez l’homme (publiées en anglais et en coréen de 1955 à 2007). Si aucune preuve crédible n’a été retrouvée en faveur de la relation entre la consommation d’ail et les cancers gastrique, du sein, du poumon et de l’endomètre, des preuves très limitées en faveur d’une relation entre la consommation d’ail et la réduction des cancers du colon, de la prostate, de l’œsophage, du larynx, de la cavité buccale, de l’ovaire, et du rein, ont été retrouvées . Mais il serait peut-être excessif de vous précipiter sur les gousses d’ail ou sur les gélules d’ail que l’on trouve dans les officines, pensez à votre entourage et à votre libido.
Par ailleurs, il est encore trop tôt pour savoir si les Chinois mangeurs d’ail seront moins touchés par la grippe que les autres. Il est peu probable que le virus soit incommodé par l’odeur de l’ail, par contre elle peut entraver les contacts rapprochés entre les Chinois et d’éviter ainsi la contagion.
[1] Kim JY et Kwon O : Garlic intake and cancer risk: an analysis using the Food and Drug Administration’s evidence-based review system for the scientific evaluation of health claims.
The American Journal of Clinical Nutrition 2009 ; 89 : 257-264.