Publié le 31 Août 2014

Le mois d’août se meurt. Une fin attendue, pâle et humide, il avait mauvaise mine à Paris. La ville s’est à peine vidée, les touristes sont venus combler les vides, la main sur le sac pour ne pas être volés. Le métro est resté bondé par une foule multicolore. Les femmes aux têtes voilées abondent dans les rames et les couloirs pour bien montrer qu’elles se soumettent à la même religion que les barbares coupeurs de têtes. Inutile, mesdames, de mettre un voile pour maintenir votre tête en place, dans la tradition du Moyen Âge, les femmes sont plus volontiers lapidées.

L’ours russe est pris de fringale face à une Europe tétanisée, et les sanctions glissent sur sa peau épaisse.

 En France, le seul parti politique en état de marche est le FN, mais il marche à reculons dans le monde d’avant-hier. Les autres se désintègrent. Le parti bonapartiste est à la recherche d’un chef, et court en tous sens comme un poulet décapité. Le parti socialiste se suicide, poignardé de la main gauche, ses attardés du siècle dernier en sont toujours à la lutte des classes, et d’autres hurlent à l’austérité quand l’Etat se retient (un peu) de dépenser de l’argent qu’il n’a pas. Les centristes à têtes multiples sont à la recherche de leur centre de gravité.

C’est bientôt la rentrée. Espérons que la bien jeune ministre de l’Education ne se sentira pas obligée d’ajouter une réforme aux autres. Le mieux à faire étant de foutre la paix aux enseignants en les laissant exercer leur métier qui est celui de transmettre leurs connaissances, lorsqu’ils en ont. Un point c’est tout.

 

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Publié le 27 Août 2014

 

162. Une affaire fumeuseDepuis l’apparition de la e-cigarette (inhalateur électronique de nicotine), le nombre  d’amateurs augmente sans cesse, les magasins spécialisés fleurissent, l’industrie du tabac se gratte la tête, et montera sûrement en marche puisqu’ il y a du fric à récupérer.

Quant aux médecins : ils débattent. Beaucoup constatent que seule la e-cigarette a fait reculer le tabagisme : moins de tabac consommé, et efficacité bien plus grande que la prise de substituts à la nicotine qui étaient jusqu’à présent prescrits pour favoriser le sevrage tabagique. La e-cigarette, en effet, offre en plus de la nicotine (dont le taux peut être progressivement diminué), la gestuelle habituelle du fumeur.

Mais la e-cigarette est-elle dangereuse ? Tous les spécialistes s’accordent pour dire que la vapeur d’eau aromatisée dégagée est infiniment moins dangereuse que la fumée de tabac à la fois cancérigène et néfaste pour les artères. D’accord, disent ses opposants, mais elle est dangereuse. Comment ? Pourquoi ? On ne sait pas encore.

Récemment, L’AHA (American Heart Association) et le CDC (Center for disease Control) ont dénoncé l’utilisation de l’inhalateur, suivis par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui recommande d’interdire la vente des «inhalateurs électroniques de nicotine» aux mineurs et de prohiber leur usage dans les lieux publics fermés, au motif que « l’utilisation de ces dispositifs présente un danger grave pour l’adolescent et le fœtus ». Il est certain que la nicotine n’est pas recommandée à un âge précoce, et on veut bien les suivre sur ce point. Mais les experts de l’OMS soulignent que « les recommandations […] sont susceptibles de changer rapidement ». Le problème étant qu’« on ne disposera pas de données probantes sur l’association entre l’utilisation des inhalateurs électroniques de nicotine et [les maladies comme le cancer] avant plusieurs années, voire plusieurs décennies »

Autrement dit, ces experts ne savent rien mais n’hésitent pas à se prononcer, à éditer des recommandations et des interdits. Ils reconnaissent tout de même que c’est un outil de sevrage tabagique, mais en émettant le curieux bémol suivant : l’ignorance de l’importance de la réduction du risque. Mais la réduction existe donc, alors pourquoi dénoncer la chose ? Voilà des experts qui ne savent vraiment rien, et on peut se demander si l’industrie du tabac n’y est pas pour quelque chose dans leurs réticences. 

Cézanne : « L’homme à la pipe »

 

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Publié le 26 Août 2014

 

« Quand on accorde des honneurs, on sait précisément ce que l’on donne ; mais, Fissuresquand on y joint le pouvoir, on ne peut dire à quel point il pourra être porté » (Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence).

« Un pouvoir impunément bravé touche à sa ruine ». (Honoré de Balzac, La peau de chagrin).

« Le pouvoir est une action, et le principe électif est la discussion. Il n’y a pas de politique possible avec la discussion en permanence » (Honoré de Balzac, Sur Catherine de Médicis).

 « Quant au pouvoir, je ne saurais, en tout cas, quitter les  choses avant qu’elles ne me quittent. » (Charles De Gaulle, Mémoires de guerre, Désunion).

 

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Publié le 25 Août 2014

Prévisions

Raymond Aron parlait de la certitude des prévisions rétrospectives. Prévoir l’avenir à partir du présent, c’est s’exposer aux erreurs, et il est plus sûr de prévoir l’avenir du passé. Quelle que soit la matière, la prévision est un art périlleux mais qui séduit tous les experts. Leurs prévisions remplissent le cimetière des idées.

Les économistes se trompent souvent, ce qui n’est pas étonnant puisqu’ils appliquent doctement des schémas du passé ou du présent à un avenir dont les données ne seront plus les mêmes. A cet égard, l’impeccable raisonnement de Malthus de la fin du XVIIIe siècle sur la dramatique discordance entre la progression géométrique de la population et la progression arithmétique des ressources s’est révélé jusqu’à présent erroné car les données ultérieures à sa prévision se sont modifiées par rapport à celles du XVIIIème. Mais peut-être faut-il attendre pour que les prévisions malthusiennes se réalisent. Quand on prévoit la mort, on a toujours raison, que ce soit celle d’une personne, de la Terre ou du Soleil.

En matière politique ou géopolitique, le cours des évènements surprend souvent. Chateaubriand disait : « Presque toujours, en politique, le résultat est contraire à la prévision ». Les dangers prévus ne sont souvent pas ceux qui apparaissent et contre lesquels on se trouve alors dépourvus pour ne pas les avoir prévus ou les avoir négligés.

Dès qu’apparait un évènement imprévu, les médias se tournent vers des experts qui vont défiler à la queue leu leu sur les ondes et les écrans où ils vont débiter leur savoir, c'est-à-dire du passé, par lequel on leur demande de prédire l’avenir, alors qu’ils n’avaient pas prévu la survenue de l’évènement. Reste que le passé est la seule boule de cristal que nous ayons. Mais l’Histoire ne se répète pas en boucle, elle déraille.

La médecine n’a pas échappé pas aux prévisions erronées. En voici quelques-unes formulées par de grands noms et qui peuvent prêter à sourire, mais il est facile et injuste de juger le passé à partir du présent.

- La circulation est " paradoxale, inutile, fausse, impossible, absurde et nuisible " [1] affirme à Paris, le Doyen Gui Patin lorsque l’Anglais William Harvey publie en 1628, à Francfort, après plus de vingt ans d’observations et d’expérimentations rigoureuses, sa théorie de la circulation.

- «  La chirurgie est parvenue au point de n’avoir presque plus rien à acquérir. » déclarait en toute simplicité un chirurgien parisien renommé, Jean Marjolin, en 1836.

- «  Eviter la douleur dans les opérations est une chimère qu’il n’est plus permis de poursuivre aujourd’hui » affirmait, en 1839, Alfred Velpeau, surnommé le Prince de la chirurgie, sept ans avant la première opération chirurgicale sous anesthésie générale.

- En 1878, Pasteur recommandait : «  Si j’avais l’honneur d’être chirurgien, pénétré comme je le suis des dangers auxquels les exposent les germes des microbes répandus à la surface de tous les objets, particulièrement dans les hôpitaux, non seulement je ne me servirais que d’instruments d’une propreté parfaite, mais après avoir nettoyé mes mains avec le plus grand soin […] je n’emploierais que de la charpie, des bandelettes, des éponges préalablement exposées dans un air porté à la température de 130° à 150°… »

A cela, le professeur Peter, à l’académie de Médecine, répondit la même année : « Ce sont là des curiosités d’histoire naturelle, intéressantes à coup sûr, mais à peu près de nul profit pour la médecine proprement dite, et qui ne valent ni le temps qu’on y passe, ni le bruit qu’on en fait. Après tant de si laborieuses recherches, il n’y aura rien de changé en médecine ; il n’y aura que quelques microbes de plus […] L’excuse de Monsieur Pasteur, c’est d’être un chimiste qui a voulu, inspiré par le désir d’être utile, réformer la médecine à laquelle il est totalement étranger.»[2]

- «  Une habile mystification » déclara Lord Kelvin, un des plus grands physiciens de la fin du XIXe siècle, lorsqu’on lui rapporta la découverte en 1895 des rayons X par l ‘Allemand Röntgen. 

L’ennui avec les experts c’est qu’ils savent beaucoup de choses, et l’esprit encombré par tout ce qu’ils savent ne leur permet pas toujours d’appréhender ce qu’ils ne savent pas. Ceci les amène souvent à rejeter ce qui ne fait pas partie de leur savoir pour ne pas encombrer davantage leur esprit.

Dessin de Geluck

[1] Cité par Bariéty et Coury, Histoire de la médecine

[2] Cité par J-M Galmiche, Hygiène et médecine

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Publié le 23 Août 2014

 

Vol au-dessus des mers

En arrivant au pouvoir en mai 2012, Hollande imposa une réduction des salaires des membres du gouvernement de 30% (A noter que Sarkozy s'était empressé d'augmenter largement le sien). Aujourd'hui le salaire mensuel brut (soumis aux divers impôts) serait pour le Président de la République et le Premier ministre d'environ 15000 € et celui des ministres d'environ 10000 €.

L'entrefilet ci-dessus est tiré du magazine "le Point" du 21 août 2014. Vous avez bien lu, cette ex-ministre du gouvernement Raffarin touchait depuis un an un salaire plus élevé que celui des plus hautes autorités de la République pour effectuer un travail spécial dont on peut se demander la nature et l'utilité. Je pense que les îles du Pacifique ne verront que du bénéfice à se dispenser de ses services hors de prix.  

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Publié le 20 Août 2014

De tous temps, la survenue d’une épidémie à haute mortalité contre laquelle les médecins n’ont rien à proposer comme traitement en dehors des mesures de prophylaxie, la population menacée réagit toujours de la même façon : incompréhension, recherche de coupables ou de responsables, déversement de la peur sur un bouc émissaire, suspicion d’un complot qui permet une explication cohérente, bien que fantasmée, et la découverte du même coup du coupable et du bouc émissaire.

Ces réactions s’observent en Afrique de l’Ouest avec l’épidémie à virus Ebola. Récemment, un groupe armée de gourdins a « libéré » 17 malades mis en quarantaine à Westpoint au risque de propager la maladie, à commencer dans le groupe « libérateur », celui-ci niant la réalité de l’épidémie tout en accusant plus ou moins la Présidente du Libéria à laquelle il s’oppose.

Les Africains ne comprennent pas que l’on ne puisse pas enterrer les morts selon leurs rites et soutenir les parents endeuillés. Ils refusent de croire aux origines invoquées de la maladie (pour le moins confuses), ils ne comprennent pas pourquoi cette maladie habituellement circonscrite fait aujourd’hui tant morts, et que la médecine reste toujours impuissante malgré ses progrès.

Alors, ils se défient des occidentaux, et mettent en doute la sincérité des coopérants venus sur place pour les aider (à leurs risques et péril) mais qui ne sont, à leurs yeux, que les descendants des anciens colonisateurs. Un journaliste de Guinée écrit : « Lui [Alpha Condé] qui sait que, tout au début, les populations de certains villages de Guéckédou et de Macenta avaient montré de la résistance en s’attaquant à des agents de l’ONG Médecins sans frontières. Ne voulant pas passer pour un complice de ce que les populations assimilent davantage à une sorte "d’invention occidentale" destinée à les liquider ». Défiance renforcée par le fait que les premiers essais d’un traitement expérimental ont d’abord été appliqués sur des occidentaux.

Pour les anciens colonisés, le bouc émissaire qui va de soi est l’ancien colonisateur.

On raconte l’histoire suivante : après l’indépendance de son pays, un vieil Africain, devant la succession des dictateurs, les exactions, les règlements de compte ethniques qui l’ont souvent suivie, demande à son fils : « l’indépendance, ça va encore  durer longtemps ? ». On pourrait dire aujourd’hui qu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance des pays africains : « la mentalité de colonisé, ça va encore durer longtemps ? ». N’avons-nous pas à domicile des gens qui se considèrent comme des « indigènes de la République » ?

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Publié le 19 Août 2014

Trois titres d’articles d’un journal médical en ligne (Egora) : 

Insécurité Encore un MG agressé devant ses patients

 

Insécurité Une MG agressée par un toxicomane pour un refus de prescription

 

Insécurité Un psychiatre reçoit 10 coups de couteau

 Jadis les praticiens étaient respectés et rarement victimes d’agression. L’assassinat du Pr. Pozzi en 1918 par un opéré de varicocèle, «  un malade mental qui attribue ses insuffisances à la chirurgie » était raconté aux étudiants comme un événement exceptionnel et instructif.

Cette dernière décennie a vu se multiplier les agressions contre les soignants. Appartenir au corps de santé, pourtant destiné à porter secours aux autres, est un statut qui ne protège plus des violences de ceux qui demandent de l’aide.

Je salue donc ici l’initiative d’un urgentiste de Limoges de former ses collègues hospitaliers à l’auto défense et au karaté. Il y a donc des individus qui méritent d’être soignés de cette façon.

Le promoteur de ce complément aux études médicales affirme cependant que « le but n’est pas de blesser le malade, mais d’apprendre les bons reflexes ». D’ailleurs, dans l’hypothèse où ces soins énergiques apportés au patient violent conduiraient à le blesser, l’équipe soignante et le matériel seraient sur place pour lui porter secours.

« D’abord ne pas nuire » aurait dit un certain Hippocrate[1]. Mais c’était avant.

Nous en sommes là.

 

Ne vous frappez pas, laissez-nous ce soin

 

Georges Bellows : « Stag at Sharkey’s »

 

[1] « Être utile ou du moins ne pas nuire », car le « Primum non nocere » peut être difficilement attribué au Grec Hippocrate qui ne connaissait sans doute pas le latin et s’exprimait en ionien

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Publié le 18 Août 2014

 

Cette obscure transparence qui tombe des députés

 

Il s’agit- parmi bien d’autres du même acabit - de la déclaration d’intérêt d’un député, rédigée par ses soins, restée manuscrite, et consultable en format PDF sur le site de la HATVP (Haute autorité de la Transparence de la vie publique).

Source : article de Samuel Laurent (Le Monde.fr).

 

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Publié le 17 Août 2014

 

Nouvelles de l'espace

 

Le lancement de la Vierge le 15 août fut un succès, et sa mise sur orbite autour de la Divine Station Spatiale,  une réussite. Nous reproduisons ici la première photo diffusée par l'ADV (Agence Du Vatican), et que l'on doit à Francesco Albani, de la sortie des cosmonautes de la Station pour effectuer la dernière phase de l'opération : l'introduction de la Vierge dans le sas de la SOC (Station Orbitale Céleste). On voit nettement que quatre d'entre eux l'entourent, nantis de leur équipement dorsal,  pour la faire pénétrer.

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Publié le 15 Août 2014

Les hommes et les femmes politiques pourraient aisément remplacer le « Je pense, donc je suis » par : « On parle de moi, donc je suis ». Bien sûr, dans notre société médiatisée cette formule peut s’appliquer à d’autres catégories de la population, et même à certains individus « ordinaires » qui cherchent à se faire connaître par tous les moyens, y compris les plus stupides ou les plus dangereux, par le biais des réseaux sociaux. Les politiciens, pour exister, recherchent la complicité des médias, peaufinent des petites phrases pour accrocher l’audience, et s’introduisent où ils peuvent pour montrer leur bobine.

Un cas exemplaire est celui de Sarkozy dont on n’arrête pas de parler depuis sa défaite électorale. Le « reviendra, reviendra pas » et le « j’y vais ou j’y vais pas » font couler beaucoup d’encre dans les journaux et les magazines depuis son départ.

« Le Canard enchaîné » (13/08/14) rapporte l’analyse d’un parlementaire (dans le « Figaro » du 7/08/14) : « Sarkozy explique qu’il n’a pas le choix, mais qu’il n’a pas choisi, qu’il a un devoir mais qu’il n’a pas pris sa décision. Qu’il va revenir alors qu’il n’est jamais parti. Que voulez-vous que l’on commente ? ».

Depuis son départ, les médias ont suivi Sarkozy à la trace : bicyclette, scooter, conférences, concerts de sa dulcinée, goûts littéraires etc…C’est à dire qu’ils ont rapporté fidèlement des non-évènements, sans aucun intérêt pour le pays, uniquement pour faire de la copie, et maintenir l’existence publique de l’ancien président par le biais de sa vie privée, alors qu’il n’y a rien à dire sur lui puisqu’il n’a fait jusqu’à présent aucune déclaration significative et exposé aucun projet.

Comme les politiciens n’ont pas grand-chose à dire, et comme l’on devine aisément ce qu’ils vont déclarer, pour appliquer le principe : « on parle de moi, donc je suis », ils sont amenés à se montrer dans d’autres domaines que la politique, ce qui conduit à une « pipolisation » de la vie politique : où je vis, avec qui je suis, ce que je fais, ce que j’aime…Photos et articles sans intérêt sur leur personnalité, et même participation à des jeux télévisés où ils cherchent à se montrer sous un jour sympathique avec la simplicité du voisin qui vient boire l’apéro dans votre foyer.

Certes, le récit du rien tient une bonne place dans les médias, mais l’inverse est plus fâcheux : l’absence de récit sur des évènements existants, et qui de ce fait n’ont pas d’existence à nos yeux, et deviennent pour nous des non-évènements. A côté de la présence médiatique de l’absence, il peut exister une absence médiatique de la présence. Mais le pire est la présence médiatique d’un évènement fabriqué de toutes pièces, et qui devient existant à nos yeux, et ce rien entraînera des réactions du public ou même des gouvernements qui seront à leur tour médiatisées en raison de leur présence.

 

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Publié le 12 Août 2014

 

Le poids des amours

 

Depuis 2008, les couples amoureux ont pris l’habitude de fixer des « cadenas d’amour » sur le grillage (lorsqu’il existe) des parapets des ponts de Paris, et de jeter la clef dans la Seine pour marquer symboliquement l’indéfectibilité de leur union. La conséquence est que les ponts risquent de mal supporter le poids de ces amours. Un pan du grillage du pont des Arts s’est d’ailleurs effondré en juin dernier apparemment plus fragile que les sentiments de fer exprimés par ces couples.

A partir du 11 août, la mairie de Paris compte inciter les couples à remplacer les cadenas par des selfies, les couples se photographiant sur le pont et diffusant cette photo mémorable de leur amour sur un site spécialement créé pour l’occasion : lovewithoutlocks.paris.fr – ou sur Twitter, avec le mot-dièse #lovewithoutlocks. La mairie envisage également de supprimer les grillages. Radical mais plus efficace.

Ce qui m’intrigue, c’est que l’on puisse symboliser un amour par un cadenas, symbole d’enfermement, de lien que l’on ne peut rompre même si l’on désire se libérer, la clef jeté dans la Seine la rendant introuvable. Cadenas et clef évoquent la ceinture de chasteté du Moyen Âge. Envisager l’amour comme une prison est déjà mauvais signe. On rejoint ici le mariage catholique : l’union jusqu’à la mort et l’interdiction du divorce. A l’époque où nous vivons, où la moitié des couples se séparent lorsqu’ils sont mariés, où beaucoup ne se lient même pas par le mariage, la pose de ces cadenas me semble plus tenir du jeu que de la passion.

Quant à se photographier soi-même, en couple, c’est plutôt sympathique. Par contre le besoin égocentrique de montrer ses bobines accouplées au monde entier semble oublier que pour vivre heureux, il faut vivre cachés. (voir l’ article précédent « Selfies »)

 

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Publié le 11 Août 2014

Je trouve déprimante la mode qui consiste à se photographier soi-même – ce que permet, et en toute circonstance, le téléphone portable, organe inévitable qui fait maintenant partie de l’organisme de chaque individu - puis à l’envoyer sur les réseaux dits sociaux afin que chacun sur la planète puisse contempler la pauvre tronche ou la fesse rebondie de nombrilistes patentés.

Ces selfies, plus joliment dénommés « egoportraits » au Québec, sont l’indice d’une étrange satisfaction de soi ou peut-être d’une misère d’être. J’hésite. C’est un exhibitionnisme du vide qui s’apparente à celui du pervers qui prend plaisir à ouvrir son imperméable dans la rue pour montrer son sexe aux enfants qui passent. Le vide égocentrique est parfois entouré d’un évènement que le « selfieur » tient à photographier, non pas pour l’évènement lui-même, mais pour montrer qu’il y était.

Si les selfies sont une manière de certifier au monde, mais de façon fugace et ridicule, que l’on existe quelle que soit sa médiocrité, les peintres, eux, ont laissé par leurs autoportraits la trace d’eux-mêmes, de leur talent ou de leur génie, à travers les siècles.

A cet égard, c’est peut-être Rembrandt qui nous a offert le plus d’autoportraits exécutés à tous les âges de sa vie et dont je reproduis ici quelques uns :

A 24 et 23 ans :

 

 

Selfies

Selfies

 

A 34 ans :

 

Selfies

 

A 44 ans :

 

Selfies

 

A 54 ans :

 

Selfies

 

A 63 ans, l’année de sa mort :

 

Selfies

 

Mais l’autoportrait le plus terrible que je connaisse est celui de Picasso qui date de 1972, l’année qui précède celle de sa mort :

 

Selfies

 

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Rédigé par Dr WO

Publié dans #Rembrandt, #Selfies

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Publié le 10 Août 2014

Quand on parle de croissance et de décroissance, c’est immédiatement à l’économie que l’on pense. Le monde est dominé par les impératifs économiques, bien qu’ils soient aujourd’hui mâtinés d’une dose toxique de religion. Tous les pays s’essoufflent à rechercher la croissance comme les chevaliers de la Table ronde à la recherche du Graal. Certains écologiques prônent au contraire la décroissance pour économiser les ressources de la planète.

Non, mon propos n’est aucunement économique, il serait plutôt onéreux. Quand je parle de croissance, je songe pudiquement à celui du sexe masculin. Je viens d’apprendre (Atlantico.fr) que 15414 opérations d’agrandissement du pénis ont été effectuées à travers le monde (de 3 à 6 cm pour la longueur et éventuellement de 2 à 3 cm pour le diamètre).

Et c’est là que je retombe sur mes pieds en rejoignant l’économie : c’est l’Allemagne qui arrive en tête pour la croissance phallique puisqu’une opération d’agrandissement du pénis sur cinq a été réalisée outre-Rhin, la somme à débourser s’élevant à 9600 €. Le Venezuela et l’Espagne, puis le Mexique et la Colombie arrivent derrière, l’Iran est en dixième position. Mystère : la France n’est pas citée dans le classement de l’étude publiée par « International Society of Aesthetic Plastic Surgeons ». Les Français sont-ils satisfaits de leurs attributs ou ont-ils renoncé à toute croissance ?

Parlons maintenant de décroissance. Que mes frères masculins ne s’inquiètent pas, il ne s’agit pas d’amputer un appendice auquel ils sont très attachés. La décroissance dont je veux parler concerne le sexe féminin ou plus précisément de ses lèvres. Un groupe britannique de chirurgie esthétique a révélé que le nombre de demande de labiaplastie a progressé de 45% au cours des quatre dernières années. « Ainsi, [en Grande-Bretagne] 3 500 interventions visant à remodeler le dessin des lèvres vaginales sont désormais réalisées chaque année, dont 1 150 concernent des jeunes femmes de 18 à 24 ans ». Cette tendance existe également aux USA.

Les prétendues imperfections de ces lèvres paraissent plus visibles avec la mode de l’épilation intégrale. Les perfectionnistes recherchent l’esthétique vulvaire des très jeunes filles ou s’inspirent de modèles révélés par les films pornographiques. Comme toute décroissance, celle-ci n’est pas sans risque car outre des infections possibles, des douleurs lors des rapports peuvent parfois gâcher le plaisir de la contemplation.

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Publié le 8 Août 2014

Gaston Flosse est président et sénateur de la Polynésie. Il a toujours été élu malgré ses malversations connues de tous et notamment de ses électeurs. Cette fois il est condamné en cassation et devrait donc se démettre de tous ses mandats.

La manœuvre suivante montre à quel point le bonhomme est habile : il sollicite la grâce présidentielle. Il est peu probable qu’il l’obtienne, mais une demande de grâce nécessite une instruction qui suspend l’exécution de la décision. Et pendant le temps de l’instruction, Gaston continuera à percevoir les émoluments attachés à ses fonctions, c'est-à-dire la modique somme de 20000 € par mois !

On peut s’étonner qu’un individu aussi visiblement malhonnête ait été régulièrement réélu. Mais ce n’est pas le seul, et sans doute est-il habile dans d’autres domaines et notamment dans celui à satisfaire sa clientèle. Ce qui m’étonne, pour ma part, est l’appétit d’argent dont fait preuve ce vieillard dont les années à vivre sont comptées.

Dessin de Geluck

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Publié le 7 Août 2014

Devant la progression de la maladie au virus Ebola en Afrique de l'Ouest, la présidence libérienne a décrété "Trois jours de jeûne et de prière de mercredi à vendredi de 6h à 18 h pour implorer la protection divine contre l'épidémie"

Devant l'impuissance humaine, la démarche habituelle des croyants est de se tourner vers Dieu pour appeler son intervention. Mais la question qui se pose est : pourquoi un Dieu tout puissant permet-il que des maladies viennent décimer ses créatures ? Les religions interprètent les épidémies soit comme une épreuve, soit comme une punition. Cette idée de maladie-punition était omniprésente dans le passé, notamment dans la chrétienté où l'Homme est né coupable. Mais cette conception reste encore vivace de nos jours.  

 Un Tireur d'élite

Dans l'Iliade, pour punir Agamemnon d'avoir enlevé la fille d'un prêtre et refusé de la rendre, les flèches d'Apollon frappent le camp grec et répandent une épidémie.

Saint Grégoire parle de flèches tombant sur Rome pendant la première pandémie de peste du VIe siècle

La peste du XIVe siècle tua près de la moitié de la population de l'Europe. Touchant tous les milieux sans distinction de rang ou de fortune, elle a semblé longtemps être l'expression du courroux divin. Des flèches venant du ciel et touchant l'homme, symbolisaient la maladie envoyée comme punition divine. Au XVème, des tableaux représentant les hommes frappés par cette maladie montrent des flèches atteignant l'aine ou l'aisselle, là où apparaissent les bubons. Dieu lançant des traits fût par la suite remplacé par un intermédiaire plus anonyme : la Mort  troquant sa faux contre un arc et des flèches et entraînant les pestiférés dans une danse macabre. La maladie comme punition divine lui donnait un caractère cosmique expliquant l'impuissance des médecins face aux forces surnaturelles.

 Tous coupables

Tous les moyens étaient recherchés pour amadouer le Ciel : prières, processions, pénitences et flagellations. Lors de la peste du XIVème, des centaines d'hommes et de femmes venant d'Aix-la-Chapelle exécutaient jusqu'à épuisement une danse de Saint Guy sur la place publique, et allaient de ville en ville : Cologne, Metz et Erfurt, entraînant les spectateurs dans leurs convulsions frénétiques. La Confrérie de la Croix arrivant de Hongrie, traversait l'Europe, les frères tête couverte et yeux baissés, portaient des costumes sombres avec une grande croix rouge sur la poitrine. Ils exécutaient en public, deux fois par jour, des flagellations avec des fouets à triples lanières terminées par des pointes de fer. Leur venue était annoncée par des sonneries de cloches. La compagnie continuait sa tournée de ville en ville à moins que la peste de la décime.  Ces démonstrations impressionnantes étaient toutes inefficaces. Les hommes d'Eglise s'efforçaient de déterminer le péché responsable. Il variait selon les pays. On incriminait l'impiété, l'opéra ou le théâtre ou les habits trop voyants ou les longs souliers pointus, attribuant à Dieu des préoccupations pour le moins frivoles.

Curieusement dans la conception religieuse de la maladie, c'est toujours  Dieu qui punit pour le péché et le diable n'intervient que pour la maladie mentale. Satan offre plutôt la santé et la jeunesse contre l'âme. L'âme serait-elle pathogène ?


"La procession des flagellants" de Goya

 Des malades au bûcher

Pour se préserver de la lèpre pourtant peu contagieuse, les moyens ont été parfois radicaux. La crécelle permettait aux lépreux de signaler leur présence afin que l'on s'en écartât.  Les religions, prêtres et fidèles, considéraient également la lèpre comme une punition divine. Au XIVe siècle, les lépreux, accusés d'avoir empoisonné les puits, ont été exterminés. En 1321, restée dans les mémoires comme l'année de la crémation des lépreux, l'archevêque de Lyon en fit brûler un grand nombre.  Le roi Philippe V le long en profita pour confisquer leurs biens. Au XVIe siècle, alors que la lèpre devenait plus rare, certains se faisaient passer pour lépreux afin de ne pas travailler et ne pas payer d'impôts. Quelques établissements devinrent des lieux de vices et d'orgies transformant les bordes (cabanes de lépreux) en bordels[1].

Des malades soumis aux châtiments corporels

A la fin du XVe siècle apparaît brusquement la grande vérole lors de l'invasion de l'Italie par Charles VIII. Elle se répand à grande vitesse et ravage toute la planète, comme la pandémie de sida actuelle. On n'en connaît absolument pas l'origine,  chaque peuple en accusant un autre, mal français pour les Italiens, mal napolitain pour les Français, mal des Francs pour les Arabes, mal portugais pour les Chinois, mal chinois pour les Japonais et mal des Indiens d'Amérique pour beaucoup, sans la moindre preuve, uniquement parce que l'épidémie est contemporaine du voyage de Christophe Colomb.

 C'est l'Italien Jérôme Fracastor qui identifie la vérole, la baptise syphilis, affirme la contagion par voie sexuelle et conseille  le mercure qui restera le seul traitement jusqu'au XXe siècle.

Les malades ont été longtemps dénoncés, isolés, stigmatisés, culpabilisés et parfois punis. A Bicêtre, ceux que l'on estimait coupables étaient flagellés. Dès 1496 les étrangers atteints devaient quitter Paris sous peine de pendaison, les syphilitiques devaient quitter Edimbourg sous peine d'être marqués au fer rouge, et sous Louis XIV les prostituées trouvées dans la ville de Versailles risquaient de perdre leurs oreilles.

Avec la pénicilline la maladie semblait vaincue car un traitement précoce la guérit sans séquelle. Depuis 2000 la syphilis est de retour, favorisée par la multiplication des partenaires et l'abandon du préservatif.

Régulation divine de la démographie

La croyance dans l'intervention de l'Au-delà dans la maladie n'est pas l'apanage du Moyen-Age. La transmission du choléra se faisant par l'eau, les aliments souillés, et le contact manuel avec le porteur du vibrion cholérique de Koch, elle atteint de préférence les pauvres vivant nombreux dans des espaces étroits. Lors de l'épidémie de 1832 à Paris, certains dirent qu'il s'agissait d'une divine providence, permettant d'absorber l'excédent de population par rapport aux moyens d'existence.

La maladie reste une punition

De nos jours, lorsque l'avortement était clandestin, certains considéraient que la mort d'une avortée était une juste punition, et on n'a pas manqué d'affirmer que la pandémie du sida était une punition divine frappant les tenants de la libération sexuelle. Dans l'esprit de tous et même dans celui des médecins, ne pense-t-on pas implicitement que les maladies provoquées par l'alcool, le tabac, les drogues punissent ceux qui se sont rendus coupables d'avoir cédé à leurs penchants. Inversement, combien de malades ne comprennent pas qu'ils puissent l'être, ne s'étant livrés à aucun écart et commis aucune faute, ayant suivi la prévention ou le traitement à la lettre et ressentent la maladie comme une punition injuste, d'autant plus injuste que le voisin intempérant reste, lui, en bonne santé.


[1] W. Hansen et J.Freney, Bulletin de la Sté Française de microbiologie, fév 2003

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 6 Août 2014

L’épidémie la plus grave de la maladie à virus Ebola progresse actuellement en Afrique de l’Ouest (Guinée, Sierra Leone, Libéria). Le risque que cette épidémie touche la France est faible. Néanmoins, il n’existe actuellement aucune restriction pour les voyages vers les pays où sévit l’épidémie et au retour.

Récemment Mme Touraine a déclaré : “La France a les moyens de faire face à Ebola mais doit être vigilante”. Soyons vigilants.

Comme il n’existe aujourd’hui aucun vaccin et aucun traitement contre cette maladie, dont la mortalité peut atteindre les 100%, les moyens dont parle sans doute la ministre de la Santé ne peuvent se borner qu’à des mesures prophylactiques visant à limiter la contagion en isolant les malades, et à éviter d’entrer en contact avec leurs matières organiques et leurs fluides corporels.

Actuellement pour les voyages aériens les précautions prises visent essentiellement à dépister les personnes déjà atteintes, soit au depart, soit pendant le vol, Air France ayant équipé leurs avions du materiel nécessaire pour assurer la prophylaxie de la maladie.

Fort bien. Mais un vol depuis les zones épidémiques ne dure que quelques heures, or la Fièvre hémorragique à Ebola a une durée d’incubation qui peut varier de 2 à 21 jours (4 à 9 jours en moyenne). Un porteur du virus peut donc n’avoir aucun signe de la maladie pendant le voyage et le transmettre ultérieurement à son entourage une fois la maladie declarée. Mais c’est vrai que nous avons les moyens d’éviter qu’elle ne se répande et attendre que la maladie s’éteigne avec les malades (ce qui a été le cas des épidémies antérieures).

Certaines compagnies aériennes ont préféré supprimer leurs vols vers l’Afrique de l’Ouest. Les lâches.

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Rédigé par Dr WO

Publié dans #Ebola

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Publié le 4 Août 2014

Les replis de la mémoire

Si la deuxième guerre mondiale fut en Europe une nécessité pour abattre le nazisme et le fascisme imposés par la folie de quelques hommes, la première fut une boucherie parfaitement inutile. Les commémorations se succèdent. S’il est important que leurs descendants rendent hommage à la mémoire des sacrifiés sur l’autel de l’aveuglement des dirigeants et de la bêtise des généraux de l’époque, commémorer à répétition les évènements désastreux de la « Grande Guerre » tient du masochisme.

Hier ce fut la commémoration de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche-Hongrie à Sarajevo, motif avancé du conflit, aujourd’hui celle de l’invasion de la Belgique par le Allemands. Sur l’invitation du roi des Belges douze chefs d’Etat – dont Hollande - sont attendus à Liège pour « fêter » ce désastre.

Que l’on fête une victoire ou la fin d’une guerre est justifié, mais pourquoi les échecs et les défaites ? L’histoire de l’Europe est riche de ces évènements, et il est à craindre que les hommes ou les femmes d’Etat soient amenés dans l’avenir à passer plus de temps à commémorer qu’à gouverner. Hollande montre l’exemple, et semble se complaire dans ce rôle passéiste où il ne prend guère de risques.

L’Europe ressasse son histoire jusqu’à la nausée. C’est un indice inquiétant : elle est plus tournée vers le passé que vers l’avenir. L’Europe est vieille et fatiguée et comme les vieillards elle vit plus dans le passé que dans le présent, et ne se projette plus guère vers l’avenir. A cet égard, la France semble être la plus percluse. De commémoration solennelle en commémoration solennelle, elle traîne solennellement son passé comme un boulet, et ancienne puissance coloniale, ses anciennes colonies vont finir par la digérer.

René Magritte : « Mémoire »

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 2 Août 2014

 

Parallèles

 

Solitude des parallèles alignées

Cheminant chacune de son côté

Sans jamais se rencontrer

Comme deux jumelles fâchées

 

Peut-être qu’avec patience

Au bout de l’espace sans fin

Au bout de leur persévérance

Se rencontreront-elles enfin

Mais quand elles se croiseront

Ce sera dans l’infini leur fin

Par l’étreinte de l’intersection

 

J’ai toujours été captivé par les lignes parallèles. Ces lignes qui fuient devant vous en se perdant dans l’horizon lorsqu’elles sont rectilignes. Certaines meurent dans la mer, celles qui bordent les chemins meurent avec eux. Les rails peuvent épouser d’autres rails au gré des aiguillages, mais finissent par mourir dans les gares toujours séparés.

Un jour un enfant en regardant les rails du haut d’un pont m’a demandé quand et où ces lignes de fer se toucheront. Lui aussi était captivé par les parallèles. Je lui ai répondu : « jamais ».

Pour les géomètres les lignes parallèles se rejoignent à l’infini. C’est une promesse invérifiable. Une croyance. Et comme je ne suis pas croyant, je lui ai répondu : « jamais ».

Sans doute ai-je eu tort. La perspective nous donne l’illusion de leur union au lointain, mais ce n’est qu’une illusion d’optique. Par contre,  les mathématiciens et les physiciens d’aujourd’hui trouvent la géométrie Euclidienne bien étroite, et ne se contentent plus des trois misérables dimensions qui encadrent notre vie. Et je ne sais pas si les parallèles ne se rejoignent pas dans le monde des particules. Dans ce monde dont nous sommes intimement faits et pourtant si étrange et si mystérieux : là où on peut être et ne pas être, ou être deux choses à la fois, ou être à deux endroits différents au même moment.

Alors ne dis jamais jamais.

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Rédigé par Dr WO

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