Dans le projet de révision des lois
de bioéthique, il est prévu la possibilité de levée l’anonymat des donneurs de gamètes. A leur majorité, les enfants nés d’un don de gamètes auront un droit d’accès aux « données non
identifiantes » : certaines données médicales (sans doute obsolètes), taille du donneur (intéressant), origine géographique (l’ethnie peut-être) et niveau socioprofessionnel (qui risque
fort de s’être modifié avec le temps… Plus de 18 ans !). En outre, en cas d’accord du donneur ou de la donneuse, il sera même possible de connaître son identité. Mais dans le cas contraire,
avec un peu de persévérance, il peut s’avérer possible à partir de ces données fragmentaires de retrouver un parent biologique, héritant ainsi d’un enfant non désiré et qui peut lui réclamer
d’assumer un devoir parental (surtout si le parent familial a disparu).
Cette disposition risque de diminuer encore le nombre de donneurs (en baisse constante). Les Cecos seraient assaillis de coups de téléphone de donneurs inquiets et réticents. Roselyne Bachelot veut pour sa part croire que cette mesure permettra une « responsabilisation des dons » et rappelle qu’elle s’inscrit dans un « mouvement général en Europe ». J’avoue ne pas savoir ce qu’elle entend par responsabilisation. Responsables de quoi ? Assumer un éventuel rôle parental ? Mais justement, ce n’est pas le but du don. Le donneur ne transmet que des gamètes dont un couple aura éventuellement besoin et n’est pas responsable de l’avenir des gamètes donnés, comme il n’est pas responsable des gamètes perdus (et il s’en perd des tonnes chaque jour). Le vrai parent est celui qui élève l’enfant et qui risque ainsi d’être dépossédé de son rôle et rejeté dans l’ombre alors que, lui, a désiré l’enfant. Les familles concernées ne sont d’ailleurs guère enthousiasmées par cette disposition.
A vrai dire les requêtes pour connaître son origine biologique seraient très marginales. Pourquoi cette quête d’un parent fantôme et peut-être idéalisé ? Insatisfaction du parent familial et espérance d’un parent plus valorisant ? Recherche des racines (la généalogie est très à la mode). Les déceptions risquent d’être grandes.
Pour donner satisfaction à une « minorité bruyante » et médiatisée, cette disposition prévue risque de faire plus de mal que de bien (je peux cependant me tromper). Mais que peut-on faire contre un « mouvement général » ?