Illustration : dessin de Blachon, « Les malmenés » Edition Stock
Comme chacun sait, la télévision est une lucarne ouverte sur le monde, ce qui nous transforme en voyeur assis confortablement chez soi. Bien sûr, le monde à voir est choisi par d’autres mais le panel est maintenant suffisamment grand pour pouvoir s’enrichir en ouvrant la lucarne. Il faut cependant avouer que ce sont les spectacles les plus cruels ou même les plus répugnants ou les plus débiles qui semblent avoir le plus de succès.
Beaucoup participent de loin à la cruauté ou aux catastrophes en mangeant quelques friandises pour se donner du courage.
Cette passivité sans risque, alimentée par les images et souvent par la nourriture n’est pas sans conséquences sur l’organisme et des travaux ont montré qu’elle constituait un facteur favorisant notamment l’obésité et le diabète.
Mais la télévision elle-même est-elle nocive indépendamment de la sédentarité qu’elle provoque et de la crétinerie qu’elle peut parfois encourager ?
Des auteurs britanniques, de l'université de Cambridge ont évalué, de façon prospective, la relation entre le temps passé devant la télévision et la mortalité toutes causes, la mortalité de cause cardiovasculaire et la mortalité par cancer.
L’étude a porté sur 13197 sujets (5729 hommes et 7468 femmes), résidant à Norfolk, âgés d’une soixantaine d’années en moyenne et indemnes d’une affection cardiovasculaire ou d’un cancer lors de l’inclusion dans l’étude.
Les patients ont été suivis pendant 10 ans environ. Pendant ce suivi, 1270 sujets (725 hommes et 545 femmes) sont décédés. Parmi ces décès, 373 étaient de cause cardiovasculaire et 570 étaient dus à un cancer.
L'analyse, après nombre d'ajustements, associe, à chaque accroissement de 1 heure par jour du temps passé devant la télévision, une augmentation de la mortalité toutes causes (risque + 5 p 100), de celle liée aux maladies cardiovasculaires (risque de + 8 p 100), mais il n’y a pas d’association significative avec la mortalité par cancer.
La relation est indépendante de l'âge, du sexe, du niveau d'éducation, du tabagisme, de la consommation d'alcool, de l'existence d'un diabète, de la prise de certains médicaments, des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire et de cancer, de l'indice de masse corporelle, de la dépense énergétique liée à l'activité physique.
Il semble donc bien que ce soit le temps passé devant la TV qui tue... un peu. Par contre, il n’a pas été précisé s’il existait une relation entre le type d’émissions regardées et la mortalité. De façon empirique, il me semble bien qu’il existe des émissions mortelles, avec heureusement de la publicité qui lave le cerveau plus blanc dans l’intervalle.