« Mutation » (catégorie des « Bâtons rompus »), était un billet consacré à l’organe surnuméraire dont s’est doté l’homo sapiens de l’enfance à l’âge adulte (il est presque toujours absent chez le vieillard), petit organe rectangulaire extracorporel relié aux oreilles par de fins cordons et secrétant essentiellement de la musique qui se déverse pendant des heures dans le cerveau.
Pathologie
Comme on le sait, chaque organe est susceptible de provoquer des maladies. Le balladeur MP3 peut rendre sourd. « Environ 10 % des jeunes de moins de 25 ans présentent (…) une perte auditive pathologique. Les expositions sonores représentent une des causes majeures de déficit auditif chez les jeunes de moins de 25 ans » selon l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé. La pathologie risque d’apparaître lorsque le volume sonore dépasse la moitié du volume maximum. Celui-ci est selon la réglementation en vigueur de 100 dB pour tout appareil vendu en France ; alors que le Conseil supérieur d’hygiène publique avait déjà estimé en avril 1996 que parmi « les appareils, seuls ceux qui sont limités à un niveau sonore de 85 dB peuvent être considérés comme ne présentant qu’un risque auditif très faible »
Physiologie
Si le volume sonore est la cause principale de la pathologie du MP3, il faut noter qu’il renforce l’isolement du sujet branché, et que le produit de sa sécrétion, c'est-à-dire le type de musique n’est pas sans conséquence sur l’organisme. Une étude[1] a été faite en utilisant uniquement de la musique classique pour préciser sur 12 musiciens et 12 non musiciens les effets cardiovasculaires en fonction du rythme et des tempos choisis. Puccini, Beethoven et Bach ont été mis à contribution et les auteurs ont mesuré : la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la pression artérielle, le flux au niveau de l'artère cérébrale moyenne et le flux des vaisseaux cutanés. Le résultat est que dans les phases de crescendo la fréquence cardiaque s'accélère, la pression artérielle augmente alors que dans les phases plus lentes on observe une dilatation des vaisseaux cutanés, une chute de pression artérielle ou de fréquence cardiaque. Ces réponses sont tout à fait indépendantes de la volonté et identiques chez les musiciens et chez les non musiciens.
Quand on pense à la fureur souvent déversée dans la musique que beaucoup de jeunes affectionnent, on se demande quels sont les effets cardiovasculaires de cette agression prolongée. Mais on peut, pour sa santé, se rabattre sur des chanteurs sans voix et des musiques sirupeuses. Le choix de manque pas. La difficulté est alors de vaquer à ses occupations en restant éveillé.
Il n’est jamais trop tôt.
Afin de préparer le fœtus à son futur organe surnuméraire dont il sera équipé de façon quasi permanente et aux produits des marchands de musique dont il sera
abreuvé, un fabricant a mis au point un appareillage destiné à la femme enceinte : « le Ritmo Advanced Sound System ». On sait en effet que le fœtus niché dans le ventre de sa mère
entend non seulement les sons et les bruits maternels mais également les sons de l’extérieur et la musique peut d’ailleurs s’avérer bénéfique pour lui si la musique choisie correspond à ses
goûts, malheureusement difficiles à déterminer. Cet appareillage comporte un harnais extensible encadrant le ventre et équipé de deux paires de haut-parleurs, transformant ainsi l’utérus en
auditorium. Diverses sources musicales s’y adaptent et des écouteurs sont également prévus pour la femme en attendant l’heureux évènement. C’est là que les goûts musicaux de la future mère
pourraient revêtir une certaine importance pour l’appareil cardiovasculaire de son futur enfant qui à défaut de pouvoir siffler dans son bain risque d’entendre siffler ses oreilles et battre son
cœur.
[1] Bernardi L. et al. Circulation. 2009 Jun 22