La confiance semble être indispensable dans les relations entre un patient et son médecin. Cette idée est moins évidente qu’elle ne paraît. La question est de savoir à qui elle est indispensable.
Pour le malade, elle peut être nocive
Lorsque la médecine est efficace la confiance ou son absence n’a aucune influence sur le résultat du traitement (en dehors de la psychiatrie). La confiance n’est pas indispensable au malade. Elle peut même être nocive si le malade est mal traité par un médecin auquel il se confie et qu’il continue à l’être en raison même de cette confiance. Le paradoxe est que l’absence de guérison renforce souvent le lien entre le malade et son médecin car qui peut mieux connaître le cas que celui qui traite la maladie depuis de nombreuses années sans succès ?
Pour le médecin, elle permet de conserver son patient et parfois de le tromper
Le médecin a besoin de la confiance de son malade s’il veut le conserver comme client. Cette confiance lui est surtout indispensable lorsqu’il est inefficace. Comme disait Napoléon 1er en évoquant son médecin personnel « Je ne crois pas à la Médecine mais je crois en Corvisart ».
C’est lorsque le médecin trompe son malade que la confiance du malade pour son médecin est nécessaire. La confiance permet au médecin impuissant de donner au malade une certaine quiétude de l’esprit
Plus la confiance d’un malade est grande, moins il exprimera son choix si celui-ci existe. Plus elle est grande, moins le malade sera libre et autonome.
Une confiance inutile pour le malade
Lorsque la confiance est basée sur la vérité totale, le prix en est payé par le malade. Si le médecin masque un pronostic sombre et si le malade l’apprend par ailleurs ou en prend conscience lui-même, il peut en effet lui retirer sa confiance et aller consulter un autre praticien. Le médecin menteur perd son client et le médecin franc conserve le sien. Le malade, lui, n’en tire aucun bénéfice. Au contraire, le temps pendant lequel il a été trompé lui aura permis de vivre une vie, certes illusoire, mais moins pénible que s’il avait su d’emblée la vérité.
La confiance du patient serait renforcée lorsque le pire ne lui pas été caché, mais à quoi lui sert-elle dorénavant ? A cela il faut ajouter que les erreurs en matière de diagnostic et de pronostic ne manquent pas, comme celles liées à l’interprétation des biopsies et annoncer une catastrophe qui n’aura pas lieu est plus condamnable que de s’abstenir de l’annoncer.
Méfiance
Paradoxalement les nouvelles règles déontologiques et légales sur le consentement éclairé, le choix « libre mais accompagné », l’énumération préalable à tout acte de
toutes les complications possibles, y compris les plus improbables, ne compensent pas la médiatisation des conflits, le mythe du risque zéro, la
dévaluation du statut social du médecin. Désormais le patient se confie en toute méfiance. Mais le praticien le lui rend bien qui désormais garde à l’esprit l’éventualité d’une revendication,
d’un procès et doit s’assurer de tous les côtés. Il est à craindre que la relation médecin-malade soit de plus en plus souvent une rencontre entre une méfiance et une méfiance.
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora