Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les impertinences du Dr WO

57. Un éclairage qui assombrit

L’idée du « consentement éclairé » n’est pas discutable, elle est terrifiante : « toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui leur sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu’ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et les conséquences prévisibles en cas de refus ».[1]

La Loi et le Code de déontologie obligent donc le médecin à obtenir le consentement « éclairé » du patient sans omettre aucune des complications possibles des examens nécessaires au diagnostic et du traitement proposé. Rassurant.

                                                                                

Le patient doit bien comprendre à quel point il est menacé

Révéler le meilleur est un plaisir, révéler le pire est devenu légal. Mis au rang de tout prestataire de service depuis 1997 [2], non seulement le médecin doit dire la vérité, mais il doit aussi prouver qu’il l’a dite et que son patient l’a bien comprise ( !? )[3]. La médecine est une des rares professions capables de prédire  un avenir possible, mais le praticien  s’interdisait auparavant, par humanité, de le révéler s’il était sombre. Le patient peut à présent exiger de le connaître. Il aura l’avantage de vivre pleinement sa maladie avec angoisse, dans la crainte des aléas thérapeutiques, des échecs et des complications possibles de toute intervention ou examen, y compris des plus improbables.« L’usager du système de santé » a le droit, depuis 2002, de souffrir davantage ou de refuser des soins vitaux par crainte de leurs risques annoncés. Rassurant.

                                                                                 

Plus le patient est éclairé, plus il s’assombrit

Pour respecter la loi et se mette à l’abri de revendications et procès, le médecin, l’anesthésiste, le chirurgien, l’accoucheur, vont demander au patient de parapher la liste des incidents et catastrophes qui peuvent éventuellement l’atteindre : « la notion, malheureuse et en tout cas trop ambiguë, d’information approximative n’est plus de mise aujourd’hui : c’est une information totale qui est imposée…l’information totale est la règle, le silence ou la dissimulation est l’exception. » « Après tout chacun est libre de préférer un risque zéro plutôt qu’affronter un risque, même marginal, mais bien réel et grave. »[4]. L’ennui est que lorsqu’un malade refuse un examen essentiel ou un traitement dangereux mais salvateur, le risque n’est pas zéro mais peut atteindre 100%. C’est ainsi qu’on informera une mélancolique au comble d’une angoisse insupportable et mortifère que les électrochocs qui doivent la soulager peuvent  la tuer, qu’on avertira  un quasi aveugle que l’opération de la cataracte qui doit lui redonner une vue normale peut le rendre complètement aveugle, que la coloscopie nécessaire au dépistage d’un cancer peut provoquer une péritonite par perforation à opérer dans l’urgence, que toute anesthésie, même courte et pour une opération bénigne, peut entraîner un coma, une infirmité ou la mort. Tout acte médical comporte un risque. On ne s’étonnera pas dans ces conditions que plus le patient est éclairé, plus il s’assombrit.

                                                                                

Doit-on toujours révéler ce que l’on croit savoir ?

Henri de Mondeville, le grand chirurgien du XIVe siècle, faisait remarquer que « Depuis la plus ancienne antiquité les gens ont considéré les chirurgiens comme … des filous de la pire espèce ». Cette mauvaise réputation s’est atténuée à la Renaissance mais les chirurgiens ont gardé jusqu’il y a peu avec les dentistes  celle léguée par leurs ancêtres barbiers et arracheurs de dents d’être d’invétérés menteurs. Et comment ne pas mentir lorsque, avant l’anesthésie et l’asepsie, la moindre opération provoquait une atroce douleur et faisait courir un risque mortel. Naguère il était admis par tous qu’il fallait adoucir la réalité, minimiser les risques, rassurer le malade. Le mensonge était donc généralisé, parfois pour de mauvaises raisons : ignorance, impuissance, mépris.

 Avec les progrès médicaux, la diffusion des connaissances, le mensonge recule et il a le plus souvent aucune raison d’être, mais si le mensonge a eu ses excès, la vérité systématique a les siens. De nos jours le chirurgien est soumis, peut-être encore plus que tout autre, à « l’éthique de la vérité ». Mais toute opération, même la plus simple peut se compliquer. La chose étant dite et connue de tous, ce n’est pas une raison quand, dans les suites d’une intervention chirurgicale, une complication menace ou survient, pour affoler l’opéré et le plonger dans un abîme d’angoisse par un excès d’explications et de prévisions désastreuses. Ce n’est pas une raison pour agrémenter la prescription d’un médicament ou d’un examen de tous leurs effets secondaires possibles dont la plupart sont rarissimes. Ce n’est pas une raison de révéler toujours ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir sur l’avenir de son prochain.


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora.

[1] Article L1111-2 de la loi du 4 mars 2002

[2] Arrêt Hédreul de la Cour de Cassation

[3] D’après une enquête de Murphy SM et coll (Br. J. Surgery 2004), sur 350 malades ayant été opérés en urgence par laparoscopie, près du tiers n’avaient pas vraiment compris ce qu’on leur avait fait, alors que la plupart (9/10) s’estimaient satisfaits des informations fournies par l’équipe soignante.

[4] Pierre Sargos, conseiller à la Cour de Cassation

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
O
Mais les médias mettent en exergue soit des prouesses médicales ou des avancées qui souvent n'en sont pas, soit des scandales qui touchent une infime minorité du corps médical. Dr WO
Répondre
S
Je partage l'avis de Didier et le votre. Un médecin de campagne gagne moins bien sa vie qu'un agent d'assurance de quartier, sans parler du temps qu'ils donnent sans compter ! Le tarif des assurances responsabilité civile deviennent exhorbitants... De quoi décourager bien des vocations ! Certains médecins manquent de tact c'est vrai mais ce n'est pas une règle générale. La majorité font preuve d'humanité.
Répondre
O
Je ne peux qu'abonder dans votre sens. Depuis quelques années les médecins subissent de fortes pressions politiques, administratives, juridiques et se trouvent dévalorisés (bac + 10 ! voire plus). Beaucoup veulent quitter le métier le plus vite possible. Je ne sais pas ce que sera le corps médical dans la décennie qui vient. Dr WO
Répondre
D
Je pense que l'on demande beaucoup trop en ce moment aux médecins. Un médecin de famille il passe une demi heure voire plus, à ausculter, discuter, expliquer, prescrire, pour 25 euro, moins qu'un plombier. Notez que je ne critique pas les plombiers. Mais, à la limite, on pourrait se passer d'eux, pas d'un médecin.Il faudrait en plus qu'ils soient psychologue ? Mince, en France, et je l'ai testé pour être passé plusieurs fois aux urgences, on a un des meilleurs services hospitalier de la planète, on ne vous demande pas votre carte de crédit, on vous soigne, point barre.Peut être on ne sent rend plus compte parce que c'est évident pour nous...
Répondre
O
Oui, en particulier pour "l'annonce". Mais je pense que cela ne s'apprend pas, ça se vit. L'humanité on l'a ou on ne l'a pas. Et si on ne l'a pas, il vaut mieux ne pas choisir cette profession. Dr WO
Répondre
P
Je regrette l'absence d'humanité chez certains praticiens hospitaliers. Souffrir d'un cancer est déjà terrible. Si, en plus, le cancérologue vous l'annonce sans aucun ménagement... Est-il vrai que les médecins suivent désormais des cours pour améliorer leurs relations avec les patients ?
Répondre
O
C'est aussi le mien. En fait, l'étalage des effets indésirables est surtout une protection juridique pour le fabricant. Dr WO
Répondre
S
Il n'y a qu'à voir la liste de tous les effets indésirables décrits sur le moindre remède ! A flanque la trouille au moins hypocondriaque des patients ! Personnellement je préfère une humanité bienveillante et rassurante à une vérité crue et angoissante. Mais ce n'est que mon avis...
Répondre
O
En tout cas il vivra mal sa maladie. Dr WO
Répondre
S
C'est un paradoxe de cette obligation car, si je ne me trompe pas, l'angoisse ne favorise pas la guérison. Un patient à qui l'on dit la vérité brutalement peut donc guérir plus tardivement, voire pas du tout ?
Répondre
O
Si le médecin a le devoir d'information, il doit le tempérer par son humanité. L'intervention du législateur a changé les relations médecin-malade. Dr WO
Répondre
P
Ah ! L'aléa thérapeutique ! Un sujet sur lequel tous les juristes ont planché au cours de leurs études... Le législateur a souhaité responsabiliser le patient et le faire participer à la prise de la décision qui reste avant tout médicale, le principe fondateur étant la dignité humaine. Le médecin l'a-t-il informé correctement des risques encourus ? L'appréciation reste jurisprudentielle. A noter que le Conseil d'Etat est bien plus strict que ne l'est la Cour de Cassation puisqu'il exige du médecin que ce dernier informe son patient des risques encourus même à titre exceptionnel.Enin (et pardon d'avoir été si longue !), le non respect de ces dispositions ouvrent droit à réparation. Et le contentieux est abondant !
Répondre
O
Quel que soit le niveau d'études, prendre connaissances de toutes les complications possibles est une source d'angoisse. C'est ce que vit un médecin lorsqu'il est malade et ça ne me parait enviable. Dr WO
Répondre
S
Encore des obligations qui ne sont pas réalistes, c'était ce que je voulais dire. Le médecin ne peut pas expliquer clairement certaines choses qui exigent que le patient ait un niveau d'études équivalent au médecin comme le disait Pangloss.
Répondre
O
En effet tout dépend du patient, mais comme je le rappelle, il existe maintenant des obligations légales pour le médecin. C'est là-dessus que porte la discussion. Dr WO
Répondre
S
Qui de nos jours ignore encore que tout acte médical comporte des risques ? Je préviendrai mon médecin qu'elle ne me dise pas toute la vérité si je devais souffir atrocement ! Il faut peut-être demander le niveau d'études de chaque patient et après le médecin avise ? (oh vous niveau cap, je ne peux rien vous dire !...)
Répondre
O
Il ne l'enseigne pas, il donne des faits bruts qui sont reçus brutalement. Je compte faire ultérieurement des chroniques sur la vérité et le mensonge en médecine. Dr WO
Répondre
P
Le "consentement éclairé" poussé ainsi à l'extrême suppose qu'en quelques minutes, le médecin doit enseigner à son patient autant qu'il en a appris en quelques années.<br /> Curieux que ce "consentement éclairé" ne s'applique pas à la politique et qu'on autorise les candidats à mentir avant chaque élection et aux élus de continuer à le faire après.
Répondre