« …avec une tendresse spéciale pour les charlatans sans oublier le vrai médecin qui, au-delà d’un certain seuil de notoriété, passera inévitablement pour un guérisseur d’écrouelles et un « gourou médiatique ».[1]
Avoir la foi pour guérir n’est pas une idée complètement fausse. Cependant il ne nous semble pas – avec regret - que la foi puisse guérir une maladie organique. La foi peut donner l’illusion de la guérison lorsqu’on se pense malade sans l’être, lorsque la guérison d’une maladie est attribuée à la foi, alors qu’elle disparaît toute seule, sans contester le rôle de la foi dans certains désordres psychiques ou même à l’origine d’une amélioration transitoire dans des maladies organiques. Mais bien entendu le domaine de la foi n’est pas celui de la raison. On peut démonter un miracle mais pas le démontrer.
Où le guérisseur rémunère celui qu’il guérit
Le toucher des écrouelles illustre dans le passé la croyance dans les guérisons miraculeuses. C’était la seule imposition par les rois de France, d’Angleterre et d’Ecosse qui ne leur rapportait rien. Elle leur coûtait même, car chaque malade admis en présence du roi recevait une monnaie d’or, si bien que par mesure d’économie (Louis XIV aurait touché deux à trois mille personnes) on fût amené à réduire la taille des pièces. Le plus souvent les ulcères tuberculeux du cou finissent par se refermer spontanément. Le roi d’Angleterre Guillaume III, qui ne croyait guère en son don miraculeux, aurait murmuré aux scrofuleux qui défilaient : « Que le Seigneur t’accorde une meilleure santé et te donne du bon sens » [2]
Les vertus de la prière
La prière a toujours fait partie de l’arsenal thérapeutique préventif et curatif. Il est donc normal de vouloir juger son efficacité. Au XIXe siècle, le cousin de Darwin, sir Francis Galton, l’eugéniste qui voulait tout mesurer, fit une enquête statistique sur celle-ci, en comparant la mortalité dans les différentes classes sociales. Il en résulta que c’est la famille royale qui avait la plus courte espérance de vie malgré le flot de prières en sa faveur, la reine Victoria exceptée. La sincérité des prières ne semble pas avoir été prise en compte. De nos jours on est plus sérieux et ce sont des études randomisées en double aveugle qui montrent un effet favorable sur les troubles coronariens, l’arthrite rhumatoïde et même le taux de réussite de la fécondation in vitro. Toutefois les auteurs, prudents, se gardent de conclure.
Les vertus de la compassion
Le médecin qui qualifie volontiers de miracle une guérison inespérée due à son traitement reste souvent dubitatif devant une réussite attribuée à l’intervention divine. Pourtant « Il y a plus de faits vrais que de faits démontrables ». (Gödel).
Innombrables, spécialisés ou généralistes, les saints guérisseurs ont succédé aux dieux païens thaumaturges et ont leurs équivalents dans toutes les religions. Certains médecins sont tellement dévoués à leurs malades, qu’on les qualifie parfois de saints laïques. Cependant comme les saints religieux, ils sont loin d’être toujours guérisseurs, bien que certains prétendent que la compassion augmente les défenses immunitaires de l’organisme en élevant le taux d’immunoglobuline A et donc accroît la durée de vie[3].
Comment retrouver son âme
D’après Saint Thomas d’Aquin le fœtus acquiert son âme quarante jours après la fécondation chez l’homme et quatre-vingt jours chez la femme. Le médecin ne soigne que son support supposé. C’est le domaine du prêtre dont la tâche est plus aisée car il n’est soumis à aucune obligation de résultat. D’où la mode des chamans. Ceux de la république de Touva, au fin fond de la Sibérie, attirent des « spiri-touristes » car ils « peuvent retrouver l’âme égarée des malades et les soigner »[4].
Ducumentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] Régis Debray Cours de médiologie générale éd Gallimard, folio 2001
[2] Cité par Kenneth Walker, Histoire de la Médecine
[3] Le Dalaï-Lama et Howard Cutler cités par Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle, éd Grasset
[4] Le Point du 9/05/2003