Il a fallu attendre longtemps pour découvrir la façon dont le sang circule dans l’organisme. Pour admettre que les cavités (oreillette et ventricule) droites et gauches ne communiquent pas directement entre elles mais par l’intermédiaire de deux circuits : la grande circulation qui amène aux organes le sang riche en oxygène et qui va du ventricule gauche à l’oreillette droite où il arrive appauvri et la petite circulation qui va du ventricule droit à l’oreillette gauche où le sang arrive enrichi en oxygène pendant la traversée des poumons. De chaque côté l’oreillette en arrière communique avec son ventricule en avant, des valves empêchent le sang de refluer vers la cavité d’amont.
Quatorze siècles de communication invisible
Galien au IIe siècle, après avoir disséqué des singes
et des cochons, a affirmé que les cavités droites et gauches du cœur communiquaient au niveau des ventricules par des pores imperceptibles. Cette
affirmation a été admise, comme beaucoup d’autres venant de lui, pendant quatorze siècles. Même Léonard de Vinci et Vésale qui avaient découvert bien des erreurs dans les descriptions de Galien
et disséqué des cœurs, n’ont pas contesté le dogme du passage du sang d’une moitié du cœur à
l’autre. Ce que fera l’espagnol Michel Servet [Portrait] au milieu du XVIe
siècle en décrivant la circulation pulmonaire et l’imperméabilité des cloisons cardiaques. Ses découvertes finirent avec lui sur le bûcher par les
soins de Calvin, pour réapparaître soixante trois ans plus tard dans la description quasi complète de la circulation du sang par l’Anglais William Harvey.
Circulez…
Jean Bernard aimait rappeler que Charles Nicolle disait qu’une découverte se voyait
immédiatement opposer trois objections : " Ce n’est pas vrai, ce n’est pas neuf, ce n’est pas de vous". William Harvey [Portrait] ne fait pas exception quand il publie en 1628, à Francfort, après plus de vingt ans d’observations et d’expérimentations rigoureuses, sa théorie de
la circulation. Aussitôt et en Angleterre même, on le traite de fêlé. A Paris, le Doyen Gui Patin affirme que la circulation est " paradoxale, inutile, fausse, impossible, absurde et
nuisible " (cité par Bariéty et Coury, Histoire de la médecine). Et les historiens ne se privent pas de rappeler que certains le savaient depuis
longtemps, l’arabe Ibn An-Nafîs, le juif Assaph de Tibériade, que la découverte était dans l’air, suggérée par l’espagnol Michel Servet et les anatomistes de Padoue, Colombo, Césalpin ou Andrea
Alpago qui séjourna à Damas et d’ailleurs c’est à Padoue qu’ Harvey a complété ses études. Mais avec Harvey ce n’est pas seulement la fin de quatorze siècles d’obscurantisme, c’est une
révolution, un nouveau paradigme, comme on dirait aujourd’hui.
…Il n’y a rien à voir. Au XVIIe
siècle, l’Italien Malpighi Marcello, l’œil rivé au microscope, découvrit des merveilles. D’abord la circulation capillaire du poumon translucide de la grenouille, réseau de fins vaisseaux reliant
les artères aux veines, pièce manquante de la circulation sanguine décrite par Harvey une trentaine d’années auparavant. Mais il décrivit aussi la cellule et bien d’autres choses sur la structure
de la peau, du cerveau, du rein, de la rate. Ceux qui n’avaient jamais regardé dans un microscope contestèrent ce que Malpighi avait vu pour ne pas
bouleverser leurs idées préconçues et ceux qui regardèrent avançaient que le microscope falsifiait la réalité. En 1689, à Rome, devant une assemblée de dignitaires de l’Eglise, Malpighi dût subir
le réquisitoire d’un de ses propres élèves affirmant que ses travaux étaient inconsidérés et inutiles. Ce qui amena le Pape Innocent XII à faire de Malpighi son médecin
personnel.
Pose et dépose. La première greffe du cœur a été faite au Cap le 3 décembre 1967 par le chirurgien sud-africain Christiaan Barnard grâce à la technique inventée par les
chirurgiens américains Norman Shumway et Richard Lower. Shumway [Portrait] n’aura l’opportunité de réaliser une
greffe qu’un mois plus tard à Stanford. Le retentissement, ou pour les mauvaises langues, l’exploitation médiatique de cette première transplantation cardiaque fut extraordinaire et Barnard
restera à jamais « le premier ». La renommée est injuste mais comme l’a lui-même fait remarqué Shumway : « … qui de nous se souvient du nom du deuxième pilote qui, après
Lindbergh, a traversé l’Atlantique ? » (cité par R. Kûss et P. Bourget, Une histoire illustrée de la greffe d’organe)
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora