Des trous mystérieux dans la tête
La trépanation est probablement la première «
vraie » opération pratiquée par Homo sapiens, Cro-Magnon, Neandertal ou leurs cousins, avec des outils en pierre, dont témoignent de nombreux crânes retrouvés partout, notamment en Alsace et
sur les Causses. Le chirurgien français Just Lucas-Championnière a montré, au début du XXe siècle, que cela pouvait se faire en moins d’une heure soit en approfondissant tangentiellement le
trou soit en faisant des trous rapprochés avec un poinçon, le futur trépan, et en juxtaposant les perforations. Ces trépanations préhistoriques ne sont généralement pas en rapport avec un
traumatisme. Alors pourquoi faire un trou dans la tête ? On évoque des rituels, des traitements magiques de la folie, mais évidemment on n’en sait rien.
Un trou pour voir
Au milieu du XVIIIe siècle, un ermite d’Aiguilles consulte
un oculiste marseillais réputé, Jacques Daviel. Il est aveugle après avoir perdu un œil à la suite
d’une intervention par l’antique technique de l’abaissement du cristallin, l’autre étant toujours atteint par la cataracte. L’intervention est difficile : non seulement Daviel n’arrive pas à
« abattre » le cristallin mais celui-ci se fragmente en plusieurs morceaux. En désespoir de cause Daviel incise la cornée et enlève les
débris. L’opéré voit « Une intuition, une réminiscence, un geste audacieux ont sauvé la situation » (Y. Pouliquen, Un oculiste au siècle des lumières, éd Odile Jacob).
Pas pour longtemps, car à la suite de complications, le patient redevient définitivement aveugle. Mais l’expérience de l’ermite avait montré la voie.
Daviel eût la vision de la vraie technique pour guérir la cataracte et mit patiemment au point l’opération, toujours pratiquée, qui allait permettre de préserver ou de rendre la vue à des
millions d’êtres humains.