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32. Je souffre, donc je suis.

La souffrance des autres. 

Ce n'est que depuis peu que la douleur est vraiment l'objet de l'attention des médecins qui ont enfin réalisé qu'elle constitue une maladie en soi. On s'interroge sur les raisons qui font que naguère elle était négligée, alors même que l'antalgique principal, l'opium, est connu depuis l'Antiquité et l'aspirine depuis le XIXe siècle. On punissait même ceux qui la calmaient : au Moyen Age, un barbier-chirurgien, Nicolas Bailly, fût accusé de sorcellerie pour avoir administré un narcotique puissant avant d'opérer un de ses patients. Et d'invoquer la douleur rédemptrice dans le Christianisme en citant José Maria Escriva de Balaguer, fondateur de l'Opus Dei : « Bénie soit la douleur ! Aimée soit la douleur ! Sanctifiée soit la douleur ! » . Et de rappeler la crainte de provoquer une toxicomanie[1], évidemment ridicule quand le patient est condamné à plus ou moins brève échéance. Et d'invoquer les stoïciens en faisant remarquer que les médecins eux-mêmes, à leur tour, souffrent et meurent des maladies qu'ils prétendent soulager. Mais les vraies raisons sont beaucoup plus simples : l'indifférence, la routine invétérée. : « Et la souffrance des autres on peut très bien y demeurer insensible. » (Mishima, Le Pavillon d'or,)

 

Où communisme et christianisme se rejoignent.

« A la femme il dit : Je vais multiplier tes souffrances et tes grossesses : c'est dans la souffrance que tu enfanteras des fils... » (Genèse 3/16).

Lorsqu'en 1848, James Y. Simpson, à Edimbourg, réalisa le premier accouchement sous anesthésie générale au chloroforme, les religieux lui  reprochèrent d'aller contre l'injonction divine et il se défendit en arguant que Dieu avait endormi Adam avant de lui enlever une côte pour créer Eve.

Dans les années 1950 l'accouchement prétendument sans douleur a eu son heure de gloire. Méthode dite psychoprophylactique de la douleur, importée d'URSS par le Dr Fernand Lamaze, elle a été adoptée aussi bien dans les milieux ouvriers que dans la « haute société ». Un don pour le halètement était un gage de succès. Une bonne dose de méthode Coué également. L'appartenance au parti communiste ou une attitude sympathisante était un facteur favorisant. Le succès fut tel que même le Pape Pie XII dut l'avaliser en dépit de l'injonction divine. La méthode n'a pas résisté à l'anesthésie péridurale.

Cependant en raison de la fermeture de nombreuses maternités, « l'accouchement sans douleur » devrait être enseigné aux chauffeurs de taxi et d'ambulance, suivant ainsi le conseil de H. Melville : « L'art de l'accouchement devrait être enseigné en même temps que ceux de l'escrime, de la boxe, de l'équitation et de la rame » (Moby Dick).


Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora


[1] C'est en voulant guérir un morphinomane que Sigmund Freud redécouvrit l'action anesthésiante de la cocaïne dont les dérivés sont utilisés dans l'anesthésie locale. Il l'essaya sur lui-même et devint cocaïnomane. La même mésaventure advint au célèbre chirurgien américain William Halsted.

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O
Vous parlez malheureusement d'expérience pour commenter cet article. Dr WO
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B
Encore moi, je découvre votre blog... Cela fait 15,5 ans que le SPP, syndrôme post-polio m'a fait devenir malade alors que je n'étais que handicapée. Au départ, après toutes les avanies parlant de dépression, de somatisme, j'ai enfin trouvé un médecin connaissant bien la polio : Le Profeeseur Brissot, une femme d'exception. Je fus suivi dans une clinique " anti-douleurs " et un traitement fut établi. Morphine quotidienne entre autres. Quel soulagement de pouvoir passer mes journées autrement que crispée autour de ma douleur comme l'avarre sur son coffre d'or.Il y a bien sûr des personnes pour me dire : tu vas prendre cette saloperie TOUTE ta vie ? Surement, et trop contente encore !!!
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O
Oui, Jeffanne. C'est ce que j'ai essayé d'exprimer dans ce texte et dans "La maladie comme punition". P.O.
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J
Pourquoi n'apportait-on pas de soulagement à la souffrance autrefois ??? Question de religion probablement. Pour un peu, même pour beaucoup "tu dois souffrir et, pourquoi pas, être heureux de souffrir.... un précepte religieux que l'on vous oppose dans la maladie...et les conséquences douloureuses qu'elle provoque...<br /> Maladie n'est-ce point une conséquence des péchés que vous avez commis ou je ne sais quelles fautes vous devez expier ???<br /> Heureusement qu'à l'heure actuelle on essaie de voir les choses autrement...
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L
Oui, deux fois!
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O
Vous parler d'expérience ? P.O.
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L
La péridurale, ça fait tellement mal qu'il faudrait l'administrer sous anesthésie générale.
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