Dans les téléfilms policiers, la salle d’autopsie est un passage obligé. Les gens discutent le bout de gras devant le cadavre nu, souvent viscères à l’air, et mettent le nez dessus sans se préoccuper de l’odeur, ce qui laisse supposer qu’il s’agit bien d’un mannequin. Nous voilà rassurés. Ce qui est particulier est la fréquence avec laquelle le médecin légiste dans ces téléfilms est une femme, souvent charmante et parfaitement à l’aise devant les morceaux de corps humain. A vrai dire, j’ignore si cette prédominance féminine correspond aujourd’hui à la réalité (dans le passé, ce n’était pas le cas) et si le sexe dit faible a acquis un penchant pour le mortuaire, quand il ne s’agit pas de nécrophilie comme le montre l’information ci-dessous :
|
« Collectionner des squelettes humains, passe encore. Utiliser des os comme sex-toys, c’est plus limite. La justice de Gothenburg, en Suède, a officiellement inculpé une femme de 37 ans d’avoir "violé la paix des morts" en utilisant leurs restes de façon "non éthique" pour sa gratification sexuelle. La dame, chez qui l’on a trouvé un squelette presque entier, assure être mue par un intérêt pour l’histoire et a déclaré collectionner des os, comme d’autres collectionnent des timbres. Un CD intitulé Ma nécrophilie et Ma première expérience a été présenté à la presse. Selon la justice, la prévenue faisait également commerce de crânes sur Internet. Elle encourt jusqu’à deux ans de prison, indique The Local » |
Evidemment, question rigidité l’os est imbattable pour obtenir une « gratification sexuelle », mais, me semble-t-il, avec le risque d’un certain inconfort (en cette matière, je ne peux me livrer qu’à des suppositions). L’information ne précise pas si la dame choisissait l’os gratifiant en fonction du sexe du défunt, selon son orientation sexuelle, pour corser le fantasme. Elle encourt jusqu’à deux ans de prison pour avoir « violé la paix des morts ». Je serais plus indulgent, car permettre à un mort de donner du plaisir à une femme, c’est rappeler de bons souvenirs à sa mémoire d’outre-tombe dépouillée de son corps et abandonné aux mains expertes de la dame nécrophile.
Mais pour qu’il y ait mémoire d’outre-tombe encore faut-il qu’il y ait un au-delà, et là on tombe sur un os. Les religions le promettent avec un aplomb qui n’a jamais été démenti en l’absence regrettable de témoins. Certains tentent cependant d’en démontrer l’existence. C’est ainsi que la John Templeton Foundation de Philadelphie[1] n’a pas hésité à financer les recherches sur l’au-delà du philosophe John Martin Fischer pour un montant de 5 millions de dollars ! Avant de s’aventurer dans l’au-delà l’équipe pluridisciplinaire du philosophe compte d’abord rester sur le pas de la porte en étudiant les expériences de mort imminente. On sait que les Occidentaux en état de coma avancé ou de mort clinique épargnés in extremis décrivent souvent un tunnel au fond duquel brille une vive lumière. Les Japonais, eux, ont plutôt tendance à évoquer un jardin. Tunnel ou jardin, voilà qui peut rendre perplexe, les peuples auraient-ils chacun une entrée de l’au-delà qui leur est réservée selon une sorte d’apartheid ? Plus intéressant, Mr Fischer se penchera sur l’influence sur notre comportement de la croyance en l’au-delà. Plus ambitieux, il compte s’intéresser aux tentatives de prolonger la vie : “On commence à parler de télécharger notre esprit sur ordinateur, de scanner notre cerveau pour le préserver”. Cette équipe se veut « rigoureusement scientifique », les athées en doutent un peu en notant que des théologiens doivent participer à ces travaux[2]
Jérôme Bosch : « L’ascension des bénis »