Les médecins interdisent souvent ce qui est agréable, à tel point que les patients se demandent parfois s'ils ne
le font pas avec une pointe de sadisme. La privation des bonnes choses fait partie des pratiques médicales comme des religieuses. De tous temps, les médecins ont tenté d'imposer un mode de vie
dans le sens de l'abstinence, sans s'y soumettre eux-mêmes. Les patients apprécient ces conseils, même s'ils ne les suivent pas. Si le médecin s'abstient, la femme ne manque pas de les réclamer
pour son époux. C'est habituellement elle qui fait la cuisine et qui a la migraine.
Prenons le modeste cas de la gomme à mâcher. Le Pr Gilbert-Dreyfus, Membre de l'Académie de Médecine, s'est attaqué en 1981 au
chewing-gum[1] avec la plus grande énergie. Manie
transmise par les troupes américaines venues libérer la France, il l'accuse de provoquer une « énorme aérogastrocolie » entraînant des palpitations, des éructations et l'émission
salvatrice de gaz intestinaux. La perturbation de la digestion serait la cause chez l'enfant d'un ralentissement de la croissance. S'y ajoute - et en cela il n'avait pas tort - la nocivité des
colorants et des sucres rapides. Nous le laissons conclure : « N'ayons pas peur de proclamer bien haut, en guise de conclusion, qu'il faudrait
mettre un terme au scandale du chewing-gum, et tâcher d'obtenir que soit supprimée en France la vente de ce « produit » aussi malfaisant que l'alcool, la drogue et autres
toxicomanies. Invitons, en attendant, les amateurs de chewing-gum à cracher leur salive contaminée jusqu'à n'avoir plus en bouche qu'un petit magma caoutchouteux, jaunâtre et
fade ».
[1] La Revue de Médecine n° 44 du 28 Décembre 1981.