Les vertus de l’autorité et de l’observance
L’effet placebo ressort de la croyance en la médecine. L’effet thérapeutique du placebo est lié à l’attente du malade et pas à son action pharmacologique. Il entre pour 30% environ dans l’efficacité d’un traitement aussi farfelu soit-il. On a constaté que la performance d’un test d’effort est parfois meilleure lorsque le patient est persuadé qu’il prend au préalable un médicament efficace. Dans une étude récente[1] il a été constaté que dans une pathologie aussi sévère que l’insuffisance cardiaque, la réduction de la mortalité était semblable avec le produit actif (- 34%) qu’avec le placebo (- 36%) à la seule condition que la prescription soit bien suivie par le patient.
Selon une étude récente du JAMA un placebo présenté au prix de 2,50 $ s’est révélé plus efficace qu’un placebo présenté au prix de 0,10 $
Il est bien connu que la façon de donner compte presque autant que ce qu’on l’on donne. L’autorité du docteur, du professeur a longtemps et souvent été la principale vertu curative d’une prescription.
On raconte, avec quelques variantes selon le conteur, que le célèbre professeur Dieulafoy, à la fin du XIXe siècle, appelé auprès d’un enfant, conseille à sa mère de lui donner une pomme tous les matins. Au moment où il va monter dans sa voiture, la mère se précipite : « Monsieur le Professeur, aujourd’hui, puis-je lui donner une poire ? » « Madame, voulez-vous donc le tuer ! »
Exprimer son autorité est cependant passé de mode. On donne au malade l’illusion qu’il a le choix de son traitement. Rien n’est imposé, c’est à lui de choisir entre la pomme et la poire.
Rien c’est déjà quelque chose
La large utilisation du placebo en médecine[2] prouve que rien, c’est déjà quelque chose. Et voilà que l’imagerie fonctionnelle cérébrale montre qu’un médicament contre la douleur et un placebo cliniquement efficace activent les mêmes zones du cerveau. Autrement dit, que quelque chose ce n’est pas plus que rien ! Alors quand un patient prend un médicament et qu’il se sent bien, il est vain de lui dire que ce médicament ne sert à rien, car il est persuadé qu’il irait moins bien s’il ne le prenait pas. Comme le faisait remarquer JF Revel, on s’aperçoit qu’un remède ne guérit pas que le jour où on trouve celui qui guérit.
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] Granger B et Coll : « Adherence to candesartan and placebo and outcomes in chronic heart failure in the CHARM programme : double-blind, randomised, controlled trial” Lancet 2005; 366 : 2005-11
[2] D’après une enquête de l’institut de Bethesda parue en octobre 2008 (BMJ) la moitié des internistes et rhumatologues américains prescrivent des placebos de façon habituelle