Dans l'Antiquité, les sacrifices d'animaux pour apaiser les dieux et l'observation de leurs entrailles ont permis d'avoir une première
idée de l'anatomie humaine. Cent ans avant Hippocrate, au VIe siècle avant notre ère, un disciple de Pythagore, Alcméon, pratique à Crotone la vivisection pour écrire le premier traité de
physiologie connu, qui impressionne d'autant plus les historiens qu'il a été perdu et qu'on n'en sait pas grand chose. Il est possible qu'à Alexandrie, quelques trois cents ans plus tard,
Hérophile et Erasistrate aient disséqué des criminels vivants avec l'aval de leur souverain. Au 1er siècle l'encyclopédiste Celse « tient pour inutile et cruel d'ouvrir les
corps vivants »[1] Mais ce n'est que par des expérimentations animales que la médecine a
progressé.
Claude Bernard, persécuté par sa
femme, opposée à la vivisection, se défend en écrivant dans son œuvre maîtresse Introduction à la médecine expérimentale : « le chirurgien, le physiologiste et Néron se
livrent également à des mutilations sur des êtres vivants. Qu'est-ce qui les distingue encore si ce n'est l'idée ? [...] Le physiologiste n'est pas un homme du monde, c'est un savant, c'est
un homme qui est saisi et absorbé par une idée scientifique qu'il poursuit : il n'entend plus le cri des animaux, il ne voit plus le sang qui coule, il ne voit que l'idée et n'aperçoit que
des organismes qui lui cachent des problèmes qu'il veut découvrir. ».
Nous devons ici rendre hommage à la grenouille qui a beaucoup servi la médecine. Dans l'Atharva Veda « en cas de maladie on arrose d'eau le patient en
plaçant une grenouille sous son lit »[2] pour obtenir la guérison. Mais c'est surtout à partir du XVIIIe siècle
avec Galvani et Spallanzani que la pauvre bête devient irremplaçable. Et c'est encore grâce à un batracien que les biologistes américains P. Agre et R. MacKinnon ont obtenu un prix Nobel en 2003.
« Les théories passent, la grenouille reste » (Jean Rostand).
La vivisection sur les animaux soulevait moins de protestations lorsque l'anesthésie n'existait pas, depuis qu'on les
endort elles sont devenues vives. Alors que faire ? Essayer chez l'homme une intervention chirurgicale nouvelle avant de la tenter chez l'animal ?
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] Cité par M. Bariéty et C. Coury, Histoire de la médecine.
[2] P.Lévêque, Les grenouilles dans l'antiquité, éd de Fallois