« L’obsession des remèdes marque la fin d’une civilisation » disait Cioran. L’obsession des remèdes est de tous les temps et ce, quelle que soit la teneur des remèdes
Potions amères
Au Moyen Age on croyait aux vertus curatives de drogues prétendument faites avec des animaux extraordinaires, dragon, licorne, phénix. On utilise toujours la poudre d’os fossile de mammouth, pris longtemps pour des restes de dragon, en Chine, où l’animal est sympathique et bénéfique. « Le dragon a le pouvoir de prendre de nombreuses formes, mais celles-ci sont impénétrables… Ses os, ses dents et sa salive possèdent des vertus médicinales….ses yeux, séchés et battus dans du miel, forment un liniment efficace contre les cauchemars. », mais « Le temps a considérablement émoussé le prestige des dragons »[1].
Voici quelques médications de la pharmacopée officielle au XVIIe siècle : yeux de crabe, plumes de perdrix, araignées vivantes enrobées de beurre, œufs de fourmi, excréments de chien et même de la poudre de momie égyptienne ou de la lunea faite avec de la poudre d’os de crâne humain…[2]
Une guerre autour d’un remède
La découverte du « vin émétique » à base d’antimoine, bénéfique dans certaines maladies digestives, a été attribuée à Basile Valentin, bénédictin alchimiste d’Ehrfurth, au XVe siècle. Après l’avoir testé sur des porcs, ce bon moine l’essaya sur les frères dont il envoya quelques uns ad patres, d’où le nom. Mais il semble que le père Valentin n’ait jamais existé et que l’antimoine ait été amené plus tôt à Montpellier par les Arabes et utilisé en vertu du principe que puisque l ‘antimoine purifie l’or en alchimie, il doit bien en faire autant du corps. Quoi qu’il en soit ce fût le prétexte pendant une centaine d’années de disputes invraisemblables : « la guerre de l’antimoine ». Le doyen de la Faculté de Paris, Gui Patin parle de « forfanterie arabesque ». On publie des libelles : « L’Antimoine justifié », « L’Antimoine triomphant », « Le rabbat joye de l’Antimoine triomphant »[3] . Louis XIV ayant été guéri de troubles digestifs grâce à l’antimoine, le Parlement s’en mêle et l ‘autorise.
[1] Jorge Luis Borges (Le livre des êtres imaginaires, éd. Gallimard)
[2] D’après K. Walker (Histoire de la Médecine)
[3] Cités par J. Lévy-Valensi dans Histoire générale de la Médecine… sous la direction du Pr Laignel-Lavastine