Il y a des métiers dont on se demande pourquoi les gens les choisissent, le métier de médecin est l’un
d’eux. Côtoyer quotidiennement la maladie, la souffrance et la mort et avoir perpétuellement devant soi son devenir probable est pour le moins curieux. Il est vrai que les médecins se suicident
deux fois plus que les autres.
« Dites-nous vos
motivations »
Devient-on médecin par altruisme ? C’est vrai pour certains, mais il faut l’avouer, c’est plutôt rare.
Est-ce pour faire fortune ? Ce temps est passé, c’est encore vrai pour quelques charlatans, mais il y a bien d’autres façons moins pénibles et moins artisanales de s’enrichir. Serait-ce un
choix par élimination ? Possible pour ceux qui ne sont pas assez littéraires ou pas assez scientifiques et qui choisissent une voie médiane. D’autres ne choisissent guère et se contentent de
suivre les traces familiales en s’échappant parfois de la prédestination en cours de route. Certains deviennent médecin à défaut de réaliser leur vocation véritable. Il y a le hasard, quitte à
trouver par la suite les raisons de s’occuper de médecine. Mais il existe des médecins qui choisissent leur métier par vocation, nous en avons rencontré.
Une danse macabre
Hector Berlioz devait suivre les traces de son père Louis qui s’était d’ailleurs détourné de la médecine classique pour
introduire l’acupuncture en France. Hector s’est également détourné de la médecine mais pour créer des chefs d’œuvre. Il s’en est expliqué : « …
quand mon condisciple Robert, m’ayant appris un matin qu’il avait acheté un sujet ( un cadavre), me conduisit pour la première fois à l’amphithéâtre de dissection de l’hospice de la Pitié.
L’aspect de cet horrible charnier humain, ces membres épars, ces têtes grimaçantes, ces crânes entrouverts, l’odeur révoltante qui s’en exhalait […] me remplirent d’un tel effroi que,
sautant par la fenêtre de l’amphithéâtre, je pris la fuite à toutes jambes et courus haletant jusque chez moi comme si la mort et son affreux cortège eussent été à mes
trousses. »[1]
Un exercice illégal de la
médecine
Pasteur, sans être médecin, a apporté, à la fin du XIX siècle les plus grands progrès de toute l’histoire de la
médecine. Très doué pour la peinture, notamment le portrait. Chimiste, occupé de bière, de vin, de ver à soie, il fit une entrée fracassante dans le magasin médical. Les gens sérieux n’aiment pas
les amateurs. Pour l’asepsie, on lui a reproché de s’occuper de ce qui ne le regardait pas et pour la vaccination, on l’accusait d’exercice illégal de la médecine. De nos jours encore des
historiens reprochent à Pasteur d’avoir redécouvert ce que ses précurseurs savaient depuis longtemps, d’avoir exploité les travaux de ses collègues, d’avoir eu des intuitions justes avancées sur
des arguments faux, des intuitions fausses qui se sont révélées justes par hasard ; le hasard qui a fait réussir des expériences qui auraient dues échouer et le contraire chez ses
adversaires. Pasteur n’a été admis à l’Académie de Médecine en 1873 qu’avec une seule voix de majorité. On se demande si un tel génie aurait trouvé sa place aujourd’hui.
Une vocation littéraire
contrariée
Claude Bernard était un modeste préparateur en pharmacie à Lyon, sa vocation était de devenir écrivain. C’est parce que ses ambitions
littéraires ont été déçues qu’il est devenu un grand homme. Une première pièce, « La Rose du Rhône » est jouée une fois et il monte à Paris avec une tragédie, « Arthur
de Bretagne ». On ne peut que remercier le critique littéraire Saint-Martin Girardin qui, après lecture, lui donne ce conseil : « Vous avez fait de la pharmacie,
faites de la médecine ». Conseil judicieux, car après avoir été l’élève de Magendie, fondateur de la physiologie expérimentale, il devient en 1854titulaire de la première chaire
de physiologie à la Sorbonne, accumule les découvertes et fait de cette discipline la base du progrès médical. « Introduction à l’étude la médecine expérimentale »,
lui vaut d’être élu à l’Académie Française, mais n’est plus étudié qu’en classe de philosophie, réalisant enfin sa vocation.
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] H. Berlioz cité par B. Gavoty, Hector Berlioz,
Réalités Hachette 1973.