Le héros de cette histoire a vécu à Issoire en Auvergne à la fin du XVe siècle. Je me permets de
transcrire ici ses aventures :
« Ce personnage, d’abord reconnu comme appartenant au sexe féminin avait été incorporé dans un couvent de femmes. Mais aussitôt, la jeune nonne devint la convoitise de toutes ses compagnes qui la courtisaient comme amant. L’autorité ecclésiastique fit une enquête et découvrit que ladite religieuse possédait un organe sexuel masculin. Elle fut considérée comme un homme et, après une sévère pénitence, on l’enferma dans un couvent de Moines noirs appartenant au Cardinal de Bourbon.
Le nouveau moine était depuis huit à dix mois dans le couvent lorsqu’on s’aperçut que son ventre grossissait. On crut à une hydropisie. Quelque temps après, il accouchait d’un gros bébé !
Les enquêteurs ecclésiastiques s’étaient toujours trompés. Ce moine était bien réellement une femme, mais une gynandroïde phalloïde.
On considéra la malheureuse comme un hermaphrodite, horrible suppôt du démon. On la brûla vive et son pauvre enfant avec elle.
On inscrivit sur sa tombe [en latin] : Homme, femme, moine tout ensemble, quel étonnant prodige de la nature ! »[1]
Il est regrettable que cette histoire commencée dans une gaîté folâtre où le héros eut la chance de jouer sur tous les registres du plaisir, mais où il fut également le jouet du plaisir des nonnes et des moines, ait eu une fin aussi tragique.
[1] Ce texte de Lucien Nass est tiré de « Les hermaphrodites devant les tribunaux du Moyen Âge » et figure dans la revue médicale « Aesculape » du siècle dernier. Il a été rapporté par Olivier Castel dans La Revue du Praticien du 30 novembre 2008