En famille
La passion de l’enseignement conduit parfois à des extrémités qui font frémir. Le docteur Rondelet, professeur d’anatomie à l’université de Montpellier au XVIIe siècle, ne pouvant obtenir de cadavres pour enseigner sa matière en vint à disséquer le cadavre de son propre enfant pour faire une démonstration à ses étudiants[1]
Convoitise
Le chirurgien
écossais John Hunter au XVIIIe siècle était passionné d’anatomie comparée. Il se ruina à entretenir une quantité innombrable d’animaux les plus
divers. Il s’intéressait à toutes les formes de vie jusqu’à un géant irlandais dont il convoitait le squelette alors qu’il était encore vivant. Il acheta finalement son cadavre pour quatre cents
livres.
L’aide des bourreaux
Les médecins trouvèrent dans les bourreaux d’excellents auxiliaires de la science[2]. Vésale alla, au péril de sa vie, jusqu’à voler des cadavres dans les cimetières et sur le gibet de Montfaucon. Des médecins utilisèrent les condamnés, parfois même au moment de l’exécution.
Pendant la Révolution Française, François-Xavier
Bichat, chirurgien au « Grand Hospice
d’Humanité » (l’Hôtel-Dieu), se contente de révolutionner la médecine.
En quelques années il crée l’histologie en identifiant les tissus constituant les organes et la méthode anatomo-clinique : « La
grande école médicale française est sortie du tablier de Bichat » (G.Flaubert ). Sa déclaration la plus célèbre : « La vie est la somme totale des fonctions qui résistent à la
mort » prophétise étonnamment le suicide cellulaire. Les « Recherches sur la vie et la mort » se sont appuyées sur l’étude d’un grand nombre de cadavres dont la plupart avaient été guillotinés peu de
temps auparavant.
Le docteur Joseph
Guillotin était un humaniste, un brave homme, qui après avoir participé au Comité créé par l’Assemblée Constituante pour réduire la mendicité, voulut réduire les souffrances des condamnés à mort
en faisant adopter une machine qui les réduisait eux, vite fait, bien fait. Des machines avaient été essayées anciennement, notamment en Italie. Une
plus moderne fut conçue par le chirurgien Antoine Louis et perfectionnée par Louis XVI qui aurait eu l’idée du couperet oblique. On ne sait pas si le premier surnom de Louison ou Louisette est
lié au premier concepteur ou au plus illustre de ses utilisateurs. Guillotin resta horrifié par l’abus qu’on avait fait de la machine et de son nom.
L’aide des assassins
A Edimbourg, en 1827, William Hare et William Burke s’associèrent pour
fournir l’Ecole d’Anatomie de la ville. D’abord des clochards morts que personnes ne réclamaient. Le prix monta à dix livres pièce et le Dr Knox, professeur renommé d’anatomie était toujours
preneur. La disparition de deux prostituées connues, l’une d’entre elles fréquentée par l’un des étudiants quelques jours auparavant, déclencha une enquête, puis un procès où l’on démontra
que trente-deux personnes avaient été étranglées par les deux compères. Burke fût pendu et par un juste retour des choses, son corps fût disséqué et son squelette exposé par la suite au musée
d’Anatomie d’Edimbourg. Hare qui l’avait trahi eut la vie sauve et le naïf Dr Knox dût quitter Edimbourg pour Londres
Documentation réunie avec la collaboration de Jean Waligora
[1] Kenneth Walker Histoire de la Médecine
[2] Jusqu’au XVIIIe siècle, en France, mais surtout au Danemark, en Norvège et en Prusse, le bourreau était autorisé à pratiquer la petite chirurgie