
LE TAUDIS EN FETE
Sous les toits, dans un taudis
Quatre adolescents assis et un enfant couché
Ont revêtu leurs plus beaux habits
De l’ocre macule les murs par endroits
Des tuyaux rectilignes de métal rouillé
Serpentent dénudés le long des parois
Un miroir glauque au reflet estompé
Deux robinets, un lavabo angulaire
Ils ont avec soin balayé le plancher
Sur la table pousse un buisson vert
Dans la misère nue des quatre murs
L’un contre l’autre, leurs corps serrés
Les quatre jeunes gens à la morne figure
Sur un lit de métal servant de canapé
Se sont déguisés en riches créatures
Robes à fleurs, robe à bandes dorées
L’aîné, les pieds nus, les mains ballantes
Un éventail brasse la froideur du taudis
Une mandoline aux cordes manquantes
C’est la fête amère des enfants démunis
Quatre adolescents assis et un enfant couché
Ont revêtu leurs plus beaux habits
Ils posent dans un rêve désespéré
Paul Obraska
Lucian Freud « Intérieur W11 » (après Watteau) 1981-83