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PORTRAITS II

Brulloff-miroir.jpg  Karl Brulloff "Svetlana devinant son futur"

MIROIR
 

Une jeune femme inquiète regarde son image

Cette image qu’elle aime sans cesse regarder

Le miroir lui offre encore un beau visage

Qu’elle ne peut s’empêcher de voir laid et ridé  

Dans le miroir un étranger me regarde étonné

Cette face inversée est pourtant la mienne

Ce n’est pas celle que j’aurais imaginée  

Et jamais les mêmes traits ne reviennent  

Le miroir comme une horloge implacable

Reflète peu à peu de cruelles apparences

Et même la tristesse de se voir semblable  

Ceux qui se mirent avec complaisance

Devraient garder leur image en mémoire

Et briser sans tarder leurs aimables miroirs

Paul Obraska



 

PORTRAITS II


Manet "La mort du toréador"

 

 LE DORMEUR DE L’ARENE  

C’est une arène ocre bordée d’étables.

La clameur lentement s’est retirée,

Comme meurt une vague sur le sable.

La foule regarde en silence, fascinée.  

Le toréador allongé sur son échine,

Tranquille, la tête tournée de côté,

Une main repose à plat sur sa poitrine,

Celle qui tenait son épée abandonnée.  

Il paraît endormi, il a terminé son rôle,

La cape au sol comme un drapeau vaincu,

Une flaque de sang près de son épaule,  

Du sang que l’ocre de l’arène a déjà bu.

Sable sanglant, jaune et vermeil

Comme le drapeau hispanique et le soleil.

Paul obraska
    polenov-le-conteur.jpg Vasiliy Polenov "Portrait du conteur Nikita Bogdanov"

LE CONTEUR
 

Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

Le conteur s’en va par les chemins boueux

Des chiffons couverts de paille aux pieds

Revêtu de ses hardes déchirées de gueux  

C’est un roi qui va de village en village

Reçu avec joie dans chaque chaumière

Les serfs offrent eau et pain en partage

Et les animaux la tiédeur des litières  

C’est un roi sans terres et sans bagages

Son royaume sans limite est celui des rêves

A la veillée la flambée éclaire les visages

Tournés vers le conteur qui parle sans trêve  

Il allume des étoiles dans les yeux de chacun

Elles illuminent pour un soir leur vie sacrifiée

Les contes terminés et quand l’âtre s’éteint

Les serfs sur leurs paillasses continuent à rêver  

Demain le roi en guenilles reprendra le chemin

Dans le froid de l’hiver et le chaud de l’été

Il ira de village en village le bâton à la main

Partager son royaume de rêves éveillés

Paul Obraska

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L
Pour le dormeur de l'arène<br /> c'est bien écrit, je vois l'image, et étant andalouse par ma mère, les mots sont justes !
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L
Pour le conteur, oui avant il n'y avait pas la télé, mais il y avait une certaine communauté, du partage ! dans quelques régions de France cela existe encore, mais cela se perd, c'est dommage. J'ai aimé ce "conte"
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O
N'est-ce pas Cocteau ?
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L
Le miroir : j'ai beaucoup aimé ! il me semble qu'Alphonse Allais disait (si je ne me trompe pas d'auteur) : "Les miroirs devraient réfléchir, avant de renvoyer les images"<br /> Je pense que ton poème le décrit très bien<br /> lili
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