LA SEINE
Eaux éphémères du fleuve éternel
Son grand corps se faufile dans la ville
Frôlant au passage les îles jumelles
Et le doigt recourbé de la Seine enfile
L'anneau de pierre du vieux Paris
Les flots du fleuve passent en silence
Avec l'indifférence hautaine du mépris
Près des hommes et leurs turbulences
En accueillant parfois leurs cadavres
Qu'ils charrient d'un trait jusqu'au Havre
Le promeneur sur les quais de la Seine
Se sent petit près du fleuve vénérable
Ses eaux passent et renaissent sans peine
Alors qu'il promène son corps périssable
Paul Obraska
PONT
Un pont accouple les berges parallèles,
Lèvres ouvertes maquillées de murs,
Lien étroit porté par les arches jumelles,
Agrafe agriffée aux bords d'une coupure.
Le pont sépare ce qu'il rapproche,
Parenthèse suspendue en l'air
Entre les rives qu'elle accroche.
Pont, lieu de passage, lieu transitoire.
Sur son dos, je passe et suis nulle part :
Ni dans l'eau, ni dans le ciel, ni sur la terre.
D'une rive à l'autre je passe une frontière.
Je peux reculer vers le monde d'où je viens,
Je peux m'aventurer vers celui que j'ignore,
Ou m'arrêter un temps sans choisir mon chemin,
Rester sur ce passage qui ressemble à mon sort.
Le passant penché au-dessus du garde-fou
Regarde le fleuve mobile refléter sa face floue,
Image dans l'eau claire comme une pépite d'or.
Le garde-fou protège l'errance des déséquilibrés,
Mais sa barrière ne peut retenir les désespérés
Qui enjambent la frontière entre la vie et la mort.
Paul Obraska