NOVEMBRE AU SACRE-COEUR
Les chansons nées au-delà des mers S’élèvent des marches du Sacré-Cœur Les notes de guitare glissent sur les pierres Et enveloppent la voix du chanteur Les gens assis près des notes de guitare Eblouis par le soleil froid de Novembre Regarde Paris lointain sous le brouillard Et les arbres d’automne semés d’ambre Les gens venus d’au-delà des mers Dans ce fantôme d’été en Novembre Se sourient dans la douce lumière Des photos en couleurs plein l’appareil Ils fredonnent sur les marches de pierre Le visage aux rayons obliques du soleil
Paul Obraska
PLACE DU TERTRE
Place du Tertre gorgée
De promeneurs placides
Les parasols au reflet blanc bleuté
Ouvrent leurs corolles translucides
Venue de la blancheur du ciel
La lumière de décembre fait merveille
A travers une trouée de ruelle
Elle retouche les toiles d'un peu de soleil
Devant les rangées de croûtes touchantes
Les touristes cassent leur croûte aux cafés
Les artistes abordent la planchette tentante
Les blondes étrangères rubicondes à croquer
Paul Obraska

POUR
Une butte pour montagne Paris pour plaine Une vigne pour campagne Une église pour reine Des escaliers pour rues Des marches pour bancs Des vivants pour statues Des morts pour talents Des habitants pour mémoire Des copistes pour artistes Des défilés pour boire Des restaurants pour touristes Des autos pour carrousel Un ascenseur pour rails Des caméras pour bretelles Des photos pour mitraille De la pacotille pour Afrique Des quêteurs pour musiciens Des rengaines pour musique Des jouets pour trains Des pavés pour nos pas Des ruelles pour nos yeux Une épaule pour mon bras
LE BATEAU-LAVOIR
Sur la place Emile Goudeau, les arbres entrelacés
Veinent par l’ombre de leurs bras nus et noirs
Le quadrillage bossu des pavés penchés
Que le soleil peint sous leur pochoir.
Les réverbères efflanqués et solitaires,
Eteints le jour tels des noctambules endormis,
Attendent patiemment que vienne la nuit
Pour nous faire partager leurs lumières.
La place Emile Goudeau, de son perchoir,
S’incline vers les Abbesses par la rue Ravignan.
Sortis des cendres du bateau-lavoir,
Des fantômes qui furent dissidents
Viennent se reposer de leur gloire,
A l’ombre des arbres, sur les bancs.
Peintres et poètes surgissent comme des mirages
Dans le viseur des chasseurs d’images,
Le déclencheur avide de ces lieux légendaires,
Où sont passés Picasso, Gris, Apollinaire,
Braque, Max Jacob, Vlaminck, Modigliani,
Marie Laurencin, Van Dongen ou Dufy…
Ils ont quitté depuis longtemps la place inclinée,
Mais derrière eux un parfum de poésie persiste
Et le promeneur en ces lieux se met à rêver
A l’éclosion magique de ce bouquet d’artistes
Paul Obraska