Publié le 7 Janvier 2013

  

ESCAPADES XIII


 
EN ECOUTANT CHOPIN

 

Mais qu’a-t-il ce piano

A égrainer ses notes comme coulent les larmes

Une à une puis pressées comme monte l’onde

Et pourquoi cette rage qui enfle et gronde

Pour finir comme on rend les armes

Quand  la colère s’effiloche

Laissant quelques fils trainer où s’accrochent

Les notes cristallines en rangs amers

Qu’a-t-il ce piano à s’excuser pour cette rage passagère

En reprenant sa douceur mélancolique

Par une caresse rapide et pudique

Nous effleurant

Nous enveloppant

Dans un voile de notes tressées

Puis ce silence pour nous abandonner

Paul Obraska

 

Soulages

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Publié le 7 Janvier 2013

Francis Picabia "Hera"


BRASSEE

 

Brassée de visages emmêlés

Jetés au hasard

Les yeux, fleurs enchâssées

Au triste regard

Les pétales des paupières

Alourdis de fard

Sur les pièges à lumière

 

Bouches de coquelicots fanés

Serrant leur double pétale pulpeux

Parmi les yeux des fleurs écarquillés

Cernés d'une corolle de paupières bleues

 

Brassée de mains déracinées

Feuilles tendues, paumes réunies

Dressées sur des rameaux amputés 

Montrant à la sorcière leurs lignes de vie


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013



APPÂTS

 

Le pont de Galata fait le grand écart sur la Corne d’Or

Au-dessus des arches farcis de restaurants de poissons

Des centaines de pêcheurs debout aux deux bords

Alignés comme des pelotons d’exécution

 

Cela fait si longtemps, poisson

Que tu te laisses prendre bêtement

A l’appât sur l’hameçon

N’as-tu rien appris depuis tout ce temps ?

 

Et le poisson est resté muet

En filant dans les eaux de la Corne d’Or

Autour des appâts qui flottaient

En lui promettant la mort

 

Et toi l’homme si fier et si niais

N’as-tu rien appris depuis tout ce temps ?

Pourquoi cèdes-tu encore

Aux mêmes appâts depuis si longtemps

En avalant les hameçons d’or

Que tu recracheras en mourant



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013



VACUITE

 

Dans le jardin j’ai trouvé,

Derrière un buisson,

Un toit sans maison

Hérissé de cheminées.

 

Sans fenêtre, j’ai trouvé des barreaux sciés

Et dissimulée sous un arbrisseau,

J’ai trouvé une échelle sans barreaux.

Un évadé s’était sans doute  échappé

De l’absence inquiétante de prison.

 

L’évadé évanescent était peut-être dans le buisson.

En soulevant une feuille morte, je l’ai trouvé.

Il s’est levé sans jambes pour me barrer le chemin,

Le couteau magique de Lichtenberg à la main.

 

Sur son visage sans yeux coulait une larme,

Dans ma poitrine creuse il a planté l’arme blanche :

Le « couteau sans lame auquel manque le manche »

Mais je n’ai pas voulu rendre l’âme ;

Un si beau cadeau, on ne le rend pas.

 

Bien que sans destin, j’ai eu de la chance.

Il me l’avait planté dans le cœur par négligence,

Sans me faire ainsi passer de vie à trépas ;

On ne plante pas bêtement l’absence de couteau

Dans le cœur d’un homme qui n’en a pas.

 

L’évadé dépité est parti penaud,

Après avoir replié la lame absente

Dans le manche manquant du couteau.

 

Il a repris l’échelle sans barreaux et sans joie,

Pour entrer par une fenêtre inexistante

Dans une maison dont il ne reste que le toit.

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

LA VILLE AUX TROIS NOMS


 


Nous avons été dans la ville jadis romaine

A cheval sur des mers et sur deux continents

Elle est à l’Islam mais elle fût chrétienne

La ville où régnaient empereurs et sultans


 


Avec ses mille et mille minarets effilés

Comme des phallus pointant vers le ciel

Avec ses milliers de dômes en rangs serrés

Comme des ventres bombés gros de fidèles


 


Ses milliers de croyants appelés à la prière

Par des voix s’élevant de mosquée en mosquée

La tête vers La Mecque et au ciel leur arrière

Leurs femmes reléguées dans un coin isolé


 


La ville où les palais regorgent de joyaux

Offrandes royales des royaumes craintifs

Dans les cours le souvenir des bourreaux

Le rouge des tulipes tel le sang des captifs


 


Dans les salles et les couloirs déserts

Des harems aux vitraux de couleurs

Les ombres de femmes voilées errent

Spectres libérés des sultans noceurs


 


Nous avons été dans la grande ville multicolore

Où de vaines merveilles pendent le long des rues

Où foisonnent à la suite pacotilles et bijoux d’or

Vantés par les héritiers d’un empire qui n’est plus

 


Paul Obraska 

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Publié le 7 Janvier 2013



GEOMETRIE III

 

SPHERES

 

Les multiples soleils explosent sur les sphères d’argent

Le fracas lumineux frappe les globes oculaires blessés

La fuite du regard glisse sur leur contour lisse et brillant

Sans que l’ombre d’un angle vienne l’accrocher

 

La matière s’accomplie dans les sphères

Dans le feu circulaire des soleils errants

Dans la danse bleutée de la Terre

Dans la caverne noire du firmament

 

Les sphères mobiles roulent à l’unisson

Dans l’univers rond et la cour des écoles

Tenues prisonnières par la gravitation

 

Les sphères féminines exercent leur attraction

Sur les corps anguleux des mâles qu’elles affolent

Pour s’unir dans la sphère molle de la gestation

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


Piet Mondrian : "Composition avec bleu"


GEOMETRIE II

 

LIGNES

 

Lignes des tours toujours plus hautes dans le ciel

Celle de l’horizon épousant la croupe de la Terre

Celles où courent les électrons entre les pylônes de fer

Celles des rails rampant vers des voyages parallèles

 

Ligne de vie dans le creux d’une main tendue

Celle perverse où s’accrochent les poissons

Celle que l’on renifle et que l’on sait poison

Celle à nœud coulant où s’accroche le pendu

 

Ligne que le condamné rebelle a refusée

Celles des frontières que l’on cherche à franchir

Celle visant celui qui ne sait pas qu’il va mourir

Lignes bien alignées de chair humaine enfoncées

 

Ligne que trace l’enfant la langue entre les dents

Celle d’un visage que l’on caresse d’un doigt attendri

Celles faites de mots vains que personne ne lit

Celles où l’on trace des notes emportées par le vent

 

 

INTERSECTION

 

Rencontre des regards, imprévue,

Aux fenêtres des trains à l’arrêt,

Pont du hasard entre inconnus

Lien invisible entre les quais.

 

Par ce mélange bref de regards,

Les présents se sont un instant croisés,

Quand les trains lentement démarrent,

Ils s’éloignent dans des sens opposés

Comme un nœud qui se défait.

 

Les visages ne se reverront plus,

Ils s’effacent pour chacun à jamais.

Que d’amitiés et d’amours perdus.

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Kandinsky : "Composition VIII"

GEOMETRIE I
 

 

PARALLELES

Solitude des parallèles alignées

Cheminant chacune de son côté

Sans jamais se rencontrer

Comme deux jumelles fâchées

 

Peut-être qu’avec patience

Au bout de l’espace sans fin

Au bout de leur persévérance

Se rencontreront-elles enfin

Mais quand elles se croiseront

Ce sera dans l’infini leur fin

Par l’étreinte de l’intersection

 

TRIANGLE

Ils sont trois à se tenir par la main

Ils aimeraient former un couple uni

Mais l’autre reste et fait l’importun

On ne sait des deux qui sera choisi

Alors aucun ne veut passer la main

Et attend en vain que l’autre soit parti

 

CARRE

Comme dans le losange pointu, leur cousin

Ce sont quatre frères siamois

Chacun est lié à deux autres par les coins

Ils sont attachés trois par trois

Le quatrième est un miroir pour chacun

 

 

RECTANGLE

Chacun regarde l’âme sœur de l’autre côté

Elles sont séparées par toute la surface

Et se font face sans jamais se toucher

Elles ne peuvent quitter leur place

Sans détruire la figure imposée

 

CERCLE

Le  cercle tourne sans cesse en rond

Car son rêve inavoué est de devenir sphère

Mais il reste sur son plan, collé à sa dimension

Il devrait se contenter d’être parfait sans rien faire



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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René Magritte "L'Empire des lumières"


LE SOLEIL EST PARTI

 

Un jour ou une nuit

Le Soleil est parti

Tout seul comme un grand

En laissant ses planètes en plan

Derrière lui

Sans crier gare

Le Soleil ne supporte pas les émotions du départ

 

De son geste il était bien placé pour en mesurer la gravité

Mais que voulez-vous il en avait assez

Assez de toutes ces planètes

Qui lui tournaient sans cesse autour

Et tournaient sur elles-mêmes par des pirouettes

Pour se montrer sous leur meilleur jour

Toute cette cour lui prenait la tête

Ce galopin de Mercure

Collé à lui malgré la température

Vénus qui se prenait pour la déesse de l'Amour

La Terre bleue fière de sa Lune blême

Et qui n'arrêtait pas de se bronzer

Mars vêtu de rouge pour se faire remarquer

Jupiter qui se prenait pour Dieu lui-même

Entouré de ses douze apôtres

Saturne avec ses anneaux dans le nez

Et les autres

Tout ce petit monde lui portait sur le système

 

Le monde fut surpris

De se retrouver sans chaleur sans lumière

Dans une froide nuit

Pourtant

Pour échapper à son cortège planétaire

Le Soleil avait depuis longtemps

Préparé sa fuite solitaire

Chaque jour il disparaissait la nuit

Ce n'était pas un jeu gratuit

La nuit devait préparer le monde à mourir

 

La nuit est un avant-goût de la mort

Le monde aurait du s'en souvenir

On meurt un peu quand on dort

Dans les profondeurs des nos nuits

Seuls les rêves prouvent que l'on vit

Encore

Paul Obraska

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William Turner : « Le matin après le déluge »

 

 

LE SOLEIL EST REVENU

 

Timidement, le soleil est revenu

Sur la pointe de ses rayons.

Il s’ennuyait, seul dans l’espace, tout nu,

Et passait pour un  mauvais garçon

Sans un cortège d’admirateurs,

Comme toute étoile digne de ce nom.

 

Il était parti sur un coup de chaleur,

Il regrettait sa mauvaise humeur,

Et profitant de l’éclosion du Printemps

Il se glissa nuitamment

Au milieu de ses planètes abandonnées

Qui continuaient bêtement à tourner.

 

Quand le jour se leva,

Ce fut la fête dans le système solaire.

La Terre n’en revenait pas,

De joie, les arbres devinrent verts,

Les fleurs éclatèrent en un feu d’artifice,

Et les couples se regardaient, complices.

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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SOUS-BOIS

 

Les arbres parés de mousse émeraude

Colonnades cerclant les puits de clarté

Dans le végétal vertical l’intrus perdu rôde

Ses pas craquent sur les brindilles brisées

 

Dans les branches s’infiltre la lumière

Elle tombe en nappe sur le sol herbu

Scintillante de myriades de poussières

Les projecteurs du ciel suivent l’intrus

 

La basse continue des insectes en nuées

Bourdonne avant un assaut imprévisible

Les racines sournoises accrochent les pieds

Les feuilles masquent des trous invisibles

 

Quelque chose se faufile dans les fourrés

Quelque chose rampe quelque part

Surgissent les contes qui l’avaient terrifié

Et peuplaient, enfant, ses cauchemars

 

Un lièvre bondit, virevoltant, cul en l’air

L’intrus suit du regard son arrière-train

Jusque dans le soleil d’une clairière

Où il retrouve soulagé son chemin

 

 

Paul Obraska

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

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Georges Seurat « Le cirque »

 

CIRQUE

 

Je n’aime pas le cirque, je n’aime pas son odeur,

Je n’aime pas son arène et ses gladiateurs.

 

Je n’aime pas le grotesque des clowns peints

Chutant sous les salves des rires enfantins.

 

Je crains que le jongleur stupéfiant

Ne commette une erreur en jonglant.

 

Je crains que les acrobates aux corps invincibles

Finissent par tomber dans des postures risibles.

 

J’ai peur que la ballerine aérienne sur son cheval au galop

Chute lourdement sur le sable et se rompt les os.

 

J’ai peur que les trapézistes à l’aise en l’air

S’envolent hors du filet pour mourir à terre.

 

J’ai peur que le dompteur ne fouette une fois de trop

Et que les bêtes dominées se servent de leurs crocs.

 

Allons camarade ! Soit franc joueur,

Ce que tu n’aimes pas dans le cirque : c’est ta peur.



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


Camille Pissarro « Foire à Dieppe, matin, soleil »

 

FOIRE

 

Le soleil frissonnant levé de bon matin

Dépose sa lumière sur les vieux murs ridés

Le manège coiffé d’un chapeau mandarin

Fait tourner les rêves secrets des enfants

L’église lance arches et flèches festonnées

Au-dessus des portes ogivales du mystère

 

Et dans les rues marchent nonchalants

Les groupes de passants endimanchés

Devant l’étalage des dons de la terre

Le regard paresseux le désir incertain

Sur les petites parcelles de mets offerts

Les forains bavards invitent à les goûter

Offrande généreuse montrée de la main

 

Là-haut le soleil fiévreux court vers midi

Certains pressent le pas vers l’estaminet

Les couples de gourmets mis en appétit

S’attardent près des étals de mangeailles

Jaugeant ensemble de l’œil leurs envies

Avant de rentrer chargés de victuailles


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

ESCAPADES XXVII


George Grosz « A Oskar Panizza »  

 

 « SOLEIL VERT »

 

Le vieux plus que centenaire parlait au robot

Qui ne le comprenait pas

Ce n’était pas toujours comme ça

Avant le monde était beau

 

Plastique tu n’as jamais vu de forêts

Des multitudes d’arbres géants

Leurs branches puissantes se touchaient

Leurs feuilles changeaient avec le temps

 

Plastique tu n’as jamais vu de fleurs

De petites merveilles multicolores

Que l’on offrait pour le bonheur

De ceux que l’on aimait encore

 

Plastique tu n’as jamais vu d’eau pure

Miroir transparent en pleine nature

Les animaux venaient y boire en liberté

Avant d’être exterminés

 

La nature tes électrons ne l’ont jamais vue

Avec  des prés et des champs à perte de vue

Tu ne connais que cette ville monstrueuse

Récupère mon corps… Pousse la shooteuse


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

LE RENDEZ-VOUS AVEC LE FIGUIER



J’ai franchi en hâte la verte Garonnette

En prenant le pont sonore de métal nu.

Sur l’eau végétale j’ai vu ma silhouette,

Comme l’ombre étrangère d’un inconnu.

 

 

Près de la mer j’ai retrouvé le figuier,

Il était encore là, fidèle au rendez-vous,

Au bord de la route des gens pressés,

Mais je fus atterré en me glissant dessous.

  

Comme il avait changé mon arbre favori !

Une année et je le reconnaissais à peine,

Comment avait-il pu se traîner jusqu’ici ?

Le voyant si malade, j’en eu de la peine.

 

Ses feuilles jadis épanouies et charnues

Se recroquevillaient, les bords déchirés,

Leur senteur que j’aimais avait disparu,

Le vert avait pali et le cœur était rongé.
 
 

Ses fruits tombés à terre avant de murir,

Leur pauvre peau ocre, flasque et ridée.

Près de la mer éternelle, il allait mourir,

Ne revoyez pas ceux que vous avez aimés,

Gardez d’eux la beauté intacte du souvenir.

 

Paul Obraska

 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013


 
LES FILS DE LA MER   Nourris de la mer, poussés par le vent, les fils volages Quittent les flancs aquatiques pour nicher dans le ciel Dans la mer nourricière se reflète leur image Doucement balancée par la houle éternelle   Fils légers, inconstants, aux volutes diaprées Ils prennent leur envol incertain vers la terre La mer, épouse des gouffres immergés Oscille pesamment sous la caresse lunaire   Les fugueurs ne connaissent qu’un court destin Ils doivent rendre à la mer ce qu’elle leur a donné Fils prodigues, ils retournent en son sein   La mer possessive accueille dans ses flots Ses enfants vaporeux au périple aérien
Matrice prolifique, elle reprend ses eaux

Paul Obraska


undefined VENTS Les vents écartelés, voyageurs invisibles Entre levant et ponant ou septentrion et midi Promènent sur la Terre leur force invincible De dépression en dépression jusqu’à la folie   Ils rendent ridicules même les plus beaux Décoiffent les dames et soulèvent leurs atours Courbent les hommes et volent leur chapeau Sous leurs risées, ils jouent de mauvais tours    Papiers et feuilles valsent en mesure Les ballons abandonnés roulent sans arrêt Les perruques dévoilent les tonsures Battent les portes, claquent les volets   Ils fouettent sans égard les drapeaux déchirés Les bâches arrachées ondulent comme des oiseaux Nappes retournées, chaises renversées Craquent les voiles, emportent les bateaux   Le grondement des vents grossit dans les bois Les arbres gémissent, les racines cramponnées Les ramures en folie se révulsent aux abois Dans un barrit ligneux, ils sont déracinés   Les vents irascibles secouent la mer Blanchissent ses crêtes hérissées Les vagues affolées se ruent sur la terre Et vomissent sur le sol leurs hoquets salés   Une brise persiste sur les lieux brisés Un zéphyr doucereux caresse les visages Une main légère pour se faire pardonner D’avoir, en colère, commis tant de ravages   La mer exténuée clapote sur les rivages Frangée de détritus, d’algues et d’épaves Lutteuse marquée par un combat sauvage Elle laisse stagner de sa bouche la bave

Paul Obraska
  
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 POUTRES  Poutres mortes du ponton Clouées en croix sans crucifié Bois tondu par les moutons Des sempiternelles marées   Poutres plongeantes, rongées Par les algues et les coquillages Grimpés le long des travées Grappins vivants à l’abordage   La vie goulue grimpe sur les morts Engloutit lentement les carcasses Festin patient des corps sur les corps La volonté d’être aux plus voraces   Poutres du ponton battues par l’Atlantique Tréteaux où se joue un spectacle magique : Le secret de la mort transmutée en vie Par une prodigieuse et divine alchimie

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

 
LES FORMES DE L’EAU

  Tu n’es pas incolore : tu reflètes le ciel Tu n’es pas inodore : tu sens les algues marines Tu n’es pas insipide : tu es le sel Je ne t’ai jamais quittée : tu es en moi Mer intérieure, mer clandestine Je suis fait de toi  
En sortant des ondes, je t’ai emportée
Eau codée jetée sur la terre Poussé par le hasard et la nécessité Vers une aventure fabuleuse Je suis resté longtemps près de ton univers Près du sein de la mer accoucheuse   Puis l’eau a marché sur la terre Elle a pris les formes les plus belles Ou les plus grotesques Le sculpteur délirant et cruel M’a attribué une forme simiesque   Regarde ce que je suis devenu Je jette mes ordures dans tes flots Regarde cet inconnu Pirate gorgé de sang et d’eau Mais toujours assoiffé De la naissance au tombeau
Jamais apaisé

Paul Obraska



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LES AMANTES   Va-et-vient des mers, amantes obstinées L’écume aux lèvres, les yeux scintillants Sur la peau granuleuse des côtes abandonnées Leurs bras étreignent les continents   Grosses d’une vie grouillante et fabuleuse De navires engloutis, de marins fascinés Elles veulent prendre les terres amoureuses Qu’elles ont jadis ensemencées   Avec la douceur câline ou la passion déchaînée          Des plaintes chuintantes ou de sourds grondements Elles se jettent à l’assaut des terres convoitées   Elles veulent sans relâche attirer les infidèles Les dissoudre encore une fois en leur sein mouvant Et revivre la Création dans une étreinte mortelle


Paul Obraska


 

MAREE BASSE   Avec un bruit de succion Comme un dernier baiser La mer s’est retirée Plus près de l’horizon   Chaque jour, sur rendez-vous Elle dévoile son intimité Relève sa robe et ses dessous Montrant ses touffes herbacées   Elle dénude en passant Les bateaux échoués Leurs ventres gonflés Dans le sable gluant   Elle viendra de nouveau Grande dame lunatique Recouvrir de ses flots 
Ses dessous impudiques

Paul Obraska



 

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ALGUES
  Les hardes d’algues s’étalent sur la terre humide Abandonnées sur le sol par le corps de la mer Les traînées de guenilles verdâtres macèrent En exhalant dans l’air des effluves putrides   Les mouettes blanches à tête noire piaillent Leur corps de ballet tourne et plane Avant de fourrager les entrailles De la mangeoire océane   Comme les chercheurs de coquillages Buste incliné vers la boue puante Mollets nus ou bottes montantes   Un soleil gris argente les flaques du marécage Et les bateaux sur leurs quilles branlantes

Se dressent ridicules privés de mouillage

Paul Obraska






CIMETIERE MARIN   Carcasses vides fendant la terre Boîtes dérisoires couchées sur le flanc Mâts dépouillés pointant dans l’air Sans pouvoir capter le vent   Poissons morts hors de l’eau Etalés sur le sable humide Après les ultimes soubresauts Immobiles sur la terre perfide   Squelettes rongés par les eaux Les poutres comme des côtes sans chair  Dressent leurs bouts d’os Epargnés par la mer   Leurs flancs ont porté tant de cargaisons Leurs coques ont sauté vagues et creux Leurs proues ont pointé tant d’horizons   Coursiers abattus entre terre et cieux Si beaux sur les flots et dans la risée Si laids ventre à l'air, les flancs troués

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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Edouard Vuillard « Scène d’intérieur dit mystère »

 

POUSSIERES

 

Dans la maison aux volets clos

Housses grises sur les crapauds

Drap blanc couché sur le divan

A l’abri des éternelles poussières

Scintillantes dans les raies de lumière

 

Ils attendent immuables et patients

Que revienne un jour l’hôte des lieux

Il viendra peut-être ou peut-être pas

Se déposer sur les housses et le drap

Lorsque le souffle du vent facétieux

Portera de loin ses cendres inertes

Dispersées au-dessus de la mer

Jusqu’aux raies de lumière

De la maison déserte

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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Chagall : « Bouquet de fleurs »

 

 

REVE DE FLEURS

 

Ils sont blottis l’un contre l’autre

Deux ombres claires endormies

Loin du triste village laissé dans la nuit

A l’abri des pupilles noires des fenêtres

Ils rêvent unis dans le même songe

 

Cerné d’un bleu liquide un pot de grès gravite

Et au-dessus de leurs corps alanguis

Un bouquet géant explose dans le ciel

Jetant une pluie de pépites multicolores

 

Le couple fait le même rêve de bonheur

Heureux de l’exploit onirique des fleurs

Qui dans leur songe se désincarnent devant eux

En délaissant leurs formes devenues inutiles

Pour ne plus être que leurs couleurs

Comme des âmes abandonnant leur corps

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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LE MESSAGER

 

Après avoir parcouru une longue distance

Le messager le plus rapide de tout l’univers

Est apparu à la porte du temple en silence

Les ombres se sont écartées devant l’être de lumière

Et il s’est glissé jusqu’à moi sur le sol carrelé

Pour m’annoncer par sa présence en ces lieux

Que son maître lointain dans ses forges calcinées

Acceptait encore de m’enchanter par ses jeux

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

klimt ferme en haute autriche

Klimt : "Ferme en Haute-Autriche"

 

LE VIEIL ARBRE

 

En ce nouveau printemps

Le vieil arbre devint vert

Sur son bois grisonnant

Sur ses branches vermoulues

 

Ses racines sorties de terre

Serpentaient, entrelacées sur le sol

Comme des vaisseaux gonflés de sève

Soulevant une peau d'herbe folle

 

Le tronc couvert de mousse poilue

Etait tatoué de cœurs et de noms

Et les flèches obliques des rêves

Epinglées comme des décorations

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013




REFLETS

 

Un château s'est jeté de son haut

Dans les douves, tête première

Son corps spectral flotte sur l'eau

Ballotté par les jeux de lumière

 

Narcisse aux traits de pierres

Au bord de son image liquide

Reflet opalin de sa face altière

Que la brise couvre de rides

 

Plus de reines, plus de rois

Plus de carrosses, plus de chevaux

Un hélicoptère pour rupins tournoie

 

Le présent n'est plus aux fastes royaux

L'hôtel accueille ses clients fortunés

Nostalgique, un château s'est noyé


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 



LE SILENCE DE LA PROIE

 

Lac rond suspendu dans les cimes

Comme un œil froid au milieu des monts

Miracle horizontal au bord des abîmes

Aux reflets changeants de caméléon

 

Lumières glaciales glissant sur l'eau

Ciel sans nuage, roc et neiges mêlés

Au-dessus, le vol prédateur d'un oiseau

Dans le silence des cimes enneigées

 

Un homme cherche une proie dans l'eau

Sorti du lac transparent, un poisson palpite

La bouche sans cri accroché à l'hameçon

Sous la ligne courbée, la victime s'agite

 

Le poisson se noie dans l'air pur des monts

Les fentes béantes des vaines branchies

Ne peuvent rien contre la lente agonie

Proie aphone, elle nous épargne ses cris


Paul Obraska 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

 

 

LES FORMES DE L'EAU VI



TORRENT

 

Torrent tu sautes de pierres en pierres

Impatient comme tout jouvenceau

Ne te presse pas trop de rejoindre la rivière

Tes eaux ont la couleur de lait du berceau

 

Celui des neiges vierges des hauteurs

Celui où l'air bleu a encore sa pureté

Où les monts ont gardé leur fraîcheur

Que l'homme n'a pas encore souillée

 

Rivière ne te presse pas trop vers le fleuve

Tu serpentes dans les bois et les prés

Tes eaux claires sont déjà à l'épreuve

Avec les ventres blancs des poissons crevés

 

Fleuve ne te presse pas trop d'aller à la mer

Tes eaux brunes ont déjà triste allure

Là-bas t'attendent soutes et containers

Qui verseront les noirs hydrocarbures

 

Eau du torrent tu ne peux pas remonter le courant

Tu ne peux pas remonter de la mer à l'embouchure,

Du fleuve à la rivière et de la rivière au torrent

Chacun coule dans un sens avec ses souillures


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013




INCENDIE

 

Là-bas l’incendie déverse sa lumière

Eclate en cernant d’un fard doré

Le soleil épanoui en fleur ombellifère


Le feu étale un fond de teint orangé

Souligne les ombres noires des toits

Comme un décor sur le doigt de mer


Là-haut le ciel a sauvé son bleu roi

Balafré de deux traits de lumière

Que deux avions de proie ont laissés


Fuyant le feu un couple de bateaux

Chevauche la surface argentée

En creusant deux rides sur l’eau

 


Paul Obraska 

 

Arnold Böcklin "L'île de la Mort"


L'ÎLE DESOLEE

 

 

Une silhouette habillée d'un linceul

Se dresse, rigide, à l'avant de la barque.

Le passeur à sa tâche rame seul,

Guidé par le murmure des Parques.

 

L'île désolée est abordée doucement,

Un roc abrupt dans la noirceur de l'eau,

Hérissé de cyprès, seuls êtres vivants,

Au milieu des murs clairs des caveaux.

 

Il fait toujours nuit sur ce roc de froideur.

Le Soleil est occupé à donner la vie,

Les morts n'ont nul besoin de chaleur.

 

Pour eux : le blanc, le noir et le silence de la nuit.

Les hommes inconsolables rêvent d'un ailleurs,

Qu'il s'agisse d'une île, de l'Enfer ou du Paradis.


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


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Mary Cassat "Deux enfants sur la plage"

 

SABLE   La main en sablier presse les grains fuyants, Le sable entre les doigts écartés Coule dans un doux chuintement, Aussi fluide que l’eau qui l’a créé.   Avec le sable les enfants bâtissent des châteaux Où leurs rêves deviennent réalité, Jusqu’à la montée prochaine des eaux Où ils seront détruits par la marée.   Dans le minéral pulvérisé par le temps, Les enfants connaissent la sagesse amère De voir leurs rêves ne durer qu’un instant.   Avec la même foi, ils recommenceront demain. Les adultes font comme les enfants,

Ils ne se lassent pas de construire en vain.

Paul Obraska

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Félix Vallotton "Sur la plage"
 

SUR LA PLAGE   Solitaires sur la plage glacée Sous un soleil froid Trois ombres sont assises habillées Elles ne se baignent pas Elles ne pourront plus se baigner   Elles regardent la mer couleur de boue La larme à l’œil Et la mer les regarde de ses bulles irisées La vague à l’âme   L’écume froufroute sur le rivage En rejetant par hoquets Des bouteilles gondolées sans message Des boulettes noires par paquets Des sacs gonflés en plastique Des consommables consommés Des préservatifs pathétiques De tristes oiseaux mazoutés De petits poissons ventre à l’air Et des ratons laveurs débordés Echappés d’un recueil de Prévert Jeté à la mer

Sans pitié

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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PARTITION   Au soleil couchant Les mouettes se rassemblent Sur la grille des marais salants Les oiseaux assemblés ressemblent Aux notes blanches sur une portée Avec leurs hampes pointées Dans tous les sens   Au soleil couchant Les mouettes se déplacent en silence Alors que la fin du jour décline lentement Elles se posent en douceur les ailes repliées Sur les longues lignes de la portée en terre Leur blancheur se reflète dans l’eau salée Elles attendent ainsi la nuit de concert   Le soleil couchant Joue de sa lumière d’or En glissant sur les pages d’argent Sur les notes blanches qu’il colore Des tons d’un chant évanescent En brûlant le jour mort Sur les marais salants

Paul Obraska
 
  

LES FORMES DE L'EAU III

PERTUIS   Il avait une vue imprenable sur le pertuis breton Les voiliers imprimés sur la mer bleue ou grise Et même par beau temps il avait la vue du pont Il humait l’odeur des algues amenée par la brise Et voyait au lointain l’infini azur de l’horizon   Sa vue plongeait sur les remparts Fantômes de pierre de Vauban Balcons de blocs gris dérisoires Où les promeneurs nonchalants Passaient sans lever un regard   Dans chaque mirador guettait une ombre Et en se haussant sur la pointe des pieds Par le pertuis étroit de sa cellule sombre Le prisonnier de Saint-Martin-de-Ré Avait une vue imprenable sur la liberté

Paul Obraska

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IL VENAIT CHAQUE JOUR   Il venait chaque jour sur le port Voir le ciel se briser dans la mer Les voiles pendues comme des corps Les bateaux ballottés ligotés à la terre   Il venait chaque soir sur le port Voir les dernières lueurs du jour Teinter les voiles d’un peu d’or Le long des quais gris de pierre   Il venait à chaque lever du jour Voir ses amis marins quitter le port Avant, il partait avec eux chaque matin   Les marins lui faisaient signe de la main Leur sourire perdu en s’éloignant du port Sur son fauteuil roulant, il goûtait les embruns

Paul Obraska
 


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Claude Monet "Impression au soleil levant"   IMPRESSION   Un homme dressé dans sa barque sombre La main sur sa rame abandonnée Contemple fasciné Le soleil effacer la nuit et façonner les ombres   L’œil rouge maquillé de mauve et de bleu Encore petit comme mal réveillé Saigne un peu Sur les écailles de l’eau glacée   Les braises froides des nuages lourds Couvent de leur inquiétante lumière Le bleu tendre et naissant du jour   L’azur commence à teinter la mer Par petites traînées de pleurs Sous le regard émerveillé du pêcheur


Paul Obraska
   

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Publié le 7 Janvier 2013



CIEL ET MER

 

Un jour le ciel tomba amoureux de la mer

Ils se regardaient depuis si longtemps

Le  ciel mit alors son habit bleu clair

Et la mer s’éclaira en le voyant

 

Le ciel se mit doucement contre elle

Ils se touchèrent au loin à l’horizon

Les bateaux pris entre la mer et le ciel

Glissaient sans bruit leur cargaison

 

Le ciel ne plongea pas dans la mer

Ils avaient tout le temps devant eux

Ils restèrent ainsi la journée entière

 

Puis vint la nuit et le ciel se fit nuageux

Pas de Lune, pas d’étoiles, pas de lumière

Et on ne sut qui était le ciel qui était la mer

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

  
VAGUES

Un roulement pressé, un son long et clair qui s’étire sur le sable en chuintant.

Un rythme à deux temps qui se répète depuis l’origine de notre monde, inlassablement.

Sur ce rythme la mer danse : un pas en avant, un pas en arrière,

en roulant de la vague parée d’écume, perles d’eau éphémères,

évanouies dans le sable pour renaître à chaque battement.

Les galets ronds reposent, érodés, ils attendent d’être emportés dans le tourbillon d’une danse folle, avant de disparaître un jour lointain, petit à petit épuisés par cet incessant va-et-vient.

 

Envoûté par ce rythme perpétuel et cette danse immobile, l’homme rêve parfois devant la mer d’être son cavalier pour un avenir inconnu.

Et lorsqu’il s’arrachera à sa contemplation, le chant de la mer le suivra longtemps à l’intérieur des terres, écho des origines et rappel nostalgique des occasions perdues.

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


LE PETIT NUAGE

 

Un petit nuage tel un flocon blanc

Naviguait isolé poussé par le vent

A la queue des grands nuages gris

Nimbus déchirés chargés de pluie

 

De même que ses sombres frères

Le petit nuage était né de la mer

Mais il avait beau pousser d’en haut

Il ne versait pas une goutte d’eau

 

Les autres arrosaient les bois et les prés

Et du sol surgissaient les fleurs et le blé

Le petit nuage en voyant ces merveilles

S’assombrit de ne pouvoir faire pareil

 

Les autres déversaient sur les monts

Des myriades silencieuses de flocons

Et de l’eau sur les déserts craquelés

Les oasis jaunis et les puits asséchés

 

Le petit nuage devenu sombre et amer

Voulait tant se joindre à ses frères

Que des larmes ourlèrent ses festons

Et la pluie désirée coula à l’unisson



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

LES FORMES DE L'EAU XIV

 

La Citerne Basilique d'Istanbul

GOUTTES

 

Il est joli le son de la goutte qui tombe dans l’eau en traçant un rond éphémère

Elles sont miraculeuses les gouttes humectant enfin la langue rôtie de l’assoiffé

Elle est attendue la première goutte de pluie tombant dans la poudre du désert

Elles sont bénéfiques les gouttes qui coulent une à une dans la veine de l’alité

 

Elle est ridicule la goutte qui pend au nez hésitant à tomber pour de bon

Elle est fâcheuse la goutte écarlate qui s’étale en rond sur la nappe claire

Elle est inquiétante la goutte métronomique qui tombe la nuit du plafond

Elle est menaçante la goutte qui fait déborder la vase poussant à la colère

 

Elles sont obstinées les gouttes qui taraudent patiemment la roche

Elles s’infiltrent, elles usent, elles creusent depuis des millénaires

Elles sculptent, elles piochent

Elles façonnent la Terre

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

  

LES FORMES DE L'EAU XIII


 
Marc Chagall « La famille du pêcheur »

 

LA FEMME DU PÊCHEUR

 

Ils sont l’un contre l’autre, mais la femme tourne le dos, l’enfant sur son sein, la bête à ses pieds. Elle est la terre nourricière. L’homme est revenu de la mer, des poissons dans ses mains, après une si longue absence, de retour des horizons infinis, encore à l’écoute du chant des vents marins, plongeant toujours ses filets dans les plis de la mer. Ils sont l’un contre l’autre, pourtant la mer sépare leurs destins, elle permettra peut-être un jour de les réunir avant que leur vie prenne fin. Mais l’homme reviendra sur le rivage voir les vagues perler, écouter le vent, sentir les embruns, regarder l’horizon où pointe le mât des bateaux avant que le ventre lourd de leur pêche n’apparaisse sur les flots. La femme sait que la mer ne le quittera jamais et elle tourne le dos.

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013




CREPUSCULE

 

C’est l’heure où la Terre tourne son ombrelle

Où l’eau du lac retient la lumière évanouie

Où les cimes des arbres dentellent le ciel

Où la masse des bois capte la nuit

 

C’est l’heure où le silence bruit de bruits inconnus

Où la pénombre se peuple d’êtres fabuleux

Où le cri des oiseaux devient éperdu

Où l’on craint qu’une bête habite chaque creux

 

C’est l’heure où les fantômes astiquent leurs chaînes

Où ceux qui nous habitent reprennent vie

Où ceux qui sont morts réveillent nos peines

 

C’est l’heure où l’on presse le pas

Où l’on recherche en vain un abri

Où l’on espère qu’un autre jour se lèvera.


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

D'après une photo parue dans le Point du 2 août 2007
avec cette légende : "Bravant les courants et les serpents à sonnette, un groupe de clandestins tente la traversée de nuit de la frontière."




L'EAU DES FRONTIERES

 

L'eau des frontières

Est hantée d'êtres humains

Ils ne sont pas tous marins

Sur les mers et les rivières

 

Sur des épaves marines

Bravant chaque instant le naufrage

Ou dans l'eau glacée des rivières à la nage

Un sac poubelle devant, une femme sur l'échine

 

Les clandestins hantent l'eau des frontières

Il y aura demain sur l'onde des corps noyés

Retrouvant les spectres partis les premiers

Sortis par la mort de la haine ou la misère

 

Dans le Rio Grande flottent des grappes de têtes

Consolez-vous clandestins

C'est à ce jour un Mexicain

L'un des plus riches de la planète

 

Dans les barques, dans les soutes des navires

Consolez-vous clandestins

Vos dirigeants ne manquent de rien

Passez l'eau des frontières sans faiblir


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013




SAULE PLEUREUR

 

Avez-vous vu pleurer un saule pleureur ?

Il s'épanche penché sur la rivière

Et laisse tomber ses verts pleurs

En une cascade trouée de lumière

 

Il pleure de ses étroites larmes

Et si l'arbre courbé s'épanche

Pour ne pas rompre le charme

Il les garde pendues à ses branches

 

Le saule nous apprend à retenir nos pleurs

A trouver l'apaisement au bord des rivières

A laisser la lumière traverser nos malheurs

A continuer à vivre enraciné dans la terre


Paul Obraska 





RICOCHETS

 

L'enfant sans ami cherche un galet plat

Un galet rond aux bords arrondis

Pas trop gros pour qu'il ne coule pas

Et pour glisser sur l'eau, pas trop petit

 

Il découvre le trésor dans des gravas

A la lumière oblique du soleil écrasé

Et court vers le lac, pressé de le jeter

 

Il se met en position, étendant le bras

Le trésor dans sa main, l'index en crochet

Au bord du lac embrasé

Sur l'orangé de l'eau, il lance le galet

 

La pierre par petits bonds marche sur les eaux

Un chapelet de gerbes pour un bref instant

Dix bouquets liquides vont décrescendo

Mais personne pour voir l'exploit de l'enfant

 

L'événement provoque un envol d'oiseaux

Dans l'incendie fidèle du couchant

Leurs ailes aiguës glissent dans l'éther

Comme le galet rond avait glissé sur l'eau


L'enfant triste et solitaire

Regarde, au-dessus du lac, les oiseaux

Faire ensemble leurs ricochets sur l'air


Paul Obraska
 

 

 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013


John Sargent "Fontaine chantante en Espagne"

FONTAINES

 

Il  y a des pays

Où il n'y a pas de fontaines

Des pays sans eau

Des pays malheureux

Il y a des pays

Où il y a de l'eau

Mais pas de fontaines

Ce sont des pays heureux

Mais qui n'ont rien compris

 

Les fontaines

On les entend avant de les voir

La chanson joyeuse et familière

De l'eau clapotant dans l'eau

De l'eau éclaboussant la pierre

Un chant de promesse de bonheurs

Le bonheur d'apaiser la soif

Le bonheur de fraîcheur

Le bonheur de pureté

 

Bien sûr il y a les fontaines royales

Avec leurs jets d'eau domestiquée

De l'eau qui fait des ronds

De l'eau qui fait le beau

De l'eau qui fait la roue

Pour se faire bien voir

Mais elle n'est pas à boire

 

Les petites fontaines sont bien plus belles

Au milieu d'une place nue

Avec leur chant de chanterelle

Coulée de fraîcheur têtue

Sur la pierre douce arrondie par l'usure

Quelques herbes en houppes

Et un peu de mousse au mur

Dans ses mains en coupe

Pour exaucer une prière

On recueille l'eau claire

Que l'on boit goulûment

Sans retenue bruyamment

En serrant les doigts pour éviter les pertes

Le visage mouillé de fraîcheur

Le menton humide le sourire éclos

Sur une place déserte

Ecrasée de chaleur

Où les maisons volets clos

Abritent les dormeurs

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


SIESTE

 

Dans le lit rouge de la gondole chamarrée

Dort le gondolier

Bras croisés, coussinet sous les pieds

Il rêve sous son canotier

 

L’église tête en bas se mire en douceur

Dans le canal en exil de la mer lointaine

L’eau silencieuse respecte le dormeur

Et son sommeil mérité après sa peine

 

Le cube couvert de graffiti criards

Devant la façade austère de l’église

Ne lui donne-t-il pas des cauchemars ?

 

Peut-être le gondolier dort-il

Pour ne pas voir enlaidir sa Venise

Alors quand se réveillera-t-il ?


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


GRAND CANAL

 

De la lagune que les ducs d’Albe gardent

Les trois pieds plantés comme des échardes

Le Grand Canal pénètre la Venise béante

Et embrasse de son S inversé son amante

 

Il passe entre les haies des palais prolifiques

Leurs façades aux fenêtres aux allures orientales

Beaux restes princiers de la République

Etes-vous bien réels ou décor théâtral ?

 

Les rives hérissées de pieux d’amarrage

Des bâtons de guimauve aux rayures colorés

La gondole rouge et noire de mille ans d’âge

Le gondolier inchangé coiffé du canotier

 

Le vaporetto va lentement de station en station

Les noms chantent leur lot de promesses

La foule embarquée pressée sur le pont

Mêle Vénitiens blasés et visiteurs en liesse

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


LE LION NOSTALGIQUE

 

Lion ailé de saint Marc perdu dans le ciel

Tu trônes comme un échassier

Sur une patte au-dessus des mortels

 

L’Histoire est passée

 

Tu es resté, emblème amer

De l’orgueil d’antan

Solitaire face à la mer

Sans les navires conquérants

Sans le Bucentaure pillé

 

Les restes éparpillés

 

Intouchable face aux nuages

Tu es resté là-haut en héritage

La queue dressée, la colère feinte

Tes proies  ne tremblent plus de crainte

 

Dans les musées

 

Tes ailes déployées

Dans un vol immobile

Tu règnes sur une ville

 

De palais rongés

 

 

Paul Obraska

Canaletto : "Le retour du Bucentaure"

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Publié le 7 Janvier 2013


SUBMERSION

 

Venise ouverte

Venise baignée

Venise infiltrée

Venise recouverte

 

A marée haute, à la bonne saison,

Les bottes clapotent dans l’eau

Sur les dalles de la place San Marco

Et sur le seuil des maisons.

 

L’eau, partout, veine la ville de ses canaux

Et serpente, paresseuse, dans les artères

Que les ponts circonflexes enjambent d’un saut.

L’eau, en caressant, rogne les pierres

Et noircit le pied baigné des façades

Où s’accrochent des mousses de jade.

 

A la glissade silencieuse des gondoles,

Les remous de la rame tournant dans le tolet

Soulèvent dans l’eau opaque des dépôts aquicoles,

Une légère odeur de vase s’exhale du marais.

 

L’eau encercle même les cimetières.

Encore marins après leur trépas,

Les morts s’embarquaient pour les îles,

Vers San Michele et son mur de terre

Pour un voyage vers l’Au-delà

A bord d’un navire immobile.

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


COULEURS CHAUDES A BURANO

 

Bleu turquoise violet vert

Palettes éclatantes, canal endormi

Maisons de poupées à ciel ouvert

Façades de lumière, intérieurs de nuit

 

Rose rouge pourpre vert

Débauche de couleurs pour peintre en folie

Murs en chaleur sous le feu solaire

Barques alignées, paresseuses assoupies

 

Orange jaune brun vert

Volets mi-clos sur des siestes alanguies

Intimités pendues entre deux couleurs

 

Ciel amarante canari vert

Deux silhouettes passent sur le quai à l’abri

Où les murs ombragés offrent la fraîcheur

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


LES PIGEONS DE LA PLACE SAINT-MARC

 

Un pigeon s’attable place Saint-Marc

Un pigeon assoiffé cherchant asile

Le serveur dos tourné, détourne le regard

Sans aucun égard pour le volatile

 

Le pigeon sur le pastel de la nappe bleue

Cherche en vain le prix des boissons

Au son de la musique au ton sirupeux

Le serveur s’occupe d’un autre pigeon

 

Pourtant les clients attablés se font rares

Hors ces pigeons en quête de boissons

Les autres s’attroupent place Saint-Marc

 

Sur leurs pattes, bec levé, les yeux  ronds

En troupeau serré, ils déambulent au hasard

Dans le piège sublime de la place Saint-Marc

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


RESILLES

 

Les canaux croisés de Venise cisaillent,

Comme les résilles de plomb d’un vitrail,

La ville en multiples fragments colorés.

 

Le dessin géométrique de la vitrée

Découpe la vue de Ca’ Rezzonico

Sur le quai étroit et le ruban du rio.

 

Les arches des ponts ponctuent le canal,

Elégantes de briques bordées de blanc.

Assis sur une marche, un couple d’amants

Pose dans un cadre de plomb octogonal.

 

Après avoir attiré d’Orient les richesses,

Venise attire de partout les amours ;

Le vœu est de les vivre ici dans l’allégresse

Ou d’y tenter parfois de les revivre un jour.

 

Amants, méfiez-vous de cette ville magique :

Elle surprend, elle charme, elle envoûte.

L’eau sereine, la beauté nostalgique

Apaisent l’esprit et lèvent les doutes.

 

Loin de la sérénissime Venise

Que deviendront les amours

Lorsque cessera son emprise ?

Amants comblés, craignez le retour.

 

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013


LE MARCHEUR DE VENISE

 

Devant le pont des soupirs, le marcheur de Venise

Ne peut que soupirer. Il ne cesse de marcher

De ruelles en places, de surprises en surprises

Dans cette ville hors du temps, surgie du passé

 

Dur à la peine, le marcheur de Venise

Remplit le temps limité qui lui est imparti

Il va de musée en musée, d’église en église

Etourdi, affamé, épuisé mais conquis

 

Belle et terrible Venise pour le marcheur fatigué

Il ne s’arrête de marcher que pour naviguer

Aller d’un quai à un autre et débarquer

Pour pouvoir à nouveau marcher

 

Des palais fendillés à chaque coin de rue

Des palais mouillés le long des canaux

Le marcheur de Venise n’est jamais repu

Il va, obstiné, de pont en pont et de rio en rio

 

L’œil saturé des ocres et roses délavées

Emporté par la cité-navire chargée de beautés

La coque alourdie s’enfonçant dans l’eau

Le marcheur de Venise jure de revenir

Dans la ville dont le passé présent est l’avenir

 

Paul Obraska

 


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Publié le 7 Janvier 2013

Je ne suis pas gros. Cette déclaration liminaire, qui n’intéresse personne, a cependant l’intérêt de montrer que je n’ai aucun conflit d’intérêt dans ce qui va suivre.

Je veux, en effet, m’élever contre la discrimination dont souffrent de plus en plus les gros devenus une des cibles privilégiées de la médecine (je préfère dire gros plutôt qu’obèse qui a une consonance scabreuse ou surpoids qui a le côté hypocrite du politiquement correct). Hormis le cas des femmes qui cherchent à devenir squelettes au risque de traumatiser leur partenaire de lit, je n’encourage pas, bien sûr, les gens à devenir gros, ils n’ont pas besoin de moi pour le devenir et la plupart désirent ne pas l’être, mais ils sont montré du doigt et je m’élève contre les multiples accusations dont ils sont l’objet, une discrimination qui concerne plus d’un milliard d’individus dans le monde (en additionnant les faiblement et les fortement enveloppés, ces derniers seraient 300 millions)

Non seulement on veut leur fait payer plus cher une place d’avion ou un soutien-gorge  à leur taille, non seulement on les accuse d’être plus malades que les autres et donc implicitement de coûter plus cher à la société, non seulement un laboratoire[1] met à leur disposition une pilule amaigrissante qui peut pousser bon nombre à passer une partie de leur journée sur le siège des toilettes, mais certains les accusent à présent de modifier le climat, non pas comme les bovidés qui le modifient par leurs dégagements gazeux, mais de façon heureusement plus subtile.

L’étude[2] qui permet d’étayer cette accusation se base sur le fait que les industries alimentaires génèrent 20% des gaz à effet de serre (GES) et les transports correspondants en ajoutent 14%. En tenant compte de ce fait, les auteurs ont calculé l’énergie alimentaire requise pour maintenir le métabolisme basal des gros par rapport à une population qui ne l’est pas et on obtenu un  total de GES supplémentaire compris entre 0,4 et 1 GigaT d’équivalent CO2 annuel.

Cette étude subtile et discriminatoire mériterait confirmation, mais j’encourage d’ores et déjà les écologistes à rester minces et j’espère en leur bonté pour ne pas faucher les gros qui ont suffisamment d’ennuis comme ça.

 

[1] GlaxoSmithKline espère avec la pilule Alli encaisser 15 à 20 millions d’euros de recettes la première année.

[2] Edwards P et coll. : Population adiposity and climate change. Int J Epidemiol 2009; 1-4.

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Publié le 7 Janvier 2013

Le Point du 14 mai 2009 rapporte que les conférences télévisées de Barak Obama battent des records d’audience, mais les chaines sont obligées d’interrompre leurs programmes et les écrans de pub pour faire place à la parole présidentielle. D’après la presse américaine le manque à gagner se chiffrerait à 30 millions de dollars, si bien que les grands networks américains vont hésiter à l’avenir à interrompre leurs programmes (l’intervention d’Obama du 29 avril a d’ailleurs été négligée par Fox).

Il est certain que vanter les qualités d’une lessive, d’une crème rajeunissante ou d’un laxatif a plus d’importance qu’une allocution du président de la plus grande puissance du monde. L’importance d’une chose étant parallèle au bénéfice que l’on peut en tirer. Si un jour le monde explose, il est certain que les comptables, s’ils restent vivants, s’empresseront de calculer ce que cette explosion pourrait rapporter en faisant passer des spots publicitaires pour les entreprises de reconstruction.

En attendant, j’ai une solution pour satisfaire tout le monde : pourquoi ne pas faire pour les dirigeants de la planète ce que l’on fait pour les sportifs qui arborent sur eux les marques de leurs sponsors ? Je vois très bien Obama arborer sur le revers de son costume le nom d’une marque de matériel de golf ou celle d’un dentifrice. L’image d’Angela Merkel a déjà servi pour de la lingerie féminine, pourquoi ne pas continuer dans ce sens ? (il serait cependant opportun de se contenter de mentionner le nom de la marque sur son corsage sans avoir à dénuder la dame comme sur l’affiche sauvage qui lui a été consacrée). Pour Nicolas Sarkozy on pourrait proposer une marque de cycles sur les jambes, la maison de production des disques de son épouse sur le ventre et sur les épaules le nom d’une fondation luttant contre les troubles obsessionnels compulsifs (à titre bénévole pour entretenir son image d’homme désintéressé).

Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions.

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans les villes – Attention, je ne parle pas des périphéries des villes où les surfaces sont surfacées par des surfaces de plus en plus nombreuses, de plus en plus grandes et de plus en plus laides, s’étalant sur la terre jadis champêtre comme de gigantesques pizzas rectangulaires piquées de quelques drapeaux colorés flottant dans les effluves d’essence. Non, je veux parler des villes intra muros ou plutôt intra-périphérique - Donc dans les villes, le visage des commerces  a changé. Exit les boutiques d’artisans, les petits commerces et même des lieux conviviaux comme des cafés qui ferment après avoir déversé leurs fumeurs sur les trottoirs, locaux immédiatement investis par des agences de banques, pièges à fric groupées dans des endroits stratégiques, des agences immobilières, dont le nombre a doublé en dix ans[1], mais aussi, enfilées en brochettes, des pizzerias, des saladeries, des chinoiseries ou des fast-fooderies (à noter que "fast" veut également dire jeûne, il est vrai que pour se nourrir avec ces grosses choses rondes il faut avoir une souplesse et un développé de mâchoires adaptés, ce qui n’est pas donné à tout le monde et c’est une des raisons pour laquelle les jeunes, aux articulations et aux dents neuves, y sont si nombreux).

Cette organisation des commerces a cependant une certaine cohérence car, avant la crise, le citadin qui voulait cesser de payer des loyers exorbitants et faire partie de la catégorie des propriétaires (perspective alléchante tracée par notre bon président), entrait dans l’agence immobilière du coin de la rue, puis dans l’agence bancaire de l’autre coin pour emprunter de l’argent, et il ne  lui restait alors que de quoi se payer une salade, un rouleau de printemps ou une chose ronde dégoulinante si l’ouverture de sa bouche le lui permettait.

Le monde est bien fait.



[1] En raison de la crise actuelle 3000 à 3500 agences ont dû fermer boutique avec 15000 emplois menacés, soit un dixième des effectifs.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Avez-vous remarqué que depuis quelques années, les interviouveurs et les interviouvés sur les ondes utilisent fréquemment les guillemets comme : « Cette réforme – entre guillemets – sera un échec », ce qui est un manque de courage, car l’expression aurait dû être « Cette prétendue réforme sera un échec » ce qui est un jugement clair que l’introduction parlée des guillemets permet d’éviter.

Sommes-nous à l’orée d’une petite révolution du langage parlé avec une introduction explicite de la ponctuation ? Donc dans l’avenir il est possible que l’on soit amené à parler comme on dicte. En voici un exemple qu’il faut bien entendu lire à haute voix :

Ouvrez les guillemets - Le comble de la bêtise – virgule - c’est de parler quand on n’a rien à dire – point - Le comble de l’intelligence - virgule - c’est se taire quand on quelque chose à dire – point final – fermez les guillemets –

Voilà, j’aurais dû écouter Zeev de Strikov, rabbi du XVIIIe siècle.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Il y a une chose difficile à saisir. Il passe et repasse, vous évite, passe au-dessus de vous ou à droite ou à gauche. Il vous tourne le dos, il est ailleurs, à l’intérieur. Il disparait. Vous croyez le saisir lorsqu’il réapparait. Peine perdue.

Alors vous vous levez, prêt à partir et alors, miracle ! Vous le saisissez : le regard du serveur qui jusqu’à ce moment précis fuyait le vôtre, un regard soupçonneux qui se fixe enfin sur vous.

 

Difficile à saisir que le ministère de la Santé demande au président de l’Assistance publique- Hôpitaux de Paris de supprimer 700 postes (dont médecins et infirmières) alors que dans le même temps le commissaire à la Diversité lui demande d’accueillir 5000 apprentis (pour faire quoi ?) dans le but de favoriser l’insertion des « jeunes de banlieues » [1]

 

Vous me direz il n’y a aucun rapport entre les deux. A première vue, je vous l’accorde. Mais à seconde vue ?  L’attitude des pouvoirs publics ne ressemble-t-elle pas à celle du serveur ? Et ne comprennent-t-ils pas les choses que lorsqu’on se lève ?



[1] le Point du 23 avril  2009

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

En Inde, l’âge légal du mariage est passé de 12 ans en 1929 à 18 ans en 1978, mais le mariage de fillettes persiste, surtout en zone rurale et dans les milieux pauvres. Ce sont souvent des mariages forcés. Sur 14813 jeunes femmes mariées (Anita Raj et coll, Lancet 2009)), près de la moitié l’avaient été avant 18 ans, près du quart avant 16 ans et 2,6% avant 13 ans, avec des époux en général nettement plus âgés. Grossesses non désirées et leur interruption sont multiples, d’où la fréquence de la stérilisation de la femme avant l’âge de 18 ans. Les avortements visent plus particulièrement les fœtus de sexe féminin, car « avoir une fille c’est comme planter un arbre chez le voisin », l’arbre en question étant la dot nécessaire pour se débarrasser de sa fille.

En Inde, cette nécessité de la dot peut prendre un tour plus tragique. Lorsque les membres de la belle famille d’une jeune épousée estiment que sa dot est insuffisante, la sanction est radicale : la jeune femme est aspergée d’essence et immolée par le feu. Cette façon de déclarer sa flamme date de temps immémoriaux et est appelé « crime de dot ». D’après la police le chiffre annuel de ces immolations serait de 6787. En fait, il est très sous-estimé car seules sont comptabilisées les plaintes. Des chercheurs indo-américains (Prachy Sanghavi et coll, Lancet 2009) pensent que le chiffre réel est probablement 4 fois plus élevé, ce qui nous amènerait à une hécatombe annuelle d’environ 25000 jeunes femmes. Mais ne faut-il pas respecter les particularités culturelles ?

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Je me pose la question : les gouvernants n’ont-ils pas une  forme mineure[1] d’autisme ? Enfermés dans leur monde depuis des années, ils semblent avoir du mal à communiquer avec l’extérieur. Sinon pourquoi la plupart des gouvernants feraient-ils appel à des « spécialistes » de la communication et le titre qu’on leur donne : « spin doctors » est manifestement médical. Ces soignants (dont les honoraires varient de 5000 à 10000 € par mois)[2] se penchent sur le patient pour lui apprendre les attitudes à avoir, les paroles à prononcer, la façon de le faire, les petites phrases qui font mouche, les slogans à utiliser, les thèmes à aborder, souvent d’une grande originalité comme ceux conseillés à notre ministre de l’Education nationale par son praticien préféré : « cartable trop lourd », « produits pas chers pour la rentrée » etc…Il est dommage que les parents ne soient pas rémunérés pour conseiller au ministre d’aborder ces thèmes qui ne lui viendraient pas tout seul à l’esprit, alors qu'il est passé - comme la plupart de ses confrères -  par "les Grandes Ecoles" (ce qui, paradoxalement, n'est pas toujours le cas de ceux qui leur servent de précepteurs).

On comprend pourquoi les hommes politiques du passé ont parfois échoué malgré leur personnalité et leur éloquence naturelle. Avec un « communicant », Clémenceau, le « Père la Victoire », aurait sûrement été élu Président de la République, Churchill ne se serait pas retrouvé dans l’opposition après avoir gagné la guerre et De Gaulle ne se serait pas retiré après l’échec du  référendum sur la « régionalisation », facilement acceptée par la suite.



[1] Il est possible que certains soient atteints d’une forme plus sérieuse.

[2] Le Point du 12 mars 2009.

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Rédigé par Dr WO

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