LE MARCHEUR DE VENISE
Devant le pont des soupirs, le marcheur de Venise
Ne peut que soupirer. Il ne cesse de marcher
De ruelles en places, de surprises en surprises
Dans cette ville hors du temps, surgie du passé
Dur à la peine, le marcheur de Venise
Remplit le temps limité qui lui est imparti
Il va de musée en musée, d’église en église
Etourdi, affamé, épuisé mais conquis
Belle et terrible Venise pour le marcheur fatigué
Il ne s’arrête de marcher que pour naviguer
Aller d’un quai à un autre et débarquer
Pour pouvoir à nouveau marcher
Des palais fendillés à chaque coin de rue
Des palais mouillés le long des canaux
Le marcheur de Venise n’est jamais repu
Il va, obstiné, de pont en pont et de rio en rio
L’œil saturé des ocres et roses délavées
Emporté par la cité-navire chargée de beautés
La coque alourdie s’enfonçant dans l’eau
Le marcheur de Venise jure de revenir
Dans la ville dont le passé présent est l’avenir
Paul Obraska
