Commerces
Dans les villes – Attention, je ne parle pas des périphéries des villes où les surfaces sont surfacées par des surfaces de plus en plus nombreuses, de plus en plus grandes et de plus en plus laides, s’étalant sur la terre jadis champêtre comme de gigantesques pizzas rectangulaires piquées de quelques drapeaux colorés flottant dans les effluves d’essence. Non, je veux parler des villes intra muros ou plutôt intra-périphérique - Donc dans les villes, le visage des commerces a changé. Exit les boutiques d’artisans, les petits commerces et même des lieux conviviaux comme des cafés qui ferment après avoir déversé leurs fumeurs sur les trottoirs, locaux immédiatement investis par des agences de banques, pièges à fric groupées dans des endroits stratégiques, des agences immobilières, dont le nombre a doublé en dix ans[1], mais aussi, enfilées en brochettes, des pizzerias, des saladeries, des chinoiseries ou des fast-fooderies (à noter que "fast" veut également dire jeûne, il est vrai que pour se nourrir avec ces grosses choses rondes il faut avoir une souplesse et un développé de mâchoires adaptés, ce qui n’est pas donné à tout le monde et c’est une des raisons pour laquelle les jeunes, aux articulations et aux dents neuves, y sont si nombreux).
Cette organisation des commerces a cependant une certaine cohérence car, avant la crise, le citadin qui voulait cesser de payer des loyers exorbitants et faire partie de la catégorie des propriétaires (perspective alléchante tracée par notre bon président), entrait dans l’agence immobilière du coin de la rue, puis dans l’agence bancaire de l’autre coin pour emprunter de l’argent, et il ne lui restait alors que de quoi se payer une salade, un rouleau de printemps ou une chose ronde dégoulinante si l’ouverture de sa bouche le lui permettait.
Le monde est bien fait.
[1] En raison de la crise actuelle 3000 à 3500 agences ont dû fermer boutique avec 15000 emplois menacés, soit un dixième des effectifs.