LE RENDEZ-VOUS AVEC LE FIGUIER
J’ai franchi en hâte la verte Garonnette
En prenant le pont sonore de métal nu.
Sur l’eau végétale j’ai vu ma silhouette,
Comme l’ombre étrangère d’un inconnu.
Près de la mer j’ai retrouvé le figuier,
Il était encore là, fidèle au rendez-vous,
Au bord de la route des gens pressés,
Mais je fus atterré en me glissant dessous.
Comme il avait changé mon arbre favori !
Une année et je le reconnaissais à peine,
Comment avait-il pu se traîner jusqu’ici ?
Le voyant si malade, j’en eu de la peine.
Ses feuilles jadis épanouies et charnues
Se recroquevillaient, les bords déchirés,
Leur senteur que j’aimais avait disparu,
Le vert avait pali et le cœur était rongé.
Ses fruits tombés à terre avant de murir,
Leur pauvre peau ocre, flasque et ridée.
Près de la mer éternelle, il allait mourir,
Ne revoyez pas ceux que vous avez aimés,
Gardez d’eux la beauté intacte du souvenir.
Paul Obraska