SUBMERSION
Venise ouverte
Venise baignée
Venise infiltrée
Venise recouverte
A marée haute, à la bonne saison,
Les bottes clapotent dans l’eau
Sur les dalles de la place San Marco
Et sur le seuil des maisons.
L’eau, partout, veine la ville de ses canaux
Et serpente, paresseuse, dans les artères
Que les ponts circonflexes enjambent d’un saut.
L’eau, en caressant, rogne les pierres
Et noircit le pied baigné des façades
Où s’accrochent des mousses de jade.
A la glissade silencieuse des gondoles,
Les remous de la rame tournant dans le tolet
Soulèvent dans l’eau opaque des dépôts aquicoles,
Une légère odeur de vase s’exhale du marais.
L’eau encercle même les cimetières.
Encore marins après leur trépas,
Les morts s’embarquaient pour les îles,
Vers San Michele et son mur de terre
Pour un voyage vers l’Au-delà
A bord d’un navire immobile.
Paul Obraska

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