7 Janvier 2013
LES FILS DE LA MER Nourris de la mer, poussés par le vent, les fils volages Quittent les flancs aquatiques pour nicher dans le ciel Dans la mer nourricière se reflète leur image Doucement balancée par la houle éternelle Fils légers, inconstants, aux volutes diaprées Ils prennent leur envol incertain vers la terre La mer, épouse des gouffres immergés Oscille pesamment sous la caresse lunaire Les fugueurs ne connaissent qu’un court destin Ils doivent rendre à la mer ce qu’elle leur a donné Fils prodigues, ils retournent en son sein La mer possessive accueille dans ses flots Ses enfants vaporeux au périple aérien
Matrice prolifique, elle reprend ses eaux
Paul Obraska
VENTS Les vents écartelés, voyageurs invisibles Entre levant et ponant ou septentrion et midi Promènent sur la Terre leur force invincible De dépression en dépression jusqu’à la folie Ils rendent ridicules même les plus beaux Décoiffent les dames et soulèvent leurs atours Courbent les hommes et volent leur chapeau Sous leurs risées, ils jouent de mauvais tours Papiers et feuilles valsent en mesure Les ballons abandonnés roulent sans arrêt Les perruques dévoilent les tonsures Battent les portes, claquent les volets Ils fouettent sans égard les drapeaux déchirés Les bâches arrachées ondulent comme des oiseaux Nappes retournées, chaises renversées Craquent les voiles, emportent les bateaux Le grondement des vents grossit dans les bois Les arbres gémissent, les racines cramponnées Les ramures en folie se révulsent aux abois Dans un barrit ligneux, ils sont déracinés Les vents irascibles secouent la mer Blanchissent ses crêtes hérissées Les vagues affolées se ruent sur la terre Et vomissent sur le sol leurs hoquets salés Une brise persiste sur les lieux brisés Un zéphyr doucereux caresse les visages Une main légère pour se faire pardonner D’avoir, en colère, commis tant de ravages La mer exténuée clapote sur les rivages Frangée de détritus, d’algues et d’épaves Lutteuse marquée par un combat sauvage Elle laisse stagner de sa bouche la bave
Paul Obraska

POUTRES Poutres mortes du ponton Clouées en croix sans crucifié Bois tondu par les moutons Des sempiternelles marées Poutres plongeantes, rongées Par les algues et les coquillages Grimpés le long des travées Grappins vivants à l’abordage La vie goulue grimpe sur les morts Engloutit lentement les carcasses Festin patient des corps sur les corps La volonté d’être aux plus voraces Poutres du ponton battues par l’Atlantique Tréteaux où se joue un spectacle magique : Le secret de la mort transmutée en vie Par une prodigieuse et divine alchimie
Paul Obraska