PARTITION Au soleil couchant Les mouettes se rassemblent Sur la grille des marais salants Les oiseaux assemblés ressemblent Aux notes blanches sur une portée Avec leurs hampes pointées Dans tous les sens Au soleil couchant Les mouettes se déplacent en silence Alors que la fin du jour décline lentement Elles se posent en douceur les ailes repliées Sur les longues lignes de la portée en terre Leur blancheur se reflète dans l’eau salée Elles attendent ainsi la nuit de concert Le soleil couchant Joue de sa lumière d’or En glissant sur les pages d’argent Sur les notes blanches qu’il colore Des tons d’un chant évanescent En brûlant le jour mort Sur les marais salants
Paul Obraska
PERTUIS Il avait une vue imprenable sur le pertuis breton Les voiliers imprimés sur la mer bleue ou grise Et même par beau temps il avait la vue du pont Il humait l’odeur des algues amenée par la brise Et voyait au lointain l’infini azur de l’horizon Sa vue plongeait sur les remparts Fantômes de pierre de Vauban Balcons de blocs gris dérisoires Où les promeneurs nonchalants Passaient sans lever un regard Dans chaque mirador guettait une ombre Et en se haussant sur la pointe des pieds Par le pertuis étroit de sa cellule sombre Le prisonnier de Saint-Martin-de-Ré Avait une vue imprenable sur la liberté
Paul Obraska
IL VENAIT CHAQUE JOUR Il venait chaque jour sur le port Voir le ciel se briser dans la mer Les voiles pendues comme des corps Les bateaux ballottés ligotés à la terre Il venait chaque soir sur le port Voir les dernières lueurs du jour Teinter les voiles d’un peu d’or Le long des quais gris de pierre Il venait à chaque lever du jour Voir ses amis marins quitter le port Avant, il partait avec eux chaque matin Les marins lui faisaient signe de la main Leur sourire perdu en s’éloignant du port Sur son fauteuil roulant, il goûtait les embruns
Paul Obraska
Claude Monet "Impression au soleil levant" IMPRESSION Un homme dressé dans sa barque sombre La main sur sa rame abandonnée Contemple fasciné Le soleil effacer la nuit et façonner les ombres L’œil rouge maquillé de mauve et de bleu Encore petit comme mal réveillé Saigne un peu Sur les écailles de l’eau glacée Les braises froides des nuages lourds Couvent de leur inquiétante lumière Le bleu tendre et naissant du jour L’azur commence à teinter la mer Par petites traînées de pleurs Sous le regard émerveillé du pêcheur
Paul Obraska