Publié le 7 Janvier 2013

Un jour, un travailleur social déroba le Sens de la Vie. Il le cherchait depuis longtemps car les gens lui demandaient souvent de le montrer. Or il le trouva par hasard, caché entre les pages d’un livre de philosophie (les philosophes s’intéressent beaucoup au Sens de la Vie), qu’un très vieux monsieur, en descendant à la station Père-Lachaise, avait oublié sur une banquette lacérée de la rame de métro.

Possédant enfin le Sens de la Vie, pour gagner du temps, il mourût.

En tant que travailleur social il avait acquis le droit syndical d’aller au Paradis. Mais là, le Patron fit des difficultés : n’avait-il pas commis un larcin ? Alors on le fit attendre dans le Purgatoire, qui n’est qu’un long couloir avec des chaises pliantes, pendant que l’On se penchait sur son cas, comme dans toute administration.

Mais le travailleur social avait emporté dans son sac à dos ce qu’il avait dérobé dans le métro et qu’on lui avait laissé par mégarde (comme quoi, quoi qu’on dise, personne n’est parfait) et pendant qu’il attendait, sur terre, la Vie n’avait plus de Sens. Si certains continuaient dans le bon Sens, à naître avant de mourir, d’autres mourraient avant de naître. Lorsque le Patron s’aperçut que des nouveau-nés sortaient des tombeaux (ce qui, avouons-le, n’est pas très sensé), Il déboula dans le couloir, prit le sac à dos (orné de la tête barbue de Che Guevara) et le vida sur terre.

Depuis les Hommes continuent à chercher en vain le Sens de la Vie, en se faisant beaucoup d’illusions,  car il y a de fortes chances qu’il soit tombé dans les profondeurs des mers.  

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Publié le 7 Janvier 2013

  
Il était une fois un petit roi qui se prenait pour le nombril du monde. Il faisait la leçon aux autres rois et leur donnait des conseils. Il donnait même des conseils à l’Empereur.

Or l’Empereur ne savait pas très bien qui était ce petit roi plein de suffisance. Il demanda donc à son chambellan de lui montrer le pays où ce petit roi si entreprenant régnait sans partage. En le voyant l’Empereur s’exclama : « Mais son peuple est dans la rue, c’est sans doute pour l’acclamer ! » « Non sire » répondit le chambellan « C’est pour le huer ». Ah ! fit l’Empereur et il ajouta, après un instant de réflexion, car c’était un Empereur qui réfléchissait avant d’agir : « Vous me direz tout ce qu’il fait, afin de faire le contraire ».

Le petit roi, à qui on rapporta ces propos, se rengorgea et dit à son entourage en bombant le torse : « Vous voyez bien que l’Empereur suit mes conseils ! »

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Publié le 7 Janvier 2013

Dans la cour de récréation deux gamines se disputaient : l’une au visage aigu et aux cheveux longs, l’autre aux cheveux courts, le visage aussi rond qu’une bille. Elles se querellaient à propos d’une agate rose qu’elles prétendaient chacune avoir gagnée et chacune accusait l’autre de lui avoir volée. Les gamins qui les entouraient les encourageaient à tenir tête et espéraient qu’elles finiraient par en venir aux mains, une fois les deux gamines à terre, ils comptaient bien retrouver l’agate rose et ramasser les billes abandonnées.

Dans un coin de la cour, un petit gamin se haussait sur la pointe des pieds pour ne rien perdre du combat et ricanait en tenant l’agate rose bien serrée dans sa main.

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Publié le 7 Janvier 2013

Il y a des bourses pour les actions des entreprises. Il y a des salles de vente pour les objets d’art. Il y a le top 50 pour les chansons. Il y a la liste des meilleures ventes pour les livres et bien d’autres classements, mais rien pour la valeur marchande des émotions et des actions humaines.

Il est urgent de combler cette lacune et je propose la création d’une salle des ventes où l’on pourrait vendre aux enchères de l’humain et en établir ainsi la valeur commerciale. Donnons quelques exemples pour montrer la pertinence de cette proposition :

Personne ne sait ce que peut rapporter les images de parents ayant perdu leur enfant dont la cotation devrait être majorée par la présence de larmes sur les visages. Les images de guerre ou de catastrophes se vendent dans le monde entier, mais l’estimation de leur valeur devrait tenir compte du nombre de cadavres visibles et de leur état.

Vous voyez qu’il est impératif d’établir une cotation sérieuse alors que ce domaine d’activité est manifestement déréglementé et livré au hasard. Les commissaires-priseurs seront là pour vérifier l’authenticité des images, s’en montrer garant et repérer les faussaires qui risquent de proposer à la vente de fausses images de malheurs, comme celles de faux charniers ou de fausses opérations militaires.

Comme toujours c’est la rareté qui conduira à monter les prix.  La multiplication d’un type d’images provoquera sa dévalorisation, comme celles de chômeurs en détresse qui n’ont plus guère de valeur marchande, ou celles des miséreux dormant dans des cartons devenues d’une grande banalité et que l’on a de ce fait sorties du marché.

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Publié le 7 Janvier 2013

Vers - 980
David qui n'avait jamais fauté
Lança en hâte
La première pierre sur le front avancé
De Goliath

- 212
Alors qu'Archimède prenait son bain de siège
Charlotte Corday par erreur l'assassina
En poussant le poignard de haut en bas
Pendant que le savant pris au piège
Criait de bas en haut : eurêka !

450
Le cheval enfin débarrassé de son cavalier
Sur le champ de bataille cherchait à brouter
Mais Attila le roi des Huns était passé par-là
Et l'herbe ne repoussait pas

778
Roland serré dans son col de Roncevaux
Ne pouvait pas souffler dans l'olifant
Et appeler à la rescousse son tonton
Pour décrocher de ses basques les Vascons

1252
Pendant l'inquisition
Le pape qui autorisa la question
Avait pour nom Innocent
Goebbels n'aurait pas fait mieux en son temps

1637
La nuit Descartes à la fenêtre
Refusait de se coucher
Pour ne pas cesser de penser
Afin de ne pas disparaître

1658
On a surpris Pascal
Qui sans quitter son Port-Royal
Prenait clandestinement des paris
Mais parier sur Dieu comme sur un cheval
Priva les parieurs du Paradis

1815
Le général sans armée et sans cheval
La main dans son gilet pare-balles
Paraissait plus petit et moins malin
Mais en vie dans son île au lointain

2007
Aujourd'hui
Un orage a éclaté sur Paris
C'est fou ce que le tonnerre fait de bruit
Et on se sent petit petit petit petit si petit


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

L'EAU DES FONTAINES    

Il  y a des pays    

Où il n’y a pas de fontaines  

Des pays sans eau  

Des pays malheureux  

Il y a des pays    

Où il y a de l’eau    

Mais pas de fontaines    

Ce sont des pays heureux    

Mais qui n’ont rien compris

         

Les fontaines    

On les entend avant de les voir  

La chanson joyeuse et familière    

De l’eau clapotant dans l’eau    

De l’eau éclaboussant la pierre  

Un chant de promesse de bonheurs  

Le bonheur d’apaiser la soif    

Le bonheur de fraîcheur    

Le bonheur de pureté

 

Bien sûr il y a les fontaines royales    

Avec leurs jets d’eau domestiquée  

De l’eau qui fait des ronds  

De l’eau qui fait le beau    

De l’eau qui fait la roue    

Pour se faire bien voir    

Mais elle n’est pas à boire

 

Les petites fontaines sont bien plus belles  

Au milieu d’une place nue    

Avec leur chant de chanterelle  

Coulée de fraîcheur têtue    

Sur la pierre douce arrondie par l’usure    

Quelques herbes en houppes    

Et un peu de mousse au mur    

Dans ses mains en coupe    

Pour exaucer une prière    

On recueille l’eau claire    

Que l’on boit goulûment    

Sans retenue bruyamment  

En serrant les doigts pour éviter les pertes    

Le visage mouillé de fraîcheur  

Le menton humide le sourire éclos    

Sur une place déserte  

Ecrasée de chaleur    

Où les maisons volets clos    

Abritent les dormeurs

 

     

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Les vieux racontaient aux jeunes de leur voix flûtée,

Qu’un horrible fléau, dans les temps anciens,

Avait ravagé des pays, détruit des peuples entiers,

Et installé chez tous la terreur du prochain.

 

Les jeunes écoutaient par respect pour les aînés,

Mais on sait que les vieux manquent parfois de raison,

Pour les gens sensés un tel fléau ne pouvait exister,

Et ils retournaient sans souci à leurs occupations.

 

On parla du fléau dans des contrées lointaines.

On ne crut pas les voyageurs malgré leur émotion,

Leurs récits furent pris pour des calembredaines,

Et chacun continua en paix ses occupations.

 

Aux marges du pays apparut le fléau.

Les sandéfauts pensèrent échapper à ses méfaits,

Le mal ne toucherait sans doute que les anormaux,

Et les sandéfauts s’écartèrent des contrefaits.

 

Le mal envahit brutalement le pays,

Durcissant les coeurs et brûlant les cerveaux,

Il détruisit sans égard, les pauvres et les nantis,

Et jusqu’à l’âme des gens normaux.

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Les hommes sèment pour leur pardon

Des pierres gravées de noms disparus,

Des noms sans tombe ou des tombes sans nom

De morts inconnus.

 

Les hommes sèment dans le temps

Des plaques sur les murs des rues,

Sur les façades des places publiques,

Des listes de tués sur des monuments

Appelés à la mort par ordre alphabétique,

Des mémoriaux où les noms tournent par milliers,

Sans corps, dans le néant,

Jusqu’à donner la nausée.

 

Les hommes sèment dans les champs

Des noms dans les cimetières militaires,

Alignés en ordre par les survivants

Sur des tombes uniformes à l’infini.

Une armée en rangs serrés dans la terre,

Corps disciplinés dans la mort comme dans la vie.

 

Vaines semailles sans moisson.

 

La mémoire des massacres passés

N’empêche pas les massacres à venir,

La mémoire en pierre des assassinés

N’empêche pas les hommes de mourir,

Pour des causes inutiles,

Pour des causes futiles,

 

Ou d’être exterminés sans raison

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

LES VOIX

 

Te souviens-tu des voix

Qui sortaient des boîtes de bois

Vibrantes de menaces ou d’espoir

Portées par les ondes chaque soir

 

Te souviens-tu de cette voix

Vociférant des imprécations

De la foule en fureur à l’unisson

Qui nous glaçaient d’effroi

 

Te souviens-tu de cette voix

Chevrotante du vieillard prêcheur

Qui allait fournir aux prédateurs

Les rabatteurs pour leurs proies

 

Te souviens-tu de cette voix

Fragile franchissant la Manche

Si faible qu’il fallait que l’on se penche

Pour entendre la boîte de bois

 

Te souviens-tu de cette voix

Qui annonçait que loin, là-bas

Dans les plaines blanches et glacées

Naissait l’espoir de la liberté

 

 

 

Paul Obraska

 

 

 

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Publié le 7 Janvier 2013

 

LA LETTRE ANONYME

 

Elle fut écrite dans les temps anciens

Servant de preuve dans un livre sacré

On ignore le nom du délateur écrivain

Un ermite du désert ou un mari trompé

 

Elle accusait la femme du premier des péchés

De la honte d’avoir été chassés du jardin d’Eden

D’avoir dévoilé le bien et le mal à l’humanité

A l’origine de l’exil de l’homme et de ses peines

 

Depuis la femme est en garde à vue

Sur cette calomnieuse dénonciation

Par une lettre écrite par un inconnu

 

Voilà des millénaires qu’elle vit sa punition

Dans une geôle qu’elle porte parfois sur elle

Sous les cieux où les lettres restent éternelles


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Achats

 

Les grands magasins craquent

Leurs vitrines font la manche pour attirer le chaland

Les gens claquent un fric qu’ils n’ont peut-être pas

Ils virevoltent au milieu du luxe et des lumières

Et sortent avec de petits cercueils sous les bras

Pour enterrer l’année

 

Travaux

 

Les piétons le pas prudent passent de trou en trou

Le long des barrières de bois rayées de vert

Le long des travailleurs de toutes les couleurs

Les uns creusent ils sont plutôt noirs

D’autres regardent ils sont plutôt blancs

Mais tous ont le gilet jaune et le casque orange

La terre déshabillée de son béton est nue sous la pluie

Et les ouvriers bottés pataugent dans la boue

 

Traversée

 

Vert – Orange – Rouge – Vert

Les feux vains sont ridicules

Les automobiles restent immobiles

Chenilles de métal collées les unes aux autres

Un bus bondé barrit tel un éléphant entravé

Les voitures fument et feulent prêts à bondir

Les piétons agglutinés hésitent craintifs

Un pas sur la chaussée au ras du cul du bus

Dans l’haleine chaude et puante du moteur

Les piétons s’engouffrent agglutinés

Dans les fentes laissées par les pare-chocs

Evitent un bolide rugissant casqué de noir

Enhardis mais groupés ils passent

Et se retrouvent sain et sauf sur l’autre trottoir

Quelle aventure !

 

Tentatives

 

Les chauffeurs klaxonnent avec énergie

Mais les voitures restent inertes

Seuls les essuie-glace bougent sur place

Métronomes battant les gouttes en mesure

Ceux qui attendent un bus se déplacent

Pour regarder au loin s’il vient

Et espèrent en regardant le faire venir

En vain 

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

L’âge d’or hollandais

 

Ces hommes morts depuis si longtemps

Dans leurs sombres habits du dimanche

Manches bouffantes et  dentelles blanches  

Ces femmes le visage serein et leurs belles mains

Les reflets chatoyants de leurs lourdes robes

Je les regarde et ils me regardent sans me voir

De leurs yeux fixes qui jamais ne se dérobent

Regards d’outre-tombe, regards d’outre-siècles

Leur intimité déflorée par la foule indiscrète

Qui défile au pas  devant ces morts immortels

Aplatis sur la toile pour franchir le temps

 

Voilà sur un fond obscur une table d’abondance

Une branche de vigne déverse ses raisins luisants

Citron ouvert, orange entière, noix fendues

Corps d’huitres écartelées, châtaignes nues

Le cœur d’une grenade étale ses grains de sang

Quelques cerises oblongues prêtes à chuter

De la nappe vert sombre aux franges dorées

Un escargot intrus glisse au bord du festin

Sous une branche aux fleurs flavescentes

Une carafe sombre reflète une fenêtre éclairée

Et une mèche à bout rougeoyant serpente

A cheval sur une pipe blanche au foyer éteint

 

Et en passant on entre dans leur vie

Un chat agrippe la nappe garnie de mets

Pendant que la vieille prie les yeux fermés

Une lettre d’amour ouverte devant nous

Une femme à sa toilette retire un bas couleur brique

Il a marqué le haut du mollet et sa cuisse est levée

Une mère attentive épouille son enfant à genoux

Intérieur impeccable, le soleil glisse dans l’entrée

Un atelier de tailleur, un boulanger et son pain

Un marché à poissons dont on perçoit l’odeur

Des paysans attablés, un moine cartes en main

Et les villageois jouent sur un lac gelé, insouciants

Avant d’être tous foudroyés par le temps.

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

UN AIR DE VACANCES

 

Des bandes d’enfants défilent dans les gares

Equipées comme des armées sur le départ

Petits soldats courbés sous leur sac à dos

Des pancartes de carton pour drapeaux

 

Il fait chaud dans Paris sous un ciel voilé

Dans les rues les femmes sont déshabillées

Les seins se préparent à aller sur la plage

A demi découverts sous le voile du corsage

 

Les cafés obscurs se vident sur les terrasses

Les serveurs en sueur ramassent les tasses

Les cyclistes naviguent entre les voitures

Et les piétons évitent les vélos peu sûrs

 

Un air de vacances flotte dans l’air pollué

Ceux qui partiront sont déjà partis en pensée

Ceux qui ne partent pas deviennent nonchalants

Et ralentissent leurs pas en se promenant

 

Dans Paris en juillet sous la chaleur de l’été.


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Un jour je partirai d’ici

J’irai de port en port

J’irai de pays en pays

J’irai de visage en visage

J’irai de corps en corps

Et au bout du voyage

Là-bas au bout de la terre

Je te rencontrerai

Enfin

Toi que j’ai quittée

Et je t’épouserai



Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Dans le Sud, près de la mer,

Au bord de la route des gens pressés,

J’ai rendez-vous avec un figuier solitaire

Sur le trottoir de terre où je l’ai laissé.

 

J’ai rendez-vous dans son ombre,

A l’abri de la chaleur, à l’abri de la lumière,

Dans la fraicheur de son havre vert sombre,

Sous ses feuilles piquées de poussières

Venues de la route des gens pressés,

Sous ses fruits encore verts,

Petits sacs aux promesses de saveur,

Que la main tendue pouvait cueillir.

 

J’ai rendez-vous avec le figuier solitaire.

Je veux retrouver son odeur

Qui embaume mon souvenir,

Et dont je ne me lassais pas

Quand je venais le saluer.

J’espère qu’il sera toujours là,

Que personne n’osera l’arracher de terre,

Au bord de la route des gens pressés,

Dans le Sud, près de la mer.


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

 

FEUILLES

 

Bruissement sous nos pas des feuilles écrasées

Leurs débris odorants embaument la terre

Notre mort est moins belle que leur mort empourprée

Sous la dureté de la pierre pourrissent nos chairs

 

Dans les allées mordorées aux ramures nues

Les troupes noires des vivants regroupés

 Marchent en murmurant sur la terre feuillue

Réceptacle sans retour de leur destinée

 

C’est ici que l’on empile les êtres aimés

Dans les étages d’une demeure souterraine

Dans de longues boîtes de bois effeuillé

Présences si proches et pourtant si lointaines

 

Ami, c’est en automne que tu m’as quitté

C’est ici, parmi les feuilles, que je t’ai perdu

Ami, tu me manques, quand reviendras-tu ?

 


Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

 

VOIR LE MONDE

 

Je suis impatient de bouger

Voir le monde avant de mourir

Voir les merveilles de la Terre

Emplir ma tête de souvenirs

Que j'emporterai au cimetière

 

Peut-être irai-je voir

 

Les monts coiffés de neiges

De moins en moins éternelles

Barrés de rangs de gratte-ciel

Et de chapelets de télésièges

 

Peut-être irai-je voir

 

La plongée lente des soleils orange

Dans des mers d'huile de vidange

Entre les dents de béton des rivages

 

Peut-être irai-je voir

 

Le ciel d'acier plongeant dans les déserts

Les mèches rouges des puits de forage

Poussant sur les champs pétrolifères

Je croiserai peut-être sur mon chemin

Des hommes habillés de bombes

Personne ne connait son destin

Et l'heure de rejoindre sa tombe

 

Peut-être irai-je voir

 

Les arbres encore exubérants

Les dernières bêtes magnifiques

En fermant les yeux pour ne pas voir

Le sourire des potentats ventripotents

Gavés par leurs peuples affamés

Et les grappes d'enfants faméliques

Le gros ventre et les paupières mouchetées

Qui mourront peut-être avant d'être hachés

 

Peut-être irai-je voir

 

Les places, les palais et les fontaines des villes

Leurs tours et leurs bidonvilles

Les files fumantes des autos

Et les enseignes des Mac Do

Des mafias qui changent de nom

De la drogue aux coins des rues

Des enlèvements contre rançon

Des agressions pour quelques pièces

L'import-export de femmes vendues

Des jeunes qui en détresse

Louent leurs petites fesses

Ou vendent un rein en plus

 

Pourquoi suis-je parti ?

 

Parcourir les monts et les mers

Les forêts et les déserts

Les villes et leurs palais

Le décor change mais les hommes jamais

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

AU BORD DU NEANT 

 

J'aurais voulu un peu vous consoler

Comme on console l'enfant terrorisé

Par d'obscurs cauchemars rampants

Mais je suis loin et je suis impuissant

 

J'aurais voulu écarter les démons gris de la peur

Leurs griffes acérées font grincer de douleur

Et vous laissent sans force en vous quittant

Mais je suis loin et je suis impuissant

 

J'aurais voulu éteindre l'incendie de votre corps

Vous éloigner des flammes froides de la mort

Vous retenir de force au bord du néant

Mais je suis loin et je suis impuissant


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013


LES ENFANTS RÊVENT-ILS ENCORE ?

 

Devant des boîtes de conserve en fer

Rêvent-ils d'une imprenable forteresse ?

De hautes tours découpées sur un ciel lunaire

Où sont prisonniers un roi et une princesse

Qu'ils délivreront des hordes guerrières

 

Inventent-ils des monstres inconnus ?

Pour se prouver qu'ils n'ont pas peur

Les monstres seront bien sûr vaincus

Par l'enfant intrépide devenu gladiateur

 

Rêvent-ils devant un long bout de bois ?

Que par magie ils transformeront en galère

Lancée à la poursuite des méchants aux abois

Qui seront capturés par les enfants corsaires

 

Leurs rêves sont-ils déjà préfabriqués ?

Par le prêt-à-rêver des adultes commerçants

Par les boîtes électroniques d'images animées

Devant les lutins tout faits virevoltant sur l'écran

Devant des monstres de plastique déjà imaginés

Par des aventures que d'autres ont inventées

Les mêmes pour les enfants du monde entier

 

Enfin pour les enfants de ceux qui peuvent payer

Partout les boîtes de rêves industriels s'achètent

Pour gaver des enfants capables de tout imaginer

Eux qui ont des rêves plein la tête

Des rêves à eux qui restent coincés

Par des machines sans vie

Alors laissons-les rêver

Ces petits

En liberté


Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Agence de notation. Thermomètre donnant de la fièvre.

Allemagne. Accusée par certains de vouloir acheter l’Alsace-Lorraine.

Bourses. Parties les plus sensibles de l’économie. Craignent les coups bas.

Chine. Prête et achète avec de l’argent prélevé sur le salaire des Chinois.

Dette souveraine. Dette par laquelle un Etat abandonne sa souveraineté.

Dictature des marchés. Entrave la liberté de ne pas rembourser les créanciers.

Emprunteur. Dispose d’un argent qu’il n’a pas en empruntant à nouveau pour rembourser un argent qu’il n’a plus.

Financiers. Appelés à diriger directement les Etats sans passer par les politiciens après avoir contribué à les mettre en difficulté.

France. Montre fièrement le chemin, les pieds dans le béton.

Grèce. Le pays de la mer en plein naufrage.

Imposition. Système organisé par l’Etat pour épargner les plus fortunés afin de pouvoir leur emprunter l’argent qu’il aurait pu obtenir directement en les imposant.

Italie. A un cheveu de la ruine malgré les implants de son ancienne tête.

Paradis fiscaux. Lieux où l’argent propre devient sale et réciproquement.

Péninsule ibérique. Son climat chaud assèche les finances.

Prêteur. Se sent emprunté lorsqu’il n’est pas remboursé.

Spéculation. Vendre ce que l’on n’a pas pour acheter ce que l’on va revendre pour payer ce que l’on n’avait pas et que l’on a vendu.

Gargouille

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Publié le 7 Janvier 2013

Jérôme Bosch : "L'escamoteur et les pigeons"

LE BONIMENTEUR

 

Il était une fois

Un bonimenteur au beau bagout

Qui vantait ce qui ne servait à rien

Qui promettait ce qui servait à tout

Et les badauds qui n’avaient rien

Mais qui espérait quelque chose

Ecoutait le petit homme malin

En le regardant prendre des poses

Les yeux au ciel et sur le cœur sa main

 

Un homme riche qui avait du temps

Intrigué par cette foule immobile

Fit arrêter sa longue automobile

Pour voir la cause de l’attroupement

Il entendit le bonimenteur parler

Il vit le petit homme gesticuler

Et regarda la foule boire le vent

 

Alors quand le spectacle prit fin

Il s’approcha du petit homme malin

Applaudit son talent de comédien

Et lui proposa un autre destin

 

C’est ainsi que le parleur au beau bagout

Qui vantait ce qui ne servait à rien

Qui promettait ce qui servait à tout

Devint de son pays le premier politicien

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Publié le 7 Janvier 2013

 

On s’était aperçu que changer de camp, passer d’un parti à un autre n’était pas simple. Or, comme les convictions étaient devenues secondaires, les actions des uns pouvaient être approuvées par les autres et les opposants auraient sans doute fait la même chose s’ils avaient été aux affaires, même s’ils étaient dans l’obligation de dire le contraire.

Pourtant, passer dans le camp opposé était mal vu : le camp que l’on quittait traitait le transfuge de traître et le camp qui l’accueillait le traitait d’intrus car il usurpait une place que les fidèles auraient aimé occuper, si bien que l’on confiait au transfuge les actions les plus extrêmes et les plus impopulaires.

Le Congrès se réunit afin de clarifier et de simplifier les choses. Les élus de la nation décidèrent d’innover, avec un courage digne d’éloges, en créant un marché aux maîtres à l’image d’un marché aux esclaves.

Chaque année eut lieu une exposition à la Porte de Versailles où chaque parti devait montrer les hommes et les femmes politiques susceptibles d’être cédés. Exposés sur l’estrade à la vue de tous, ils devaient être à leur avantage, maquillés, costumés, un maroquin sous le bras. Il était demandé à chacun de prononcer un bref discours en utilisant la langue de bois et de répondre sans rien dire à quelques questions des journalistes présents.

Le parti au pouvoir était certes avantagé, il avait plus à proposer aux transfuges que le parti dans l’opposition, mais il avait aussi intérêt à se débarrasser de quelques exemplaires dont il ne savait que faire, et les opposants pouvaient leur donner l’espoir des plus hautes fonctions au moment de l’alternance. En fait, l’essentiel des transactions se faisait sous la forme de trocs : un politicien contre un autre, sachant que chacun d’eux pouvait changer de discours à la demande.

Le marché aux maîtres donna à la politique plus de souplesse, plus d’ouverture, moins d’hypocrisie et d’agressivité, car il s’avéra qu’un transfuge sommeillait dans chaque politicien et que quel que soit son sexe, c’était avant tout une personne à tout faire, même quand elle ne faisait rien.

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Publié le 7 Janvier 2013

 Les choses n’allaient pas bien. Aussi décida-t-on de réunir un « Grenelle » de la Vie en faisant appel à des experts venus de tous horizons et même au-delà : des philosophes (il faut bien que la philosophie serve à quelque chose), des démographes nantis de leurs courbes, des économistes (pour faire les calculs, pas pour des prévisions), des politiques (dont Balladur, Rocard et Lang), des syndicats représentatifs (de quoi ?), des représentants de la société civile (dont Hallyday), des communicants (il y en a partout, pourquoi pas là) des astrologues (on ne sait jamais), et quatre ratons laveurs (qui peut le plus peut le moins).

Cette docte assemblée constata des évidences (c’est souvent le cas) :

Dès que les jeunes prennent conscience d’eux-mêmes, beaucoup (nous ne parlons pas des marginaux qui acquièrent rapidement une indépendance aux dépens des autres) passent l’essentiel de leur temps enfermés dans des établissements austères, à étudier, même chez eux, à préparer des examens ou des concours, à apprendre un métier, à chercher un poste ou à faire des petits boulots s’ils n’en trouvent pas ou s'ils ont été licenciés.

Plus tard, dans le meilleur des cas, les gens se marient, doivent élever des enfants, divorcer, payer une pension, enterrer leurs parents et gravir péniblement les échelons d’une éventuelle carrière.

A la fin, lorsqu’ils sont plus ou moins satisfaits de leur situation (je parle des meilleurs cas), ils partent à la retraite ou sont obligés de la prendre (je ne parle pas des politiciens que l’on est parfois amené à abattre pour ne plus les voir). Et que se passe-t-il alors ? Ils ne font plus grand-chose, certains s’ennuient et regardent leur corps dépérir au point de se suicider.

Cette docte assemblée constata donc que la jeunesse qui possède tous les atouts pour jouir de la vie, perdait beaucoup de temps à ne pas en jouir, alors qu’au-delà de la maturité on avait le temps d’en jouir mais pas toujours les possibilités mentales et physiques pour le faire.

Le « Grenelle » de la Vie proposa donc d’inverser le processus : laisser tout le temps aux jeunes pour s’éclater et demander, dès la maturité, aux anciens, tant qu’ils en sont capables, d’étudier et de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive.

C’est ainsi que les jeunes entretenus par leurs aînés furent heureux et eurent beaucoup d’enfants qu’ils confièrent aux vieux, parfois contents d’entendre leurs rires et le plus souvent satisfaits d’être utiles.  

 

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Il arriva un jour où les usines devinrent désertes, ceux qui y travaillaient furent, les uns licenciés, les autres suicidés, les suicides étant devenus très tendance au début du XXIe siècle. Les rescapés devinrent pour la plupart chômeurs s’ils ne trouvaient pas un poste dans le monde des supermarchés qui écoulaient alimentation et produits fabriqués dans les pays affamés.

Cependant dans le cadre des plans sociaux, on utilisa par bonté d’âme les bâtiments vides des usines comme refuges pour les chômeurs devenus sans domicile, ce qui avait l’avantage de ne pas trop les désorienter.

 

Cette évolution atteignit peu à peu le monde entier, car après avoir délocalisé les entreprises sous d’autres cieux, les dirigeants, toujours pour augmenter les bénéfices et satisfaire les actionnaires, finirent par se heurter ailleurs aux mêmes problèmes et par appliquer les mêmes solutions : se débarrasser des hommes.

 

Sans hommes la plupart des usines finirent par ne plus rien produire, dans le strict respect de l’écologie, ce qui n’avait qu’une importance relative car la plupart de gens ne pouvaient plus rien acheter de superflu et auparavant ces usines ne fabriquaient pour l’essentiel que du superflu.

 

Dans un premier temps les actionnaires continuèrent à toucher des dividendes sur des produits financiers que les banques se refilaient les unes aux autres, puis un jour on s’aperçut que ces produits et les actions ne correspondaient plus à rien, à rien du tout. En tuant l’homme aux œufs d’or, la valeur de l’action devint celle du vide numérique.

 

C’est alors que les dirigeants remarquèrent que les usines emplies de chômeurs ressemblaient bigrement à des casernes, ce qui leur donna une idée pour, dans un même mouvement patriotique et guerrier, relancer la production et se débarrasser des chômeurs[1]

Ce n’est qu’une fable, toute ressemblance avec des faits historiques ne serait que pure coïncidence.


[1] Voir pour la suite « Histoire optimiste » dans les « Bâtons rompus »

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Publié le 7 Janvier 2013

 

A l’entrée de l’hypermarché était écrit sur un panneau : « De même que tu n’as le temps, à l’heure de la mort, de méditer sur le fait d’avoir tort ou raison, de même tu ne le saurais non plus dans la vie désespérée. Il suffit que les flèches s’ajustent exactement aux plaies qu’elles ont faites. » (Franz Kafka, Journal intime).

Perplexe, j’entrai. Il y avait peu de monde et les caisses automatiques étaient libres, mais peut-on parler de liberté pour une caisse automatique ? J’avisai un vigile les poings dans les poches comme pour dissimuler une arme prohibée et lui demandai que voulait dire cette phrase énigmatique. Il me répondit qu’il n’en savait rien et que pourtant il avait fait des études, mais qu’il devait se contenter de cette place de vigile n’ayant pas trouvé un poste dans la mécanique. Pourtant, lui dis-je, les mécaniciens sont recherchés et il me rétorqua : pas dans la mécanique quantique. Je lui demandai alors pourquoi il y avait si peu de monde et il me répondit que c’était à cause du panneau, des gens hésitaient devant le nom de Kafka à entrer dans l’hypermarché, craignant de ne pouvoir en sortir. Alors pourquoi l’avoir mis ? C’est le directeur dit-il, il a horreur de la foule, il souffre d’agoraphobie et le vigile, qui semblait s’ennuyer sans ses quanta, me fit la confidence que le rêve du directeur était de tenir une petite épicerie où il connaîtrait tous ses clients et où il offrirait des bonbons à leurs enfants. Je lui dis alors qu’il est bien tard pour lui et qu’une fois les flèches tirées, les plaies sont faites.

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Publié le 7 Janvier 2013

Un jour, les économistes – dont on connait la clairvoyance - prirent pleinement conscience d’un fait bien connu : ce qui coûte cher, ce sont les hommes. Il faut les payer, dépenser pour assurer leur sécurité et même engloutir des sommes injustifiées lorsqu’ils ne font plus rien.

Bien sûr, la première solution venant à l’esprit est de faire fabriquer les choses par des hommes ou mieux, des enfants, dont on n’assure que la survie. Cette solution a été appelée du charmant nom de « délocalisation » dans le pays qui fermait ses entreprises et du vilain nom d’ « exploitation » dans le pays qui les recevait (mais ce pays bien content de les recevoir s’empressait de bannir ce mot de son vocabulaire). Cependant, cette solution ne pouvait être que provisoire car ces hommes locaux finiraient un jour ou l’autre, dans leur inconscience, par réclamer leur dû.

D’où l’idée simple des économistes : produire et distribuer sans intervention humaine. On utiliserait d’abord les hommes pour fabriquer les machines et les robots, puis on n’en conserverait que quelques-uns pour assurer leur maintenance. Ceux qui possèderaient ce parc robotique pourraient gérer l’économie de façon rationnelle.

Mais me direz-vous : il ne sert à rien de fabriquer des choses si personne n’a la possibilité de les acheter ? C’est vrai qu’en matière d’économie, ce qui est embarrassant c’est l’Humanité.  Mais c’est là que les économistes pourront atteindre leur rêve. En séparant production/distribution d’un côté et les hommes de l’autre, l’économie deviendrait plus simple, prévisible, calculable, enfin mathématique. Ceux qui possèderaient les machines ou les politiques qu’ils mettront au pouvoir (les uns pouvant être également les autres) financeraient les hommes - enfin devenus intégralement des consommateurs - uniquement pour acheter des produits qui seront ensuite recyclés par des machines (car les économistes ont aussi la fibre écologiste, personne n’est parfait). Matières premières, produits et argent circuleraient en circuit fermé. L’économie marcherait toute seule.

Mais me direz-vous : la part de chacun pour consommer risque de s’amenuiser avec le temps ? En effet, surtout si la part que se réservent les distributeurs grandit, ce qui peut conduire à des protestations. Les économistes ont bien conscience du problème et espèrent un jour remplacer les consommateurs par des machines qui, elles, ne protestent pas.

Attention ! Ceci n’est qu’une fable.


Illustration : "Portrait d'un banquier' par Jan Gossaert dit Mabuse

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Publié le 7 Janvier 2013

Il avait remarqué que les uns gagnaient du temps alors que d’autres le gaspillaient ou même le perdaient. Sachant que le temps était de l’argent et que les gens couraient après, il eut la lumineuse idée de devenir banquier de temps. L’idée était bonne mais la réalisation malaisée.

Comment se procurer du temps ? On ne peut pas demander au temps de suspendre son vol et de tomber comme un oiseau mort dans un coffre ouvert et il n’est pas honnête de voler le temps des autres, bien que rien ne soit impossible à un banquier compétent. Le mieux eût été que les gens ayant trop de temps inoccupé le déposent chez lui, mais ceux qui ont du temps à perdre sont en général vieux et n’ont aucunement l’intention d’amputer le peu de temps qui leur reste, même s’ils ne l’occupent pas. Les actifs n’ont pas de temps à eux alors qu’ils travaillent dur pour en avoir et les jeunes le gaspillent sans le mettre de côté car ils en ont beaucoup devant eux. Les chômeurs, voilà une catégorie intéressante, ils peuvent donner leur temps, ils en ont et ne savent qu’en faire, sauf à rechercher un travail où ils perdront leur temps.

Mais un fois le temps déposé comment pourrait-il le faire fructifier ? On ne peut pas simplement contempler le temps qui passe, c’est sans intérêt et ça ne rapporte donc rien. Le temps ce n’est qu’un vase, il faut le remplir. Certains passent leur temps à le remplir d’argent qu’ils déversent ensuite dans les vases communicants des banques et les plus nombreux, à vider le peu qu’ils y ont mis et à racler ensuite le fond.

Alors notre apprenti banquier compris qu’il se heurtait là à une question fondamentale de la vie et comme il n’était pas philosophe, il abandonna la partie avec la sensation très nette d’avoir perdu son vase.


(Illustration d'Ali Baba et les 40 voleurs par Imak El Khanza)

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Publié le 7 Janvier 2013

Otto Dix "Les noctambules"

C’était un grand chasseur derrière l’Eternel. Sa fortune que d’autres avaient amassée, le lui permettait. Il n’avait de cesse de le chercher et de le tuer. Il le cherchait partout. Surtout la Nuit où le pourchassé passait plus lentement. Il le cherchait dans les yeux des femmes dont il changeait souvent et dont le regard montrait que lui aussi changeait. Il le cherchait dans les réunions mondaines en subissant  patiemment  des conversations aussi vaniteuses que vaines. Il le cherchait dans les bars, les fesses perchées sur un haut tabouret, en essayant les nouveaux mélanges qu’il vidait avec application. Il le cherchait autour des tables de jeu où il perdait avec obstination. Il le cherchait sur les routes au volant de son bolide dont il se lassait vite, sur des skis dans la neige des montagnes où il croisait les mêmes gens, dans son voilier qu’il exposait dans les ports à la mode et les gens qui n’avaient rien et qu’il ne croisait pas, regardaient en passant.

Il a cherché toute sa vie à tuer le Temps et ce qui devait arriver arriva, c’est le Temps qui le tua.  Quelle misère !

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Publié le 7 Janvier 2013

 


Fernand Léger : "La ville"

Les banlieues des grandes villes posaient depuis longtemps des problèmes à ceux qui nous gouvernent et ce, quel que soit le gouvernement. Certes, certains en tiraient avantage et trouvaient là l’occasion de montrer leurs muscles, de préférence avant une élection, mais dans l’ensemble la banlieue restait toujours un sac de nœuds.

Pourquoi ? Parce que la banlieue est sensible. Non, il ne s’agit pas de la sensibilité du romantique, la banlieue n’est pas romantique, elle est malade. La banlieue est sensible dans le sens médical : quand on la touche, elle s’agite et parfois elle crie lorsqu’on  appuie là où ça fait mal. En médecine lorsqu’un organe ne peut être sauvé, lorsqu’il n’est pas indispensable et qu’il risque de perturber le reste de l’organisme, on l’ampute.

C’est ainsi qu’un jour, nos gouvernants pensèrent que pour défaire les nœuds contenus dans le sac des banlieues, la solution la plus simple était de supprimer le sac et son contenu, c’est à dire les banlieues elles-mêmes.

On commença par le Grand Paris en réalisant une métropole allant jusqu’au Havre, englobant villes et banlieues, ces dernières cessant ainsi de l’être.  Bien sûr, cette tentative fut un échec, car une nouvelle banlieue se créa en périphérie du Grand Paris. Il fut donc décidé de créer de grandes métropoles sur tout le territoire : Grand Lille, Grand Lyon, Grand Marseille, Grand Bordeaux…etc.…Bien entendu autour de chaque nouvelle métropole se créaient de nouvelles banlieues, mais admirez la sagesse de nos gouvernants : il arriva un  jour où toutes ces grandes métropoles se rejoignirent, rejetant à la mer ou aux frontières les banlieues qui prétendaient à nouveau se créer.

C’est ainsi que depuis on voit des banlieusards entassés sur des bateaux de fortune tenter de rejoindre les côtes et d’autres franchir les frontières cachés dans des camions.

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Publié le 7 Janvier 2013

St-louis-blaise-promenade.jpgIl était une fois un roi qui s’était emparé du trône en enfermant un vieux roi malade, très aimé de son peuple car il l’avait libéré de maints jougs.

Une fois en place, le nouveau roi devint autoritaire et jaloux, tenant son royaume d’une main de fer, ne souffrant aucune critique et emprisonnant les auteurs du moindre libelle.

Ce roi régnait sans partage et se servait sans vergogne dans les caisses de l’Etat. Mais la Reine fit pire, elle imposa son abondante famille au Palais et ses membres mirent en coupe réglée les villes et les campagnes comme des bandits de grand chemin, prélevant leur écot sur toute chose et sur tout commerce en appauvrissant le peuple.

Le Roi et la Reine étaient cependant accueillis à bras ouverts dans toutes les cours, on leur faisait sourires et cadeaux, leur trouvant moult qualités et l’on fermait les yeux  en excusant les quelques travers que les gens jugés trop rigides leur reprochaient.

Or il advint que le peuple, ne trouvant ni travail ni pain, se souleva et descendit dans la rue en dépit des hommes en armes qui n’hésitèrent pas à tirer sur la foule que le Roi traita d’abord – comme il est de coutume -  de ramassis de bandits à la solde de l’étranger.

Mais à la fin, le Roi et la Reine, craignant pour leur vie, décidèrent de fuir leur pays à tire-d’aile. Ils se tournèrent alors vers les cours qui les avaient, il y a peu, si bien accueillis, mais la plupart des gouvernements de ces royaumes firent la sourde oreille et refusèrent de recevoir le couple royal déchu qui dut se résoudre à se réfugier dans le désert. L’un d’eux fit même main basse sur leurs avoirs qui, du jour au lendemain, devinrent suspects, sans doute pour se concilier les bonnes grâces du prochain Roi qui ne manquera pas de monter sur le trône vacant et qu’il sera bon de flatter comme on avait flatté le précédent.

 

Illustration : Saint-Louis Blaise (peintre haïtien de la deuxième moitié du XXe siècle) "Le Roi et la Reine en promenade à cheval"

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Comment sauver le millénaire ?

Ce serait de la légèreté de notre part de ne pas prendre le  chat de Philippe Geluck au sérieux. Comment faire pour sauver le millénaire ? Certes, on pourrait se réjouir de la fabrication dans les décennies à venir d’un utérus artificiel évitant ainsi aux femmes – si elles le désirent - les nausées et la déformation de leur corps lors de la grossesse, certes on pourrait se réjouir dans un avenir plus lointain d’un Paris-plage, non pas au bord de la Seine polluée, mais au bord de la Manche et de pouvoir se baigner sous un soleil éclatant par la grâce du réchauffement climatique, pensée réconfortante par le temps glacial qui sévit en ce moment, mais est-ce rigolo ?

Si l’on veut sauver le millénaire, il faut envisager d’autres solutions plus rigolotes et j’en propose ici quelques unes :

- La sélection des membres d’un gouvernement ou même pour occuper des postes de responsabilité comporterait une épreuve de french cancan jugée par un jury populaire. Les femmes étant plus douées que les hommes pour cette manifestation, elles arriveront plus aisément aux manettes que par les quotas.

- Obliger ceux qui écrivent les discours des hommes politiques à terminer chacun des paragraphes et de façon alternée par é ou u afin que le public puisse dans l’enthousiasme ajouter en chœur soit « poil au nez » soit « poil au cul ».

- Il sera aisé d’inventer une machine comparant en temps réel les déclarations avec les promesses, les déclarations antérieures et les faits réels et en cas de discordance manifeste affubler l’orateur d’un nez plus grand que le sien et comme il risque de s’agrandir au fur et à mesure du discours, prévoir une haie d’assistants parlementaires pour soutenir l’appendice nasal s’il devient monstrueux, ce qui déclencherait des rires plutôt que des critiques.

- On dit que telle personne très riche pèse tant et tant. On pourrait traduire l’argent en son équivalent en poids – par exemple 10 kg pour 1 million de dollars - et demander à la dite personne de le soulever et de ne lui laisser en argent que l’équivalent du poids qu’il est capable de soulever. On verrait alors les financiers passer plus de temps à s’entraîner en haltérophilie qu’à spéculer, ce qui serait une bonne chose, et le spectacle de gringalets soulevant des haltères pourrait être rigolo.

- Et ne serait-il pas amusant de faire une surprise en transformant les stock-options en articles de farces et attrapes au moment de les lever et la retraite-chapeau en chapeau de clown à la retraite ?

Mais il y a beaucoup de choses dans le monde qui n’ont pas de solution rigolote et je me demande si ce millénaire pourra être sauvé.

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

 

Lassés par le jugement des Français, par l’impopularité dont ils sont victimes, heurtés par l’injustice qui les accable, le Président de la République, le Premier Ministre, les ministres, les secrétaires d’état, les chefs de cabinet, les conseillers en tout genre, décidèrent de commencer une grève reconductible.

Les voitures de fonction restèrent au garage, plus de va-et-vient, on ne vit sur le perron de l’Elysée aucune poignée de main, les journalistes tendirent leurs micros dans le vide et pas la moindre déclaration présidentielle ou ministérielle ne vint encombrer les pages des journaux ou les ondes et l’image des dirigeants disparut des écrans après l’annonce solennelle de l’arrêt de travail par le collectif gouvernemental.

Inutile de dire que le pays fut surpris par une telle unanimité, mais ne pouvait faiblir et céder aux revendications gouvernementales dont la première était d’être aimé par la population, ce qui paraissait impossible.

S’agissant d’une grève corporatiste, les administrations ne suivirent pas le mouvement et les chambres, un moment déboussolées, continuèrent à se réunir avec pour les députés et les sénateurs de la majorité un curieux sentiment de liberté et de vacances, dispensés qu’ils étaient de voter des lois à tour de bras, lois qui existaient déjà sous une autre forme mais sans avoir eu le loisir d’être appliquées.

Privé de sa tête, parfois un peu folle, le corps du pays continua à fonctionner. En l’absence de pressions ou d’entraves, les administrations organisèrent leur travail comme elles l’entendaient, la police devint efficace sans se perdre dans des tâches subalternes comme la protection des personnalités, l’encadrement massif des visites présidentielles ou dans des opérations à grand spectacle qui se soldaient par la prise d’un fusil à pompe ou d’un troisième couteau non prévenu en raison de l’épuisement de la batterie de son portable. La Justice put sortir quelques affaires que l’on avait glissées sous le Parquet et les diplomates purent faire de la diplomatie sans voir tous leurs efforts annihilés par des interventions intempestives. Quant au monde économique, il s’était toujours moqué des ministres sauf pour en tirer quelque profit.

Alors la population encouragea le gouvernement à tenir le coup, à maintenir ses revendications  et pour l’aider elle continua de son côté à ne pas l’aimer mais en lui faisant espérer cet amour impossible.

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Publié le 7 Janvier 2013

A la suite de la décision connue dans les livres de droit sous la dénomination du « Cas Chirac » (remboursement à la Mairie de Paris des sommes détournées de nombreuses années auparavant), les tribunaux n’ont plus pousuivi et bien sûr condamné les prévenus ayant soit volé, soit détourné des fonds, à condition que les objets ou les sommes subtilisés soient restitués à leur(s) légitime (s) propriétaire(s) et ce, sans limitation dans le temps.

En suivant cette jurisprudence, le travail des tribunaux s’en est trouvé allégé et les prisons moins pleines, mais les vols et les détournement de fonds ont connu une expansion remarquable, leur pratique ayant été assimilée à un jeu avec davantage de gagnants que dans les jeux d’argent habituels. Les forces de l’ordre débordées ne pouvaient, en effet, résoudre qu’une petite proportion des affaires en cours, pour récupérer les biens mal acquis afin de les rendre à leurs légitimes propriétaires et passaient leur temps à  classer sans suite les plaintes qui ne pouvaient s’éteindre qu’avec la restitution de ces biens ou une condamnation pour les malheureux qui n’avaient pas les moyens d’y échapper (ce qui mettait en évidence l’inégalité des justiciables devant la loi).

Il suffisait donc d’attendre pour pouvoir disposer de ses prises délictueuses. Ou investir et faire fructifier d’emblée les sommes dérobées afin d’améliorer son ordinaire tout en prenant ses dispositions pour faire face aisément à une éventuelle restitution dans le cas improbable où le bras hésitant de la justice finirait par vous agripper avant votre départ pour l’au-delà.

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Publié le 7 Janvier 2013

munch burning-cigaretteEdward Munch : "Autoportrait avec cigarette allumée"

 

Certains en France semble séduits par l’initiative australienne de rendre quasi invisibles les marques de cigarettes sur les paquets en uniformisant leur présentation, évitant ainsi le clinquant jugé attractif pour les jeunes consommateurs. Des penseurs (il y a des gens dont la profession est de penser) trouvèrent que cette idée pouvait être étendue à d’autres produits de consommation et notamment aux produits politiques.

Après un débat national fort mouvementé, il fut décidé de supprimer les étiquettes sur les hommes politiques à vendre. Les opposants hurlèrent que cette décision, pourtant entérinée par un référendum d’initiative populaire, était antidémocratique puisqu’elle aboutissait à la suppression des partis.

Pourtant à l’usage les politiques eux-mêmes y  trouvèrent quelques avantages. Le financement des élections fut versé de façon égale et directement à chaque candidat (somme remboursée si un minimum de voix n’était pas acquis en tenant compte de la situation financière de chacun), sans aucune source extérieure, fortune personnelle, apport des entreprises ou de gens fortunés qui espéraient auparavant tirer un bénéfice de leur générosité.

La conséquence fut que les candidats ne dirent que ce qu’ils pensaient sans obéir aux directives d’un parti et une fois élus ils votèrent les lois en leur âme et conscience sans subir les pressions pour voter contre leur propre opinion. Afin de renforcer leur indépendance et ne songer qu’au bien commun, ils devaient affronter le suffrage universel à chaque fois dans une région différente, ce qui constituait également un frein au cumul des mandats.

Le niveau des candidats s’éleva peu à peu car dire ce que l’on pense implique que l’on pense quelque chose. Le débat entre politiciens devint intéressant par la confrontation des idées et des arguments avec la disparition des argumentaires établis par d’autres et on fut surpris par le nombre de fois où ils tombèrent d’accord sur les solutions à adopter.

Le chef du gouvernement élu par des députés indépendants finit par choisir des gens de talent plutôt que des gens obéissants et qui n’obéissaient naguère que pour être élus sous l’étiquette d’un parti ou pour satisfaire les intérêts d’une circonscription.

Et c’est ainsi que la politique sans étiquette fit un tabac et j’ajoute pour ceux qui ont un doute sur ma lucidité en lisant cette fable que je n’ai pas fumé la moquette avant de l’écrire.

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Publié le 7 Janvier 2013

L’HOMME QUI AVAIT RENCONTRE DIEU

 

Un vieil homme avait un jour rencontré Dieu

Oh ! Pas dans une église, un temple ou une mosquée

Car Dieu avait honte de s’y montrer

Mais dans un parc sur un banc comme un petit vieux

 

Il s’était assis et le vieil homme s’était écarté

Il ne savait pas que c’était Dieu

Il ne l’avait jamais fréquenté

Ils sont restés assis silencieux

Comme deux  inconnus

Comme deux  petits vieux

 

C’est Dieu qui commença à parler

Il demanda à l’homme si ce parc lui avait plu

Il en parlait comme si c’était Lui qui l’avait créé

L’homme en se tournant vit son visage barbu

Où donc l’avait-il déjà rencontré ?

Ça devait remonter à une éternité

 

Mais Dieu lui dit en hésitant un peu :

Je suis Dieu

Et le vieil homme lui demanda poliment :

Comment allez-Vous ?

Et Dieu répondit : pas très bien en ce moment

Ça ne m’étonne pas du tout

Fit l’homme âgé en se levant

 

Vous partez déjà demanda Dieu un peu déçu

Et l’homme répondit que son temps était compté

Que c’est Lui qui l’avait ainsi voulu

Seuls les Dieux avaient pour eux l’éternité

 

Dans un parc en se promenant

A tout moment on peut rencontrer l’inattendu

Si vous rencontrez un petit vieux sur un banc

Sachez qu’il est plus près de Dieu que des vivants

Mais ne faites pas comme s’il n’existait plus

 

 

Paul Obraska 

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Publié le 7 Janvier 2013

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Edward Burne Jones : « Psyché et Pan »

 

LE SOIR DE L’ERECTION

 

Le soir de l’érection,

Il secoua ses urnes avec impatience

Et n’obtint qu’un vent de protestation,

Un vent vert-rose qui sentait le caviar.

Il trépigna de dépit et d’impuissance.

 

Ongles rubis sur le ventre de la guitare,

Témoin à éclipses des déserts africains,

Sa femme le regardait de ses yeux d’or.

Elle avait vu les puits asséchés de loin

Et ne se plaignait pas de son sort.

 

Il se dit : une érection de perdue ne veut rien dire,

Une érection de perdue, dix de retrouvées.

Je m’en bats les urnes car j’ai vu bien pire,

Mon cap à redresser ne sera pas retiré.

Certes, il a déjà servi, il est peu usé,

Et même si la crise dure,

Nous le ressortirons

Pour la future

Erection.

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

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Rembrandt « Philosophe en méditation » 1631

 

Assis devant la fenêtre, un philosophe méditait.

Il recherchait la lumière alors que le soleil caressait doucement son visage orné d’une barbe blanche, comme il se doit.

Le regard perdu, il recherchait la lumière en lui.

Il méditait sur sa méditation et en tournant en rond sous l’escalier qui s’élevait en colimaçon, il s’enfonça profondément dans ses pensées profondes.

Et ce qui devait arriver, arriva : il s’endormit profondément.

Dans les profondeurs du sommeil, il fit un rêve agité dans la calme pénombre de la chambre dallée.

Un rêve où il  était submergé par les flots verbeux du langage obscur de ses pareils  et dans le tourbillon des mots creux.

Il s’enfonça profondément sans trouver le sens pour en sortir et ce qui devait arriver, arriva : il se noya.

Mais avant son dernier soupir, il proclama dans un essai (personne ne se refait) : la mort de la philosophie.

Qu’il était dur d’en arriver là pour un penseur qui avait trépassé toute sa vie à philosopher.

 

Il se réveilla alors durement à la réalité envahi par le froid.

La femme qui avait le sens du réel, sans faire de philosophie, attisa le feu dans l’âtre et mit du bois pour réchauffer le philosophe refroidi.

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Publié le 7 Janvier 2013

Dali ciel hyperxiologique

Salvador Dali : "Ciel hyperxiologique"

Tous voulaient gravir cette montagne. Ils étaient formés pour ça. Au début, la pente était forte, ils allèrent lentement, à petits pas, trébuchant au moindre obstacle et les plus avancés, ceux qui avaient de l’expérience, les tiraient en leur donnant la main et en les encourageant de la voix.

 

Petit à petit, la pente devint plus douce et tous marchèrent de moins en moins lentement. Tous, non. Quelques-uns qui s’étaient égarés en chemin ou frappés par la foudre, restèrent couchés sans pouvoir se relever. Les autres d’abord tristes de perdre ainsi des compagnons de route, continuaient malgré tout leur course vers l’avant, sans se retourner.

 

La plupart parvinrent au sommet et contemplèrent le spectacle. Certains étaient heureux en voyant le chemin parcouru, d’autres pas, en voyant ce qu’ils étaient devenus. Mais tous regardaient avec appréhension la descente vertigineuse qui se déroulait devant eux. C’était la partie la plus difficile et la plus dangereuse de la course. Malgré leur désir, il leur était impossible de rester plus longtemps au sommet.

 

Et ils commencèrent la descente, de plus en plus rapide, de plus en plus chaotique, certains tombèrent dans des crevasses, d’autres se fracassèrent sur les rochers ou glissèrent jusqu’au précipice sans pouvoir se retenir.

 

Les plus forts ou les plus chanceux parvinrent au bas de la descente dans un triste état. Ils restèrent assis, à bout de force, au bord du précipice sans oser regarder son fond noir où des compagnons avaient disparu et qui maintenant les attirait. Certains pour éviter de le voir levaient les yeux vers le ciel.

D’une voix chevrotante l’un deux demanda : « quel est le nom de cette montagne ? » et celui qui avait conservé un peu de sa mémoire répondit : « le Temps ».

 

 Buffet clown


Ce n’est qu’une fable

Et je vous souhaite une bonne année

En vous encourageant à freiner des deux pieds.

Buffet le Bouquet

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Publié le 7 Janvier 2013

kandinsky vers la voix inconnue
Wassily Kandinsky : "Vers la voix inconnue"

La nuit était parfaite pensa le Père Noël. Un ciel étoilé, la lumière blanche de la Lune sur le blanc des toits et la maison se découpait comme une ombre chinoise.

Dans cette maison il y avait trois enfants sages. L’aîné était studieux, le cadet facétieux et le benjamin audacieux.

Le Père Noël descendit dans la maison silencieuse. Malgré son chargement il ne faisait aucun bruit, ne heurtait aucun meuble, c’était le fruit d’une longue expérience. Il était à l’aise dans la maison obscure qu’il visitait chaque année, voyant les enfants grandir et les cadeaux changer.

Il disposa les offrandes en trois tas harmonieux. Les rubans dorés accrochaient les maigres rayons de Lune. Le père Noël regarda l’ensemble avec satisfaction et s’apprêtait à partir lorsque la lumière s’alluma révélant les trois frères souriants. Le Père Noël n’était pas encore revenu de sa surprise que le benjamin sauta sur son dos et lui mit un tampon de chloroforme sur le visage. Le vieillard s’endormit doucement au milieu de ses cadeaux et les trois frères en profitèrent pour le ligoter, mais avec douceur car c’était des enfants sages.

L’aîné studieux, le cadet facétieux et le benjamin audacieux regardèrent leur prise barbue avec satisfaction  et l’aîné dit aux deux autres : « Ne perdons pas de temps, maintenant que le Père Noël ne sert plus à rien nous allons le vendre sur Internet »

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Publié le 7 Janvier 2013


Marc Chagall "Songe d'une nuit d'été"


REINCARNATION

 

Je ne suis que moi

Je n’ai aucun souvenir de mes vies passées

Et de mes innombrables trépas

Baume bienfaisant de la mémoire effacée

 

Avoir été l’arbre que le bûcheron abat

La promesse avortée de l’œuf gobé

L’insecte que l’enfant écrase sous ses pas

L’animal traqué qui renonce, épuisé

 

Dans ce monde de terreur incarnée

Mieux vaut disparaître qu’une fois

Et ne pas renaître en n’importe quoi

 

Mais n’importe quoi ne sait pas qu’il va mourir

Je n’en sais rien. Je n’en ai pas le souvenir

Dommage

 

Paul Obraska

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Buffet-clown-derri-re-le-globe.jpgSi l’on regarde sur le long terme l’action des gouvernements successifs, on s’aperçoit qu’un gouvernement de droite fait quelques bêtises de droite, puis une politique de gauche. De même, un gouvernement de gauche fait quelques bêtises de gauche, puis une politique de droite. Un gouvernement d’un bord défait en priorité ce qu’a fait le gouvernement de l’autre bord, mais pour le rétablir plus ou moins par la suite, d’une façon ou une autre, en général en changeant de dénomination. Devant le désordre engendré par ces tribulations, le personnel politique décida d’un commun accord, pour le bien du pays, d’adhérer périodiquement tantôt à un parti de droite, tantôt à un parti de gauche, les adhésions se faisant par fractions réciproques. Ainsi fut fait, et l’on constata rapidement une conduite plus harmonieuse des affaires et moins d’agressivité factice dans les débats. Bien sûr, les électeurs ont été un peu déboussolés, mais un changement du mode de scrutin leur permit de voter plus pour des personnes que pour des partis et ceux-ci devinrent des groupements d’intérêt personnel. Ces GIP ayant pour vocation, d'une part la promotion de leurs membres, et d'autre part d'établir un catalogue, non pas de promesses, mais de solutions de droite ou de gauche, ce qui évita la multiplication ultérieure de commissions pour en trouver, et à leur personnel d’être perdu une fois arrivé au pouvoir.
 Magritte-pipe.jpg
Que dites-vous ? Et les convictions ? Quelles convictions ? Un homme ou une femme politique sensé(e) (je sais, il y en a qui ne le sont pas) choisit de faire carrière en politique pour obtenir un poste ou de préférence plusieurs postes, et tenter de bien gérer les choses ou de masquer une mauvaise gestion pour pouvoir s’y maintenir. Les convictions ce sont les électeurs qui les ont, un(e) politicien(ne) de talent est capable de défendre n’importe quelle conviction. D’ailleurs, les personnages politiques changent fréquemment d’avis, et il leur arrive de se contredire même sur une courte période, ce qui ne semble pas choquer leurs chauds partisans qui les défendent quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils disent. On voit qu’être tantôt de droite, tantôt de gauche ne devrait pas poser de problèmes à un(e) politicien(ne) chevronné(e). Bien sûr, il faut se méfier des jeunes qui commencent par croire à ce qu’ils disent, mais s’ils insistent, leur carrière risque d’être brève. Je ne parle pas des fanatiques qui ressortent du domaine de la psychiatrie.
 
 

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Rédigé par Dr WO

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Publié le 7 Janvier 2013

Ils crurent que le seigneur était divin

Et acceptèrent d’être ses esclaves

Les manants assurèrent ses besoins

Et le seigneur en usa sans entrave

 

La lignée des sujets était aussi infinie

Que la vaniteuse lignée du seigneur

Mais sans portraits dans une galerie

Et sans galerie dans leur demeure

 

Alors ils pourchassèrent le seigneur

Et mirent à sa place leur meneur

 

Avec bicorne, casquette ou képi

Il ne parlait plus de ses ancêtres

Il parlait d’idéal, il parlait de patrie

Sans oublier son propre bien-être

 

Ce seigneur n’épargnait pas les morts

Pour chercher la gloire du sang versé

Ou garder son pouvoir sans remords

Le peuple le suivait, puis il en eu assez

 

Alors ils pourchassèrent le seigneur

Mais un autre seigneur est apparu

 

L’histoire des gens est pleine de candeur

Cette fois le nouveau seigneur était élu

Les autres l’avaient placé là en douceur

Et il ne se priva pas des privilèges reçus

 

Dans les palais meublés d’antiquailles

Dans ses voitures aux vitres teintées

Avec des motos écartant la valetaille

Pour laisser passer son cul bien calé

 

Un seigneur s’en va, un autre apparait

Son costume change, sa morgue jamais

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

Miro UbuRoi. 2jpg

Ce matin, Nicolas le Bref se réveilla aux aurores, quitta la couche où Carla la Murmurante rêvait au Zénith et se mit à errer dans les couloirs de son palais, seul, sans son armée de conseillers dont certains avaient déjà, comme des rats, abandonné le navire à la recherche d’une pitance plus sûre.

Ce matin, Nicolas le Bref se sentait découragé. Il s’était agité jusqu’à l’épuisement, il avait parcouru de multiples pays dans son carrosse volant, il avait plastronné parmi les grands de ce monde, il s’était déplacé en vain dans des villages reculés à la rencontre de son peuple, il avait beaucoup parlé devant des foules qui le regardaient sans vraiment l’écouter, il avait beaucoup promis devant des manufactures mortes, il avait beaucoup donné à ses amis, il avait même fait une guerre pour les mahométans, et voilà que, découragé par les quolibets et les libelles, il se demandait s’il n’était pas temps pour lui d’abandonner la place et de laisser à d’autres la défense du palais contre les attaques conjointes de François le Mitron, du Béarnais dit Roue libre et de Marine Casque à pointe.

Mais qui serait digne de succéder à un personnage aussi considérable que lui ? Alain le Chauve ? Mais il fut malencontreusement déplumé en son temps. François le Sombre ? Ce serait donner le bourdon à un peuple qui l’avait déjà. Dominique le Barde ? Non, pas lui, n’est-on pas obligé de l’attacher à un croc pour l’empêcher de pérorer ?

Alors Nicolas le Bref poussa un soupir et conclut, certes à regret, qu’il était le seul digne de se succéder à lui-même et se redressa d’un mâle mouvement des épaules pour aller, d’un pas chaloupé, rassembler ses fidèles dépités.

 

Joan Miro : « Ubu roi »

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Publié le 7 Janvier 2013

poussin71.jpg

Nicolas Poussin « La Sainte Famille »

 

PHOTO DE FAMILLE

 

Retouchée par Poussin,

C’est une très vieille photo,

Passant de mains en mains,

De père en fils, depuis l’an zéro.

 

L’artiste n’a pu empêcher les angelots

De figurer nus sur le portrait de famille

Et de jouer, facétieux, avec la charmille.

 

On ignore jusqu’à ce jour les liens de parenté

De la femme accroupie et de celle debout,

Comme du petit rouquin, peut-être jaloux

Du divin bambin qu’on lui a préféré.

 

La mère est fière de son dernier-né.

La rumeur dit que c’est son premier

Et qu’elle n’a pas perdu sa virginité.

 

Un voyant venu des cieux du nom de Gabriel

A prédit à son enfant un destin exceptionnel.

A le voir sur sa mère, il a déjà trouvé sa voie

En écartant ses petits bras en croix.

 

Le mari fait bonne figure, bien que marri,

Cocu magnifique, il a trouvé son destin,

Complaisant, il accepte le fait accompli.

 

A son épouse, il ne s’est jamais plaint

De cette grossesse involontaire.

Même s’il n’y est pour rien,

On peut compter sur lui :

 

Il sera un bon père

Pour cet enfant naturel,

Procréation assistée du ciel.

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

van-gogh-vincent-champ-aux-coquelicots.jpg

 

 

Une petite marguerite des prés  

Etait amoureuse d’un tournesol cultivé  

Elle avait été élevée avec les herbes  

Alors que lui, entouré des siens, était superbe  

C’était le plus grand, le plus beau  

Avec son œil de braise et sa couronne solaire  

Il faisait tourner toutes les têtes  

Il sentait bon le sable chaud  

Comme dans la chanson du légionnaire  

Et la petite marguerite défaite  

Se languissait à ses pieds  

En palpitant de ses pétales pâles

 

Un jour, la petite marguerite n’en pouvant plus  

Décida de s’offrir au grand tournesol  

Alors, elle s’effeuilla de sa jupe florale  

En retirant un à un ses pétales  

Qui tombèrent en pluie sur le sol  

Lentement  

Langoureusement  

Un peu  

Beaucoup  

Passionnément  

A la folie  

Et se retrouva petit à petit nue  

Dans le plus simple appareil  

Toute offerte devant lui

 

Mais le grand tournesol ne l’avait même pas vue  

Son œil de braise toujours fixé sur le soleil  

Il tournait la tête lentement, très digne  

La petite marguerite désemparée  

Versa quelques larmes de rosée  

Et confuse, honteuse, se cacha  

Derrière une feuille de vigne  

Qui passait par là

 

 

Paul Obraska

 

Van Gogh : « Champ aux coquelicots »

 

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Publié le 7 Janvier 2013

Buffet-clown-chapeau-melon.jpgTous les observateurs (payés pour observer ce que les autres regardent), tous les milieux autorisés  (munis d’un laisser-penser), les intellectuels (ceux qui sont payés pour penser, les autres le font gratuitement), les milieux officiels (ceux qui sont légalement dans le milieu) ayant constaté que le bon peuple votait de moins en moins et se désintéressait de plus en plus de la politique dont il n’espérait plus grand-chose, cherchèrent un moyen de l’intéresser davantage.

 

Mais comment ?

 

A quoi le bon peuple s’intéressait-t-il avec passion ? Quelles informations et quelles émissions télévisées l’attiraient au point d’abandonner leurs autres occupations ? Et les observateurs ayant aiguisé au couteau leur don d’observation, les milieux autorisés, s’autorisant à quitter leurs sources, les intellectuels réfléchissant sans se regarder réfléchir, les milieux officiels sortant enfin de leur milieu (mais sous bonne escorte), finirent par trouver : la majorité du bon peuple s’intéressait au football.

 

Alors pourquoi ne pas remplacer les élections par des matchs de football ? Les coups de pied seraient donnés à la vue de tous, les coups seraient enfin francs, les participants pourraient être hors-jeu sans devoir faire appel à la justice. Les spectacles attireraient les foules vocifératrices qui cesseraient de penser et de se plaindre, le visage badigeonné aux couleurs des équipes en lice. Les éventuelles guerres civiles circonscrites à la sortie des stades et aisées à prévenir.

 

Chaque parti aurait son équipe et son financement consacré à l’acquisition de champions (sans double nationalité) et non pas à salir les murs et à occuper les ondes par leurs vantardises. Avoir de bons joueurs ne garantirait pas la victoire, étant donnée la noble incertitude du sport, d’autant plus qu’un quota de politiciens devrait faire partie de l’équipe, ce qui rajeunirait les cadres et obligerait à les renouveler. A l’inverse, les footballeurs auraient l’interdiction de faire de la politique, dans l’hypothèse où ils en seraient capables. Des poules (aucune allusion) seraient constituées et la proportion des élus déterminée selon un mode qui ne serait pas plus injuste ou compliqué que le mode électoral actuel.

 

Mais alors, me direz-vous, les idées des partis n’entreraient plus en jeu ?

 

Quelles idées ??

   

Reste la question de l’arbitrage. Qui pourrait arbitrer les partis ? Qui pourrait être assez objectif pour le faire ? Je ne vois qu’un enfant, de surcroît orphelin et sans aucune attirance pour les jeux video.

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Publié le 7 Janvier 2013

Chagall-le-sacrifice-de-Isaac.jpg

 

1  Il était une fois des dieux groupés en un collectif du Destin.

Chaque peuple avait les siens, semblables aux  noms différents.

Chacun avait sa fonction et ses caprices  dans l’espace aérien.

Gamins querelleurs, ils jouaient volontiers de la foudre et du trident.

Il était rassurant pour les hommes de voir leurs faiblesses d’humains

Et pour quelques divinités leur goût polisson pour les êtres mortels.

Heureusement imparfaits, on pouvait les acheter par une offrande.

Des prières obligées et quelques bakchichs liaient la Terre et le Ciel,

Il suffisait ensuite de faire au spécialiste divin son humble demande.

 

2  Vint un homme avec des trous de mémoire,

En quête d’une idée simple à retenir.

Pour  mettre de l’ordre dans cette divine foire,

Il décréta que pour le Passé et l’Avenir,

Il n’y aurait désormais qu’un seul Dieu.

Les autres trouvèrent que c’était peu,

Mais conquis, ils finirent par s’y faire

Et les ennuis commencèrent.

 

3  Un Dieu unique ne pouvait que s’ennuyer dans le vaste Univers.

La Création du Monde ne Lui avait demandé que quelques jours.

Pas de querelles ou d’amitiés possibles avec des congénères.

Il était certes aimé mais déclenchait des catastrophes en retour.

Il faut le comprendre, Il n’avait que Ses créatures pour Se distraire

Et comme l’homme L’avait fait parfait et omniscient,

Quoi qu’Il fasse, Sa perfection Le rendait innocent.

 

4  Ainsi, lassé d’être seul, Il se révéla trois fois à ses affiliés.

La première fois dans un buisson ignifugée, en toute discrétion.

La deuxième fois dans le ventre d’une femme (après l’avoir annoncé).

La troisième fois, Il se contenta d’envoyer un chargé de mission.

 

5  Bien que les croyants vers Dieu aient la même prière,

Les hommes obstinés les uns contre les autres, affirmèrent,

Meurtres à l’appui, que Celui qu’ils avaient vu était le bon

Et que les autres, infidèles, n’avaient pas compris la leçon.

Mais tous se retournaient contre ceux qui ne croyaient rien.

On trouvait toujours des hérétiques à occire au nom du Bien.

Les motifs de querelles entre les hommes ne manquaient pas,

Dieu, dans sa miséricorde et sa magnificence les multiplia.

 

6  On ne peut que regretter le peuple des dieux imparfaits

Leurs  faiblesses et leurs distrayantes disputes de Titans.

Avec eux les hommes auraient détruit leur planète en paix,

Sans toujours invoquer Dieu pour leurs débordements.

 

7  C’est une histoire déraisonnable dont les hommes ne se lassent jamais

 

 

Paul Obraska

 

Chagall : « Le sacrifice de Isaac »

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Publié le 7 Janvier 2013

Il était une fois, dans une petite ville proche du désert, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes que la maréchaussée ne cessait de harceler, lui imposant amende sur amende, lui réclamant bakchich sur bakchich, jusqu’à se servir directement dans sa caisse.  

Un jour on lui confisqua son étal et en échange on lui délivra des insultes et un nouveau papillon. Le pauvre marchand, désespéré, s’immola par le feu et en mourut.

 

Le papillon ne sachant où se poser, charrette et marchand ayant disparu, pris son envol et parcourut le pays, mais à chaque fois qu’il survolait une ville, des foules mécontentes descendaient dans les rues et sur les places et lorsque le papillon survola la capitale, le seigneur, effrayé, dut partir.

Le papillon, inlassable, passa les frontières en provoquant toujours le même effet dans chaque pays qu’il survolait, déclenchant des émeutes et même une guerre.

 

Alors, je demande à la maréchaussée de bien réfléchir avant de glisser un papillon sur le pare-brise de ma charrette.

 

Buffet-papillon-rouge-et-jaune.jpg

 

Bernard Buffet « Papillon rouge et jaune »

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Publié le 7 Janvier 2013


Salvador Dali : « Le sacrement du dernier repas »

 

LA CENE

 

Je sais de quoi je cause

J’ai assisté à la Cène

Tout le monde était morose

L’ambiance était malsaine

Sans Passion

D’ailleurs je n’ai rien mangé

J’aurai préféré mourir d’inanition

Ce fut un sacré dîner

 

Pour commencer Il a dit :

« Voici ce que sera l’Eucharistie :

Mon corps est dans ce pain

Mon sang est dans ce vin »

 

Le silence est tombé sur la salle

J’ai eu l’appétit coupé

On n’est pas des cannibales !

Alors j’ai préféré jeûner

 

Personne n’avait envie de se mettre à table

Sauf Judas

Judas semblait le plus aimable

Et Lui souriait pendant le repas

 

On a rompu le pain, regretté le vin

Rouge comme du sang dans un carafon

Sans toucher à rien

Pourtant le pain paraissait bon

Nous le savions

Qu’Il était bon comme du bon pain

Il a même voulu nous laver les pieds

Pourtant nos vilains pieds salis

N’étaient pas en odeur de sainteté

Pas de quoi ouvrir l’appétit

 

Il y avait sur le napperon une tache de vin

Comme celles qu’on voit sur les peaux de lait

Le vin gouttait du carafon trop plein

Car personne n’en buvait

Nous, on ne voulait pas verser du sang

Nous, on tendait l’autre joue aux mécréants

Je n’ai su qu’après, bien après

Que du sang serait versé en notre nom

Oh ! Pas quelques gouttes sur un napperon

Oh ! Pas des carafons

Des tonneaux pleins

Pleins de sang à la place du vin

 

 

Paul Obraska

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Publié le 7 Janvier 2013

 

LA HACHE ET LE FEU


Gustav Klimt : "Bouleaux"


LA HACHE ET LE FEU

 

Et les arbres se mirent à marcher

Avec leurs grosses pattes d’éléphant

Leurs bras noueux emmêlés

Leur chevelure verte au vent

Muraille de troncs mouvants

Vêtus d’une écorce craquelée

 Pachydermes au cuir ligneux

Ne craignant ni la hache ni le feu

 

Ils cherchaient leurs racines perdues

Dans les prés et les champs

Autrefois forêts à perte de vue

Les hommes sur leurs pattes d’oiseau

Les avaient chassés de chez eux

Par la hache et le feu

 

Ils sautaient haies et ruisseaux

Avec leurs grosses pattes d’éléphant

Rien n’arrêtait leur marche folle

Hêtres, chênes et bouleaux

Faisaient trembler le sol

Avec d’horribles craquements

Dans les prés et les champs

Et les hommes aux abois

Sur leurs pattes d’oiseau

S’enfuirent devant la horde de bois

Emportant avec eux

La hache et le feu

 

Mais en retournant la terre

Pour rechercher leurs racines

Les arbres déçus ne trouvèrent

Dans les plaines et les collines

Dans les entrailles de la terre

Que des racines d’homme

Des morceaux de soldats

Abattus au combat

Sur les champs de bataille

Par la hache et le feu

Paul Obraska





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