Une petite marguerite des prés
Etait amoureuse d’un tournesol cultivé
Elle avait été élevée avec les herbes
Alors que lui, entouré des siens, était superbe
C’était le plus grand, le plus beau
Avec son œil de braise et sa couronne solaire
Il faisait tourner toutes les têtes
Il sentait bon le sable chaud
Comme dans la chanson du légionnaire
Et la petite marguerite défaite
Se languissait à ses pieds
En palpitant de ses pétales pâles
Un jour, la petite marguerite n’en pouvant plus
Décida de s’offrir au grand tournesol
Alors, elle s’effeuilla de sa jupe florale
En retirant un à un ses pétales
Qui tombèrent en pluie sur le sol
Lentement
Langoureusement
Un peu
Beaucoup
Passionnément
A la folie
Et se retrouva petit à petit nue
Dans le plus simple appareil
Toute offerte devant lui
Mais le grand tournesol ne l’avait même pas vue
Son œil de braise toujours fixé sur le soleil
Il tournait la tête lentement, très digne
La petite marguerite désemparée
Versa quelques larmes de rosée
Et confuse, honteuse, se cacha
Derrière une feuille de vigne
Qui passait par là
Paul Obraska
Van Gogh : « Champ aux coquelicots »